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CHAPITRE XV

VENGEANCES DE LA COUR IMPÉRULE ET DES JÉSUITES ; LE CARNAGE d'ÊPERIES.

L'heure de la vengeance était arrivée pour Tordre de Saint-Ignace. Il en confia Texécution à un de ces drôles sans pitié qui déshonorent la race humaine, le Napolitain Antoine Garaffa. C'était un ancien cbfevalier de Malte, que son cousin et homonyme, le cardinal CarafiFa, nonce apostolique en Autriche, avait placé comme chambellan près de Léopold, dans l'année 1665. Il avait donc les plus intimes relations avec l'Église. Forcé de prendre part à la guerre, il y montra peu de mérite, car en 1685, malgré toutes les occasions de se distinguer qu'offraient ces temps orageux, il était encore simple colonel. Mais aussitôt que les jésuites l'eurent enrôlé parmi leurs agents, il fit un chemin rapide. En 1686, on le nomma commandant de la Hongrie supérieure, général, commissaire des guerres, conseiller aùlique, conseiller militaire de la cour. Les faveurs et les distinctions pleuvaient sur cet homme médiocre, sinon incapable. Il récompensa ses protecteurs par la haine qu'il témoignait contre les Magyars. Il s'appelait emphatiquement le Fléau de Dieu, l'Attila des Hongrois. Sa bassesse donnait à la

cour impériale les conseils les plus atroces. G)iDme on allait réunir dans la ville de Presbourg une diète des magnats, pour leur extorquer par la force et la ruse les derniers privilégefe de la nation, il proposa un système de terreur, où les confiscations, la torture et les supplices dompteraient tout d'abord les courages, préviendraient les résistances. Non moins avide que féroce, il voulait s'enrichir aux dépens des opprimés. « Si je croyais avoir dans tout mon corps, disait-il, une seule goutte de sang favorable aux Hongrois, je me ferais ouvrir les quatre veines. Que Ton m'emploie donc à les soumettre ; je me moque de leurs immunités, de leurs lois, de leurs formes judiciaires et de leur constitution. » Un pareil *homnïe était bien choisi pour exécuter cette parole de l'empereur : Faciam Hungariam captivam , postea mendicam, deindè cathoHcam (Je rendrai la Hongrie esclave, puis mendiante, puis catholique). On lui donna comme auxiliaires dans cette œuvre infâme, deux jésuites, l'adroit Peritzhof, célèbre par sa haine contre les protestants, et son frère en Dieu Kellio, moins hypocrite, mais plus féroce.

Un tribunal, composé de valets impériaux, d'officiers ignorants, d'un auditeur militaire que distinguait une violence perpétuelle, et d'apostats huguenots, fut constitué à Éperies,ville forte des montagries, dévouée au libre examen, qui avait été longtemps la place d'armes principale de Tékéli, s'était vaillamment défendue contre les bandes impériales et n'avait enfin ouvert ses portes qu'après avoir obtenu un décret d'amnistie et la liberté de conscience. Le motif allé-

gué pom réuoir cette troupe sanguinaire, ce fut Téternel prétexte de la maison d' Autariche : un complot iovettjté pax elle-même. On accusa les protestants, la haute uolidi&Bj^^ d'entretenir des intelligences avec Tékéli., avec sa femme, l'intrépide Hélène, qui, non loin d/Éperie», canonnait les régiments orthodoxes. Le temps n'était plus où elle suivait à cheval son mari dans toutes ses expéditions et jusqu'au niilieu des batailles !

Pour soutenir sa mensongère accusation, le favori des jésuites employa des instruments aussi vils que lui-même. Deux grostituées du camp autrichien prétendirent avoir servi d'émissaires aux conspirateurs, avoir fait correspondre la châtelaine de Munkacz, les nobles et les protestants hongrois, à l'aide de messages qu'elles portaient. Quoiqu'elles n^ montrassent aucune lettre, ne donnassent aucune preuve, on regarda leur témoignage comme suffisant. Une de ces créatures se distingua surtout par son effronterie, par son achaf»ement contre les Hongrois; digne auxiliaire du général d'antichambre, elle le soutenait de ses impostures et secondait sans relâche ses ignobles dei^eins. L'histoire lui a dressé un poteau infamant où on lit son nom : Élisa Ujhely.

Aussitôt que la machine meurtrière fut organisée, on s'occupa de ren^lir les prisons. Des yhlans parcoururent les provinces pour arrêter les personnes que leur désignait Antoine Caraffa ; on les enlevait dans les mes, dans les maisons, à l'église, à la chasse, partout où on les trouvait. On ne surprit pas un seul indigène qui fût armé ou en état de défense,

preuve surérogatoire de leurs pacifiques intentions. Ils furent entassés dans les cachots d'Éperies, de Debreezin et d'autres villes. Sur la grande place de la première , le général fit dresser un échafaud, devant les croisées même de Thôtel qu'il habitait. Par une sorte de funèbre luxe, il avait habillé de vert trente bourreaux , qui allaient ponctuellement et régulièrement exécuter ses victimes.

Les prévenus paraissaient devant le tribunal plutôt pour la forme que pour subir un examen sérieux. Élisa Ujhely servait d'accusatrice et de témoin. Ladislas Szentivanyi, un de ces laquais o^cieux qui épousent les haines , travaillent aux forfaits des hommes puissants, et un misérable de même nature, Etienne Geczy , remplissaient des fonctions analogues ; quoique au nombrje des juges , ils dénonçaient les accusés, dont ils réglaient ensuite le sort. Aucune loi magyare n'était observée. A peine laissait-on aux proscrits le loisir de se défendre. Les Hongrois qui demandaient à se justifier recevaient dujésuile en uniforme cette réponse abominable : «On vous fera votre procès après l'exécution (1). »

Le 20 février 1687, la pieuse boucherie commença. Tout indigène qui refusait d'avouer un crime chimérique, était aussitôt mis à la question. Les tortures les plus raffinées ne semblaient pafe trop crueUes pour vaincre leur résistance et lasser leur courage. Les témoins oculaires nous ont transmis d'affreux détails que nous ne pouvons laisser dans l'ombre. L'horreur

(1) Vehse, t. V, p. 272.

et le dégoût inspirent mieux que toutes les réflexions la haine de l'intolérance et de la tyrannie. On connaît le beau passage de Tacite : « Prima est historiœ lex ne quid falsi dicere audeat: deinde nequid veri non audeaU — Que l'historien n'ose rien diçe de faux, c'est son premier devoir ; le second, c'est d'oser dire toute la vérité. » Ayons donc le courage d'assister sans faiblir aux tourments des patriotes et des réformés hongrois.

Les plus nobles personnages , les hommes les plus recommandables , de vaillants capitaines qui avaient fait la guerre defl'indépendance , étaient amenés sur l'estrade, ensemble ou séparément, avec les victimes d'une classe inférieure. On en tirait, allongeait quelques-uns , sur des échelles faites exprès pour disloquer les membres ; à d'autres on serrait la tète avec des cordes ou des cercles de métal, jusqu'à ce que leurs yeux sortissent de leurs orbites (1). On les suspendait par les mains à des potences, et on leur attachait aux pieds des poids énormes. Les bourreaux, cependant, leur brûlaient les aisselles avec des cierges, secouaient sur lesânfortunés des torches de poix et de résine, qui les arrosaient d'une pluie de feu. On les torturait avec des tenailles ardentes, on leur introduisait sous les ongles des pieds et des mains des lames de fer rougies, des clous chauffés à blanc. Plusieurs , à moitié rôtis , à moitié lacérés, expiraient pendant la question. Le délégué de Léopold avait promis six cents florins à quiconque inventerait un

(1) Histoire des Révolutions de Hongrie^ t. I, p. 319.

lïouveaii 8U]^|>licd. Uned6 ced' fèf turës^, la j^Wtâttrbcé ptoirmi toutes éeUe^ qiM rapportéiif les M^tôi4éitid; feit dretôer fe» chéVôti^ sur ia^ tèfé. Âptëgf avoif dé-

et daàs Ib fo!i!ideM>e&t dé grbs fiiir de fei' ^b\igts an fi^t^f

Si rexcès de la douletnr faisait tfêtW feut' cottragô, s'il tew écbappafit la moindre pai^olé dotit oif pAt i^' séWii' contre eii!x, ott proeédM* îrtiàïédiattoniéiit àf léttf exécution définitive^ malgré Tancienne lof (^éf^éait {M d'un code bai^baré pourtatôt !^ ^ttfe» Ifes' Retenus (^ti^hmlaôSêM letiî*à* avet* Hbrà «tes' rafates^ (ftï Ôôuffëaid. Oblrtu* tfancbàitd'aiîAyrti* Wpbïèhe*<fr6^^ pùîs otf les décapitait où' on lêis éfettdàîlf éui* fe rbiië , on les erii^alait, ott» les éCai^ÉêliàK, sUi^tfife éajftficedeâ nfges^ et dé leuW sanj^hnts àtf«iliâi^(f).

tés jésuites j les héitetùi**^ de Dîéd , a^rotivaîentl cêS horréû^, c&tdeittpi^ehi d'im éfeil tranquille ce hifleuïtèartiagè.

