LA HONGRIE AU PILLAGE ; LES DRAGONNADES ET LES CONVERSIONS FORCÉES
Toutes ces mesures étaient ou directement prescrites, ou tacitement approuvées par Léopold. Comme les bêtes fauves, dont les yeux somnolents ne s'animent qu'à ridée du meurtre, l'empereur ne s'éveillait de sa léthargie habituelle que pour prendre des résolutions Violentes, pour donner des ordres sanguinaires. Il frappait alors dans ses mains, disait-il lui-même, et* les têtes sautaient. Il y avait d'ailleurs en lui, comme chez tous les princes autrichiens, une affectation àe bonhomie et de paternité, que le baron Hormayr compare aux gémissements des crocodiles sous les roseaux des fleuves. Le 22 mars 1670, il écrivait : « Les affaires de Hongrie vont bien ; je profiterai de la circonstance et organiserai autrement les choses dans ce pays. » L'ordre ultramontain qui le menait en laisse, qui ne respectait ni les lois divines ni les lois humaines (1), employait d'ailleurs toutes les ruses, tous les
(1) Omnia fere gererentur cleri, jura humana et divina juxta temnentis et violantis, nutu, consilio, arbitratu. {Historia Ecclesix evangelicx in Hungaria,'p,35).
mensohges pour l'influencer. Un hôtel, qu'il se faisait bâtir, ayant été dévoré par les flammes, on attribua rincendie aux Hongrois et aux juifs. En nettoyant la fontaine du palais, on y trouva plusieurs charognes : n'était-il pas évident que les Magyars les y avaient jetées pour empoisonner la famille impériale? Le manque de récoltes, la cherté des vivres, la mortalité croissante provenaient d'eux seuls, étaient des punitions que leurs damnables maximes attiraient sur l'Autriche. On laissait donc les capitaines allemands violer toutes les règles de l'humanité. Non-seulement le général Kopp faisait empaler, comme nous l'avons dit, les^réformésdu sexe masculin, mais les femmes, les enfants périssaient dans le même supplice. Un renégat français, déserteur de l'armée suédoise, le comte de Souches, né à La Rochelle, imaginait toutes sortes ^'inventions pour accroître les souffrances et prolonger les tortures des victimes (1). Cet apostat croyait laver son infamie dans le sang des malheureuses créatures. Les juifs furent expulsés ; on en décapita plusieurs et on démolit toutes leurs synagogues.-
Et saint Paul qui faisait de la charité* la première des vertus chrétiennes !
A ces afl'reuses violences se mêlaient des scènes ignobles, de comiques et abjects débats. Les traîtres, les dénonciateurs, les agents de la tyrannie impériale se disputaient bassement les dépouilles des opprimés, les faveurs de la cour. Les archives de Vienne fournissent à cet égard de curieux et tristes rensei-
(1) Àntmonen, t. !•', p. 123.
jg;o^m9nte. Geor^ ^t MioW Aori» par «i^eiaptet «e plaignent; au g]:wil-.ohance)ier Speber de n'a^mr eacore reçu ^e cent ducats, pour aurou: jiivcé jl«s S0cret3 de Wessetenyi et eugagé réîvAiue4e W.a«teen à détruire un mémoire xfue le palatia «vait rédigé peu de temps avaut ;^a mori;. Les frères liiUgy ténsioigueut un méwjQitentement analo\goe. La veuTe die Pieiire ;^ripy accuse le moine Augustiu Eûgrstall» ^iue am^ avous vu député par ie hax^ dès Crpata» v^r^teprwee d^ Lofekowitz; elle lui reprodie d'avoir «aJoiraéé, trahi et volé son mari d'abord^ «^ frèm Fr.a^ipwi ensuite. Une clameur générale 3'éleyait contre tes impostunes^ contre Içis déprédation» de Tbomas Pal%, cWpelier provincial» et de saa auxiliaire Adam Forgats. iEh bien ! celui-ci dénonce son oamarade de pillage, dwsune lettre fort Jougue adressée à uu membre du conseil secret, Albert Zin^endorf , M a^wre que PalflFy invente des griefs imaginaires, poui* ayoir le droit d'éteudre partout ses rapines I Çki lui avait fiut à lui-même des promesses que Ton n'a pa^ t^snues. Gommenjt veut-ou xpi'il vive^ et quelle figure veut-op ,qu'il fasse, puisque les Turcs se sont installa dans sa maison? Ce drôle donne à Tempereur les OQwails les plus perniciçu* ; jl raw^ apprend que beaucoup d'individus, absous par les tribimaux perséculeum, n'étaient pas mis en liberté à cause de leur fortune ; op 1^^ Iraluait de prison en prison, à la suite des commissairei^ ; ou leur eulevait une partie db leurs biens, 9U on les forçait d'épbjmger des domaines iioportauts contre de moindres propriétés. Les généraux ne se comportaient pas avec plus de retenue; ilç prenaient
fl^ut eu& tes mammâ de' tiHe et kHs didiisons dé cbâi* figût^, f£Àsâieiit maiit^basBe sur l'M-féTîèm, sur léè voitures et tes dietd^k^ sans parle)* <iu numéraire ] c'^é^eût des 1ôU|ms mvisseurs, qui ne laissaient écbâp^ - per attcufine proit^ I Le père jésuite Cornélius OeÀtik)lti se dé»ole de ce qo^ les espion» domestiqikes> employés par 4tti pour surveiller 2riny et Frà^pani, ne sont pis eticôre réeotnpemiÉft.
