CHAPITRE XX
LE PRINCE DE KAUNITZ ; SON ADMIRATION POUR LES I0ÉES, POUR LES MŒURS, POUR LA LITTÉRATURE FRANÇAISES; IL UNIT LA COUR DE VIENNE ET LA COUR DE VERSAILLES PAR UN TRAITÉ.
L'ambassadeur qui vint représenter T Autriche à Paris, en 1751, loua pour y établir sa demeure et ses bureaux le splendide palais Bourbon. Comme ses prédécesseurs avaient donné des fêtes somptueuses dans de moins beaux hôtels, on crut qu'il allait effacer leur luxe, tenir table ouverte, faire danser toute Taristocratie de l'Europe. On fut donc bien surpris de voir qu'il transformait en ermitage sa magnifique résidence. Le prince n'adressa pas une seule invitalion. Il n'avait d'autre souci, d'autre désir, que de plaire à Louis XV et à M™« de Pompadour. La favorite surtout le préoccupait; l'ingénieux diplomate voyait bien que, sous une monarchie absolue, où les cotillons gouvernaient- le roi, c'étaient les cotillons qu'il fallait gagner. Aussi n'épargnait- il ni soins, ni dépenses, ni attentions, pour bien disposer en sa faveur la toute-puissante créature qui menait la France.
Marmontel, qu'il accueillait fort bien, lui reprocha un jour l'espèce de solitude où il vivait. L'importance de la monarchie dont il était le délégué^ ses brillants salons et ses vastes jardins semblaien^ppeler la foule, * exiger des banquets et des fêtes.
-^ Je suis à Paris pour deux objets, lui répHqua le prince : les affaires de l'impératrice et mes plaisirs. . Je m'acquitte régulièrement de mes fonctions, et me maintiens au mieux avec les seules personnes dont les bonnes grâces doivent me préoccuper, le roi et sa ' maîtresse. Je suis donc irréprochable sur ce point. Quant à mes plaisirs, c'^t une question qui me regarde uniquement: une vie d'ostentation me fatiguerait et m'accablerait d'ennui.
Invariablement fidèle à son système, l'ambassadeur ne recevait dans ses appartements, ne promenait dans ses jardins qu'une célèbre chanteuse de l'époque, nommée Gabrieli, et la fleur des aimables aventurières que se disputaient alors les grands seigneurs. Elles folâtraient sous les ombrages, autour des bassins, avec ces libres manières et cette gaieté insouciante qui caractérisent leur folle tribu. Les allées discrètes, les mystérieux bocages entendaient, non point de graves discussions sur les affaires politiques, mais de lestes couplets et de joyeux rires, mêlés aux chansons des oiseaux.
Le galant diplomate, qui prenait si vite les mœurs de haute fantaisie, associées par le dix-huitième siècle à un. noble amour de la justice, à une ardente passion pour le bien, était un des personnages les plus singuliers que la nature ait produits ; mais elle lui avait
dopné en compensation des talents supérieurs. Il se nommait Wenœslas-Antoine de KMintte, et avait vu le jour dans la èapi taie de T Autriche, le i février 1 7 H . Comme il avait ^ix-neuf frères et sœurs, parmi lesquels il était un des moins âgés, ses parents le destinèrent k porter la soutane. Suivant l'usage de l'époque, on le nomma dès le maillot chanoine de Munster. Par ce fait, vous devinez que les Kaunits: formaient une riche et puissante famille, car les psnvres gens n'obtenaient point de pareils bénéfices <avant d'être sevrés. (Les Kaunitz possédaient effectivement des domaines trèS'^étendus dan^ la Moravie, oii les Lichtenstein et les <Dietriohstein pouvaient seuls lutter d'opulence avec eux. Leur nom leur venait d'une terre patrimoniale située :près de )Birann(d). Uteic^ le père de Wenceslas, avait été ambassadeur dans plusieurs cours, notamment à Madrid. L^homme d^Ëtat
(1) Le 'fief voisin d'Ansterlitz leur appartenait élément. Ce lien, de- ▼eau célèbte de nœ jouis par la bataille dos Trots-Bapereim, avait alora une célébrité bien différente : il était un foyer de doctrines scbismatiqueSf et Von n'y comptait pas moins de quatorze sectes, parmi lesquelles domi- AaieAt 'les Anabaptistes. EUos y fermentaMtitsoiis'la protection d'Ulric de Kaunitz, passionné pour la Réforme. Il dirigeait la violente opposition qui luttait en Moravie contre les Habsbourgs. Ce fut dans son hôtel, situé »ur la. grande .place de Bmnn, qne l'on* proclama Vinepte Fïédéric V,'5crrnammé le Bai d'Hiver, parce que son pouvoir ne dura qu'une saison.
