CHAPITRE IL
LE. SYSTÈME AUTRICHIEN APPLIQUÉ EN BOHÊME; LES QUARANTE-SEPT MARTYRÎS DE PRAGUE.
Pendant plus de trois mois Ferdinand resta immobile, n'exerça aucune vengeance et parut avoir oublié ses griefs comme ses desseins. Une amnistie générale avait été publiée, garantissant aux vaincus le pardon de leur défaite, la sûreté des biens, des personnes et de l'honneur. Quelques nobles profitèrent de ce délai pour se mettre en sûreté au delà des frontières ; mais la majorité ne soupçonna point le piège. L'empereur attendait que Mansfeld et ses douze mille hommes eussent quitté la Bohème. Tout à coup, le 28 février 16âl, quarante-huit personnages importants «de la noblesse et de la bourgeoisie sont arrêtés, mis au cachot. Ce parjure avait été décidé dans une réunion d'ecclésiastiques^ secrètement tenue par les deux confesseurs du prince, par quatre chefs de l'ordre des jésuites et par les supérieurs des divers ordres religieux fixés en Autriche. Comme l'empereur manifestait des scrupules et demandait s'il pouvait, sans faillir, sans compromettre son salut, imiter le duc d'Albe, le père Lamormain lui dit d'un ton irrité :
a J^en fais mon affaire et prends tout sur ma conscience. » Le lendemain le courrier portant l'ordre fatal partait pour la Bohème.
Dès que ce perfide commentaire sur l'amnistie fut parvenu à Prague, le gouverneur, Charles de Lichtenstein, rassembla les commissaires impériaux dans une ^alle du Hradschin, tendue de nok et garnie de soldats. On y fit paraître l'un après l'autre les détenus pour leur annoncer leur condamnation à mort. Beaucoup d'entre eux n'étaient pas destinés seulement au gibet et à la hache ; on avait voulu rendre leur fin plus cruelle : les uns devaient avoir d'abord la langue arrachée, la main droite coupée; les autres devaient être écartelés vivants. La sentence déclarait confisqués leurs biens meubles et immeubles, ce qui ruinait pour toujours leurs familles. Tous entendirent cet odieux décret avec une héroïque fermeté : pas un seul ne demanda grâce.
« Déchii*ez notre corps en mille morceaux, fouillez nos ei^trailles, dit le comte de SchUck, vous n'y trouverez rien que ce que nous avons nettement et sincèrement expUqué à la face du monde dans notre Apologie (1). Ce n'est pas l'ambition qui nous a poussés. Nous n'avons pris enfin les armes que pour défendre notre religion honnie, notre constitution violée, nor tre indépendance nationale foulée aux pieds. Frédéric a été vaincu, Ferdinand a remporté la victoire; mais l'issue de la guerre n'a point amélioré sa cause, n'a
(1) Honnayr a imprimé cette Apologie tout entière dans son AnemO' fien, t. II.
pas rendu celle de la Bohême moins équitable. Dieu nous a livrés entre vos mains. Que sa volonté s'accomplisse ! que son nom soit béni ! »
Cette lugubre audience dura depuis six heures du matin jusqu'à deux heures de l'après-midi. Les captifs, nobles et bourgeois, furent alors reconduits, dans leurs prisons.-
Le lendemain, comme le prince de Lichtenstein traversait la ville pour se rendre à la messe, les fenmies, les enfants des condamnés, leurs parents les plus proches l'environnèrent, tombèrent à ses pieds, l'implorèrent avec des larmes et des sanglots.
— « La seule faveur que je puisse leur accorder, dit e prince d'un ton sec et d'un air froid, c'est de les faire ensevelir honorablement. »
Et aussitôt, devant les* malheureux qui le suppliaient, il envoya un de ses serviteurs annoncer aux victimes qu'on exécuterait leur sentence le surlende main matin, au lever du soleil, que chacun d'eux pouvait appeler un jésuite, un capucin ou un ministre de la confession d'Augsbourg, mais qu'on ne les laisserait point communiquer avec des pasteurs utraquistes. La plupart d'entre eux suivant les principes de Jean Ziska, cette décision leur fut très-pénible. On voulait par là faire croire à l'électeur de Saxe qu'on ne persécutait pas les luthériens, mais seulement les bussites. Sans avoir été demandés, les jésuites et les capucins se glissèrent dans les prisons pour tâcher de convertir les dissidents ; ils échouèrent tous, quoiqu'ils promissent aux condamnés leur grâce et la restitution de leurs biens. Le soir seulement, et de guerre lasse.
on inirodnisit auprès des vaiocus les seuls ministres dont ils voulussent accepter les consolations (1). Les pasteurs les fortifièrent de leur entretien jusqu'au moment redoutable, les firent communier sous les deux espèces, et chantèrent avec eux des hymnes stoïques«
Le dimanche, on dressa l'échafaud sur la grande place de la vieille ville , nommée le Ring , où avait commencé la guerre des hus^tes, et on Tappuya au frontispice de la maison commune. Il était entièrement couvert de drap rouge. Ck>ntre la façade on éleva un trône etun baldaquin pour le gouvemeur,on dispo^ sa des sièges pour les commissaires et pour les greflSers du tribunal. Sur la place, une potence allongeait son bras hideux. Une fenêtre de Fhôtel de ville donnait directement accès SUT Téchafisud.
Ce même jour, les proscrits, nobles et boui^eois, furent menés de leurs prisons respectives au palais municipal. Tandis qu'ils cheminaient à pied dai^ les mes, ils chantaient les paroles du quarante-quatrième psaume. Tout le monde accourait aux fenêtres, et te peuple fondait en larmes sur leur passage.
Les martyrs ne fermèrent pas un instant les yeux. Ils prièrent, ils s'exhortèrent toute la nuit, se donnant l'un à l'autre des témoignages de leur foi inébranlable et attendant l'aurore qu» devait être pour eux la dernière. Comme le jour paraissait, un arc-en-eiel dessina dans les nuages sa cembe radieuse. Ils tom-
(X) L'an de ces prttres, Jean Rostcias, a écrit «ne relation, de tont œ qui se passa dans les cachots.
