CHAPITRE XXX
ILLUSIONS DE L AUTRICHE SUR l'uTILITÉ DU CONCORDAT; IL ANNONCE ET PRÉPARE LE RETOUR DE L*AGE d'oR. MENACES GUERRIÈRES ADRESSÉES A l'eUROPE.
Les illusions de TAutriche relativement au concordat sont si étranges, si naïves, qu'elles forment dans la politique de nos jours un phénomène exceptionnel. Après trente siècles d'expérience, après tant d'événements historiques trempés de sang et de larmes, se laisser éblouir par de telles chimères! Une simple exposition suffirai t*presque pour montrer combien elles sont futiles, quels désenchantements elles préparent aux diplomates vignnois. Nous avons loué franchement leurs vues rétrospectives, leurs jugements sur quelques faits du passé; leurs considérations sur le présent et l'avenir sont loin de mériter les mêmes éloges. Continuons cependanj, notre étude impartiale, écoutons rêver tout haut les publicistes autrichiens.
Les reconstructions entreprises dans l'édifice monarchique des Habsbourgs, depuis la victoire du parti impérial, n'ont pu se faire, disentrils, sans léser beaucoup d'intérêts : il a fallu abattre d'anciens piliers,
de grosses murailles même et des galeries importantes. Ces travaux en . sous-œuvre ne s'exécutent jamais sans péril ; mais le pacte du 1 8 août préviendra les catastrophes, consolidera le monument. Il forme un système de voûtes qui en supportera les combles, eu rafiFermira la structure générale et en liera les diverses parties. Une complète unité y régnera désormais. Les instructions, les ordres venus d'en haut ne retentiront point comme de vaines paroles : une foule d'agents laborieux, empressés, partout répandus, les ecclésiastiques, en un mot, se hâteront de les faire exécuter, seconderont les projets du souverain.
Comment l'État pourrait-il n'y point gagner? Suivant les préceptes de son fondateur, l'Église doit rendre tous les hommes bons et pieux, justes et intègres, chastes et tempérants ; elle doit leur rappeler sans cesse et graver au fond de leur cœur la loi divine de la charité ; jelle est encore tenue de leur enseigner l'obéissance, le respect envers les autorités laïques, pourvu que ces dernières ne se mettent point en opposition avec les ministres du Seigneur. Sa mission l'oblige éprouver qu'il faut, sous peine de damnation, payer exactement les impôts, prier pour le souverain et pour les fonctionnaires publics ; demander au Créateur qu'il les illumine, les dirige vers le bien et les comble de prospérités. Si l'Église répand cet esprit, ces dispositions, dans toutes les classes, les empires, les royaumes ne peuvent qu'y trouver leur compte. Un pays habité par des bourgeois doux et honnêtes, sobres et pudiques, charitables et affectueux, qui obéissent toujours, qui ne mentent jamais,
qui prient pour leur chef temporel et pour ses serviteurs, qui aiment enfin la paix et la concorde, un tel pays offre assurément l'idéal de la société politique. Or, rÉglise tâche sans cesse de réaliser» cet idéal. Même quand elle n'atteint pas pleinement son but, par suite des obstacles qui entravent toutes les choses humaines, elle s'en approche avec pwsévéraBce, et plus ses efforts réussissent, plus les États sont tranquilles et prospères.
Puisqu'elle est si utile, comment lui refuser les moyens d'action qu'exige son œuvre? Une Église qui a les mains liées rend de faibles services ; une Église puissante, opulente, douée de nombreux privilèges et entourée d'honneurs, travaille fortement au bien de la nation. Elle fait d'un pays quelconque l'image du ciel sur la terre. Ceux qui ne veulent pas le croire sont des gallicans et des sceptiques. L'expérience ne tardera pas à les convaincre d'erreur. Ouvrez les yeux, libertins, hommes sans foi, railleurs endurcis : vous allez voir des prodiges incomparables !