Ulric eut la bonne fortune de mourir avant la funeste bataille de la Jf ontagne Blancke, dont l'Allemagne entière éprottve'encore, àcette heoteinteie, les déptorables effets. S'il n^vait point dispara si opportunément, la réaction victorieuse l'eût fait périr sur l'écbafaud. Le tribunal de sang prononça contre ses deux fils la peine de mort et la confiscation de tous leurs biens. On kmr octroya pourt^t leurrgrâoe, et le fUs de Pnn d'eax,^nomsié Rodolphe, épousa l'unique héritière de Wallenstein, le plus implacable bourreau des protestants. Une partie de ses immenses rapines demeura 'donc^ entre les* mains <de8 Kaunitz et augraeAt-a leur fortune primitive.
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iq«i nous occupe ne devait donc poiftt trouver 4' obsiaoles tau début 4e sa carrièie. Une allée ^en peate douce, bordée de .^azon et d'arbres antiques, s'ou* errait devant lui et semblait Je solliciter à marcher vers les 'honneurs.
^Une cibance non moins heureuse le dispensa d'en^ 4rer dans les ordres. Presque tous ses frères «loururent, et sa famille abandonna le projet de lui faire -pocterle suiplis. Sa mèrej craignant de le perdre <X)HMne ses autres ftls, l'entoura de soins continus, le regarda vivre et l'écouta respirer. Cette inquiète sollicitude se communiqua au jeune prince, qui montra ftoute sa vie une superstitieuse vénération pour sa santé. Ses précautions 'hygiéniques dépassaient ce qu'on peut inventer de plus étrange.
A Paris, l'ambassadeur autrichien fut avant peu une des grandes curiosités du jour. Sa- manière grave, méthodique, officielle, de courtiser les femmes, son imperturbable sang-froid pendant qu'il leur débitait ses ^sornettes amoureuses, son aveugle confiance dans la fidélité des jeunes personnes qui acceptaient ses présents et son cœur, étaient pour la société française une source» inépuisable de quolibets et de gaieté. A Bruxelles même, où il entretenait la fameuse coui^lisane Proli, on s'était amusé de son libertinage solennel. Chez nous , ce fut bien autre chose ; le petit-maitre tudesque obtint un succès d'ironie» Les dessinateurs firent à son sujet mainte caricature, les vaudevillistes le mirent sur la scène, on ne lui épargna point les plaisanteries dans la conversation. Le prince se montra impassible ; non-seulement il ne
sut pas mauvais gré aux Parisiens de leur persiflage » mais leurs escarmouches ne purent troubler son calme olympien. Â toutes les moqueries, à toutes les charges bouffonnes» il opposait une sérénité majestueuse et inaltérable. Sa figure demeurait immobile comme le visage d'une statue, son esprit semblait planer dans une sphère inaccessible aux traits railleurs. Malgré cette insouciance, il répondait d'une manière vive, mordante et spirituelle. Les hommes les plus fins, les plus expérimentés demeuraient interdits et ne renouvelaient pas leurs attaques. Comme on avait en France d'autres procédés stratégiques, la méthode de Tambassadeur ne tarda point à faire sensation, trouva même bientôt de justes appréciateurs.