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hètétkt à genoux et louèrent le Seigneur ; Fun d'eux s'écria même d'un accent inspiré:
— « C'est le signe de l'alliancequeDieu a contractée avec le genre humain ; c'est l'arche sur laquelle repose son trône glorieux, suivant les paroles de t Apocalypse. Jésus nous ouvre le ciel : il est la voie , la vie et la vérité ! »
A ce discours ingénu répoiidit la voix du canon, qui tonnait sur la plate-tofme du château royal. Il était quatre heures du matin, et ces sons lugubres annonçaient le commencement du sacrifice. Plusieurs escadrons de uhlans occupèrent la grande place et l'embouchurei des rues voisines ; un triple rang de chasseurs et d'arquebusiers environna Téchafaud. De forts pelotons, pourvus d'artillerie, s'installèrent au milieu des principales voies de communication ; des patrouilles de cuirassiers se mirent en marchç et sillonnèrent la ville pendant toute la cérémonie.
Le prince de Lichtenstein monta sur son trône, et les commissaires impériaux s'assirent près de lui. Des hailebardiers leur servaient de gardes. La place, les rues, les fenêtres, tes toits fourmillaient des pectateurs. Tous les visages exprimaient la consternation ou la pi^é. On eût dH (Jue c'était te derniei^ jour de la Bohème qui éclairait ces odieux préparatifs. A cinq heures, les rauques accents du canon retentirent de nouveau : la funèbre scène allait commencer. Les viethnes s'embrafesèrent, et se firent mutueltement leurs adieux.
Le premier qui parut sur l'estrade fut le comte de ScWick, uû des plus puissants , des plus riches et deè plus nobles seigneëré du {mys, L'électeui' de Sax^,
chez lequel il avait cherché un refuge, l'avait livré à Tempereur. C'était un homme de cinquante-trois ans, d'une taille et d'une figure majestueuses, qui avait encore une grande beauté. Les jésuites le poursuivirent jusque sur l'échafaud. « Je vous pria de me laisser en paix », dit-il au pèreSédécius d'un ton imposant. Et comme le soleil , dans toute sa splendeur, vint à dépasser les toits de la ville, le martyr leva la main vers le ciel: « Soleilde la justice divine, s'écriat-il, ô Jésus! daigne me conduire à la lumière éternelle par delà les ténèbres de la mort ! » Puis, d'un air calme et digne, il parcourut plusieurs fois l'échafaud. Sa condamnation portait qu'il serait écartelé vivant, et que ses membres seraient cloués à des poteaux dans divers carrefours, « Pensez-vous que je regrette une fosse creusée de vos mains ? » avait-il répondu au tribunal. Mais la clémence de l'empereur lui ayant fait grâce de ce supplice atroce, il devait .seulement perdre la tête. Il s'agenouilla enfin devant le billot et reçut le coup mortel. L'exécuteur lui trancha ensuite la main droite. Des larmes brillaient dans tous les yeux, des sanglots s'échappaient de toutes les poitrines. Sous le bloc de bois , on avait étendu une pièce de drap rouge. Quand le bourreau eut fini sa besogne, des individus masqués enveloppèrent les restes du comte dans le morceau d'étoffe et les emportèrent. Sa tète et sa main , comme celles de ses compagnons, devaient être suspendues dans une cage de fer, à la tour qui dominait le pont de la Mold^u. Le comte de Schlick avait fait de profondes études, parlait couramment le latin et le grec.
Celui qui parut après lui sur la scène, sauvante, Wenceslas de Budowa, était un érudit célèbre dans toute l'Europe. Il avait été ambassadeur de l'empire à Constantinople^ connaissait à fond les langues orien* taleSy la littérature grecque et la littérature romaine. Ses talents et son savoir ne^le rendaient que plus odieux aux jésuites, qui craignent et abhorrent toute influence étrangère à leur ordre* Il avait soixante-quatorze ans lorsqu'il fut amené devant les juges et condamné. On lui offrit sa grâce. Il sourit avec dédain : « Vous êtes altérés de notre sang depuis un si grand nombre d'années, dit-il aux membres du tribunal, que je ne veux pas vous empêcher d'éteindre votre soif; j'aime mieux mourir que de voir mourir ma patrie. Mulo mariy guam patriam videre mari. »
Son cadavre fut enveloppé, comme celui de toutes les autres victimes, dans un morceau de drap rouge, et emporté par des hommes masqués.
Le général Christophe de Polzicz lui succéda. C'était lui qui, pendant le siège de Vienne par le comte de Thurn, avait canonné le château impérial, où tremblait Ferdinand, et avait lancé des boulets dans ses fenêtres. Avoir effrayé l'empereur était un crime impardonnable. Les connaissances du général en histoire naturelle, ses voyages en Asie, en Afrique, l'avaient d'ailleurs rendu célèbre. Le bourreau hésitait S frapper cet homme illustre. « Les Juifs ont bien attaché sur la croix le fils de Dieu ! » lui dit le vétéran ; et il lui fit signe de remplir son ministère.
On vit alors un spectacle capable d'exciter une
étertieHe indignation. Un chevalier de quatre-vingtdix ans, Gaspard Kaplizz, arriva d'une allure chancelante sur le théâtre du meutre. Le malhetrretix vieillard avait craint de faiblir au moment suprême, et, en quittant !e vestibule de Féchafaud, il atait mumfiuré cette prière : « Moîï Dieu, fortifiez mon cœtif pour que je ne perde point courage devant mes ennemis, et que je ne mefcire pas comme un hoBMûe timide ! » Quand il fut arrivé près du billot, ses genoux roidis par rage, avaient peine à se plier. « Dès que vous me verrez en posture, dit-il au bourreau, exécutezmoi sans délai, car je ne pourrai garder longtenaps cette pénible attitude. » Et il courba ses membres avec effort, il inclina sa tête blanchie. Mais le pauvre vieillard s'était placé de façon à gêner le maître des hautes œuvres et à rendre l'opération difficile. Le boutt^au le pria de soulever sa. tète. Le ministre Rosacius, qui l'accompagnait, lui dit alors : « Mon. noble seigneur, vous avez recommandé votre âme à Dieu ; offrez-lui encore joyeusement cette tète blanchie, et redressez-la vers le ciel. » Le vieillard sourit, leva son front en appuyant ses mains sur le billot, et le large glaive de l'exécuteur lui trancha le cou.