Antoine Caftrtra(, M, jfifôuSsâif ëticdrè plus loîtf la féWCité*. Pendant q*ûë les ticttiîttfé gémissaient , i«4pfoï^aiént sa( dériïéncte , o\f Hnrfàîèïïl?, agt)nisaietit deyê^i Ses fehêtrfe dâùs d^'intolértiWéfe dôiïleùrs, ii s'ëga^âit avec dés fifïe^ pttfdtfêS, sMiKlaît cfes Vini^ fins, jon^itf rfu* dés^, ^é^ ttVraitf èf fa jàîe et au plaisir. Il fâut âVouër que' Irf^ëéléraltëssrô^ fitiftiainé est là plus parfaite crtafloïï de fo flatùf é?

Qtefl^nés îttàl&ètirëtKi dbtfenaîelit; leûi^ grâCe, mais

(1) f^êé\ ÔkN^hUhtedk^^Mi'èièMédke^àéfé,t V, il. âtb et 2fl. — Hormayr, Anemonen, 1. 1, p. 138 et 139. — Fesaler, Qeschichte der Hungem^ t. IX, p. 391 et suivantes. — HUtoria Ecclnise evangelicsB in Hungaria, page 43.

à prix d'argent, et l'achetaient par des sacrifices énormes.

Plusieure Magyars , doués d'une force et d'une volonté surhumaines, soutinrent jusqu'au bout la fureur des cannibales , sans témoigner contre euxmêmes, sans seconder les projets de leurs persécuteurs par le moindre signe de faiblesse. Entre ces héros se distinguèrent François Berthaly et Martin Kende. On les mit à la question pour leur faire accuser deux personnages importants, Etienne Csaky et Ladislas Karolyi, hommes irréprochables, contre lesquels on n'osait point sévir en l'absence de toute preuve. Quoique les victimes pussent s'affranchir d'horribles tortures en sacrifiant d'autres personnes, ils ne voulurent point calomnier l'innocence, et des supplices qui font frémir ne tirèrent pas de leur bouche un mensonge !

Pour que les bourreaux ne perdissent pas leurs peines, les martyrs invincibles n'étaient point relâchée gratuitement; on leur imposait une forte amende, ou on confisquait tous leurs biens. Les amis d'un gentilhomme, Michel Rotli, payèrent pour lui dix mille thalers. Il se rendit à la diète de Presbourg, montra aux députés les cicatrices de ses affreux tourments.

Quelques individus devenaient fous pendant la torture, ou après qu'on les avait reconduits en prison. David Faja, homme intègre et juge de paix à Cassovie, endura intrépidement l'effroyable épreuve; mais, rentré dans son cachot, il perdit la raison et ne tarda point à mourir. On pendit son cadavre, on le coupa

en quatre morceaux, que l'on exposa sur des pieux. Indigné de ce que sa victime lui échappait, le tribunal fit saisir un maître boucher de la même ville, Samuel Lanyi, et, sans l'interroger, sans Tentendre, on lui coupa la tête. Simon Feldmeyer, qui avait combattu sous les drapeaux de Tékéli, mais s'était plus récemment distingué au siège de Bude, dans les troupes impériales, ayant été arrêté par les émissaires du proconsul, ne voulut point paraître devant l'abjecte cour et trompa sa fureur en se poignardant. Son corps fut traité comme celui de David Faja.

Les supplices de quelques personnes, des nobles principalement, ont frappé davantage et laissé plus de souvenirs. Le 45 mars, quatre seigneurs eurent la main coupée, la tête tranchée ; on divisa leurs cadavres, afin d'en exposer les morceaux sur la voie publique. Le 22 mars, cinq nobles eurent le même sort. Le 9 mai, six gentilshommes périrent à leur tour de la mort des criminels.

On exécutait de préférence les calvinistes ; mais les seigneurs orthodoxes, qui possédaient de grands biens et l'affection du peuple, n'étaient pas mieux traités. Leurs richesses devenaient la proie du fisc et des juges. Quelques malheureux se laissèrent induire par la terreur, par les promesses du général, à s'accuser eux-mêmes; ils se croyaient certains d'obtenir leur grâce ; mais, avec une ironie barbare, le proconsul ordonna de leur trancher la tête et de la déposer à leurs pieds, comme s'il la leur rendait pour tenir sa promesse qu'ils ne la perdraient point.

Les femmes, les mères, les sœurs, les parents, les

amis des prisonniers counueat à Yienoe, se jetaient aux pieds de Léopold, lui demandaient avec dos larmes et des sanglots, la vie de leurs proches, L>m)x^ reur les receTaît d'un air paternel, accueillait leur prière, leur donnait des lettres de pardon. Le cœur plus léger, ils précipitaient leur retour ; mais, en leur absence, on avait exécuté les prévenus, ou le Na|>olitain, d'un air sardonique, mettait dans sa poche Tacto libérateur et faisait décapiter ceux-là mêmes que Ton croyait hors de péril. La clémence impériale semblait accroître sa fureur. On eut bientôt le secret do son étrange conduite. Fatigué des pièces qu*on lui apportait, il montra une lettre autographe de Léopold, où il était écrit : « Qu'on ne pouvait interdire aux suppliants tout recours à la pitié du souverain, mais que les recommandations, lettres de grâce et contre-ordres n'auraient aucune valeur, que le délégué du prince poursuivrait son but sans trêve et sans miséricorde. » Tartuffe, en vérité, semble bien pâle à côté de cette auguste hypocrisie. La cour de Vienne eût trouvé le pauvre homme d'une maladresse primitive et d'une simplicité patriarcale.

Ainsi autorisé, le proconsul napolitain se souciait peu de rhumanité, encoi^e moins de la justice. La hache du bourreau frappait ses ennemis personnels, aussi bien que les adversaires de la tyrannie. Le margrave Hermann de Bade, le comte Jean de Draskowitz, chancelier de Hongrie, deux colonels de distinction, lui étant odieux, il voulut les faire calomnier par des hommes de bien, et, pour obtenir ces faux témoignages, mit les derniers au cachot, les menaça

de la torture s'ils refusaient de mentir ! Quelquesruns cédèrent, puis coururent à Vienne protester contre la violence qu'ils avaient subie, réfuter leur« propres déclarations. Inutile effort d'une conscience indignée! Le margrave Hermann de Bade fut envoyé à Ra* tisbonne dans une espèce d'exil honoi^ble^ malgré l'intervention et la colère du prince Louis de Bade, son cousin, habile général dévoué à l'Autriche.

Cependant, les chefs de l'ari&tocratie magyare .étaient réunis à Presbourg. Léopold VQul^ obtenir d'eux Tabandon de toutes les garanties nationales. Il sommait la diète d'abolir le droit d'insurrection, établi en 1222 par la bulle du roi André^ attejçidu que résister au prince, c'était violer toutes lei^ lois divines et humaines, et que le cid ordoonai^t de lui obéir, même quand il abusait tyranniquement de son pouvoir. L'empereur exigeait en outre que la couronne élective de Hongrie fût transforméie en couronne héréditaire, au profit de^ Habsbourgs. Le carnage 4'Éperies formait comme une sinistre argumentation, qui devait prévenir les répliques, terrifier les mécontents : l'horreur servait d'expédient politique. Pour frapper encore davantage les esprits, Léopold présidait l'assemblée en personne, avec son fils Joseph à ses côtés. Très-peu de seigneurs l'osèrent con^tredire : un seul demeura inébranlable dans son opposition, Nicolas Draskowitz, chancelier du royaume. Léopold, se tournant vers lui d'un air menaçant, lui dit &'une voix irritée : « Ainsi donc, toi seul méipf ises J»on fils au point de lui refuser la couronne ?» Ces paroles tombèrent sur le député coumxe un coup de |tQ](vqerr{e.

des ^a^^rs .^acrifi^ pe^ Jle yp^ 4ç Jla fjlÂ^, aq^ç^ ^n .âoQOtion^ et le leuddeo;!^ oa }e trouva mçpr|; ^iffifi son Jit. Telle eat d^ «1,9^1» )>xpticiajtioï> 4fi* fei^Q^QW favorables à la cour. Les jésuites tofa^lp^^u^ 4? V^ d&BÛAée leur uaturj4vif9i?^(W ^ 99n0i?fs^ IKW y ^f ercer les «lèmes droite ^i^ive 1^^ ji^^igè^^-

C'était le 31 octobre 4{Me <(^^te méffiion^le si^WiW aidait eu Ueii. lies j^ igw^.4s per^onuagcii ^ eni^e* nûreut alors paur ffire^Q§^^ hétaqQiii(be|s)ourAïi* Uères d'Epyerios. l^ siWeMtQt é(^i^^y lOjà étai^n^ mortes t^nt de victioiLes^ fyiX dépoU e» i^oyeyp^r^. Léopold ^moigoa uue fekite ^or^ceui* pour les cfimuT tés de sou xepréseiDilfant : ^1 accijieillit iox^e ay^ un^ apparente émotioi;! leis vea^v^.de^ |4^ Ulusjl^es bm^t tyrs.]L4es,égQrgeuie9its, l^^nupj^ices^'a^^aiep^tfasd^r^ paoins de neuf mois ! ]^^ J'.ûapi)l<Qy[a^ ,exécw(f^wr m tomba point dans la 4W{âQ?* )Le jprioioe 4ui laievw coimmander les forteresses 4^ h Soigne SinfiérÀ^W^; bien mieux, il déshonora le pdtjyer de J^ Toisc)^-id'% en l'étalant sur cette poitrine infâme. Si^gt^ior usiB^^ des signes de distinctipp ^e de les pfoat?|uer au crime et à la biassesse !