Outre son flegme naturel , une cause puissante bronzait le prince, le rendait insensible aux sarcasmes. Jamais politique des temps anciens ou modernes ne témoigna pour notre pays une admiration plus vive, un attachement plus sincère. Le but secret de tous ses efforts, de toutes ses démarches, de toutes ses observations et de tous ses stratagèmes, c'était de conclure entre la France et l'Autriche, après deux cents ans d'inimitié, une alliance offensive et défensive. Lorsque le pfeuple de son choix le tournait en ridicule, il ne souriait point, parce qu'on ne le vit jamais sourire, mais il considérait les plaisants avec . bonhomie, avec intérêt, comme un père qui s'amuse des espiègleries de ses enfants.
Le prince de Kaunitz voulait prouver que la lutte séculaire entre la France et l'Autriche, que leur habitude de se prendre aux cheveux, était tout simple-
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ment TefiFet de la routine, une sorte d'inconvenance et d'absurdité traditionnelles. A quoi leur servait de s'affaiblir mutuellement? Ne vaudrait-il pas mieux se liguer, faire cause commune, pour dominer ensuite l'Europe ? Qui oserait tenir tête aux deux grandes puissances continentales, une fois qu'elles seraient unies? Les États secondaires se réjouissaient de leur' discorde, eux qui, sans cette fatale inimitié, ne pourraient se mouvoir et seraient contraints d'obéir. L'ambassadeur esquissait dès lors, avec un instinct très-juste et beaucoup de finesse, un projet d'alliance auquel l'ambition de Frédéric prêtait un double intérêt.
Ce génie militaire et administratif inspirait au diplomate viennois une anxiété continuelle. Il eût voulu le garrotter avec l'aide de la France, le tenir immobile sur les sables du Brandebourg.
Pendant qu'il plaidait chez nous la cause de l'Autriche, il s'évertuait donc à rabaisser et à dénigrer la Prusse. La cour de Versailles et la cour de Berlin étaient unies alors par un traité. Mais Kaunitz se promettait de le faire rojnpre. L'alliance du prince catholique et du prince luthérien ne lui semblait ni durable ni très-sincère. Il faisait habilement ressortir la dupHcité de Frédéric pendant les deux guerres de Silésie. N'av^it-il pas conclu sournoisement avec TAutriche, en 1741, le traité secret d'Oberschnellendorf, après lequel il feignit de continuer la lutte, puis signa tout à coup la paix de Breslau? Sa victoire de Kesseldorf n'avait -elle pas eu pour conséquence une pa:ix aussi inâprévue et aussi rapide? Le souverain
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sefaisarfftique avait joué ta France, Tavait hypb<»pHe* mfecît employée à tirer les marroiKs du fétt;
Kau&itz pariait déjà dans le même ^na au eomte dé Saint-^Séverin, pendant le congrès d'Aix-la-€faa* pelle, où le seigneur français représentait son pays et où te diplomate viennois eut Thonneur de tenmner la guerre de là succession d'Espagne. Il tint un hingage identique isùr les hors du Danube avec le elMtrgé d'affaires Blondel, qu'il entourait de prévenances pour le gagner à son système. B le fit inviter, par exemple , aux petites comédies que les arcbidtichesses jouaient devant une société peu nombreuse. Très-flatté de cette distinction, l'envoyé ne manqua pas d'en instruire sa eour, ajoutant que le nonce du pape , les ambassadeurs de la Grande-Bretagne , de Venise et de Hollande^ avaient seuls obtenu te même honneur. Il annonçait en outre que l'impératrice, alors dànâ une position intéressante, prierait Louis XV d'être parrain, si elle mettait au monde un archiduc.