Aiœi ces bétes dëvdmhtes s'«ittaquaii^t l'une Tau- Ire , ainsi la cruauté së tiy>iiYaity comme d'ordinaire> jointe à la bassesse> la cupidité à la trahison, une Tanité maladive à une impudence isans bornes I Les oppresseurs s'arrachaient Don-seùlement les dépouilles, mais en cf&elque sorte les lambeaux de leurs vielimes.
Les Magyars néanmoins ne sont pas, comme les ./^iMbdB) un peuple timide, facile à décourager. La tyrannie ne poutait s'établir chez eux sans alterôativès de succès et de revers» Au moment même où le despotisme germanique semblait pousser en Hongrie de profondes racines^ un point noir se formait à Thori«on, qui detdit un jour déchaîner sur les envahissmifS une effroyable tempête, ébranler la maison d'Autriche jusque dans ses fondements.
Parmi les hommes que poursuivaient Tambitton et la perfidie impériales, se trouvait le palatin du comté d'Arva^ Etienne Tékéli. Assiégé dans son châteaufort par les généraux Spork et Heister, il tomba mriade pendant le 9Îége et comprit bientôt que toute résisMnee serait tniliile« Voyant la fortune le trahit* et k vit l'id^andonner en mtaie temps, il àe songea
qu'à sauver son fils. Le jeune Emeric, alors âgé de treize ans, fut habillé en pauvre villageois et confié au dévouement de deux gentilshom)nes. Ceux-ci le conduisirent sans mésaventure au château de Likevà, dans le comté de Lipto, Trois jours après Cette éva- • sion, le chef des montagnes expirait, croyant son héritier hors d'atteinte et consolé par cette croyance. Le général Heister prit possession du manoir, tandis que le général Spork se mettait à la poursuite du fugitif. Il arriva sous les murs de la forteresse où il avait cherché asile, bien persuadé que, pour cette fois, il le tenait. L'enfant lui échappa de nouveau déguisé en jeune Polonaise, et traversa le camp autrichien. Il finit par atteindre la Transylvanie, ce lieu de refuge, cette citadelle de granit et d'argile construite par la nature en faveur des Hongrois persécutés.
Or, l'adolescent aux lèvres roses, à l'œil ingénu, qu'on faisait passer pour une jeune Polonaise, c'était le futur vengeur de ses compatriotes. Tous les périls s'éloignaient de sa tête, afin qu'il pût un jour accomplir de sanglarftes représailles. Il devait amener sous les murs de Vienne deux cent quatre- vingt miHe hommes, porter à la maison d'Autriche des coups si terribles, qu'elle aurait depuis longtemps disparu, sans une de ces chances merveilleuses qui l'ont toujours sauvée, qui la protègent contre ses fautes et ses tînmes, et par leur nombre, par leur retour perpétuel, forment le prodige le plus étonnant de l'histoire.