L'affreuse scène continua. Si l'un des martyrs essayait de parler au peuple, un roulement de tambours, une fanfare de trompettes couvraient sa voix. L'opérateur sinistre arrachait la langue à quelquesuns avant de leur asséner le coup mortel. Parmi ces derniers se trouvait le plus fameux des vaincus, Jean de lessen, que les anatomistes regardent comme un des fondateurs de \mt acience, Oti respectait
é^uB toute FEnrope cet ami de Kepler et ôÊ Tych<v Brabé, successivement choisi pour médecin par les empereurs Rodolphe et Matkias. Ferdinand Jiui portait une haine morteOe, parce qu'il avait contrarié ses manèges en phisieurs circonstances. Originaire de Hongrie^ lessen avait la taille haute, la force musculaire de la race magyare. Quand il eut fait quelques pas sur l'estrade, il se retourna vers le prince et vers les juges, se redressa de toute sa hauteur et, domi* nant de sa voix sonore les tambours -et les trom-* pettes, il s'écria :
— . « C'est en vain que Ferdinand assouvit sa rage sanguinaire : Frédéric V, le roi élu par nous, montera de nouveau sur le trône de la Bohême. »
L'exécuteur s'approcha pour lui arracher la langue , comme le portait sa condamnation. « Je m'afflige, dît le savant docteur, de perdre si outrageufiement cette langue, qui a parlé tant de fois, et non sans ^oire,. à des empereurs, à des reines et à des princes. Mais ni ce traitement honteux, ni le dépècement de mon corps ne m'empêcheront de ressusciter pour la vie éterndle. Des patriotes viendront d'ailleurs enlever nos têtes de leur cage de fer et leur rendre pieusenlent les derniers devoirs. » Quand la mutilation fut accomplie, le héros essaya encore de parler; malgré le sang qui lui remplissait la bouche, qui coulait sur ses lèvres jadis éloquentes, il priait en balbutiant avec effort, en tenant ses mains levées vers le ciel. Bientôt il s'agenouilla, et l'exécuteur mit fin à son supplice. Après la mort de toutes les victimes, on transporta son corps sous 1q gibet^ on W
coupa en quatre parties, et l'on cloua ces membres sanglants sur des poteaux.
Parmi les condamnés, un seul professait la religion catholique. Il descendait d'une ancienne famille royale, et se nommait Czernin de Ghudenitz. Avant la guerre, il commandait en sous-ordre le château de Prague. On l'accusait d'y avoir introduit les rebelles, n réfuta victorieusement cette imputation en montrant un ordre écrit de son supérieur, qui lui enjoignait d'ouvrir les portes. Son crime réel était d'avoir vil le jour dans une famille protestante et d'avoir longtemps prié Dieu avec tés luthériens. Les jésuites ne lui pardonnaient pas sa tolérance à Tégard de ses anciens coreligionnaires, les avis qu'il donnait en toute occasion de les prendre par la douceur. Un motif politique l'avait en outre fait désigner pour l'hécatombe. Ferdinand et ses conseillers ne Voulaient pas que cette boucherie eût l'air d'une persécution religieuse, et ils avaient décidé qu'un personnage catholique mourrait avec les protestants et servirait à déguiser leurs véritables intentions. Ses vastes domaines enfin excitaient de basses convoitises : on l'avait choisi de préférence à beaucoup d'autres, afin de recueillir ses dépouilles. Il était dit dans sa sentence qu'on lui couperait les doigts de la main droite, qui aurait dû mieux tenir les clefs du château. H s'unit de cœur aux pieux exercices de ses compagnons d'infortune, repoussa le jésuite qui le suivait sur l'échafaud, et s'écria : « Vous pouvez prendre mon corps; mon âme se rit de vos vengeances. >» Quelques secondes après, il avait cessé de vivre.
Chaque fois qu'un ministre protestant revenait de l'estrade où il avait exhorté une victime, il rendait témoignage à son inflexible constance et fortifiait ainsi la résolution des survivants •Lorsque tous les nobles eurent péri, on procéda au meurtre des chefs bourgeois. Quarante-sept personnes furent mutilées, décapitées, de cinq heures à neuf heures! Quel spectacle pour le prince de Lichtenstein et ses auxiliaires impériaux! quelle scène touchante pour les âmes dévotes! Les têtes d'un bon nombre furent fixées sur des pieux plantés devant leur demeure : on cloua la tête et la main de Léandre Ripel contre la porte même de la maison commune. Wodnyansky fut pendu au gibet dressé sur la place ; deux sénateurs, le beau-père et le gendre, éprouvèrent le môme sort ; leurs cadavres oscillèrent à un balcon de l'hôtel de ville. ,
Un seul, parmi les vaincus, obtint une commutation de peine, au moment où il allait s'agenouiller devant le billot*: il se nommait Sixt von Ottersdorf, et survécut plus de trente ans à ses compagnons.
Pendant que la fleur du royaume tombait ainsi sous le glaive, Ferdinand s'occupait d'eux et leur donnait à sa façon des marques d'intérêt. Le pieux empereur avait entrepris pour ses victimes un pèlerinage à Mariazell^ Ueu de dévotion alors célèbre. Là, prosterné devant la statue de la Vierge, il priait sans relâche la sainte madone « d'implorer Dieu en faveur des rebelles, pour qu'il daignât éclairer leur intelligence et les faire rentrer dans le sein miséricordieux de l'Église catholique, la seule qui. puisse sauver les
âmes. » Il avait pourtant donné des ordres féroces, choisi des agents implacables. Dix des martyrs ne comptaient pas entre eux moins de sept cents ans !
Les tètes et les mains des suppliciés restèrent dix ans dans leur cage de fer, sur la tour qui dominait le pont de la Moldau. Aj)rès la bataille de Leipsig, les proscrits revinrent en Bohème avec l'armée suédoise; Prague fut encore gouvernée par le comte de Thurn. On enleva les ossements blanchis des martyrs, et un cortège solennel les transporta au Vatican de la Bohême , à l'église de Stein. On y célébra l'office , on y prononça une oraison funèbre ; mais comme la guerre continuait, que le pays pouvait retomber sous la do«mination de l'empereur , on n'osa point les ensevelir pendant le jour. Des hommes déguisés les prirent au milieu de la nuit, et les enterrèrent secrètement, pour que la haine opiniâtre des jésuites ne fouillât point leur tombeau.
