‹ Histoire secrète du gouvernement autrichienChapitre 6 sur 33 · SI HISTOIRE SECRÈTE · texte numérisé non relu

SI HISTOIRE SECRÈTE

entretenant la terreur, graduant la persécution, et inventant chaque jour des fléaux pour accabler un peuple saus défense. lgiioraieiit4ls donc, ces bourreaux fimatiques, les belles paroles* de saint Luc^ : ■ Ne jugez point, et yovLS ne serez pas jugés ; ne condamnez point, et vous ne serez pas condamnés : car on vous appliquera la mesure dont vous aurez vous-mènie fait usage. » Ou bien n'ament-iis réelle» ment ni foi ni loi, et poursuivaient-ils seulement un but terrestre, en invoquant toujours le ciel que révoltait leurs maximes, en priant comme d'autres blasphèment, en consacrant Thostie avec des mains ensanglantées?

Le â8 septembre tous les memn<mites et anabaptistes furent sans distinction expulsés du pays, sous prétexte que l'un d'eux avait reçu dans sa maison Frédéric V, le roi d'hiver, comme on l'appelait par moquerie. Au mois d'octobre vint le tour des ministres luthériens. Le nonce du pape, le sieur Caraffa, trouvait lui-même cette mesure précipitée. Ferdinand répondit : — Ma conscience ne me permet pas de souffiir un seul hérétique dans un pays que je gouverne. — Dure parole soufflée au prince bigot par le père Lamormain, et qui annonçait de nouvelles proscriptions. D'autres édils accompagnèrent, en effet, la sentence d'exil. Aucun bien ne put désormais figurer sur le cadastre comme appartenant à un sectateur de la réforme; aucun protestant n'eut le droit de ^éger dans un conseil municipal. Chez ceux qui ne voulaient pas se convertir, on logeait des soldats croates, espagnols ou vallons, crueb comme des fanatiques et insolents comme des vainqueurs.

L'Autriche proprament dite ne faisait point partie des Étals héréditaires de Ferdinand ; il n'avait commencé à l'administrer, au nom de l'Empereur, qu'en 1615, et n'y exer-

" Chap. VI, versets 37 et 58.

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çait l'autorité aoiiveraiiie que depuis la mort de M athiaSy en

1649. Il n'avait donc pas eu le temps d'y rétablir le catholicisme par la perfidie cl la violence. Les décrels tyranniques lancés centre la Bohème et la Moraine, où l'on s'autorisait d'une bataille gagnée pour oonunettiv tous les crimes, eurent bientôt force de loi dans une province demeurée longtemps fidèle, que l'excès de la persécution avait poussée à bout et que Mazimilien venait de désarmer» Ainsi le voulait Tordre tout-puissant de Loyola.

Seule, la Sllésie obtint de meilleures conditions, verbalement du moins. L'électeur de Saxe avait donné aux habitants sa parole qu'on leur accorderait la liberté religieuse, s'ils fiûsaient volontainement leur soumission. Mais à peine eurent-ils quitté les armes, qu'on viola cette promesse solennelle. Le comte Aiiiiibal Dohna fondit sur les villes et sur les hameaux avec les célèbres dragons de lichtenstein, les jésuites et les capudns. U allait de maison en maison, menaçant, pillant, torturant ceux que l'Évangile lui ordonnait d'épargner. Nul ne se montra plus cruel. Ce misérable, que n'attendrissaient ni l'enfance ni la vieillesse, plaisantait luimême sur sa férocité : il se nommait le fmm\de kunkieur reux (seligmacher).

Au mois de juillet 1624, le prince de Lichtenstein réunit les gouverneurs des différents ceideSj et ces profonds politiques rédigèrent ensemble le décret suivant :

« Article premier. Tout individu qui ne professe pas la religion catholique ne pourra exercer aucun commerce, aucune industrie, aucune profession lucrative, ne pourra faire aucun travail payé.

« Art. 2. Quiconque prendra chez lid à demeure un prêtre évangélique mourra sur l'échafaud et perdra tous ses biens ; quiconque laissera prêcher, baptiser ou bénir un mariage dans sa maison, payera iOO florins d'amande»

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« Abt. 3. Les ministres orthodoxes n'aooompagneront point au lieu de leur sépulture les cadawes des hérétiques ; on les payera néanmoins comme s'ils les avaient escortés. Par une grâce toute spéciale, les protestantes mariées à des ca* tholiques seront tolérées en Bohème tant que vivront leurs époux; mais elles deyront quitter le pays aussitôt qu'elles seront veuves, et, dès lors, ne pourront plus hériter. U leur est défendu d'assister aux noces, festins et réjouissances; quand elles y paraîtront, dans certains cas, elles devront être placées après la dernière de toutes les femmes catholiques, sans égard pour leur naissance ou pour leur rang. Si quelque émigré iiohémien rentre secrètement dans sa patrie, on enjoint conune un devoir de le dénoncer, de lassaillir et d'aider à le mettre aux nrré\s. »

Nous ne donnerons pas tout le texte de cette longue ordonnance ; qu'il nous suffise de signaler les dispositions les plus remarquables. L'article 6 et l'article 7 conulamnent au bannissement, à la perte de tous leurs biens, ceux qui feront gras les jours maigres, ceux qui tourneront en ridicule le service catholique ou le prêtre de leur paroisse. Si quelqu'un instruit secrètement la jeunesse, on le dépouillera de tout ce qu'il possède, et les sergents le chasseront de la ville à coups de fouet. Les catholiques seuls ont le droit de tester, a culture des beaux-arts est interdite aux luthériens, comme l'exercice des métiers. Quicimque raillera Dieu, la sainte Vierge ou les cérémonies du papisme, ^courra la peine de mort et la confiscation de tous ses biens. Les images suspectes et les caricatures seront anéanties.

L ordcmnance se termine par une abominable prescription ; la voici traduite littéralement :

c< Art. 15. Les pauvres soignés dans les hôpitaux devront embrasser la religion catholique avant la Toussaint, faute de quoi ils seront jetés dehors, çuel que ptitMe Mre leur état

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pk^nque^ et Ton ne, recevra plus désormais quedesorthodoies. Telles sont les intentions et l'immuable volonté de Sa Majesté Catholique.

« Signé :

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