Pendant que le jeune comte grandissait sous la protection de Némésis, la cour impériale gagnait du terr rain et fortifiait chaque jour son despotisme. Bon
nombre de protestants' disparurent à jamais dans les cachots de la Bohème. Cette province^ jadis libre et florissante, où débordait l'activité morale et matérielle, était habitée maintenant par une population d'esclaves, si pauvres, si sombres, si muets, si désolés, qu'on pouvait tout se permettre chez eux, y ensevelir toutes vivantes les personnes dont on voulait se défaire. •
La crainte des Turcs modéra seule, pendant quelque temps, rimpatience tyrannique du prince et des conseillers en robe noire. On appréhendait toujours qu'ils ne s'entendissent avec les mécontents. Après trois années de siège. Candie venait de tomber entre leurs mains, et ils pouvaient disposer de leurs troupes. Ils faisaient d!ailïeurs de mystérieux préparatifs, dont on ne connaissait pas le but. Ces armements se tournèrent contre la Pologne, où Jean Sobieski reçut les envahisseurs à la pointe de l'épée. Sansinqfkiétude désormais, Léopold ne garda plus de ménagements, . Le système de conversion pratiqué en Autriche fut dès lors appliqué en Hongrie. Les jésuites, qui avaient ii^vpnté cette méthode, la jugeaient excellente et ne voulaient point s'en départir. Les pérégrinations armées commencèrent le 2 janvier 1672. Les prêtres orthodoxes se répandirent dans les provinces magyares, pour éclairer les âmes par des moyens plus dignes de Tibère que du juste mort sur la croix. Szeleptsenyi, archevêque de Gran , l'archevêque de Colocza , Léopold Kolonicz , évêque de Neustadt- la -Viennoise et président du tribunal réuni à Presbourg, révêque de Grosswardein et l' évêque d'Erlau mon-
trèmrt stMtrat tm ardent prosâijftiMiiè. Troifi ou qtiâitre cents itaigonft escortaient chacun d^eûx, intmis d^m^umento peu cbréttens, mm irrésistRrfe^, et tme escouade de jésmtes les isuivatent partout. Âussiitftt rpiWÈ arritaient dans un pays, xm TétiniftsaH de terce tMsIes habitants, un jésuite psalmodiait ou dèdatnisiit mx sermon, auquel les sabres nus des trdbans pffètaient une éloquence militaire ; pour péroraison, les sMdatt anftaie^t leurs carabines, et les pauvres- villageois, réputés convaincus par le talent de l'orateur, devaient abjurer, séance tenante, les doctrines de la Réforme, Les ultramontains opéraient ain^ide nombreuses con* versions ; qui peut en douter? Quel triomphé de propager si rapidement leurs maximes, et comme ces changements d'opinions, comme cette piété catholique devaient être sincères! Bannis à perpétuité, tes récalcitrants allaient chercher un asile dans la Tran«sylvanle et dans TEmpire turc, où les Infidèles les traitaient moins durement que les apôtres de Rome. Tous leurs biens devenaient la propriété du fiâC, cela va sans dire. Quant aux édifices religieux, temples, écoles, presbytères, construits par les protestante^ ii leurs frais et avec rautorisation de l'assemblée natio* nale, on y installait des jésuites, comme en pays conquis.
Les magnats et seigneurs orthodoxes secondaient ces onéreuses expéditions, entreprises pour le salut des âmes. Dans tous leurs domaines, ils enlevaient aux réformés leurs temples et leurs écoles, chassaient les ministres, les instituteurs, ou les jetaient dans des cachots, s'emparant avec une pieuse sollicitude
4e leofs propnétéfi, 4e Ifiurs foadfi et dé teurs fUes*
L'hypocrisie se mêlait, comme tOH^urs, à k violence et à la rapacités Xln jésuite wm^mé Kellio éeri- YÎtu&e biochuire pour justifier l'invasion apostcdique, et eut reffr4i>iiterie4'dttribuer son libelle.au secrétaif^ d'uB arch6vèc|«e, Jewa Lapsaûsky . Un autre essaya de démontr-er que touie^ les lois» que toutes les chartes hongroises n'avaient aucune valeur, ne devaient pas tôtre respectées. 4Jji trai^ème voulut donnar le ahange à ropinion publique de l'Europe ; il tâcha de faine croire que la Hongrie ne souffrat pas pour eause de région, mais était simplement châtiée comme rebeUe/l).
Dans les villes, oa armait la population catholique pour seconder les troupes, et l'on prenait possession par la force des temples luthériens et calvinistes.