Ce premier sacrifice n'était que le début de la persécution, un faible avant-goût des cruautés, de la terreur que préparait Ferdinand, Le lendemain de l'exécution, les trois avocats municipaux furent fouettés publiquement par le maître des hautes œuvres, le premier devant l'ancien hôtel de ville, le second devant la Monnaie , le troisième devant l'auberge du Cerf-VerU Le greffier communal, qui avait reçu Frédéric V, le jour de son entrée solennelle , dans le vieux costume en usage à l'époqqede Jean Ziska, eut la langue clouée au gibet , et ne fut relâché qu'après ravoir ensanglanté deux heures !
Mathias Bôrbon , médecin de trois empereurs , de-
vait être décapité ; mais le prince de Lichtenstein le sauva> et son innocence fut mise hors de doute. Chrysostome Schrepel , un des jugés ou, pour mieux dire , un des commissaires qui Tavaient condamné*, entra dans une violente fureur; il avait à la cour et avec les jésuites des relations importantes , dont le gouverneur lui-même devait se préoccuper. Or, il convoitait le splendide hôtel de Borbon. Pour décharger sa bile , ce drôle fit un jour attaquer le médecin au moment on il quittait le prince ; des hommes apostés le bétonnèrent si cruellement qu'il faillit rester sur la place et eut toutes les peines du monde à s*échapper. On l'obséda ensuite dans le but de le convertir. Las de ces persécutions, il se rendit en Pologne, où il fut accueilli, employé par le roi Ladislas, où il mourut dans 1 exercice de ces hautes fonctions.
Après le supplice des quarante-sept martyrs , des échafauds et des gibets se dressèrent sur tous les • points de la Çohème. Les sentences de confiscation, d'exiL et d'emprisonnement perpétuel se suivaient sans relâche. Les persécuteurs en aggravèrent les conséquences par ime invention diabolique : un décret jde l'empereur condamna tous les fils et petitsfils des individus traités en criminels, sous un prétexte ou sous un autre , à porter au cou un cordon de soie rouge imitant le passage de la hache. Cet em* blême avait pour but de les faire constamment souvenir que, 3'ils avaient encore la tète sur les épaules, c'était par la tolérance du souverain. Il les désignait , en outre, à la surveillance des jésuites. Quelles idées
deyait entretenir dans l'esprit des jeunes gens cet abominable signe , qui leur rappelait la captivité, le désespoir ou la mort de leurs proches , le supplice 'dont ils étaient eux-mêmes menacés? Us erraient comme des ombres y tenant à peine à une existence si précaire, lisant dans tous les regards la pitié ou la haine, et portant déjà la marque du coup fatal. Les dévots ont parfois de singulières inspirations!
La Bohème perdit tontes ses libertés politiques et religieuses, le droit d'élire ses propres souverains : la noblesse ne put même transmettre ses biens sans avoir obtenu le consentement de l'empereur. Après la bataille de Prague , Adam de Waldstein avait apporté à Ferdinand l'édit de tolérance et les autres chartes, où se trouvaient constatés les privilèges du pays. — « Voilà donc , s'écria le monarque, les griffonnages qui ont causé tant de soucis à mes prédécesseurs ! » — Et il déchira les titres sacrés, dont il jeta les débris au feu. Ce qu'il voulait, c'était cette usurpation des droits de tous par un seul honune, cette confiscation delà vie d'un peuple, qu'on nomme le pouvoir absolu.
La langue et la littérature indigènes furent aussi proscrites, anéanties pour jamais. Tous les livres bohémiens, tous les manuscrits précieux du temps de Charles IV, Georges Podiebrad et Rodolphe II, périrent comme la bibUothèque d'Alexandrie. On les déclara en masse sacrilèges et hérétiques ; transportés, empilés à la voirie , où ils formaient des monceaux énormes, ils furent solennellement brûlés avec ' une joie sauvage.
— 8J — On s'açhama contre tout ce qui rappelait aux Bohémiens les glorieux souvenirs de leur histoire. Le jeudi-saint de l'année 1622, le grand calice d'or, qui figurait symboliquement la doctrine des hussites, et la redoutable épée de Jean Ziska , devant laquelle tremblaient les rois et les empereurs, forent enlevés l'un et l'autre de l'église de Stein, où on les gardait religieusement ; le 6 juillet^ jour anniversaire du supplice de Jean Huss, on ferma tous les temples hétérodoxes.