Qu'on ne s'effraye donc point des nombreuses prérogatives conférées au Saint-Siège par le traité du 18 août, s'écrient les interprètes du gouvernement impérial. Il lui Bssure les communications les plus Ubres, les plus fréquentes, les plus directes, les pflus étendues avec le clergé autrichien et avec les fidèles. Pense- 1on qu'il en abuse ? Il ne s'en servira que pour le bonheur de l'Autriche, pour moraliser le corps sacerdotal. L'héritier de saint Pierre n'a-t-il pas intérêt à ce que tous les prêtres soient des modèles de vertu? Il peut alors compter sur leur obéissance et leur dévouement ;
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faire manœuvrer cette milice en robes noires, au Moindre signal, avec une régularité prodigieuse. Donc le pape surveillera les ecclésiastiques de l'empire, les courbera sous le joug d'une austère discipline, les maintiendra dans le sentier de la justice. Les évèqu^, les curés autrichiens seront désormais ' des anges d'abnégation et de pureté.
Eux-mêmeâ s'efforceront d'exciter l'enthousiasme par leur conduite. Les gouvernements populaires ont un immense désavantage : ils accordent les droite les plus précieux à des individus qui n'en sentent pas la valeur, qui ne savent point en faire usage, et, ne comprenant que l'utilité immédiate, ne soupçonnent pas les conséquences funestes de leurs erreurs, ne devinent point les résultats féconds d'une politique judicieuse. Les prêtres ont infiniment plus d^ clairvoyance : ils se garderont d'agir contre leur intérêt bien entendu, de compromettre une brillante position. Il est pour eux de la dernière gravité qu'on les estime, qu'on les aime, qu'on subisse pleinement leur influence : ils feront donc un emploi sage et modéré de leurs prérogatives. Les séminaires autrichiens vont devenir autant de bercails d'où ne sortiront que des brebis sans tache ; les saints germaniques pulluleront tellement que:rÉglise ne saura oii donner de la tête, se mettra sur les dents pour les canoniser.
Les ecclésiastiques seront ti'autant plus irréprochables, disent les politiques autrichiens, s'efforceront d'autant plus d'apparaître aux fidèles avec le nrmbe pieux qui couronne les têtes prédestinées, que l'envie fest la compagne éternelle du privilège, l'infa-
ligable adversaire des classes puissantes. Tout le monde épiera désormais leur conduite, observera leur visage, interprétera leurs discours. Les fonctionnaires surtout les poursuivront de leur maligne vigilance ; car il y a dans l'empire une vieille inimitié, un antagonisme implacable entre la bureaucratie et les porte- soutanes. Les nouveaux droits, les* faveufô extraordinaires que ceux-ci ont obtenus, envenimeront la haine du corps administratif. Une jalousie profonde va exciter l'une contre l'autre ces deux classes influentes. Les prêtres devront se tenir sur leurs gardes, ne point s'exposer aux traits de la malveillance et de l'ironie.
Mais quels avantages le peuple trouvera-t-ïl dans ce pacte religieux et politique? demandera* t-on, car c'est toujours là qu'il faut en revenir. Les lois, les traités qui n'améliorent point le sort des masses, n'ont aucune valeur. De quelle utilité donc peut être le concordat, pour les différentes nations groupées autour de l'empereur François-Joseph? A cela les diplomates autrichiens répondent que jamais institution n'aura fait pleuvoir sur un pays un tel déluge de grâces et de féUcités. Leur démonstration est originale.
Pour qu'un peuple soit mal gouverné, il faut que des principes pernicieux, que des abus criants infectent les sources de l'autorité, sans que personne ait le droit d'y porter remède ; ou bien que les agents du pouvoir, n'étant pas soumis à une rigoureuse surveillance, tombent dans l'arbitraire, négligent leurs devoirs, froissent les intérêts de lem"s subordonnés.
La France et les Bourbons eux-mêmes eussent beaucoup gagné à ce que les ecclésiastiques du royaume fussent plus influents et plus libres, eussent pu réprimer silencieusement et secrètement la prodigalité de Louis XIV, suspendre ses guerres désastreuses, renverser la domination des courtisanes, qui atteignit, sous Louis XV, aux derniers excès de la folie et de rimpudence.
Ce serait faire injure à la dynastie des Hàbsbourgs que de la mettre en parallèle avec les Bourbons. La famille impériale d'Autriche s'est toujours distinguée par ses mœurs irrépréhensibles. Le traité du 18 août la maintiendra dans ces dispositions vertueuses. Mais si quelque jour le prince abandonnait le lumineux sentier où marchent les justes, commettait des fautes politiques, se livrait aux dérèglements des passions, la caste sacerdotale, organisée comme elle l'est maintenant, stimulée par sa conscience et autorisée par Dieu même, pourrait lui adresser des remontrances, lui exposer ses devoirs, et, sans bruit, sans scandale, sans compromettre la dignité du monarque, lui inspirer de meilleurs sentiments ou de meilleurs desseins. N'a-t-on pas vu les rois d'Espagne prendre pour guides le nonce apostolique, l'archevêque de Tolède, le grand-inquisiteur?