Pendant son séjour en France , Kaûnitz avait disposé le souverain et la nation à un rapprochement avec i^éâ Compatriotes. Pour* séduire entièreitient M"* de Pompddour , il lui avait même donné , dans un hôtel de Versailles, des fêtes splendides, qui interrompirent momentanément sa voluptueuse solitude. Mais ce n'était là qu'un heureux débyt , qu'un des éléments de son œuvre. Il fallait maintenant assouplir la roideur autrichienne, attifer vers la France tfa peuple et une cour hostiles. Le prince , au bon* de deux ans, quitta son poste et alla commencer à Vléhne la seconde partie de sa tâche.
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B s^bccupa siiitoiit dJei" gagner rimpérairhie : son ar^me&t principal eoûsistait à kii déraçntrei? qu'uoa a)|iafi€e av^ nous ferait un infâillibte iuoye& do- fo- Gowvrcf la SUésiôv Or , le retour de eette pro^c^ S0us^»» domîoalÎQn étoit chez Marîe-TliéFèse une idée fixe. Dans le peupte et parmi les courtisais, le seul ppojet 4e eette umon pditique semblait un crune de baule trahison. L'impératrice garda au elairyoyaat (Mplomate mn profond secret : ni les ministTes , ses coUègues , ni Fompereuf ne soupçonnèrent une ma-r nœuvre si adroitement ooaduite.
Trois années d'habile stratégie et' d'efibrts coiitinuels furent nécessaires au prince de Kaunitz pôwr alteiadre son but^ Mais tout à coup son ingénieuse tactique obtint le succès désiré : un changement à vue s'opéra dans la politique autrichienne. Une séance du conseil d'État , où il opinait oomnm ministre des affaires étra^ères, assura son triomphe. Ce fut une scène curieuse et mémorable. Le p^sonnel était au grand complet. L'empereur assistait à la délibération ; Marie-Thérèse siégeait comme présideate. La question était de savoir si TAutriehe demeurerait Talliée de la Grande-Bretagne et de la Hollande, qui dominaient les mers, ou si elle chercherait en Europe d'autres associés. L'intérêt pécuaiaire plaidaH la cause des ancieane'i relations: les deux peuples qui se partageaient le monopole de rOcéan, payiiient aux Habsbourgs d'importants subsides. Ce numéraire yenu de Tétraeger facilitait les concussioûs des grands seigneurs. Une maxime , devenue avec le temps aussi forte qu'une loi , déclarait
contraire à la dignité impériale d'examiner les comptes du trésor. Les hauts fonctionnaires le pillaient donc sans inquiétude , et les sommts fournies par les puissances maritimes assuraient, augmentaient leurs bénéfices clandestins. Supprimer ces revenus, c'était les appauvrir*; c'était presque leur enlever un bien héréditaire. Si l'Autriche y renonçait, les services publics absorberaient la totalité de Timpôt, et la noblesse perdrait une partie de sa fortune. Elle n'avait garde de sanctionner une pareille injustice, de porter elle-même atteinte à ses ressources. Le conseil tout entier se déclara pour TAjagleterre et la Hollande.
Étant le ministre le plus jeune, le prince devait émettre son avis le dernier. 11 laissa discourir ses collègues sans les troubler par la moindre objection. Sa figure immobile eut permis de croire que le débat ne l'intéressait en aucune manière. Uhlefeld psalmodia tant bien que mal ses phrases embrouillées ; Bartenstein, qu'impatientait la lenteur de son débit et la prolixité de son élocution , venait de temps eh temps à son aide, lui soufflait un mot , une expression qu'il cherchait péniblement. Colloredo et Harrach prononcèrent leurs discours d'une voix mâle et ferme : ils argumentaient avec énergie pour l'ancienne alliance, qui intéressait leur coffre-fort. KhevenhiiHer leur apporta le secours de sa rhétorique efféminée. Le vaillant Charles Battyany , précepteur militaire de Joseph 11, qui avait remporté plusieurs victoires sur les Français et les Bavarois, soutint les mêmes principes et jeta dans la balance le poids de son épée.