Cependant les rigueurs contre les personnes allaient leur train. Ce qu'il y avait de plu's effrayant dans ces persécutions, c'était leur complète irrégularité. La participation à la résistance et le degré de cette participation ne fixaient nullement la peine: les sévices dépendaient absolument des relations personnelles, des opinions en matière religieuse, surtout de la fortune que l'on possédait, car les hommes bien pensants témoignaient une grande avidité pour les châteaux, les domaines, les splendides mobiliers des vaincus. i)ans une lettre fameuse adressée à l'empereur Mathias , Ferdinand lui avait déjà vanté les confiscations comme une ressource admirable. « Les biens des rebelles servent ainsi à payer tes frais de la guerre, disait-il; la soumission que produisent les châtiments et les suppUces a un avantage de même nature, car, dans les assemblées des états et dans toutes les circonstances analogues, elle fait voter d'abondantes eontributions. »
On installait donc partout, comme juges et commissaires, des fanatiquesultramontainsou des protestants
ranëgats: on leur abandouDsit sans GOtft^Ôle lès itfthénen3 et les hussHes. D'insatiables parrenusy ^rtis dé Ib dernière fange^ réglaient le sort des personnages les plus nobles y les plus considérés. Toute dénonciation passait pour un fait incontestable ; le rebul de l'espèce humaine témoignait devant les tribunaux qui avaient usurpé les fonctions de la justice; Martin de Huerdà, ancien garçon tailleur^ après avoir âervi comme lacptais dans plusieurs famtUc^ bohAmes, étfcit devenu espion et enfin soldat. Par sa résolution et sa souplesse^ il obtint dans la cavalerie le titre de ceqpitaine; par ses intngues avec les femmes, cQ^ui de baron. Une grande dame, dont il avait porté la livrée, l'avait longtemps entretenu ^ car il était joli, garf 011^ amusant et robuste. Ce fut lui qu'on expédia pom* annoncer à Ferdinand la victoire de Prague. Gpmilie l'empereur causait avec lui des mesures qu'on allait prendre: « Faites tout tailler en pièces, sans dis* tinction de rangs et de personnes^ lui dit le grtsditl^ pour qu'il ne reste ni bras ni jambe de ce peuple îl6* rétiqile. » Martin publia lui-^même son odieux propos, m se glorifiant de l'avoir tenu. Le monarque lui ré* pondit: « Malheureusement, l'électeur de Bavière a déjà, fait espérer leur grâds aux rebelles. Mais on trouvera d'autres moyens pour abaisser ce i^tefuplë présomptueux, pour détruire l'hérésie , et pour tout ramener dans le sein de r%lise catholique, seul port du salut, u
Un autre aventurier, Paul Michna, émettait des vues difi'érentes sur la marche qu'ilMait suivre. C'était le fils d'un boucher de Budin^ <|tti,. dès son adolescente^
awt aerri coinme laquais x^ex les jésvites^ €i^ peompte éléTation avait été la récompense de scm zèle sanguinaire contre sa patrie. On l'avait goi^ de biens, nommé d'abord chevalier, puis baron, puis élevé au rang de comte* Il jugeait inhabile, oa du* moins prématitfé , le système d'extermination e*^ d'expukion en masse. La noblesse dissidente possé* dait encore, suivant lui, trop de dioses précieuses qu'elle pouvait emporter, qui adouciraient son exil. Mieux valait la ruiner peu à peu de fond en comble, ré^miser adroitraient et la bannir ensuite. Ce procédé obtint l'adhésion du gouvernement.
Comme Prague et les aub'es villes importantes s'é« talent livrées sans condition, vu la promesse d'am* nistie, et se trouvaient sans défense, on permit aux soldats d'envahir pendant la nuit les maisons des riches citoyens et de les piller. Ne voulant point perdre leur part du butin, les officiers se masquaient ou se déguisaient pour ces expéditions infâmes, et donnaient à leurs soldats l'exemple de l'avidité. Les larrons eu uniforme se vantèrent d'avoir ainsi soustrait» plu^urs tonneaux d'or. Le pays ouvert fut rançonné avec la même audace et la même violence par xles bandes farouches, composéesd'Aliemands, d^Italiens, de^ Français, de Cosaques, d'Espagnols, de Polonais et de Wallons^ qui se faisaient un jeu du meurtre et de4'incendie.
Les soldats qu'on logeait chez les particuliers ne les Imitaient guère mieux: ils poussaient au delà de toutes les bornés 4'iâfto}ei)ee€ft la prétention. Le simple paysan devait leur servir des repas somptueux,
— se —
eft encore refusaient-ils de se mettre à table, si leur hôte ne plaçait un beau tbaler sous leur assiette ( le thaler vaut trois francs soixante-quinze centimes).
Ce brigandage autorisé devint le prétexte de mesures non moins ruineuses. Partout furent lancées des commissions impériales qui promettaient à un chacun le repos, la sécurité, moyennant finance ; pour s'affranchir des logements militaires, des pillages nocturnes, il suffisait de payer une somme, mais la somme était exorbitante. Frappés de ten:eur, les nobles, les bourgeois, les campagnards s'empressèrent de la donner. Aussitôt, nouvel artifice. Dans l'intérêt même du peuple, on voulait former des approvisionnements miiitaires,et les achats, bien entendu, exigeaient des fonds, beaucoup de fonds. Puis c'étaient des régiments qu'il fallait vêtir et armer: on payait encore. A peine étaient-ils pourvus qu'on les dirigeait ailleurs et qu'on les remplaçait par des bandes de gueux en haillons. Force était de les habiller comme les autres, de vider sa bourse. Les vainqueurs n'acceptaient que des pièces de bon aloi.
En 1622, lorsqu'on crut ayoir soutiré du pays tout le numéraire, on l'inonda d'une monnaie de cuivre argenté, que l'on déclara illégale deux ans après. Elle perdit sur-le-champ les neuf dixièmes de sa valeur : le commerce fiit anéanti, la misère générale portée au comble. Michna, l'ancien garçon boucher, s'applaudissait fort de cette tactique. — « La monnaie conventionnelle, disait-il, a plus ruiné la Bohême que dix âins d'occupation militaire et que si on l'avait à moitié réduite en cendres. »
Bientôt parût un décret dès plus bizarres : il portait que quiconque avait prêté une somme d'ai^ent pendant la guerre et pris part à la rébellion n'en serait jamais remboursé ; que, si ta somme avait été prêtée avant les troubles, il en perdrait une moitié avec les intérêts; quant à l'autre moitié, il ne la toucherait que dans dix ans. Le fisc recevait les fonds au lieu et place des créanciers.
Mais des mesures générales ne satisfaisaient pas la rancune de Ferdinand. Neuf mois après la terrible exécution du 21 juin, il proclama une amnistie d'un nouveau genre : c'était un piège qu'il tendait à ses adversaires. Pour jouir de la faveur annoncée, tous les hommes compromis devaient se signaler euxmêmes, se faire inscrire sur la liste des graciés. Sept cent vingt personnes de l'aristocratie eurent foi dans la parole du prince, et, désirant sortir d'inquiétude, s'avouèrent coupables de rébellion. Aussitôt leurs biens furent confisqués en totaUté ou en partie ; ceux que l'on ne dépouilla point complètement perdirent le tiers, la moitié ou les deux tiers de leurs possessions. Cet acte de clémence rapporta au pieux élève des jésuites quarante-trois millions de florins, somme prodigieuse pour le temps. La liste des confiscations remplissait un.gros volume in-folio.
