‹ Histoire secrète du gouvernement autrichienChapitre 9 sur 33 · TO HISTOIRE SECRÈTE · texte numérisé non relu

TO HISTOIRE SECRÈTE

l'épée; elle seule aimit réduit la Bohême, terrifié rAllemagne septentrionale, découragé Mansfdd. L'empereur profitait

de ses victoires et trempait commodément ses mains dans le sang des vaincus. Celte position inférieure ne pouvait satisfaire ni son orgueil ni son ambition ; il aspirait à se créer une force militaire, à mettre en campagne une armée autrichienne, quand un sombre personnage lui offrit de réaliser gratuitement ses vœux.

C était encore un élève des jésuites. Kè le 15 septemiire 1585, de parents protestants et môme utraquistes depuis plusieurs générations, Wallenstein perdit sa mère en 1595, son père en 1595. Son oncle, Albert Slawata, lui fit d'abord fréquenter les éc(Àes des hussites ; mais un autre oncle, Jean de Ricam, le plaça dans le cdlége fondé à Olmûtz par les jésuites, dont il était l'admirateur dévoué. Le pèrePachta entreprit la conversion du jeune hérétique, et devait facilement réussir avec une âme inexpérimentée, incapable de résistance. Ses maîtres ne lui marchandèrent pas leurs soins, car c'était une conquête importante pour Tordre de Loyola. Les moines espagnols formaient alors toute une génération de meurtriers ambitieux et impitoyables. Ils avaient préparé i la lutte Maximilien, Tilly et Ferdinand : Wallenstein fut une machine de guerre non moins terrible, et ceux qui l'avaient montée tremblèrent plus d'une fois devant leur ouvrage, finirent même, dans leur épouvante, par le détruire de leurs propres mains.

Le futur général montra bientôt la résolution et lestaient» militaires qui devaient effrayer toute l'Europe politique. Après avoir parcouru la France, l'Italie, l'Angleterre et la Hollande, pour achever son éducation, il alla en Hongrie combattre les Turcs dans l'armée de Rodolphe, servit Ferdinand Il contre les Vénitiens, et fil la campagne de Bohême. Il porta ensuite les armes contre Bethlen-Gabor.

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Créé successivement Laron, comte, duc et prince , il possédait, en 1635» une immense fortune et une grande popnkffHé.

Ferdinand le chargea d'enrôler vingt mille hommes. a Ce n est pas assez, lui dit WaUenstein ; quai^nte ou cinquante mffle, à la bonne heure; une armée de cette force se ikHirrira et s'entretiendra elle-môme. » — Le prinoe entra

dans ses vues, et lui donna une autorité sans limites sur ses tix>upes, avec le droit de nommer à tous les grades militeircs.

Quelques mois après, le duc de Friedland avait réalisé sa

promesse : parmi les volontaires rassemblés autour de lui se trouvaient les plus grands pei^onnages. Il commença, au nom de TÉglise et du pape, oette guerre inhumaine qui vidlait tous les principes rdigieux, toutes les lois civiles et morales.

Son plan était de nourrir son armée aux dépens des pc^ulations amies ou ennemies, réformées ou catholiques. Dans les provinces luthériennes, la différence des opinions lui servait de prétexte ; dans les pays bien pensants, il invoquail la nécessité. L'Allemagne entière fut de la sorte mise au pillage. Comme il «avait enrôlé sous^ ses drapeaux des aventuriers, des soudarda de toutes les croyances, les uns se faisaient une joie d'opprimer les hérétiques, les autres ne ménageaient point les orthodoxes. Dévastant les campagnes, ruinant les bourgeois et les cultivateurs, ils ne laissaient derrière eux que* la âoniiie^ l'indigence et la mort. Mille plaintes s'élevèrent jusqu'au trône de l'empereur, mais Ferdinand avait besoin de celle armée sauvage; il demeui.a sourd coimne le Destin. . • ^

Le duo de Friedland exerç^iit autour de lui un ascendant prodigieux, qui tenait à plusieurs causes. Des chances sîn- • guUéres avaient accumulé dans i^ains une fortune royale.