Kaunitz ne répondait mot, ne sourcillait pas. Il taillait des plumes, corrigeait les petits désordres qui avaient pu se produire dans sa toilette, secouait de son jabot et de ses parements les grains de poussière , tirait sa montre à répétition et la faisait sonner. Marie-Thérèse affectait le même calme : nul n^aurait pu déchiffrer sur leurs traits le premier mot de l'énigme.
Enfin arriva lé moment où Kaunitz devait prendre la parole. Sans que la moindre émotion troublât la sérénité de ses yeux bleus , il entra en matière avec une décision , une fermeté qui présageaient la victoire. Les arguments de ses confrères disparurent devant sa logique inflexible, comme la poussière que le vent emporte. Ses raisons nettes, précises, étaient appuyées sur l'étude récente qu'il avait faite des divers peuples intéressés dans le débat. Au fur et à mesure qu'il avançait, il fortifiait sa position, il prévenait les répliques. Ses collègues surpris , déconcertés, gardèrent le silence. Mais l'empereur, que scandalisait ce plan nouveau, frappa sur la table et s'écria, en dépit de son origine française: « Quoi donc ?... un traité avec la France! c'est contre nature... Fasse le ciel qu'il n'ait jamais lieu! » Et, dans le désordre où l'avait jeté la harangue du prince, il quitta la salle.
On vit aussitôt l'impératrice changer de contenance. Laissant choir comme un voile sa feinte tranquillité, elle approuva toutes les considérations, tous les desseins de Kaunitz, et, pour témoigner encore mieux la confiance que lui inspirait son système, elle lui donna sa main à baiser, puis leva la séance. Les
fliMiîitPe» confondus- dortii^eot en se regardaHil tes um les autres». ^
Trois semâmes ^jprèSy leur positieii éfîm ehaogée. Bertéiistein', notamment, allart œcujier en Bofaéhtie, ^aos }àtm sorte d^exil, te poste de me-c&aaceUer provincial. Kamnitz devenait ehef du cabinet, mimsliiie de la maison impériale, ehaneelier dé I» cooar et de YÈiaiy en gârda&t le pertefeoilte des affatiues étrangères, 14 venait de concfuérir le siège le pi«s Fappvocli^ du tr6ne ; siège d'où fl commanda sans islenrupâoa pendant quarante ans.
L'union de )^4utrichef avec la France était dôoidbâe en principe; la cour de Y^saiftBs ne demandait pas mieux que de la conclure. Mais it fallait s'entendre sflfr les clawes du traité. Voulant qu'elles fussent aussi avantageuses que possible au gouTernemieiyt autrichien, Kaanitz eint assez d'adresse et d'inAoeace sur Marre-^Tbérèse pour obtenir qu'elle écrivît ««e lettre autographe à la marquise de Pompadour. B bb rédigea tui-mèiiie le brouillon. Bile délbatait pi»r ees mots : « MadMie ma chère sœur et eousine* » La maîtresse de Louis XV lui répondit sans* façon : « Ma chère reine. » Lorsque l'empereur fut instruit de cette correspondance et des termes qu'on y aTait employés, lorsqu'il sut que l'austère, l'orgueilleiiise, la prude, la dévote Bftorie-Thérèse avait poussé la condescendance jusqu'à traiter comme une égale la fille d'un boucher, une courtisane et une intiûgante, il fut pris d'une colère fjr'énétiqué, malgré sa douceur habituelle.