Les mêmes violences, les mêmes déloyautés passé- * rent comme une peste sur la Moravie; car la Moravie *s'était associée à la résistance de la Bohême, et le comte deThum avait essayé d'y prolonger la lutte après la soumission du dernier pays. Toute la noblesse, à la tète de laquelle se trouvait la famille du
ftttût dmoctiièt Kâoniti^ perdit ses btens ett' dot tfler TÎvre EUT la terre étrâft^ère; Cétat dans hi uMâon d'Ulric de KàunHz; à Briinn, quô Frédéric V ayait été aeclasié roi ; une sentence capitale fitt rendaecoalre son fils y mais l'Empereur Im accorda sa grSee. i Quahd même il y aurait parmi vous dés imiocents, disait la noire milice de saint Ignace^ils n'^i serait pas moins punissables, ayant au front la tache origioelle de Thérésie et sur la conscience la piossession d'une trop grande fortune. »
La partie la plus riche, la plus active dé la popidation ftft ainsi exterminée ou mise en fuite. Hormayr, conservateur des archives de Vienne pendant vingtcinq ans, a dressé une liste effrayante, où Ton voit figurer parmi les bannis les che& de toutes les princt^ pales familles (1). Un célèbre historien du temps, Paul Stransky, chassé de Leitn^tz avec une bruta* lité larouche, se sauva dans le nord de l'Allemagne, puis en Hollande, où il écrivit un livïe pour dépeindit les souffrances de ses compatriotes. Le fameux Gomenius, après avoir vu succager ses biens, détruire sa vaste bibliothèque, et, douleur plus grande encore ! brÀler ses manuscrits, trouva un refuge en Pologne ; il y publia un travail philologique bien connu des énidits et intitulé : Janua linguarum. En An^éierre, il fit paraître son Orbis pictuèy qui sert enèore de modèle à des compositions ansdogues (S). Quand il mourut octogénaire à Amsterdam, il avait passé
(1) Taschenlmch fiir die vaterlœadisehe Geaeltichte \ JalHrgaiig 1836» ^
(2) M. Gftiler vient justement de publier un livre de cette e$pèoe : Ntu^r ■'Oi'bispictwfardie Jitgénd/naèhCôfMnhu. ... - ^ . .
ciQjpaAte aosbors ide son payi^,. Ifis ^xilé^ peftipl^ r^t la Hongrie supérieure, qui ne fut jamais si floria- ^x^ey les magnats de ces cantons les ayant reçus avec ujQ^^ généi;euse hospitalités La Pologne fu^ ençpre un lieu d'asile jpour les proscrits ; la famille RadziviU et le |talat^ de 3^cz leur témoignèrent le plus noble intérêt. I^ Q^nemarck, l'Angleterre, la Ho]lan46 ne les accueiVijrent pas moins chaleureusement. Comme nos calvinistes après la révocation de Tédit de Nantes, les ri^lQnnés bohèmes et moraves semèrent toute rËurqpe de leurs groupes fugitifs. Le duc de Brieg em $ilé^, le mai^ave d'Anspach et de Bayreuth, Félectôur de $a^e, leur ouvrirent leurs États. Ils enr ricbirent de leur industrieuse activité non-seulem€int la ilQjQgrie, comme y^ous le disions tout à l'heure, mim la JPoméranie et le Brandebourg. Un certain npqpthtre échangèrent même de continent : ils allèrent en Asie, en Amérique, chercher la liberté de cqnscj^ce. On frouve au delèi des mers quelques villes qw portent les mêmes news ^que les ville? îtïqljiêmes et moray^s, Fubie)£, Preffay, B[errenhut : c'ét^ieRt dfifi ^^uvenirs fie la .patrie que t^ malheiirevi;?^ .ti;^n$portaient dans le désert.
Ces souvenirs furent, .pqur bo^^iucoup d'entre eux, unefCause de douleurs nouvelles et un s^rrêt dcxiivpj^t» Le? fermées suédoises et saxonnes pénétrèrent p^u- .sieurs fois au cœur de la Bohême, pendant la guerce iie p[!rente-A^. Ainsi la victQire de Janks^u, remportée p^r^[e caillant ^orstenson sur les bandes impérisi)^, lui^^^^t qette tei^i^^ enskai^laAtée. Chaque fois, de noqpd^reux b^QQi3 «ficcouri^nt poi)r , revoir leur sol
natal, les châteaux de leurs aïeux où se prélassaiest des fsgpilles étrangères, le ciel qui avait éclairé leur enfance,^ les campagnes où s'était passée leur jeunesse. Chaque fois, les revers de leurs protecteurs les faisaient tomber entre les mains des jésuites ; ils mouraient dans les tortures, ils languissaient dans les cachots, victimes de leur indomptable espérance, de leur foi aux représailles de Fétemelle justice.
* Les plus avisés seulement, les plus flegmatiques, se tenaient sur leurs gardes. L'Empereur fit offrir sa grâce à Frédéric de Roggendorf, ex-gouverneur d'une province autrichienne, s'il voulait revenir dans son pays. — Quelle grâce? demanda-t-il. Est-ôe la grâce accordée aux nobles de la Bohème : la mort par la. hache? A ceux de Moravie : une prison peipétuelle? A ceux d'Autriche : la confiscation de tous leurs biens?
Traitant. de cette manière les personnages les plus considérables, on épargnait encore moins les bourgeois, les ouvriers et les paysans. Les moyens employés contre ces malheureux étaient de véritables outrages à la nature humaine. Ainsi, l'on conduisait les villageois, leurs femmes et leurs enfants à la messe en lançant sur eux des bouledogues, en les lacérant avec des fouets de piqueiir. Non-seulement on exigeait d'eux une abjuration formelle et publique, mais on lés forçait à cracher sur le calice, symbole de leur croyance, et à le fouler aux pieds. Beaucoup de seigneurs apostats, comme Mittfowsky, Guillaume Klenau, Slavata et Martinitz; emprison-
âàient, torturaient tenrs vassaux j les rouaient de cbùps^ soit avec des bâtons, sdit avec le plat de leurs sabres, pour les faire agenouiller devant le saint-sacrement ; leur ouvraient la bouche avec la crosse de leurs fusils, avec des tringles de fer, pour y introduire Fhostie et les faire communier sous une seule espèce. Un noble, appelé Kinko Czernohorsky, et bien digne de porter ce nom barbare, entra à cheval dans l'église de Kerxzin, galopa vers l'autel, saisit la coupe pleine du vin consacré, puis versa le liquide dans la bouche de sa monture, en s'écriant : — Mon cheval vous vaut bien; il est comme vous utraquistè j[4). — Après cette insolente parole,' il tomba t'épée à la main sur les fidèles, en blessa un grand ïiombre, en tua plusieurs, et en traîna quelques-uns hors de l'église conune dès prisonniers de guerre.