Le 9 déoemlH^e 1687, le ^ atné 4fi Mppold, ^Aoft^ âgé de huit ans, ^t 4\Qurojpé iconiiiiç ,Eoi ^érédi^aiite de Hongrie. |[^ maison de jQ#b8|;M>ivqg estait »myéi^ à ses fins.

Hélène Zé^ ce|)ej;^4wt ré^ptait enqoiie, daiis^son cjbâteau ^ M^lf^ezy à tpuiiQs Im i^rm^M ^ou^eimement impérial. Son intrépidité survivait au naufrage des siens, ne se laissait même ppi^t aba^ttre par les re-

vers de son mari. Ce fut seulement en 1688, après plusieurs années d'une résistance opiniâtre , qu'elle livra son fort aux Impériaux. Mais elle avait obtenu auparavant une capitulation honorable et digne de son grand coeur (1).

Tout semblait terminé, la cause nationale semblait perdue à jamais ; pendant treize ans, les Hongrois vaincus, décimés, appauvris, tenus sous le joug, demeurèrent immobiles. Mais les souvenirs du passé comptent parmi les forces actives du présent. Ils planent sur les nations comme des esprits vengeurs ou d'affectueux conseillers, influencent l'opinion, disposent les cœurs, préparent les événements futurs. Les bonnes actions d'une race, d'un gouvernement, leur profitent longtemps encore après l'époque où elles ont été accomplies; leurs crimes pèsent sur eux pendant toute leur durée, sèment leur route de continuels embarras, déterminent souvent leur chute. Les ombres de leurs victimes les suivent partout, les maudissent sans relâche, soulèvent contre eux la terre et le ciel.

En 1701, pendant que la guerre de la succession d'Espagne fatiguait et ruinait l'Autriche, les Magyars prirent de nouveau les armes pour la liberté, à la voix du jeune Rakoczy, que sa mère, la noble et charmante Hélène Tékéli, avait élevé comme le futur vengeur des Hongrois. En 1704, ils parvinrent jusque sous les murs de Vienne, déchargèrent leurs mousquets sur les portes de la ville et sur les fenêtres

(1) Mémoires du comte Nihlon, t. II, p. 183.

du château, caracolant aveo les peaux des lions, des tigres et des léopards de la ménagerie impériale, qu'ils avaient tués dans le Thiergarten, et dont les dépouilles couvraient leurs montures. Deux ans après, ils fourragèrent encore autour de la capitale. Épuisée par sa lutte contre la France, T Autriche conclut avec eux, en 17H, le traité de Zathmar, qui leur rendait leur constitution politique, leurs lois civiles, la liberté religieuse, et confirmait le droit d'insurrection, auquel tenait tant la Hongrie. Les Magyars se sont depuis lors gouvernés , administrés eux-mêmes jusqu'en 1848. Leur indomptable patriotisme leur valut cent trente-sep\ ans de repos et de dignité.

Les cinq premières insurrections n'avaient pu les affranchir, mais avaient tenu le despotisme en échec ; la sixième leur permit de fouler aux pieds les prétentions impériales, de rétablir leur diète, leurs tribunaux, le libre vole des impositions, et de marcher au feu sous la bannière nationale. Preuve manifeste qu'un peuple ne doit jamais abandonner ses droits, ni perdre l'espérance ! Où il triomphe dès le début, comme les Hollandais, ou il finit par exercer de consolantes représailles, par obtenir une glorieuse victoire, comme les Hongrois. Le respect de soi-même, un courage intrépide, l'amour de la liberté, la haine de l'injustice sont, pour les opprimés, d'inépuisables ressources.

ÇJHAPITRE Xyi.

non? ,?i?rQB8 j^i^'iw yu^ p^aser 4(?yant Jip^, jij^giit^ ua es|>rit de système, une subtilité cruelle^ .çffîi f^tour neoit r^ùatof^i^u le jtlif» i^^M^é ^ )« ,8Qi^i«itiqi^ du çriB^. QiEt j}e tl/^Piigiide ay€|c «^fQi 4',(ï^ ^ .IK^Wt^ .qette ,?ç^o}a^igne ^e^rAriè^r^, ^ imp^y^fai«B|>^ 4»^qu^ par ,}^ aal)sli|(jwg^, ^«jl J^ npur ^ |^^K)iP«,! ,Qu^ 9pe(itfkCilfe x^^wlt^ ppw Jîi.flOï»?Ç¥«W?

.suie ^p^lç q^ l'w *9 Pptfiftuye jpiuUe n?^!;, fà ^«^ j« .yyp 4cW9P%tioi|i 4^ f|pDJ^e^e^I^ ^jomftii^s, <i?i ^w Ja^tfOe.ofp^s^i^fi^ emiter^^ (mi;(}«.. ^^.fl^^^ k ,C9^tique 4» smi Im^fif» nV«WJ fijif .étcwpgèj^u Mai» ^eitte ^alec^^Me 4e 4a soji^^ 0 4^ fe ftm m WP P<Wt PiWir P^iitefuter l^ftci^^inv^tmi^ *^PP«e, la déj<j).y^ -ejt eoy^^^^^psj^e. .tyrjwinjie ^e ^ <ç??i»r 4i9 Vienne. H a dû s'y joindre une influença ç^if^^jifi^, l'action d'une doctrine «ecrète.

Cette doctrine, les jésuites nous l'ont eux-mêmes révélée dans une circonstance mémorable. Nous

£9vons maintenait qu'ils .^vaie^ adopté )Iei^ maximes de rÂnquisition ^t les p^atijjwww.t mf? Jp9 .aY<?uer ; ils frçippçiieut d'ii^e ^u^ç .ter^l^le ^gijk'ftl? ^c^;^^t sous leur waftt^fiu et ^e gar<Jaienj; )^ de \f^(^ ypir. Né ^^ns la .cayeme pestrtçinftiefliç 4e i'J^p^gp^, sur Je même sol q^e j|^ .donpiii^caiiPS, à i^^e épogi^e de luttes sangl^tes^ l!9ti:4i;? Q^^u^ ^vait i^uf. n^tvixellen^ent aQcep^té)^^ (l|;i^ie>p^file,, J£tiji^,^ys4|^e de jéactioji;! Bt de propagande. Ce qu'on va lire np laisseira ^ucun doute à .ç^Lég^rd- Les.jé,8|Uiftefi pjlp^yaient de point en poisff, le^ Jipis formul^^ dès le milieu du quatqrziè^e £iiècle^ par Nicolas Ëymerie, ^and-inquisiteur d'Ar$^^. C^ liyre, déposé ;dans to^sles étaklissemeats du S^tiOiBce) réglait la ,pro- .cédure or^pineMe des perces de la foi. }ï était g^rdé av^ soin^ .étudié ^vep r^pect, suiyi sorHpul^use- ;i^eat Qo^ipe une bi|ble,4u meurtre et de l'oppression.

Stim\4é par jPestime que 4àx^o^ai^ii( pour le Dire^Qtre Me$ ift^uisiteuff Icks pr^^ .i^tjC^pKiiptains, François Pegn^, dcM>teur e^ théologie e^t; c^oniste, Fésdi^t de le pu^er, d'y joindra mèmemi commen* iaire : il obtint m P^ivUégé du pape (krégoire i^ll» lui dédia le code mystérieux et le ^t impriaarer au Cf^pitole .{i^ 04ihuf fopufi wmam)^ pen^^n^ >r«nnée dS^^ fdi^ un yoJiUi^e in-folio. Ms^ on «pe le eomonuniqua .pçint ;9ux^prp£a^e|p,.