Quant aux fonctionnaires publies de tous les grades, ils pourront diflScilement molester le peuple, fausser les lois, faire Ai coupable usage de l'autorité que leur confie le gouvernement. Le clergé aura l'œil sur eux, découvrira, signalera leurs plus légères infractions. Ce qui échapperait à la vigilance des chefs ne saurait
— isolai échapper. Son pieux ministère lui ouvre toutes les portes, toutes les consciences, lui donne «n moyen de pénétrer partout. Il planera sur la hiérarchie administrative comme ces chérubins que Dieu préposait aux destinées d'une ville ou d'une nation, qui tenaient dans une main le livre de la loi, dans l'autre Tépée flamboyante, et observaient les actions des hommes.
Le concordat autrichien a donc la valeur d'une charte libérale, à en croire les publicistes du pays. Pourquoi demande-t-on, depuis soixante ans, avec une ardeur fiévreuse, des constitutions politiques? Un peu par mode, mais beaucoup aussi par prudence. La foi ayant décliné dans les âmes, les châtiments d'une autre vie n'inspirant plus de terreur, les peuples sentent que des garanties matérielles leur sont nécessaires contre l'oppression et l'injustice. Or, le clergé autrichien forme dès ce moment une représentation nationale. Il défendra mieux les intérêts populaires , il expliquera mieux au chef temporel la situation des esprits, les vœux, les besoins de la foule, que ces assemblées délibérantes où jasent de cupides avocats, où dorment de serviles employés, où votent des industriels obtus, où se pavanent des lecteurs de romans et de journaux.
Mais le traité du 18 août ne sera pas avantageux seulement pour l'Autriche. Comme l'antique Jânus, il a deux faces, l'une tournée vers l'intéfteur du pays, l'autre vers le dehors. Quand un monarque puissant, derrière lequel sont rangés cinq cent mille hommes, avec fusils, sabres, lances et baïonnettes, avec leurs
chevaux, leurs canons et leurs mortiers; quand ce prince donc élève la voix dans une pareille circonstance et pour un motif d'une gravité suprême, il est manifeste qu'on doit l'entendre au loin. Elle a infailliblement pénétré jusqu'à Madrid, sous les voûtes de deux palais, l'un desquels abrite le trône de la reine, pendant que l'autre sert de lice aux tumultueux débats des certes. Elle a retenti de même dans l'appartement royal et dans les chambres législatives du Piémont. Ces accents ont annoncé que l'Église avait enfin un protecteur capable de la défendre; ils ont dû, çà et là, feire naître de mauvais rêves (1). *
L'Allemagne aussi, l'Allemagne tout entière, s'en est émue. Avant la conquête de Bonaparte, nos princes gouvernaient des^populations homogènes. Les souverains catholiques n'avaient sous leur tutelle qiie des sujets catholiques ; les rois et ducs protestants ne voyaient autour d'eux que des protestants. Mais le congrès de Vienne a changé cet ordre de choses : il a soumis des provinces (Catholiques à des gouvernements luthériens, et des provinces luthériennes à des gouvernements catholiques. Les partisans couronnés de la Réforme ont dès lors, secrètement et par d'ha-
(1) Nous appelons particulièrement l'attention du lecteur sur ces menaces adressées au Piémont en 1855. Elles concordent avec le manifeste du pape, publié la même année à Rome, manifeste de trois cents pages, qui contient un discours agressif prononcé devant le Sacré-CoUége, le 22 janvier . Voici le titre de cette pièce importante : ,« Allocuzione délia Santità di nostro signore Pio PP. IX al sacro Collegio nel concistorio segreto del 22 Gennaio 1855, seguita da una esposizione corredata di documenti sulle incessanti cure délie stessa Santità sua a riparo dei gravi mali, da cui è af âitta la Chiesa cattolicanel regno di Sardegna. j>