Quand les menaces, les coups, les spoliations, les tortures ne suffisaient pas pour convertir les hétérodoxes, on les attaquait par le plus noble et le plus profond des sentiments humains : on prenait leurs enfants, on les martyrisait sous leurs yeux, afin de dompter leur résistanCe et d'accabler leur courage. Les parents ne pouvaient sans fléchir voir tenailler, mutiler leurs fils et leurs filles. Un prêtre leur dictait alors la formule d'abjuration: Deux officiers, dans une de ces expéditions féroces, sajsirent un enfant nu et, le tenant chacun par un pied, le partagèrent avec leurs sabres, puis offrirent au père, à la: mère,
' ~(1) On nommait -ainsi lès hussites,- du mot latin utraque, parce qu^iU oommuniaîent sons les deuit espèces.
les moitiés «angjjantefi. — « I^ v/oJiU sqw les 46tt3i espèces, » dirent-Us 4'uq air }Ovi«l et /comme ckf^'mes dé leur pl^nterie (l).
Qift'on se figure le sort des prêtres idissidepts isu milieu d'une telle peméeution ! Us étaient livrés jsfffè» défense à la bestialité des troupes. Les soldats en^ trèrent chez le curé de Bistritz^vieillard de soixante* dix ans, (fue la maladie tenait couché, pillèrent sa m^uyson, puis Je fusiMèrent dans son lit; le prédioa*^ itew Paul Ak^ei* jtnt tué d'une balle pendant .qu'il était en chaire ; on poignarda^ on éventra chez lui^ ministre Capilo* Certains ecclésiasitique^ mouraieiiit d'une mort plus lente et plus affreuse : les soudards entassaient leurs livres, leurs manuscrit») les suspep* daient au-dessus et y mettaient le feu* |Ils en r&ii|rent d'autres sur des charbons ou devant un brasier, comme Laureoit Kurzius, Jean Bereneok, Moses, AnteoCBnius, pour Iqur extorquer de l'argent. AfNrès avoir garrotté un pd?ètre du nom de Maresch, ils yio* lèrent devant lui ses deux filles, le lapidèrent ensuite, le percèrent de leurs lances, le hachèrent de leurs sabres. A d'autres, ils tranchaient la main drqite^ puis la tète; un certain nombre, comme Mathias Ulisky, furent coupés en quatre morceaux. Sle^ Bufiler, .attaché à un prbre, servit de cible aux^pro: teeteurs du do^e uUramontain. Quand les ^oldsits passaient près d'un ministre réformé, ils tira^eiit sur lui'Oomme sur une bète fauve, et laissaient là son
(1) Hormayr» Taschenbuch [ûr die vaterUsndUche OuthicMe.; Jahrgang 1836,
eadavre. Un éàUpamt enfin^ q»! ordonuatt |i totts 166 prêtres hussites d^ quitter la Bohèoie et la IM^ravie dans Tespace de huit jours. On réservait l^mème soitiitix ecù{ésiasti(}iies luthériens» mais on attendait un mcmieat favorable, et l'on cherchait un prétexte pour ne pas scandaliser l'électeur de Saxe^
Les morts eux-mêmes n*étm&ïït pas tranquilles dans leui^s tombeaux. Les restes 4u glorieux ie&n Ziska, de l'éloquent. Rockyezana fur^at afrachés de leurs sépulcres et dispersés sur k terre comme dés immondices. Aucun prêtre hétérodoxe, aucun huseite, ne pût désormais être enseiveli avec les honneurs ifunèbres.
« Ces meônres né doivent ni vous surprendre ni V0»s irriter, » allaient partout prêchant les jésuites : K nous ne travaillons que pour votre bien. Les hérétiques sont comme des enfants ou comme dès malades en proie à la fièvre chaude, dont on éloigne tous les objets avec lesquels ils 'pourraient se blesser. Faut*il leur enlever un couteau, une rapière, on les ondoie, on les ga^ par des (pi:omes8es que l'on ne veut point tenir. Félicitez-vous donc de ce que l'on vient au secours de vos pauvres imes, et témoignez votre gratitude à l'Empereur, soutenez-le de tous vos biens, secondez-le de tous vos efforts. Si le dogme catholique pouvait renfermer quelque erreur, si l'on pense courir des dangers en rembi*assant, éh bien ! nous iprenons tout sur ïtot^efoonscience : ikms àmôs répondront de nos paroles. » Des motifs si pieux âu^ torisaient les iplqs violents procédés ; on établit, en conséquencûiune vérital^le inquisition, nommée >la
Contre-Réforme, que l'on arma de pouvoirs illimités^ dont les jugements étaient sans appel, et que dirigeait rarchevêque de Prague.
n semble que nous ayons atteint les dernières limites de rhypocrisie et de l'horreur, que nous ne puissions rien ajouter : ce qui nous reste à dire est pourtant plus effroyable encore. Pendant deux siècles, le gouvernement autrichien a défendu d'écrire sur ces matières, a tenu fermées les archives de Vienne. Le courage d'Hormayr, la révolution de 1848, l'adresse de quelques savants, la gauche servilité des panégyristes , l'ignorance probable du jeune Empereur, ont enfin ouvert la sinistre catacombe : il en sort des milliers de fantômes accusateurs. Il est temps de les nommer, de faire connaître leur histoire. Je dresse, sans doute, un aflfreux inventaire, mais il le faut : il faut que l'humanité sache ce que lui a coûté le droit de libre examen, ce droit sans lequel les garanties politiques, les lois civiles, ne préservent ni de la persécution, ni de la ruine, ni du bannissement, ni de l'échafaud ; car, en vertu de principes métaphysiques, on les viole toutes, et l'on fait rétrograder les nations vers la barbarie, sous prétexte de les ramener dans le bon chemin.