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Pendant sa jeunesse, une vieille veuve extrêmement riche, Lucretia von Landeck, s'était éprise de lui, au point de lui verser un philtre amoureux, dont il faillit périr. Wall^teîft fépousaet fut bientôt maître de son héritage. Après la soumission de la Bohême, il obtint en récompense, il acheta pour un prix dérisoire soixante-sept domaines, estimés huit millions de florins, mais d'une valeur réelle bien plus considérable. Ferdinand lui avalidonné, entilé autres possessions, le duché de Fricdland, qui contenait neuf villes, cinquante-sept châteaux et villages. Il était devenu ainsi le plus riche propriétaire foncier de la Bohème, l'emjpereur excepté. Un se^ oond mariage açcrut son opulence, et les impôts arbitraires qu'il levait sur les populations hostiles ou fidèles, lui procurèrent des sommes immenses., C'était lui qui prêtait de l'argent à la cour. La seigneurie de Priebus, le duché de Sagan en Silésie, et le duché de Mecklembourg payèrent les dettes de l'empire. Le général touchait annuellement six millions de florins, que lui comptaient les banquiers d'Amsterdam et de Venise, ses vassaux et ses fermiers.

Les immenses richesses de Wallenstën, sa profonde réserve et ses manières théâtrales, furent les principaux moyens dont il se servit pour exalter l'imagination de la multitude. Il ne se montrait qu environné d'une pompe extraordinaire, et âdsait participér à son luxe tous ceux qui l'approchaient. Ses officiers vivaient somptueusetnent à sa table, où l'on ne servait jamais moins de cent plats. 11 récompensait avec une libéralité excessive. Non-seulement la foule, mais les plus grands personnages se hiissaient éblouir par ce faste asiatique.

Six portes donnaient entrée dans son palais de Prague, et il avait abattu cent maisons pour lui faire place. Des châteaux semblables s'élevèrent par ses ordres sur ses nombreuses propriétés. Vingt-quatre chambellans, mm des plus

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nobles familles, se disputaient l'honneur de le senir, et quelques-uns avaient renvoyé à l'empereur la clef d'or qui était le signe de leur gnde^ {mut remplir les mêmes fonctions auprès de lui. Wallenstâh entretenait soixante pages, vêtus de velours bleu brodé en or, qu'il faisait instruire parles meilleurs maîtres ; cinquante trabans gardaient jour et nuit son antichambre; six barons et autant de cheYaliers se tenaient constamment à portée pour transmettre ses ordres. Son maître d'hôtel était un personnage de marque. Mille individus formaient ie train ordinaire de sa maison; plus de mille chevaux peijqplaient s^ écuries, où ils mangeaient dans des crèches de marbre. Lorsqu'il se mettait en route, cent voitures à quatre et six chevaux contenaient ses domestiques et ses bagages ; soixante carrosses, cinquante chevaux de main portaient les gens de sa suite ; dix trompettes, avec dés clairons d'aigmit, précédaient ce cort^. La richesse de ses livrées, la pompe de ses équipages, la décoration de ses appartements étaient en harmonie avec le reste. Dans une salle de son palais, à Prague, il s'était fait peindre sur un char de triomphe» la tôte ceinte de lauriers, avec une étoile au-dessus de lui.

Gustave-Adolphe, qui avait une mince opinion de ses talents, le nommait un fou : c était un profond politique. 11 savait stimuler fortement les passions des hommes, se les attacher à la vie et à la mort. Tous les excès que pouvaient commettre ses troupes, il feignait de les ignorer, ne leur demandant autre chose que le respect de la discipline. La joie et le plai^ régnaient dans son camp : il y tolérait une multitude de valets, de palefreniers, de musiciens, de jongleurs et de femmes perdues ; sous les murs de Nuremberg, son armée entretenait quinze mille courtisanes. Ce chef catholique ne détestait que les prêtres, et n'en admettait aucun parmi^ses soldats. On aurait plutôt pris ces

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ideiYiiers pfbur ime nnU^ derenfer que pour lé^jelmi^^

du ciel.