Si les dissidents refusaieat d'ouvrir les portes, on les eo£[>&çait ; à Pf e^Mmrg même, on em^oya cette méthode persuasive. Deux «cents honunes convaiocus s'était jréunts dao6 une église pour la défendre, on (ordonna de faire jimer 'CORtre eux l'artillerie du château : cette meo0ee abattit leur résolution. A KaschaUt le pasteujP n'ayant pas voulu donner la clef de ]» catiiédrale, magnifique monument consacré à sainte ÉUsabeth^ l'évèque d'jËrlau, qui dirigeait avec ses chaiQiaines la mission guerrière, commanda de briser les
(1) Voici le titre de son opiisoule : Extractus brevis et vents, quo candide dmumstratwr acatholicorum fyrsedicantium e regno Hungarix proscriptionem £t d£gradationem factam tu» reffictu rtMUûuk, no» auttm râUgienis; Tyrnaoise, 1675. C^est m in*4* de trente^«i]U| i
portes. Les menuisiers plus calmes témoignèrent de la répugnance. Pris alors d'une certaine fureur, un chanoine se précipite sur Fun d'eux, lui enlève sa ' hache, et attaque les panneaux, fait voler des éclats de bois en criant de toutes ses forces : « Imitez mon exemple ! A bas l'hérésie luthérienne ! »0n l'imite, en effet, et les coups de cognée font retentir le lieu saint, où les fanatiques entrent bientôt comme dans une ville assiégée.
A Komorn, le zèle des prêtres catholiques se laissa emporter plus loin encore. On saisit le pasteur réformé Jean Szaki, homme doux et innocent; on lui rasa d'abord la tête par manière de plaisanterie, après quoi on le fit rôtir devant un feu modéré, en lui lardant le corps de petites flèches qu'on avait enduites de poix et de soufre (1). Les Hurons n'eussent pas fait mieux.
Si la résistance était parfois énergique, doit-on s'en étonner? George Barsonyi, évêque deGroswardein, et son frère Jean, protonotaire du comté de Neitra, ayant assailli avec quatre cents dragons un district du comté de Thurocs, les paysans se soulevèrent^ mirent les Croates en fuite, arrivèrent jusqu'aux deux prélats, étendirent roide mort le prônotaire Jean, et auraient de même tué l'évêque, déjà blessé en plusieurs endroits, si le pasteur protestant Daniel Kermann ne l'avait abrité de son corps et ne lui avait sauvé la vie. Les prêtres catholiques ne montraient
(1) Fessier, Geschichte der Ungern, t. IX, page 127. Ce fait est prouvé par un grand nombre de témoignages.
pas autant de générosité, eux qui guidaient les bandes . impitoyables de la réaction.
Ils n'épargnaient même aux dissidents ni les humiliations, ni les avanies. Le 18 juin 1 672, les sectateurs de la Réforme durent assister, avec leurs corporations et sous les bannières de leurs métiers, à la brillante procession catholique organisée par Tarchevêque de Gran.
La persécution politique, suivait pas à pas la persécution religieuse. On se servait du désespoir manifesté çà et là pour donner quelque vraisemblance à la fausse imputation de révolte, si cruellement exploitée contre la Hongrie. En 1672, le conseil impérial résolut d'abolir ojQSciellement la dignité de grand-palatin, abolie déjà de fait. Celui qui en était revêtu exerçaifune autorité incommode pour le despotisme autrichien. La mort seule la faisait cesser, ou une condamnation devant les tribunal^: du pays, condamnation trèsdiflScile à obtenir.. On jugea donc opportun de remplacer ce magistrat électif par un gouverneur dépendant et révocable, de lui adjoindre une chambre souveraine, composée de huit conseillers et de deux secrétaires, qu'il présiderait et qui tiendrait Heu de la diète nationale. Jean-Gaspard Ampringen, Hongrois de naissance, prince du Saint-Empire et grand-maître . de l'ordre teutonique, obtint la préférence du gouvernement. On estimait que son origine le rendrait moins odieux aux populations. Le 23 mars 1673, il fut installé à Presbourg. C'était un homme dur et sanguinaire, tomme les aimaient Léopold et les jésuites. Peu lui importait d'opprimer ses compatriotes,
pourvn qu'il s'assurât les faveurs de la cour. Chef religieux et guerrier, il maniait tantôt h' sabre , tantôl? le goupiUbn, et convenait sous touv hê rapports à un ordre' ambitieux^ à h» prince- déîoyrf, qui n'épairgnaient pas plM" le sang que Peau hé^ nite.