Implacable et astucieuse, la réaction avançait pas à pas, frappant l'une après l'autre les diverses classes de citoyens, entretenant la terreur, graduant la persécution, et inventant chaque jour des fléaux pour accabler un peuple sans défense. Ignoraient-ils donc, ces bourreaux fanatiques, les belles paroles de saint
Luc (1) : « Ne jugez point, et vous ne serez pas jur, gés; ne condanmez point et vous ne serez point condanmés : car on vous appliquera la mesui^ dont vous aiirez . vous-même fait usage. » Ou bien n'avaient-ils réellement ni foi ni loi, et poursuivaientils seulement un but terrestre, en invoquant toujours le ciel que révoltait leurs maximes, en priant comme d'autres blasphèment, en consacrant l'hostie avec des mains ensanglantées?
Le 28 septembre 1622, tous les menmonites et anabaptistes furent sans distinction expulsés du pays, sous prétexe que l'un d'eux avait reçu dans sa maison Frédéric V, le roi d'hiver, comme on l'appelait par moquerie. Au mois d'octobre vint le tour des minis- . très luthériens. Le nonce du pape, le sieur Garaffa, trouvait lui-même cette mesure précipitée. Ferdinand répondit : — Ma conscience ne me permet pas de souffrir un seul hérétique dans un pays que je gouverne. — Dure parole soufflée au prince bigot par le père Lamormain, et qui annonçait de nouvelles proscriptions.D'autres édits accompagnèrent,en effet, la sentence d'exil. Aucun bien ne put désormais figurer sur le cadastre comme appartenant à un sectateur de la réforme ; aucun protestant n'eut le droit de siéger dans un conseil municipal. Chez ceux qui ne voulaient pas se convertir, on logeait des soldats croates, espagnols ou vallons, cruels comme des fanatiques et insolents comme des vainqueurs.
L'Autriche proprement dite ne faisait point partie
(1) Chap. VI, versetB 37 et 38.
dm États héfédîtaires de FerdiâAûd ; il n'ataiit bommehcé à radministref , au nota de TEmpereur, qu'en toi 3^, *et n*y exerçait Pautoiîté souveraine que depuis la mort de Mathias, en 1619. II n'avait donc pas eu le temps d'y rétablir le catholicisme par la perfidie et la violence. Les décrets tyranniques lancés ôontre la Bohème et la Moravie, où Ton s'autorisait d'une bataille gagnée pour commettre tous les crimes, eurent bientôt force de loi dans une province demeurée tranquille et fidèle. Ainsi le voulait Tordre tout-puissant de Loyola.
La Silésie seule obtint de meilleures conditions, verbalement du moins. L'électeur de Saxe avait donné aux habitants sa parole qu'on leur accorderait la Kberté religieuse, s'ils faisaient volontairement leur soumission. Mais à peine eurent-ils quitté les armes, qu'on viola cette promesse solennelle. Le comte Annibal Dohna fondit sur les villes et sur les hameaux avec les célèbres dragons de Lichlenstein, les jéisuites et les capucins* Il< allait de maison en maison, menaçant, pillant, torturant ceux que l'Évangile lui ordonnait d'épargner. Nul ne se montra plus cruel. Ce misérable, que n'attendrissaient ni l'enfance ni la vieillesse, plaisantait lui-même sur sa férocité : il se nommait le faiseur deMenheureux ( seligmacher).
Au mois de juillet 1624, le prince de Lichlenstein réunit lés gouverneurs des différents cercles, et ces profonds politiques rédigèrent ensemble le décret suivant:
« Art. !«'. Tout individu qui ne professe pas la religion catholique ne pourra exercer aucun conuneitee,
~ il ^
Sàc^é inditôCrïe, aucune prdfesftion Ivetàthr^^Bê jk]ruFra faire aucun travafil payé. -
« Artbâ.Quieouque prendra chez lui à demeure im prêtre èvangéliqué^ mourra sur Téchafaud et perdrai tous ses biens'; quiconque laissera prêcher, baptiser ou bénir un mariage dans sa maison^ payera 100 florins d'amende.
« Art. 3. Les ministres orthodoxes n'aeecunpagne* ront point au lieu de leur sépulture les cadaTres des hérétiques ; on les payera néanmoins comme s'ils les avaient escortés. Par une grâce toute spéciale, les protestantes mariées à des catholiques seront tolérées en Bohême tant que vivront- leurs époux ; mais elléfe devront quitter le pays aussitôt qu'elles seront Vé«^ ves, et, dès lors, ne pourront plus hériter. Il leur est défendu d'assister aux noces, festiiiëet réjouissances ; quand elles y paraîtront, dans certains cas, elles devront être placées après la dernière de toutes les femmes- catholiques, sans égard pour leur naissance ou pour leur rang. Si quelque émigré bohémien rentre secrètement dans sa patrie , on enjoint comme un devoir, de le dénoncer, de FassaUlir et d'aider à le mettre aux arrêts. »
Nous ne donnerons pas tout le texte de «etle longue ordeénance ; qu'il nous suffise de signaler les dispositions les plus remarquables. L'arlide 6 et l'article i condamnent bu bannissement, à la perte de tous leurs bienfs^ ceux qui feront gras les jours maigres, ceux qui tourneront en ridicule le service catholique ou le prêtre de leur paroisse. Si quelqu'un instruit secrètement la jeuhésse, on le dépouillera de tout ce qu'il possède,
et les sergents le chasseront de la ville à coups de foiiet^ Les catholiques seuls ont le droit de tester. La. culture des beaux-arts est interdite aux luthériens, comme l'exercice des métiers. Quiconque raillera Dieuja sainte Vierge ou les cérémonies du papisme, encourra la peine de mort et la confiscation de tous ses biens. Les images suspectes et les caricatures seront anéanties.
L'ordonnance se termine par une abominable prescription; la voici traduite littéralement:
« Art. 15. Les pauvres soignés dans les hôpitaux devront embrasser la religion catholique avant la Toussaint, faute de quoi ils seront jetés dehors, quel qm puisse être leur état physique y et l'on ne recevra plus désormais que des orthodoxes. Telles sont les
INTENTIONS ET l'iMMUABLE VOLONTÉ DE Sa MaJESTÉ GaTHO- LIQUE.
« Signé : .