N^osapt exprimer à l'impératrice toute son iiidi-
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giia^(m, 'û de jetfr su^ le» fiMtenils de lia fièee eè- îSb se trouvaieût ensemble et en brisa deux^ pewlaftl (|Q'U poussa»! des éelate de^ rire conyatsif». Marie^ Tbéfèse étannée lui demaada ee qai miytivait ee rire furieux. « N'ai-je pas^ ditr^Uey écrit préêédM»* mrat à Farîadli? » La dernière de» BaM)oor0i croyait cet argument déeisîf . Le ehantewr mervetHMx qui, par son talent jfAeia d'âtte, avait f^igoé le cœur de Philippe Y et garda son afiTection jusqu'à la mort, dont elle aymt eHe-^mème employé^ les bons oiffices pour détacher TËgpjigne de ta Francêf et hâter la psfix d'Aix* la- Chapelle , lui semblait au niveau de 1» PobiffadMf, parce (fu'il «le descendait poinl dfe iKÀieâ afieux ! Les historiens ne nous apprennent pas ce que répondit Fi^ançotSf ; mais le pauvre empere%ir dut roi^er son frein et laisser ratamer les négociations définitives, edr l'impératrice, malgré sa tendresse enthousiaste, le menait comme un écolier,
Groirait-on, si les papiers laissés par le duc de Choiseul ne le mettaient hors de doute, que le priocipal motif allégué au roi Louis XV, pour lui faire abandonner la politique traditionnelle de ses ancêtres, fôt une eonmdéraftion religieuse? On lui exposa que Frédéric était en Europe le chef du protestais tisme, et que le protestantisme devait être aboli. Le prince de Kaunitz laissa employer cet argument clérical, dont il se souciait peu. Vainement le iils aine de Marie-Thérèse, le futur empereur Joseph iï> lui demanda si elle pouvait se fier à (a vieille ennemie des'Habsbourgs; sa mère lui répliqua par une verte
réprijnande. Le 5 mai 1756, le comte George Star* hemberg, ambassadeur d'Autriche à Paris, et le cardinal de Bernis, premier ministre, signèrent enfin l'acte d'alliance offensive et défensive, particulièrement dirigée contre la Prusse . et l'Angleterre. Les deux États schismatiques, voyant les nuages qui s'amassaient à l'horizoD, avaient pris les devants et conclu un traité de même nature, dès le i6 janvier.
Dans cette transaction, le prince de Kaunitz n'oublia pas les finances impériales. Le livre rouge, découvert aux Tuileries et publié en 93, prouve que les Autrichiens reçurent de Versailles 82,652,479 livres, durant les douze années qui s'écoulèrent de 1757 à 1769. L'article 3 du traité de 1758 (1) portait, au surplus, que la France leur fournirait, chaque année, un subside de 3,336,000 florins, ou 8,340,000 fr. On voulait ainsi rétorquer l'argument principal dont se servaient l'Angleterre et la Hollande pour séduire l'Autriche ; mais il n'en est pas moins regrettable que la France doive toujours payer ses alliances, sa gloire et ses défaites.
Par la septième clause, Louis XV promettait d'entretenir cent mille hommes de ses troupes en Aile-
(1) Ce traité, que l'on signa le 30 décembre 1758, confirmait le précédent et stipulait de nouveaux avantages pour rAntriche.
« M™" de Pompadour, écrit une de ses caméristes, avait fait le traité de Vienne, dont, à la vérité, Tabbé de Bernis lui avait donné la preniière idée. Le roi parlait souvent à Madame sur cet objet ; elle donnait les pins grands éloges à l'impératrice et à M. le prince de Kaunitz, qu'elle avait }>caucoup connu. Elle disait que c'était une tête carrée, une tête ministérielle. » Mémoires de Mme Du Hav^ael, p. 180 et 181 .
magne, pendant toute la durée de la guerre contre le roi de Prusse.
Le nouveau traité produisit dans la politique européenne l'effet d'un coup de théâtre : on ne s'attendait point à voir deux ennemies séculaires se jeter ainsi les bras autour du cou. Les dispositions des Français envers les Allemands du midi changèrent aussitôt. Les Parisiens dirent alors avec une naïveté charmante : « II paraît qu'il y a là-bas, dans le Nord (ils croyaient l'Autriche un pays du Nord;, des individus qui ne sont pas trop bornés. On assure que le Kaunitz ressemble presque à un Français. »
L'acte une fois signé, notre ambassadeur devint sur les bords du Danube l'homme le plus influent après le prince de Kaunitz.