Dès son arrivée, le sort de la Hongrie empira. Tous les luthériens et calvinistes furent désarmés. Chaque" bourgeois protestant dut recevoir, nourrir d^ns- sa maison* trois ou quatre soudards allemands^ e'est^ dire Ibger des maîtres impérieux. On révoqua^ deiteiirs fonctions tes éehevins qui n'étaient pas catholiques^ et on leur substitua des^hommesbien pensants. A Kaschau, on emprisonna les membres de 1-anoienne municipalité jusqu'à l'élection d'une nouvelle régencse^ Les libertés communales périssaient partbut , en* même temps que la liberté religieuse et la* liberté politique. *
Mais c'était principalement contre les ministres' et' instituteurs réformés que l'on s'acharnait. Ceux dfe^ Presbourg, jugés en mai 1672 parlacommissionimpé'^ riale de Tymau, furent condamnéis à mort.
Trois chefs de consistoires; avec les anciens et quelque!^ pasteurs des courtes^ de Zolte^ Thurocs eV Lipto, parurent en septembre 1673 devant le' tribunalexceptionnel de Presbourg. George Szelèfptsenyi, archevêque de Gran et lieutenant du royaume j gouvernait le sinistre aréopage; 'Les inculpés' durent^ renoncer par écrit à leur ministère, promettre de* n'entretenir aucune relation avec les séditieux, ou quitter le pays d'ans les quinze jours*.
Eh;ifi^ to^Ipsf.pa$teurSy mattreS' d'école e^chaotres béitétiqu^ &u;eat sommés de co^iparaitee à Ptresbom^ I^ 3 ii2dil67.4r. L'anchevèque de Gcan présidail eecom l^^ tribunal^ fonné de viQgt^trois membres. Us aTaienft Qil^^lléQ^3.mstruMJl'ajQaire , portaient la parole comme a/(îci^aleurs et devaient déaid^otr comme, juges; tow c^Aholiques^ tous dévoués au gouveimement^ ils^ soufflaieptdansJamème txK)mpey pour employer Vexpression d'ufi aujbeur latin. Ceux qui ne se présenterren& pas furent condamnés instantanément^ e4< l'ojft. mit, leur têt^ à prix. Quatce cents malfaeurieux obéi* rent auidécret (l).!Oa leur reprocha des* crimes saM nombce ; mais. lea principaux chefs d'accusation leur imputaient^ d'avoir négligé le culte des- saints^. offensé, la Vierge Mari^ en la comparant à leur&^e» épouser {fœdU uamibu9!mi^)i foulé aux^pieda lesainlrsaane" ipent, et le v-énérable cdrps de Iésus> fomenté utie^ révolte par \mm disciours, violé ainsi les droits d^tsouv^cn^n. L'orateur les div^ait en deux classes : lesk QriqÛMls d'État, contre lesquels il demandait uAesea«" tfiiH^ d^ mort; et de confiscation ;.les sacrilèges^ qu% estipl^it .dignes de périr dan& les flammes, aprèa wmx au;les.pieds et les mains coupéss On t&Gfaaitid'appuyar: le grief de conspiration sur? desr lettres fausses^ ciens^ m^nf. adressées par Btienne ^ittnyady de Mttsai>. Tune à^Nioolas Bethlen, en mai* 1669 ;, la seconde, à ^broise Keczei*, famili^ de laimaison^Tékéli, le ^0 décembre d^ l^ même année, toutesi deux d9téeçi
(1) Brat vero eoram numéros iOO^quanqtiam adversani non nisi 250
de Presbourg. Quoique Ton n*eût.pas d*autre preuve; quoique Etienne Wittnyedy et Ambroise Keczer fussent à peu près inconnus, naême de nom, à tous les ministres; quoique le fabricateur des lettres eût trahi son secret en désignant les pasteurs évangéliques par le nom de prédicants, dont les luthériens ne se servent jamais pour désigner leurs chefs spirituels ; quoique les lois magyares défendissent de condamner sur le témoignage d'un seul individu, comme leur sort avait été fixé d'avance, on les déclara coupables de lèse-majesté. Le tribunal les pressa même de reconnaître leur faute et de solliciter leur pardon. Mais, ne pouvant obtenir d'eux qu'ils calomniassent ainsi leur propre innocence, on leur présenta deux lettres réversales, l'une desquelles devait être signée par ceux qui voulaient demeurer dans le pays, l'autre par ceux qui préféraient aller vivre en exil. Les deux actes avaient cela de commun que Ton s'avouait criminel d'État en y apposant son nom et sujet aux peines portées par le code. Les deux catégories d'opprimés acceptaient des conditions diflférentes. Les uns juraient d'abandonner* leurs fonctions religieuses, d'être fidèles au prince et de révéler toutes les machinations de ses ennemis : ceux-là obtenaient la faveur de rester sous la main de leurs tyrans. Les autres promettaient de quitter le pays avec leurs familles et leurs bagages, dans un laps de quinze jours, et de n'y jamais rentrer. On leur délivrait aussitôt un passeport.