L'od^dre de Loypla Nfèf^ 4'A<^^ fqijidé : y ^opta la jjUiTisprpdeiiàce^d^ l'inqiiAisitig^ et l'appliqua sur une grande échelle; seulement, ^y€|G 1^ ^isçwHdation profonde (^ l'cH'^œ; il n^ ^ui^a i^^M; ^^ijiJiiTprç sépulcral qù il .puisait (^s ÂftippiratjK)ftS.

Mais en 1761, lorsque toute l'Europe se soulevait contre les moines artificieux, les dominicains se laissèrent entraîner par l'opinion publique et par la haine du marquis de Pombal pour leurs collègues. Ils firent arrêter un jésuite, le père Malagrida, le condamnèrent au feu et le brûlèrent à Lisbonne, le 21 septembre. On devine la fureur, l'indignation que cette nouvelle excita dans toutes les maisons professes. L'ordre entier poussa un cri de vengeance : brûler un confrère, un champion de l'Église, c'était trop fort ! On chercha des armes, et l'on pensa porter un coup terrible aux dominicains en divulguant leur code sinistre. Mais ce bréviaire de l'intolérance ne pouvant circuler aisément, à cause de son étendue, ni être popularisé par le bas prix, les jésuites se hâtèrent de Tabréger, d'en extraire la substance. Leur précis forma un volume in-12, qu'ils publièrent avant la fin de Tannée: il avait pour titre : Manuel des Inquisiteurs y et les révérends pères y signalaient avec soin l'origine du livre. L'abbé Morellet le traduisit sur-le-champ du latin : il parut dans notre idiome au commencement de l'année 1 762.

Quand on étudie ce résumé authentique, on y voit successivement défiler toutes les maximes odieuses de la politique autrichienne, et on s'aperçoit que les deux ordres espagnols ont été aussi mal appréciés l'un que l'autre. Non-seulement on a établi entre eux de fausses distinctions, mais on n'a pas vu toute la portée de leurs principes.

Aux dominicains on attribue, comme signe caractéristique, le goût du sang, une imj>lacable férocité ;

les jésuites passent pour être la finesse, la ruse, la dissimulation en personne, pour marcher vers leur but par des roules sinueuses et des voies souterraines* Dans le conclave des puissances funestes, les uns représentaient la violence, les autres la perfidie. Eh bien ! cette différence n'existe pas : l'histoire, les documents s'opposent à ce qu on l'admette. Les dominicains aux blanches robes, au noir manteau, employaient, comme les jésuites, la feinte et la supercherie ; la mielleuse troupe de saint Ignace %mployaifld^comme les dominicains, la terreur et les supplices. Les derniers en firent même un usage plus étendu, gaspillant les populations, prodiguant le meurtre et la ruine. Ils ne tenaient pas dans leurs mains la croix du salut et de la rédemption, mais une hache nouvellement afiilée. Les capucins les précédaient, couraient devant eux comme des limiers, ou rtiarchaient à leur suite, exécutaient leurs sentences, ramassaient .les débris de leur proie. Sous une apparence de fanatisme religieux, ils cachaient des plans mondains, une ambition effrénée, une avarice plus insatiable encore. Us voulaient, d'une part, établir le règne absolu du clergé; de l'autre, faire main-basse sur les richesses. Dominer les princes, asservir les peuples, dépouiller la race humaine, tels étaient leurs plus chers désirs, et les théologiens de la cour pontificale ne cherchaient pas à le dissimuler.

« Celui qui assimile le pape à Dieu même est bien vu du pape, mais celui qui veut égaler les princes au pape, écrit un auteur du dix-septième siècle, le pape le fait traîner eif prison. Celui qui imprime que la

majesté des princes doit fléchir devant le sotivërainpontife, est récompensé par le souverain-]K>ntîfe; mais quiconque pid>Iie que le pouvoir des princes n*a rien à démêler avec Tautorité du Saint-Siège, est persécuté par le Saint-»Siége. Quiconque soutient que la supi^matié du pape est absolue, indépendante, illimitée, ne relevant que de Dieu, acquiert les bonnes grâces du chef de l'Église ; mais celui qui veut mettre au-dessus de lui les conciles, éveille sa haine et sa rareur. Celui qui le déclare infaillible obtient ub évêché ; celui qui embrasse une autre opinidPva ramer sur les galères. Celui qui enseigne qtie le pape peu^ excommunier, déposer les rois* à sa' guîse, est défendu paf lui contre la vengeance des rois ; mais delùi ^iii réftite ce système meurt sous la hache, malgré la protection des rois (1). »

Ouvifez maintenant le Manuel des Inquisiteur^, ce livre dont chaque letti*e a coûté la vie à un millier d'hommes, qui a partout répandu la désolation et le malheur, comme un évangile de mort. Les chapitres X et XI révèlent manifestement le but de rinstîtution ; ils traitent deé arhendes, de la confiscation des biens", de la privation de tout emploi, bénéfice^ dignité y pouvoir, autorité, prononcées contre les hérétiques", leurs enfants et descendants.

« Outre les pénitences, dit le Manuel, l'inquisiteur peut infliger des amendes, par la même raison qu'il peut commander des pèlerinages, des jeûnes, des prières et autres expiations. Les amendes doivent

(1) il Cardxnàl%9vho, parte prima, libro l\ pages 113 et 114.

èù% etaplé^ëÈ éù œuvres pies, ôOBihnfé au' ébiltîen éf â Pentfetieû du Saiiit-^Ôîtfce. fr ôist juste éffectîveriient quîe les frais de PinqfùiàifétffYèroïflbelîit âtii' 6étt* cjuî sont trstduitâ detànt sofa tribùnart, parée qfùe; stfîvattt *tot ï^afilrt, nuî n'est obligé de fairef la guertè à ses dépens (nemo cogitur stipmdiis suis MitOare). Ees inquisiteurs peuvent aussi recevoir des pféséiits, péurvu qu'ils ne soient pas' trop cori^idéi'ables : ils' dôfvent craindre qtie leur avîdfité ne scandalise \éi laï^es. »

Voilât donc les amendes introduites péittiA les cMiMetits pieux, parïni tes moyens de corVe^tion, ëf ïe p^^èmi^ usage qu'où leur assigne est d^enflei^ la bourse des inquisiteurs. Charité bien ordonnée comliôience pai* soî-Tù'ème. Ces apôtres du bûcher annoncent, en outre, qu'ils recevront dés présenté ; mais ilé he veulent point qu'on leur apporte des dons trop coflsidérables : cela pourrait faire suspecter leur bienveillance, leur désin^éi'essement, leur charité. Ils sont modestes, les bons pères! leur cupidité fait la prtide et baisse les yeux : ils savent bien que là terfetif deiîstïjfiipRceg et de là mort ouvrira toutes les mains, tous les coffrés, tirera de l'obàcurité les trésors enfouis dépuis des siècles.

ns allèguent des motifs, du reste : les motifs ne nlâriquent jamais pour soutenir les mauvaises causés. « De touteâ les œuvres pies, continue le Manuel^ la plus utile étant l'établissement et le maintien de l'inquisition, les ainéndes peuvent être employées sans inconvénient à rentretién des inquisiteurs et de leurs familiers ; et il ne faut pas attendre qu'ils aient de

ces fonds un besoin pressant, car il est très-profitable et très-nécessaire à la foi chrétienne que les inquisiteurs aient beaucoup d'argent, pour nourrir et payer leurs familiers pour la recherche et Temprisonneraent des hérétiques, pour accomplir leurs autres fonctions. » Le secrétaire du Saint-Office n'a point osé mettre : pour solder les tortionnaires qui étendent sur le chevalet, grillent, tenaillent de pauvres créatures, souvent aussi orthodoxes que le grandinquisiteur. Mais il ajoute une réflexion qui lui parait concluante au dernier point : n Après tout, le public paye bien des bouchers, des médecins et des maîtres ès-arts libéraux ou mécaniques ! Pourquoi ne payerait-il pas les inquisiteurs, qui supportent de plus grands travaux et qui sont plus utiles? Les Égyptiens nourriraient les prêtres de leurs idoles, et le peuple ne nourrirait pas les censeurs de la foi, qui maintiennent l'observation de la loi divine et la pureté des dogmes catholiques? »

L'argumentation est victorieuse : les peuples doivent rétribuer, grassement solder les espions qui les surveillent, les délateurs qui les calomnient,.les sbires qui les arrêtent, les geôliers qui les emprisonnent, les bourreaux qui les torturent, et, par dessus tout, les prêtres qui commandent les rigueurs. Ces professions deviennent ainsi lucratives, et l'on sert Dieu en travaillant à sa fortune. Quant au bon pasteur sauvant la brebis égarée, au Samaritain versant l'huile sur les blessures, il n'y faut point songer : ces paraboles se trouvent dans l'Évangile et non dans le Manuel des inquisiteurs l

Toucher du numéraire, emplir sa caisse par dévouement religieux 9 c'est fort agréable, sans doute ; mais uqp si mince aubaine ne peut suffire à des hommes que dévore le zèle du Seigneur. Les terres, les maisons^ les forêts, les mobiliers, ne laissent pas d'avoir des charmes pour une âme sainte et pour un cœur d'apôtre. Aussi le Manuel a-t-il pris en considération leurs vertueux désirs. Tout hérétique perd ses biens, même lorsqu'il se repent, même lorsqu'il se convertit après la sentence prononcée : à plus forte raison le tribunal confisque-t-il les propriétés mobilières et immobilières des hérétiques impénitents et relaps. Si l'on ne dépouille pas les dissidents qui s'humilient et se convertissent avant la sentence, c'est par pure bonté, dit le secrétaire du Saint-Office, car ils ont mérité le dénûment et la mort, une seule er- ,. reur entraînant de fait ces conséquences.