biles artifices, miné dans leurs États le système orthodoxe : ils voulaient obtenir l'unité de croyance. Leurs tentatives cesseront maintenant ou ne produiront aucun résultat. Leurs sujets catholiques sav^t qu'ils ont dans TAutriche une vigilante et martiale patronne : ils ne céderont ni aux mesures commina • toires^ ni aux stratagèmes. Il faudra donc, si on ne change pas de dessein, employer contre eux la violence ; il faudi^a, comme le proposait un journal de Francfort, chasser les évoques de leurs diocèses, confisquer les biens du clergé papiste. Mais alors l'Autriche', debout dans sa force, animée par l'esprit même de Dieu,^ réclamera l'exécution du traité de Westphalie et des pactes subséquents. « Gloire et triomphe aux aigles de l'empereur, s'écria un de ses panégyristes, si on le force à tirer l'épée ! »
Ce langage est bien clair, il me semble : il contient une menace, un avis belUqueux adressé à l'Europe entière, mais surtout aux populations luthériennes et calvinistes. Le gouvernement autrichien ne désigne que l'Espagne et la Sardaigne, sans doute par excès de bravoure, les forces militaires de ces deux pays n'étant point redoutables ; mais il ne veut pas intimider seulement les petits : malgré ses précautions oratoires, il a en vue tous les adversaires de la cour apostolique, tous ceux qui convoitent, mettent aux enchères les propriétés de l'Église romaine ou discutent la vérité de ses dogmes.
Voilà quelle est la pensée intime de l'Autriche, voilà les fhiits qu'elle se promet de son traité avec Rome. On ne découvrira pas autre chose dans ses
brochures semi-officielles, dans la lettre pastorale de Tarehevêque Othmar, primat de l'empire. Comment des hommes d'État, des hommes vieillis dans les * affaires, peuvent -ils se bercer de pareilles illusions, peuvent-ils concevoir d'aussi vaines espérances?
Elles ont pour base cette idée enfantine, que les droits nouveaux, les moyens d'action j les privilèges de toute espèce obtenus récemment par le clergé antrichien,vont élever le peuple, l'aristocratie, l'empereur et le corps sacerdotal au-dessus de la' nature humaine. Plus de vices, plus d'aberrations, plus d'ambitieux projets ni de coupables désirs. Les ouvriers et les bourgeois oflfriront dans leur conduite l'image de toutes les vertus. La noblesse ne sera pas ' moins chaste, moins sobre, moins docile et moins pieuse ; elle courbera humblement la tète devant la mitre et l'aumusse. Les prêtres accompliront Uttéralement les lois du Décalogue, les maximes de l'Évangile, les préceptes des casuistes. Le souverain, pudique, laborieux, dou'x et modeste, écoutera sans impatience tous les avis que daigneront lui donner les prélats, toutes les semonces qu'il? e croiront tenus de lui adresser. Les fonctionnaires publics seuls ne suivront point constamment la bonne route ; mais le clergé saura les mettre au pas. L'Autriche* ^era donc, avant peu, une terre de promission où l'âge d'or étalera ses merveilles. Les hommes intelligents, quelle que soit leur patrie, pleureront de n'avoir pas vu le jour sur les bords de la Drave, de la Theiss et du Danube.
Le principal argument dont on étay ces brillantes
suppositions, c'est l'étendue même des privilèges accordés aux ministres de TÉglise. Hs mettront leur délicatesse à n'en point abuser ; tout, dès lors, sera pour le mieux dans le meilleur des mondes* Gomme si l'histoire ne prouvait pas justement le contraire ! Donnez à une caste, à une simple corporation, un droit, une prérogative quelconque, elle en fera un usage illimité, ne s'arrêtera que devant un obstacle, devant une résistance, faute de pouvoir aller plus loin. L'orgueil, l'avarice, toutes les passions humaines l'y poussent, et même les nobles facultés de notre espèce, que les bornes chagrinent , qui s'élance constamment vers l'infini. Qu'un roi gouverne trente millions d'hommes, il envie le prince auquel soixante millions de sujets obéissent; ce dernier, à son tour, rêve la monarchie universelle, et Alexandre le Grand désirait des mondes inconnus pour y étendre ses conquêtes. Rien ne détruit, ne modère, ne satisfait l'ambition, le plus indomptable, le plus insatiable des penchants qui bouleversent le monde et foulent aux pieds la race humaine.