Une centaine de religionnaires, pour éviter de plus grands malheurs, signèrept l'un ou l'aiitre des actes perfides , malgré le témoignage de leur conscience.
Mais le reste, comptant sur la pureté de leur cœur et sur la protection divine, ne voulant point renoncer à leur ministère et paraître approuver, quoique indirectement, la ruine de leurs temples, l'abolition de leur culte, repoussèrent toutes les instances, bravèrent toutes les menaces. Ils se faisaient illusion sur le caractère de leurs juges. Ces valets impitoyables, qui prétendaient soutenir la cause de Dieu, prononcèrent un arrêt de mort contre les pasteurs, le 4 du mois d'avril ; contre les autres prévenus, le 6 du même mois.
Un reste de pudeur empêcha néanmoins d'exécuter la sentence : on retint à Presbourg les dissidents et on leur octroya un nouveau délai pour signer les déclarations. Comme ils persistaient dans leurs refus, , quatre ministres et un instituteur furent conduits à la citadelle, les mains chargées de fers, pour intimider leurs compagnons. Cet acte de rigueur n'ayant produit aucun eflfet, on sépara les luthériens et les calvinistes, et on les dispersa dans les prisons de six forteresses. Ils y furent traités plus durement que les assassins et les voleurs. On les accablait de travaux pénibles ou rebutants; on leur distribuait en petite quantité une maigre nourriture, qui ne pouvait réparer leurs forces ; leurs amis n'obtenaient pas la permission de les voir ; il leur était défendu d'accepter ni argent ni dons d'aucune espèce. Meurtris de coups, privés d'aliments et de boisson, exposés à la rigueur de l'hiver, sous le moindre prétexte on les torturait encoye de mille autres manières. Cette méthode fut bientôt a ppliquée, dans nos bagnes, aux protestants de France.
Sous le poids d'une intolérable douleur, vingt-six captifs abjurèrent la foi nouvelle. Une partie des autres, qui demeuraient inébranlables dans leur conviction, furent dirigés, en mars 1675, par les frontières de la Moravie, de l'Autriche, de la Styrie et de la Carniole, vers la mer Adriatique, pour y être vendus comme forçats et aUer ramer sur les galères de Venise ou de Naples. Une seconde chaîne partit en juin, et fut menée à Trieste, àBuccari, plus loin encore. Est-il nécessaire de dire qu'on les traitait pendant la route avec une impitoyable barbarie? Un grand nombre portaient de lourdes chaînes et sentaient le bâton des gardiens sur leurs épaules dès qu'ils ralentissaient leur mar^ che. Comme on leur avait enlevé le peu de numéraire , qu'ils cachaient dans leurs habits, les malheureux ne pouvaient se procurer le moindre soulagement. Plusieurs succombèrent en chemin à la fatigue et aux violences de leurs conducteurs (1).
Parvenus dans le port de Trieste, ceux qui ne voulurent point endosser le costume des forçats furent condamnés à un jeûne de trois jours. Quelle épreuve pour des gens exténués de lassitude, amaigris par la marche et les privations ! Dix prévenus faiblirent en atteignant Buccari, abjurèrent le protestantisme, et obtinrent ainsi quelque adoucissement à leurs maux. Un petit nombre eut le bonheur de s'enfuir ; d'autres furent relâchés sur lès instances de l'électeur de Saxe ; il y en eut que des hommes compatissants achetèrent pour
(1) L'ambassadeur hollandais à Vienne, Hamel Brnyninx, a raconté dans un livre spécial les soufiFranoes des martyrs de 1674.
leur rendre la liberté. Au commencement de février 1676, il ne restait plus que vingt-huit martyrs à Naples. Le H de ce mois, l'amiral Ruyter vint les réclamer sous son pavillon triomphant, et on n'osa point les refuser à ses belliqueuses sollicitations.