ToutYolonlaire sans peur et ^ns scrupules était le biea- .^u sons ses drapeaux ; mais ce qu'il aimait depréléreoGè» c'était la cavalerie légère, les Groàtes aux manteaux rouges,

les avides cl intrépides Cosaques du Don. Son œil pénétrant distinguait à coup sûr les hommes d'élite, les tirait de la foule^ les élevait rapidement : le moindre trovipier pouvait obtenir les premiers grades. Quiconque faisait preuved'audace militaire, recevait ses éloges publics ; toute action éclatante valait à son auteur un avancement immédiat et une généreuse gratification : Wallenstein ne dcmnaît jamais moins de cent thalers. 11 n'exigeait de ses troupes qu'un courage imperturbable et une aveugle obéissance. Des châtiments rigoureux punissaient les moindres fautes contie la discipline ; les lâches étaient mis à mort ; pour la plus légère insubordination tombait de sa bouche une sentence irrévocable : « Pendez celte brute ! » Méprisant la race humaine, comme beaucoup d'orgueilleux qui ne lui sont pas supérieurs, il ne voyait dans les hommes que les instruments de ses desseins, et les traitait en conséquence. Avanide l'assaillir dans son camp, prés de Nuremberg, Gustave- Adolphe lui envoya faire la proposition d'épargner les vaincus ; le général autrichien lui répondit brutalement : « Que les soldats triomphent ou crèvent I »

L'extérieur seul de Wallenstein suffisait déjà pour inspirer la crainte et le respect. Sa haute taille, sa maigreur, sa 'fiére attitude, l'expression toujours sérieuse de son pâle visage, son grand front qui semblait commander, ses cheveux noirs, durs et ras, ses petits yeux sombres où brillait la flamme de la volonté, son regard hautain et soupçonneux, ses moustaches épaisses et-sa barbe touffue causaient, au . premier abord, une vive sensatiéû. 11 portait, poureostume

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ordinaire, un justaucorps de peau d'élan, que recouvraient un pourpoint blanc et un manteau ; une fraise espagnole entourait son cou; sur son chapeau ondoyait une grande plume rouge ; un pantalon écarlate et des bottes en cuir 9ë Cordoue soigneusement fourrées, parce qu'il était podagre, complétaient son habillement journalier.

Pendant que son année se livrait au plaisir, un silence profond l'environnait toujours. 11 ne pouvait supporter ni le bruit des charreltes, ni les dialogues à haute voix, ni même de simples rumeurs. Un de ses chambellans fut pendu pour l'avoir éveillé sans ordre, et un oDQcier mis secrètement k mort pour s'être approché de lui en faisant retentir ses éperons. Ses domestiques erraient autour de lui commodes fantômes. Douze patrouilles circulaient sans interruption dans le voisinage de sa tente et de son palais, afin d'y entretenir un calme perpétuel. Des chaînés, que l'on tendait en traveips des rues, le prémunissaient également contre le bniit. Wallcnstein était toujours absorbé en lui-même, toujours préoccupé de ses plans et de ses desseins. Jamais on ne le vit sourire, et son orgueil le rendait inaccessible aux plaisirs des sens. Il avait le fanatisme de l'ambition .

Ce chef étrange méditait, agissait sans relâche, ne prenant conseil que de lui-même, dédaignant les avis, les inspirations étrangères. Donnait-il des ordres ôu des explications, il ne pouvait supporter qu'on le regardât d'un osil curieux; traversait-il les avenues de son camp, les soldats devaient feindre de ne pas l'apercevoir. Ils éprouvaient cependant un frisson involontaire, lorsqu'ils le voyaient passer comme un être surnaturel. Il y avait en lui quelque chose de mystérieux, de solennel et d'inquiétant. Il marchait enveloppé de cette magie comme d'une auréole lugubre. Ses troupes croyaient fermement qu'il était en relation avec les écrits de ténèbres, que les étoiles* n'avaient point de secrets pour

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luiy que le cri des coqs, les abdements des chiens n'atteignaient pas son oreille, que les balles, les sabres et les lances ne pouvaient lui faire de blessures, qu'un talisman lui soumettait la fortune. Elles le suivaient comme une personnification du Destin.