Les biens capturés de la sorte revenaient naturellement aux inquisiteurs. Leur abnégation n'avait point de bornes. Dans les premiers temps, le fisc s'en emparait, après que les dominicains avaient largement prélevé leurs dépenses. Mais on changea bientôt une méthode si contraire à la vraie piété. Sur les terres de l'Église, l'ordre espagnol garda tout ce qu'il pouvait garder; sur les terres laïques, il fit trois portions des domaines, joyaux et meubles saisis : la première était livrée aux seigneurs temporels, la seconde aux inquisiteurs, la troisième formait un fonds de réserve pour la poursuite et l'extermination' des hérétiques, ou, si l'on aime mieux, les dominicains se l'attribuaient comme la seconde. Innocent IV avait ainsi

réglé les parts. Mais }a tiers qu'ûhtenaieoi les pouvoirs mondains troublait la conscience des moines. Cet empiétement sur les conquêtes de rÉJi^ise knr inspirait de profonds remords. Ils travaiUèreot done à l'aj^olir, et leur pieuse entreprise fut couroanée diS succès. Les pharisien3 de la nouvelle loi déifièrent force patenôtres pour célébrer leur tricwapbe.

Mais les femmes, lep enfants des coodamnés, que devenaient-ils ? J^çs qbast^^itron de la demeure pat^^nelle ? Les réduisait^on à ipendier letur pain ? L'Ëvw^ gile de l'Antéchrist ne leur t^moigme aumne fàiién a La commisération pour les €^fa&ts du couf^able que f on réduit à la meftdicité,ne doit point adoucir la rigu^eur du tribunal, puisqpe, d'après 1^ lois divines et hup().^e&, les ei^fants sont pupi9 ppw les fautes de leurs pères. » Le secret mQ,tif d^ cette disposition se devine aisément. Si on avait téaji^oig^é da la compassion aux famillep, si on avait prain^t de lea précipiter dans ]^ misère, il serait d^vc^V impossible de les dépouiller, il aurait ait m<m$ fallu l^ur laisser uee partie de leurs biens. Or, $i oipi Oie le^ dépouillait pais, le SaÂïM'-OiBçe perdait à gagner, comme disent les trafiquants ; si on leur laissait une poi:tion de leurs domaine^, on écornait d'autaJi^t les bénéfices des révérends pèr^a- Leur G<»ur se révoltait à l'idée d'um pareil abus.

Aussi leur livre, de u^oce aJ!Wt^t-%il : «i Les enfouis ortUqdoxesdes scbisflwitiique^ nc^ smt point exemptés de çptjt.ç peiue, et o» ne doit riien leur laisser, pas même la légitime qui semble leur appartenir de droit naturel. Cela est indispensable pQur détonner les

pères d'un crime aussi grand que rhérésie» » Voilà le prétexte : le véritable but, c'était d'emplir la caisse et d'agrandir les propriétés des dominicains^ Les charitables personnages ! ils étaient susceptibles d'attendrissement. « Les inquisiteurs, dit le Manti^/^ pourront cependant, par grâce^ pourvoir à la subsistance des enfants des hérétiques ; on fera apprendre un métier aux garçons, et on inettra les filles au service de quelque femme honorable de la même ville. Pour ceux que leur âge ou leur faible santé rendraient incapables de gagner leur vie, on leur donnera quelques petits secours. » Très-petits, en effet : comment les moines avides se seraient-ils montrés généreux?

On croira peut-être que la dot des femmefe était à Tabri de leur cupidité. Ils l'avaient reconnu en principe, et elle leur échappait quelquefois. Mais comme les renards tournaient autour de ce butin et le flairaient ! C'était un crève-cœur pour eux que d'en être privés. Aussi avaient-ils établi une exception et une restriction. « On peut confisqlfer la dot, lorsque la femme en s^ mariant a su que son mari était sçhis-^ ma tique. » Or, la plupart du temps, elle protestait en vain de son ignorance. « La dot non sujette à confiscation n'est pas celle que désigne le contrat de mariage, mais celle que des témoins et la déposition d'un notaire démontreront avoir été réellement apportée. » Quelle vigilante avarice ! quelle crainte de perdre un denier I Les juife que brûlaient la Sainte- Hermandad montraient-ils pour la richesôe une plus opiniâtre convoitise ? dépouillaient-ils aussi cruellement la veuve et l'orphelin ?

Mais voici biea autre chose ! La mort même et une réputation intacte de piété n'étaient pas une sauvegarde contre les rapines de l'inquisition. « Après la mort d'un schismatique, on peut encore déclarer ses biens sujets à confiscation, dit le Manuel^ et en priver ses héritiers, quoique cette déclaration n'ait pas été faite du vivant de l'hérétique. » Dans toute l'étendue de l'Espagne conséquemment, depuis les côtes de la Galice jusqu'aux sommets de la Sierra-Nevada^ depuis l'embouchure de l'Èbre jusqu'aux plages du Portugal, nul ne pouvait dormir en sécurité sous le toit de ses pères, nul n'avait la certitude de ne pas être réduit le lendemain à la besace et au bâton du mendiant ! Si on ne le traînait pas devant les juges encapuchonnés du Saint-Office, comme un libre penseur, sans preuves, sans confrontation de témoins, sur la secrète délation d'un misérable, c'était son père, son aïeul, que l'on inculpait, e,t une troupe d'alguazils venait l'arracher de sa maison, de ses terres, du seul endroit où il pût vivre et nourrir sa fafnille, lieux chers et sacrés où il pspérait terminer ses jours ! Que dit, en effet, le sombre code ? « Les enfants et les héritiers des schismatiques ne jouiront du bénéfice de la prescription, pour les biens à eux transmis, qu'après un espace de quarante années, pourvu cependant qu'ils les aient possédés de bonne foi durant ce temps-là, car s'ils avaient découvert dans cet intervalle que le défunt était hérétique, les inquisiteurs peuvent s'emparer des biens de celui-ci, même après les quarante ans révolus. »

Quels étaient les malheureux dont on troublait ainsi les ossements, au fond de leur tombeau fermé

, depuis un demi-siècle et davantage, dont on flétrissait la mémoire par une sentence posthume? Ai-je besoin de le dire, et cette tactique ne laisse-t-elle pas échapper son secret? Tout homme qui n'attribuait point aux moines rapaces un legs important, vu sa fortune, devenait suspect d'hérésie. Son omission mettait en danger l'avenir, le pain de sa famille* L'ordre implacable se tenait debout près de son lit de mort, un sac à la main, et lui ordonnait, par un geste impérieux, d'y verser une large offrande. Le malade tremblant proportionnait ses dons à son amour pour les siens, et les dépouillait en partie, de crainte qu'ils ne fussent totalement ruinés. C'était une manière triomphante de capter les héritages.

Aucune garantie, on le voit, ne protégeait contre Tavidité du Saint-Office. Pas un acre de terre ne pouvait lui échapper, quand il voulait s'en rendre maître. Et pour que ses propres sentences ne devinssent pas un obstacle à sa cupidité, le livre de sang ajoute une clause si subtile qu'elle eût émerveillé TartuflTe. « On doit juger rapidement les causes de cette nature et ne pas tenir les héritiers en suspens, lorsqu'on manque de preuves contre le défunt accusé, à moins que l'on ne compte avoir sous peu de nouveaux indices. Mais l'accusé défunt ayaiïftté absous, cela n'empêchera pas de reprendre le procès, si de nouveaux témoins viennent déposer, parce que, en faveur de la foi, une sentence d'absolution, dans les causes d'hérésie , ne doit jamais être considérée comme un jugement définitif. » Quel abîme ! et comment éviter ces innombrables pièges! Comment ne

pas s'engloutir daus ces chauase-trappes., teâdues l'une sous l'autre jusqu'à des profbndeMJfs mcommensurables?