Ne dirait-on pas,vraiment, que les prêtres catholiques ont été jusqu'ici tenus dans la dépendance, ont toujours occupé une situation inférieure ! Les annales du moyen âge nous racontent autre chose, et l'expérience téméraire dont l'Autriche attend son salut a déjà été faite. L'ordre ecclésiastique possédait encore, il y a deux cents ans, tous les. privilèges qu'on lui octroie de nouveau, des biens et des trésors qu'on ne lui rend pas, une influence qu'on ne peut lui restituer; il a, pendant plusieurs siècles, dominé l'Eu-
rope, agenouUl^ les princes devant la chasuble et le rabat, soulevé au nom du Christ des populations entières, fait le calme et la tempête dans les esprits. En était-il plus modeste, plus juste, plus vertueux, plus désintéressé, plus charitable? Les massacres des Albigeois, la Saint-Barthélémy, les supplices ordonnés par PhiUppe II, les Borgia, la guerre de Trente- Ans, rinquisition, les louches menées des jésuites, la révocation de redit de Nantes, les dragonnades françaises et autrichiennes proi^ent le contraire, démontrent qîie rétendue des priwéges ne purifie point ceux qui les possèdent. Uhistoire intérieure du clergé le prouve mieux encore : une telle dépravation se glissait, de jour en jour, au sein des monastères, pendant le moyen âge, qu'une réforme devenait indispensable tous les quinze ou vingt aû^. Pierre Damiani, évêque italien du onzième siècle , nous a laissé , sur les mœurs des* ecclésiastiques , un livre détaillé qui fait rougir les hommes les moins chastes. Le pape Victor II ayant pris des mesures pour combattre ces excès, pour mettre un terme à ces dérèglements, les prêtres romains formèrept une conspiration : un sousdiacre lui versa dans le calice du vin empoisonné ; maii^ n'ayant pu accomplir sans trembler cette profanation des saints mystères, son émotion le trahit, et il expia sous la hache ses intentions criminelles. Non-seulement Tordre clérical envahissait le territoire de l'Europe; non-seulement il montrait une avidité insatiable, un goût scandaleux pour le luxe et les plaisirs; non-seulement il possédait, malgré l'Évangile, des troupeaux de serfs, mais il vou-
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lait encore mettre le pied sur la tête des rois!
Les papes affichèrent cette prétention dès le neuvième siècle. Grégoire IV et Nicolas I" ouvrirent la route dans laquelle leurs successeurs devaient lancer leur char triomphal. Grégoire VU constitua au sein de l'Église le pouvoir absolu et, hors de l'Église, aspira ouvertement à la monarchie universelle. Lesi rois tremblèrent devant ce prêtre en surplis, couronné de la tiare symbolique. Son œuvre fut consolidée par Innocent III ; Boniface VIII en posa le couronnement. L'autorité pontificale domina quelques années toutes les puissances temporelles, conune la cime du Mont- Blanc domine la chaîne des Alpes. Elle déclina dès cette époque de génération en génération ; mais la cour apostolique ne se laissa point abattre par les revers, conserva le même orgueil et la même ambition. La fameuse bulle In cœna Domini prouva, en 1568,qu^elle n'abandonnait point ses plans de suprématie rehgieuse et poU tique. Trois cents ans se sont écoulés depuis lors, et la teneur du concordat montre que le génie altier de Grégoire VII anime encore l'Église.
Onditque les empiétements du Saint-Siège, l'espèce d'usurpation commise par lui dans le premier syniWe et l'exigence croissante du clergé autrichien, ont rendu soucieux le jeune empereur, qui a conclu le pacte nouveau'sous l'influence de sa mère. On lui demande aujourd'hui contre la presse des lois impitoyables ; demain on réclamera d'autres mesures. Peu à peu on resserrera le domaine du pouvoir temporel, on en fera une simple annexe du pouvoir spirituel. Si alors
le prince veut revendiquer ses droits, il n'est pas improbable qu'on lui réponde :
La maison m^appartient ; c'est à vous d*en sortir.
Qu'il se rappelle les interminables luttes des empereurs d'Allemagne contre le siège* apostolique, la fin douloureuse de Henri IV, mort de misère dans r^vèché de Liège , Philippe P' de France et tant d'autres rois excommuniés. La théocratie est le fond même de la politique des papes.