Champion de Rome contre les novateurs, le sombre capitaine n'avait foi qu'aux rêveries des sciences occultes. Tout jeune, il s'était fait escorter dans ses voyages par le mathématicien et astrologue Verdungas, qui lui apprit à déchiffrer le grimoire du ciel nocturne. Pour entendre un autre professeur lui expliquer le langage des étoiles, il avait quel(jue temps habité Padoue. Les salles de son château, à Prague, étaient couvertes d'emblèmes divinatoires et de figures allégoriques. Son ambition eût voulu pénétrer les secrets de l'avenir. L'astrologue italien Scni demeurait sous le môme toit, et ce couple visionnaire passait fréquemment la nuit dans de chimériques études. Jamais Wallenstein ne commençait une entreprise sans avoir demandé avis aux lumineuses pythoiiisses du firmament. Ces muettes conseillères lui tenaient lieu de Bible et d'évangile. Un paysan ne se fût pas autrement comporté.

Sous une apparence cçlme, sous une froideur simulée, il cachait des passions violentes, un orgueil sans limite et une ambition insatiable. Ses ordres étaient brefe et péremptoires. Jbmais homme ne fîit plus taciturne, plus avare de paroles : ses moindres discours, prononcés d'un ton imposant, aUaient droit au but. On lui obéissait avec une déférence superstitieuse, et nui n'éprouvait la tentation de lui répliquer. 11 gardait sur lui-même, sur ses affaires, un silence absolu. Comme c'était un maiire en lait de dissimulation, personne ne pouvait pénétrer ses desseins, prévoir ce qu'il allait résoudre. 11 traitait sans écrire une ligne les négociations les plus importantes. Cette réserve continuelle, ce mystère in-

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variable augmentaient sa force, lui permettaient d'atteindre son but dans les ténèbres. Mais s'il déguisait habilement ses intentions, il ne ménageait rien pour découvrir celles deàs autres. Ck>mme plus tard Eugène et Blarlborough, il entretenait un grand nombre d'espions qu'il payait richement et qui trouvaient moyen de lire jusqu'au fond des consciences.

Son amour-propre avait de singuliers retours. Georges

Zrinv, ban des Croates, lui dit un jour en lui apportant la tôle d'un musulman de distinction, qu'il venait de décapiter lui-même : « Voilà comment il faut traiter les ennemis de l'empereur. » — « J'ai vu beaucoup de tôtes coupées, lui répondit Wallenstcin, maïs jé n'en ai jamais coupé une seule de ma propre main. » Et, quelque temps après, il fit empoisonner le chef croate dans un repas. Quoique la vie des hommes fût sans' valeur à ses' yeux, l'office de bourreau le dégoûtait. '

Loin de diminuer avec le temps l'oppression qui posait sur l'Allemagne, le terrible capitaine l'augmentait chaque jour et grossissait constamment son armée. U atteignit peu à peu le chiffre de cent mille hommes. En

1620, cent cinquante mille l'environnaient de leui's bandes impitoyables.

Les griefs allaient croissant comme le nombre de ses soldats. La terreur et le prestige de sa merveilleuse fortuné

rendirent muettes, pendant quelque temps, les populations désolées. Mais quand le général, qui passait pour invincible, eût assiégé vainement Stralsund, où il ne perdit pas moins de douze mille hommes, cet échec donna du courage aux victimes. Son intolérable oppression lut de nouveau dénoncée à l'empereur. Malgré la détresse universelle, la faim qui torturait des millions d'hommes, qui en détruisait littérainent des millim, ses troupes idvaient dans l'abondance

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et k profusion. Lui-mâme déployait un luxe inouï, que ses généraux et ses officiers imitaioit k proportion de leurs

grades. Le moindre capitaine vivait plus fastueuse ment (jue le duc de Poméranie et les autres princes, dont l'armée impériale occupait les domaines. Nombre de villageois et de campagnards néanmoins se donnaient la mort pour échapper à la misère. En Silésie, où Wallenslein s'était empare de tous les grains, les parents égorgeaient leui's 111s et leui^ iilles pour se nourrir. Le Brandebourg estimait à vingt millions de florins le dommage que lui avaient causé ses impôts tyranniqucs et le séjour de ses hordes sans frein ; Hesse- Gassel l'évaluait à sept millions.