Il ya sans dire que les oontuma^ses p^iîdaient leurs biens pair le fait n^m^ de leur émigvation. S'ils revenaieiit e& Espagne, s'ils se présentaient aux moines sournois, on les recevait à péniilenee, mais on ne leur rendait pas.une obole. Il est ^ doxi-x de prendre e^ si cruel de restituer !

Le chapitre des confiscations se termine par Texamm d'un problème me^rveilleux, L'inquisiteur demande ai un schisDiatique, dont on ne soupçonne pas les opinions, qui n*a été ni défi^i^neé ni inquiété, ne doit pas en conscience venir dct lui-même offrir tous ses biens aux défeoseufs de l'Église« €ela lui semble dur^ car enfin le pauvire hérétique se dénonceraiit luimême. H hésite donc, il établit des distinctions ; il voudrait, par exemple> qu'un sebismatique renvoyé absous, mais: réeUemjeiit coupable-, livrât de son propre mouvement toute sa fiorluneàila Sainte-Hermandad. Pour parler sans détour*, c'était la Péninsule entière que convoitaifent les moines jaloux. 0 profondeur de l'abnégation cléricale! Avaisrje torfc quand j'attribuais aux dominicains la même dextérité qu'aux jésuites? ' •*••

Le système de spoliation universelle organisé par eux ne pouvait encore satisfaire leur ambition. Les terres, les maisons, les fennes, les châteaux, la vaisséMe, les meidi^les, les bijoux sont sans doute bons à pr^endre et bons à garder; mais ili y a une autre source de revenus et d'influeQ.ce qjue les moines

astucieux voulaieut enclaver dans leur domaine, lies bénéfices, les places, les digriités, impalpables de leur nature, donnent de la considération et rapportent des émoltimenlb. Les spéculateurs etf ^ienifane déclarèrent qu'un setfisitiatique , par le fait luême de son hérésicy mmuràit la perte de tout oflSce ; une sentence n'étgAt nécessaire que pour destituer les fauteurs des héitétiqtfê». Or, si peu de chose vous faisait mettre? hors la foi chrétienne, qtf'on était à moins de riendéelaré partisan des libres penseui^s. Quant aux enfants- des* nripiès, on deviné qu'ils étaient iiïmiédiatemeat expulsés de teùrs emplois, et que toute • autre fonction publique leur devenait inaccessible. On tuait le père par l'excès des tortures, parla flamme du bûcber, par une détention inteririinable ; on tuait les descendants par la feittï.

« Quelques auteurs prétfefident que cette' peine, dit le livre de l'inquisition , e«l rèlstrêinte aux éiifents nés depuis que le père a embrassé de fausses doctrines ; mais leur distinction ne repose sur auctfti'fondeitient solide, et on peut la combattre par celte raison décisive : que la punition ayant été imaginée pour contenir les pères à l'aide de l'ahiour qu'il» portent à leursenfants, elle doit tomber sur tous, puisqu'ils aiment ceux qui' ont précédé leur crime autant que ôeux qui ont vu le jopr après. » L'excouiniunication politique et civile attdgnait la seconde génération du côté paternel> mais ne franchissait point la première du côté maternel : le fils et la fille, le pëlitfils et la petite-fille d'un schismatique ne pouvaient donc obtenir aucun bénéfice, exercer aucun empioi ;

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mais si c*était la mère qui se laissait égarer par Sa* tan, la malédiction épargnait les tètes innocentes de ses petitS'fils et de ses petites-filles. Les contumaces, les relaps convertis, que l'on brûlait malgré leur repentir, car le feu ne perdait jamais ses droits, causaient aussi la ruine de leur postérité. Un homme convaincu ou soupçonné d*opinions douteuses portait donc autour de lui la famine et le désastre : il répandait sur les siens, avant de mourir, une influence pestilentielle. Rien n'échappait : les lugubres associés confisquaient le présent, distribuaient des haillons à.toute la famille et stérilisaient l'avenir. Mais aussi quelle puissance, quels gains ! quels coups de * filet! Places, bénéfices, domaines, châteaux, mobiliers; diamants et numéraire, tout tombait entre leurs mains. C'était un encaissement, une expropriation perpétuels. Les trafiquants homicides entonnaient chaque jour des Te Deutn pour -remercier Dieu de leur prospérité. Ah ! si Tpn avait pu mettre en actions la Sainte-Hermandad , quelle bonne affaire ! quels dividendes auraient touchés les capitalistes !

Pour compléter l'œuvre de spoliation et de persécution, les agioteurs encapuchonnés frappaient un dernier coup sur leurs victimes. Le prétendu crime d'hérésie entraînait la perte radicale de toute espèce d'autorité : les serfs et domestiques ne devaient plus ToUéissance à leurs maitres, les sujets à leur roi, les soldats à leur général, la femme à son mari, les enfants à leur père. Les serments faitsaux schismatiques n'obligeaient point; ils n'avaient pas le droit de tester, ni celui de réclamer un dépôt. Bien mieux, dit le

ManueléQsinqmsiteuTSj^ une femme catholique n'est point tenue de rendre le devoir à son mari devenu hérétique. » Un triple suaire couvrait donc le libre penseur ; il était enfoncé plus avant dans les régions de la mort que tel homme enseveli depuis trente ans.

Des garanties de justice et d'impartialité environnaient-elles au moins les sentences qui produisaient de si affreux châtiments? Allons donc ! Toute garantie accordée aux inférieurs limiteHe pouvoir des supérieurs, et les ambitieux rêvent généralement un despotisme sans bornes. La plainte même les importune. « On veut un esclavage muet, suivant l'expression de "Chateaubriand, et non pas d'insolents opprimés qui oseraient dire qu'on les écrase. » La procédure de rinquisition dépasse toutes les iniquités judiciaires amoncelées dans l'histoire en couches si profondes ; elle traverse ces lugubres gisements du crime, et s'élève au - dessus comme une pyramide sépulcrale, comme un édrfice de terreur et de mort.

Pour être arrêté dans son domicile, traîné dans les cachots de l'inquisition, il suffisait d'un seul^délateur, qui venait secrètement déposer, sans avoir besoin de faire appuyer sa déposition par des témoins. Il suffisait encore de la rumeur publique, des vains propos de quelques flâneurs, qui supposaient tel ou tel peu attaché au dogme catholique. Le juge les citait alors devant son tribunal, afin de les questionner. En faveur de la foi, dit le Manuel^ on recevait la délation et le témoignage de quiconque voulait parler ou ne pouvait faire autrement. La liste imprimée dans le sombre code est édifiante au dernier point. 11 déclare

(dignes de renseigner le tribunal : les excoinmiifiiés, les compilées de rhérétiqne, les infâmes et les personnes coupablee de n'importe qnd crmcy \m schismatiqueSy les idolâtres et tes yti&y les parpires qui ont trahi la vérité dan» la caose même et an détriment du prévenu. « Si un témoin, fait observer le pieux rédacteur^ vient de se pdtijnrer, ftpeu4 corriger sa première déposition^ et alcM les juges s'en tiendrottt à la seconde, pburvu (pi'elle charge f accusé ; car si elle hû est fevorable, on s'em tient à 1» pre* mière» » Le tribunal M se souciait donc pas de la véritéy 0e montrait donc nul: égard peur l'innocence: il ne cherchât que des coupables ou pi«4ô4 des vielÎBiesv.

L'inquisition admettait efncore parmè les témoins la feiftine,. les enfants, les alliés Hat\iFels et lesf domestiques d'ufi suspect : le firère pouvait déposer çdntre le irère, \» père accuser son fils et le &^ dénoncer ou charger son père, attendn, disait-elfé, que Fobéissanêe enveihs: Dieu passe avant ^obéissance enveiils leé parenlSy * que^ si Fon peut tuer sDa père conwtoeenmsmi de la patrie,, en peut à pins forte raison: dévoiler ses: crimes contre la^ majesté suprême. Aussi le' fils qui trahissait les opimons schismatiques de sonpère était^il, eu faveur de sa délation, sousMil au^ peines édictées contre les edfants des coupafelei^ « Les déposiliûns des témoins domestiques, dit le Mamiel séputeraly sont très-nécessaires, parce que le cvkne d'hérésie se commet ordinairement dans le secret des maisonsv. » Quelle sécurité de pareilles: lots; assuraient aux familles ! L'inquiétude ven«tit, eomme un oiseau

de nuit, se loger sous les toîts tes pkus respectables. Les Biaitres et less serviteiuB^ tes pères et les fils se craignaieiit mutueilemeiitt; les frères se regardaient avec anxiété. A Toudome, un père^ qpi avait accusé sofi ûhy ayant été mis à la question)^ en f 3tS, aTOua q&^û s'était laissé emporté par la baim, qu'il avait calomnié un innocent*

Les dépositions des consanguitis e4 des sehismatiqiies^ reçiies avec empressement lorsqu'elles pouvaient conduire au btcher, ne rancoatraient que du dédain lorsqit'elle& justifiaient le prévena. Les inquisiteurs les déclaraient alors inadmissibles^ la ressemblance d)es opînioBs^ et les liens de la parenté devant les faire tenir pour suspectes.