Sans le vouloir, Frédéric II avait contribué luim'ème à rapprocher la France de l'Autriche, à leur faire conclure cette alliance, qui faillit jeter dans la poussière son trône encore peu solide. Le vaillant capitaine n'estimait guère Louis XV, et tournait sans cesse en ridicule son esprit borné, son indolence, son hypocrisie religieuse et ses mœurs infâmes ; ses courtisans, ses maîtresses défrayaient également la verve moqueuse du hardi penseur, et il fustigeait M~* de Pompadour avec la liberté la plus aristophanesque. Ses plaisanteries avaient de lointains échos. On savait à Versailles chaque mot railleur qu'il prononçait à Berlin. *Kaunitz en instruisait régulièrement l'efféminé Bourbon, et pendant son ambassade chez nous, et pendant son ministère. Frédéric traitait presque aussi mal le roi d'Angleterre Georges U, et l'itopé-
rtflrtce4e Rus^e ÉKseA)eth. On n'eut éonc |>as de peine à faire entrer celte princesse dans la ligue que -ï'Autridbe et te fraoee venwent de former eonire la Pfmœfie, et to guerre fut résolue. Elle devait 4urer sept ans, pousser Frédéric juscjtf'-an^bord de l'alb!»ie. IMais^ *lerrible que ft^t la ooafKtîon, é\e nepirt lui feitner <la booHw, ^et, comme trois femmes a^irateBt wuni leurs eflorts pour Faccabler, il nomma ptei- «nmménft cette lutte mopt^e « te guerre des trois
'Si une partie du clergé autriobien désirait Tunton avec la f'pan'ce comme moyen d'accabler la Prusse, d:'om lîr au prosélytisme catholique rAllemagne du Nord, une outre partie de ce -même clergé la redoutait, à cause des principes alors répandus obez naus, et dont elle craignait rinvasion dans la monarchie des llabsbourgs. Cette dei-nière fraction ^tâit la plus clairvoyante, L-orthodoxie ne gagna rien à Talliance des deux cours; mais TAutriebe, depuis ce moment, fut plue que jamais accessible aux doctrines libérales, laux nobles aspirations qui aUs^ient rajeunir la France. Le prince de Kaunitz, dont Voltaire et Molière formaient la lecflure habituelle, communiqua autour de lui son goût pour nos écrivains, et prépara en secret Tabolition de l'ordre des jésuites.
Mais il faut bien le dire, l'union de rAutricbe avec la France n'a été, pour notre pays, qu'une source de malheurs, d'humiliations et de sacrifices inutiles, pendant que notre alliée y trouvait toutes sortes d'avan- "^es moraux et matériels. En 1789, un ancien tdj^mete jugeait 'ainsi les résultats des traités de
1756 et 1788 : — « A la longue inimitié cpii a divisé, pendant trois siècles , les maisons de Bourbon et d'Autriche, a succédé, depuis trente ans, une union étroite et intime en apparence, dans laquelle la sincérité, la franchise et les charges ont été d'un côté, l'ingratitude, la ruse, la dissimulation et les bénéfices de l'autre ; une union qui nous a été plus nuisible qu'aucune des ^rewes que laAiaine des deux^maisons ait jamais allumée; une union qui a opéré la décadence et la dégradation de la France, l'agrandissement et l'élévation de l'Autriche, qui a porté celle-ci au langi^e l'autre avait toujoura occupé dans l'ordre fdes ^puissances de l'Europe; une union, enfin, pendant.laquelle la France n'a cessé de faire des sacrifieea, qui, bien loin d'exciter la reconnaissance de soià.àUiée et delui inspirer un fidèle et ^cère attaehc^nent, n'ont jamais éteint en elle ses anciens sentiments d'aversion, de jalousie et de rivalité (1). »
(X):Sii%atiô.npûiUûfM delà-France et êes rapports actuels mvec toutes les goMsances de l'Europe, ouvro^ adressé au coi et à . PAssemblée nationale, par M. de Peyssonnel, ancien consnl général de France à Smyme, t. Il, -p. ÏB et 14 ; Neatiliôtel, 1789.