Nous avons, sur la manière dont ses troupes se comportaient dans leurs marches et campements, un témoignage de la plus haute gravité. C'est une lettre de Farchiduc Léo- ' pold, frère de Ferdinand II, adressée par lui à l'empereur. Wallenstein avait fait partir une division de vingt mille hommes, pour soutenir en Italie les prétentions des Habsboùrgs sur le marquisat de Blantoue. Quand cette armée approclia du Tyrol, que gouvernait l'arcliiduc, celui-ci ne put contenir son indignation. — « Votre Migesté ne saurait croire les dévastations que ces troupes commettent sur leur passage. J*ai vu Mre la guerre pendant plusieurs années, maïs, quoiqu'elle ne puisse avoir lieu sans dégûts, j'assure à Votre Mi\jesté impériale que jamais rien d'analogue ne s'est passé en ma présence. Les officiers pourraient y mettre ordre : leurs soldats iirâfent, violent, massacrent, coupent les nez et les oreilles, brisent les fenêtres et les poêles, martyrisent les pauvres gens et gaspillent leurs ressources. Je sais bien qu'on voudrait vous donner le change sur ces abominations ; mais je ne vous annonce rien qui ne soit vrai, je vous juro; beaucoup d'électeurs et de princes pourraient en témoigner comme moi. Vous devez en croire un irère

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fidèle et loyal, plulôt que dés péisolniies inléraeies à.vous fnre illusioii, qui n'épargnent, pour s'enrichir, ni la sueur,

ni le sang du peuple. Je pourrais vous nommer beaucoup d'olficiers supérieurs, qui, naguère encore très -mal vêtus» possèdent maintenant trois et quatre cent mille florins d'argent comptant, qu'ils n'ont pas enlevés à Fennemi, mais extorqués aux sujets catholiques des électeurs et des princes. Songez comment ils vont traiter l'Italie, où règne partout l'abondance! La majorité des soldats, des officiers même, sont luthériens et calvinistes. Que Dieu protège les couvents de femmes, si nombreux dans ce pays ! Un bon^avertissement de voire part au duc de Friedland ne saurait nuire. »

Mais Wallenstein ne se souciait pas plus des remontrances que des préceptes moraux et des maximes chrétiennes. En 1620, le pape s'élant ligué avec la France et la Bavière conti'e Ferdinand, dont le pouvoir les inquiétait, le hardi routier oflrit à l'empereur de marcher sur Rome : « Elle n'a pas été pillée depuis un siècle, dit-il, et doit être maintenant beaucoup plus riche. »

Cette guerre entrq^ise pour la religion, qui ne peut se passer de la morale, avait donc bientét anéanti la piété comme la moralité. L'impudence d'une part, de l'autre un vain cérémonial cl une tremblante dissimulation les remplacèrent. Une hypocrisie sans bornes mit un masque sur tous les visages, fiiussa tous les sentiments, avilit tous les caractères. Jamais la corruption ne fut plus audacieuse, les vices plus horribles, la cruauté plus impitoyable i jamais on ne vit tant d'exécutions, de pillages, de tortures, jamais on ne répandit tant de larmes et de sang. Il ne restait dans les cœurs ni amour de la justice, ni pudeur, ni compassion, ni foi réelle : on se battait, on s'entre-dévorait comme des bètes féroces, et l'on avait tellement abaissé la nature hu-

maille, sous prétexte de détruire l'hérésie, que les populatiens croupissaieat dans la faiige, dierchaîent ainsi que des

brutes à satisfaire leurs besoins matériels, ne songeant môme plus au Dieu pour lequel on avait élargi le domaine du crime!

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