On ne ûonfrcmêait pas les téœcrins avec les inculpés, cela eut été trop équitable ; on ne leur citait même pas les noms de leurs accusateurs. La défense étaitup vain simulacre ou une lugubre dérision. Le laribunal choisissait lui-même l'avocat du patient, bigot dévoué att SaÎDt^-Ofiioe. « Son principal soin, dit naïvement le Manuiel, sera d'exhorter le prévenu à faire des ^yewa et à demafider pardon de son crime, ^'il est coupablb. » Le^ pardon^ c'étaili la mort dans les âan!UBes,.la mort eui grande eérém®mei Detax témoins ou délateurs, fussent-Us leorebut de l'espèce humaine, suifisaie&t poup motiver une condamnation^ Une victime de plus ornait) le pnoehain, anto-da-fé ou allait pourrir à vingt pieds sou& terre.

On le voit donc, rien ne garantissait de Finquisition, ni pendant là vie, ni après la mort, pas même lafoiikipluSiviM, ptemème Kinaoeence< la plus ma«

nileste. Le monstre pouvait toujours vous envelopper de ses tentacules, vous attirer doucement et refermer sur vous sa mâchoire. Et comme le persécuté n*y tombait pas seul, comme la confiscation des biens suivait toute sentence, Teffroyable tribunal disposait sans contrôle des propriétés en même temps que des personnes. La fortune qui attirait les regards des sombres moines était une cause incessante de péril. Combien d'hommes riches, au moment où on les affublait du san-benitOy auraient pu s'écrier, comme le proscrit romain : « Malheureux ! c'est ma maison d'Albe qui me perd ! »

Une institution pareille dominait de beaucoup la justice civile, les corps politiques et l'autorité même du roi. C'était une machine d'opprcjssiôn irrésistible : Caligula, Néron, Héliogabale n'eussent pas rêvé mieux dans leurs mauvais jours. Mais c'était aussi une machine d'extorsion, un polype dévorant, qui, placé n'importe où, devait pomper toute la substance d'un pays. Jamais entreprise de négoce ne^fut si adroitement combinée. En cent ans, un royaume livré aux inquisiteurs ne pouvait manquer de leur appartenir comme propriété de main-morte, s'ils ne limitaient eux-mêmes leurs rapines ou si le gouvernement ne leur opposait point d'obstacles.

Le clergé espagnol devint en conséquence d'une richesse prodigieuse. A la fin du dix-septième siècle, il possédait, dans les vingt-deux provinces du royaume de Castille, douza millions d'arpents de terre qui rapportaient 161 ,000,00 Ode réaux. C'était la cinquième partie du sol. 11 fallait y joindre des valeurs immenses

en édifices et un casuel entretenu par la teiTeur. L'archevêché de Tolède rapportait tous les ans 200,000 ducats, qui équivaudraient de nos jours à 3,000,000 fr. ; l'archevêque de Compostelle avait 60,000 ducats, c'est-à-dire 800^000 fr. de revenus ; l'archevêque de Séville, un million et demi ; l'archevêque de Valence, 700,000 fr. Un homme prescrivait-il en mourant quelques milliers de messes pour le salut de son âme, le clergé retirait d'abord de la succession la valeur arbitraire de ces offices, sans avoir égard aux créanciers du défunt, qui souvent ne touchaient pas un maravédis (1). Les propriétés, les revenus spéciaux du Saint-Office n'ont jamais été connus, un mystère impénétrable enveloppant toutes ses opérations : le san-benito, les appareils de torture, la strangulation octroyée comme une faveur aux schisma tiques repentants, prévenaient, effrayaient d'ailleurs la curiosité.

Tant d'influence, de richesse et de pouvoir ne satisfirent pas l'inquisition. Elle fonna le projet de se créer une armée toujours prête à soutenir ses ambitieuses manœuvres. Ces troupes auraient composé un nouvel ordre militaire, Sainte-Marie de l'Épée-Blanche, qui aurait eu pour grand-maître l'inquisiteur-général d'Espagne. Quarante familles nobles, les représentants de tout le clergé monastique, de" toutes les égUses, et le conseil de la Suprême, louèrent ce formidable dessein, approuvèrent les statuts déjà dressés. Il ne manquait au Saint-Office que

(1) V Espagne depuis Philippe lî, par\Ch. Weiss, seconde partie, ch. !•*.

rautorisatioB de Philippe II. Mais le roi comprit que laisser organiser une pareille force, mettre des bandes fanatiques à la disposition d'une société puissante et implacable, c'était abdiquer la couronne. Maîtresse des esprits par la superstition et la terreur, elle eût bientôt dominé militairement la Péninsule, et de là porté la guerre au dehors dans l'intérêt du catholicisme ou dans son propre intérêt. Le prince tergiversa, demanda si cet ordre était bien nécessaire, prétexta qu'il lui fallait le temps de réfléchir, et ne se décida jamais, heureusement pour lui, pour sa famille et' pour son peuple : l'Ëpée-Kanche se serait teinte avant peu dans le sang des rois et des nations.

Les dominicains et les jésuites furent d'abord ennemis, les premiers craignant de voir rogner leurs bénéfices et dimî&uer leur influence ; mais les deux ordres s'entendirent bientôt à merveille. Les moines hypocrites se chargèrent d'énerver, d'obscurcir les intelligences que devaient terrifier les moines sanguinaires. Daifô les pensionnats, dans les collées, dans les universités, ils répandirent ou épaissirent les ténèbres de la scolastique,et noyèrent la raison soûs les vaines subtilités de leurs docteurs. L'inquisition opprimait les adultes ; les jésuites mutilèrent l'enfance, paralysèrent la jeunesse, engourdirent les esprits«

Cette oeuvre si importante pour eux était loin d'absorber toute leur attention et d'occupé toutes leurs forces. Ils avaient secrètement adopté les principes des dominicains, mais visaient plus haut, éten-

dai^it {dus loin leur ambition, voulaient procéder d'une manière plus expédilive. Chez eux, l'adresse des inquisiteurs s'était changée en insondable tactique, leur cupidité en avarice suis bornes, leur goât du meurtre en barbarie implacable. On a toujours laissé dans l'ombre, et pour ainsi dire méconnu, la férocité des jésuites, pendant qu'on étalait au jour leurs rapines et leur astuce. Mais leur (^uauté l'emportait sur leur talent pour dresser des embûches : l'histoire n'ctffre rien de comparable aux boucheries organisées, présidées par eux, et, pour trouver une secte analogue, il faut aller jusque dans l'Inde chercher les adorateurs de Siva.

Les dominicaines avaient des tribunaux, des gardes, des prisons, des tortionnaires, des geôliers, des mouchards , un personnel coûteux , une administration étendue. Us condamnaient dans l'ombre, mais brûlaient en public, répondant ainsi de leurs actes, montrant leurs victimes et dévoilant leurs secrets. L'ordre de Saint-Ignace préféra envelopper ses manœuvres d'unjmpénétrable mystère : il ne voulut ni arrêter, ni juger, Ai brûler, ni étrangler lui-même. Il n'essaya point d'enrôler sous sa bannière une armée de fanatiques ou d'intrigants, qu'il aurait fallu solder. Son système révélait une adresse plus profonde : s'atta* eber aux grands de la terre, spécialement aux rois, servir leur ambition, chatouiller leurs vices et leurs faiblesses, obscurcir leur esprit, les plonger dans un abîme d'illusions, affecter un dévouement sans bornes pour les mieux assujettir, augmenter leur puissance pour en profiter eux-mêmes, c'est-à-dire

fortifier Tinstrument façonné de leurs mains, pour qu'il fût d'un meilleur usage. Ne pouvant occuper les trônes, ils escamotèrent l'autorité des princes et régnèrent sous leur nom. Deux routes ^menaient à ce but : renseignement et la confession. Ceux qu'ils avaient formés enfants ne sortaient jamais de tutelle, demeuraient enchaînés sous leur joug par la contrition et la pénitence.

Le duc de Saint-Simon rapporte un fait qui met en pleine lumière la politique des jésuites. A la fin du règne de Louis XIV, quand une profonde misère rongeait toutes les classes de la société, que te peuple fléchissait sous le poids des impôts, Desmarest, contrôleur-général des finances, crut nécessaire de lever une dîme sur tous les biens du royaume.Cette nouvelle extorsion affligea, inquiéta le prince. Il ne put cacher sa tristesse aux regards des valets, qui s'en effrayèrent. Son abattement durait depuis huit ou dix jours, lorsqu'on vit soudain sa contenance s'égayer, son calme habituel reparaître. D'où venait ce soudain changement? Il l'expliqua lui-même à Maréchal, son premier chirurgien, qui l'avait questionné sur sa mélancolie. La nécessité où il se trouvait d'augmenter l'indigence de la nation lui ayant inspiré des scrupules et même des remords, il s'en était ouvert à son. confesseur, le père Le Tellier, qui lui avait demandé le temps d'y réfléchir. Ses réflexions n'avaient pas été longues : ayant réuni les principaux docteurs de Sorbonne, il leur avait fait rédiger une consultation « qui décidait nettement que tous les biens de ses sujets étaient à lui en propre, et que , quand il les

prenait, il ne prenait que ce qui lui appartenait» » Cette déclaration avait mis la conscience du roi fort au large, apaisé tous ses scrupules, fait rayonner sur son front la joie et la sérénité. .

Voilà le système : anéantir les peuples devant les rois, dominés eux-mêmes par les jésuites; répandre partout la servitude morale et politique, pour mettre le pied sur la tête des nations ; coui*ber celle des rois et, au besoin, les faire disparaître, s'ils ne veulent pas accepter la suprématie de Tordre impérieux. Hessius, Marianna, Azor et Suarès ont assez ouvertement exposé les maximes meurtrières de la société à l'égard des souverains. Le second n'a-t-il pas écrit un livre pour disculper et vanter l'assassinat de Henri III?

Ainsi, sans avoir de tribunaux à eux, les jésuites faisaient fonctionner dans leur intérêt toutes les couis judiciaires d'un royaume ; sans avoir ni sbires ni prisons, ils faisaient arrêter, mettre sous les verrous quiconque leur portait ombrage ; sans avoir ni tortionnaires ni bourreaux, ils appliquaient à la torture, ils décapitaient, brûlaient, pendaient, écartelaient, dépeçaient les hérétiques ; sans avoir d'armée, ils combattaient en rase campagne , assiégeaient dans leurs châteaux, exterminaient par l'épée les adversaires de la cour romaine et les adversaires de leur monstrueuse ambition. Us gouvernaient ainsi les rois et les peuples sans bourse délier. Avec son adresse proverbiale. Tordre cauteleux unissait la terrqur et l'oppression à l'économie.

Les dominicains se proposaient l'anéantissement des schismatiques dans les pays orthodoxes ; les jé-

suites poursuivaient la même épuration, mais tou- ^ laient en outre assaillir l'hérésie dans ses heux de refuge, dans les contrées où elle formait- Topinion dominante, où le droit de la majorité la consacrait. La hache à l'intérieur, le glaire et te eanon au dehors> tels étaient leurs moyens de propac^nde. Tenant le calice d'une main et la croix* de Tsutre, ils organisaient une boucherie effroyable, devant laquelle l'historien demeure stupéfait.

Il leur fallut aussi un code crhninei, un évangile du meurtre et de la spoliation. Mbés comment faire> mieux que les dominicains, dresser un phis haènle manuel de proscription, de négoce, d'artîfiee et de mort? Le génie même de Loyola fut contraint de s'humilier devant cette œuvre sinistre* L'ordre espagnol adopta le livre noir des inquisiteurB. Toutes les subtilités qui serpentent à travers, toutes les rigueurs qui en tachent les pages> concordaient avec leurs iatentions, leur sigitalaient la voie ta plus directe pour atteindre leur but* I4s le substituèrent au Déealogue, aux maxi*ies cferétiennes, et en modifièrent seulement k pratique, pour l'ajuster à leurs moyess d'action.

La procédure déjà si rapide , si tortueuse et si cruelle du Saint-Office, ite l'abrégèrent. Les ^dominicains espionnaient, traquaient, supprimaient des individus; quand, par hasard, ite brûlaient deux cenis pemonnes à la fois, c'était un a«to-da-fé monstre, une cérémonie extraordinaire. Deux cents personnes, qu'est-ce qfle cela pour les jésuites? Qudie importance pouvait avoir une semblable exécution, dans

les pays où le protestantisme était légalement reconnu, comme en France; où il comptait le plus * grand nombre de sectateurs^ comme en Bohème, en Autriche, en Hongrie ; où il exerçait l'autorité souveraine, comme dans l'Allemagne du Nord? Là, c'étaient des populations entières qu'il fallait détruirié, des milliers de bourgs, des villes opulentes, des capitales qui devaient flamboyer pour la gloire du Seigneur. L'inquisition jugeait sans confronter les témoins avec les prévenus, admettait les dépositions des gens les plus infâmes; les jésuites condamnèrent leç citéft, les provinces, les nations dans leurs mystérieux conciliabules; pnis les missions armées, les dragonnades, les massacres, les guerres à outrance portaient la ruine et la mort là où le tribunal sans appel Tavait ordonné. Le nombre des victimes ne les inquiétait guère , la solitude créée par le meurtre ne les effrayait pas. C'étaient de vastes domaines qui tombaient entre leurs mains, c'étaient de splendides épaves qui récompensaient leurs créatures et leurs bourreaux. Les confiscations d'ailleurs allaient leur train, n'étaient qu'un jeu pour ces hardis spéculateurs.

Lorsque des jugements particuliers devenaient nécessaires, pour terrifier d'avance les populations et prévenir les révoltes ou, après une victoire, pour en consolider les résultats, pour répandre partout l'inquiétude et la frayeur, le code ténébreux de l'inquisition jouait son rôle. Toutes les garanties, tous les moyens de défense étaient supprimés : on mettait à néant le droit naturel, on bravait les principes les

plus élémentaires de la justice, sous prétexte que rimportance de la foi demandait une exception (1). Une exception aux règles immuables, universelles de l'équité, aux lois de la morale, aux préceptes de l'Évangile^ l'argutie est curieuse ! Et la torture fonctionnait, tordait les membres, tenaillait les chairs^ disloquait les os des schismatiques et des libres penseurs; et des familles entières mouraient sous le glaive, disparaissaient dans les flammes, dans les impénétrables abîmes des cachots surveillés par l'astuce cléricale.

Non-seulement le Manuel des inquisiteurs a été le guide secret des jésuites, leur bréviaire et leur charte, mais cette bible de la servitude, des pleurs et du carnage est devenue le code politique d'un grand pays, où ils ont longtemps parlé en maîtres absolus. Quiconque voudra lire attentivement l'histoire d'Autriche et comparer les actes du gouvernement impérial avec les préceptes du Manuel^ verra que les Habsbourgs n'étudiaient pas ailleurs Tart de conduire les hommes. Leur sombre fanatisme prenait au sérieux toutes les maximes du livre d'extermination, et ils ont poussé la tyrannie à un degré de fureur

(1) Toutes ces subtilités féroces ont passé dans la législation actuelle de TAutriche. Voici, par exemple, l'article 337 du Code pénal : « Comme la défense de Pinnocence est un des devoirs du juge criminel, le prévenu ne peut demander ni qu'on lui accorde un avocat ou défenseur, ni qu'on lui communique les indices qui sont à sa charge. » Quelles révoltantes arguties ! Un peu plus loin, l'article 377 exige que « dans les affaires d'Etat, et BOUS peine de complicité, la femme dénonce son mari, le frère son frère, le fils son père, et ainsi de suite pour tous les membres de la famille. » Ne croirait-on point lire un passage du Manuel des Inquisiteurs ?.

qu'elle n'avait jamais atteint. Odieuse fécondité du mal ! Les instructions rédigées pour un ordre cauteleux, avide et farouche, ont inspiré un tordre plus déloyal, plus cupide , plus sanguinaire encore, installé la persécution sur le trône, et fini par créer un enfer politique, dont il ne sortait que des plaintes, des gémissements, des prières et des malédictions, bientôt transformées en bégaiementa d'idiotisme ! Ils étaient loin les temps de la primitive Église, où . saint Ambroise arrêtait l'empereur Théodose sur le parvis de la cathédrale de Milan^ pour lui reprocher le carnage de Thessalonique et lui rappeler qu'il n'était que cendre et poussière, comme les autres hommes; où il lui imposait une pénitence publique et lui faisait décréter que l'exécution de toutes les sentences capitales prononcées par les souverains serait à l'avenir ajournée pendant un mois, afin qu'ils eussent le temps de reconnaître leur faute, si la colère avait égaré leur jugement. Les prêtres ne secouraient plus les orphelins, ne consolaient plus les alHigés, ne visitaient plus les captifs, ne vivaient plus, hélas ! dans i'abstinence et l'humilité!

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