CHARLES
« Pnnce de Dchtenstein. »
Jeter dans la rue au mois de novembre, par le froid, par la bise, par la neige, des malades et des mourants, sous un prétexte religieux, cela ne s'était pas encore vu. Que la gloire en demeure tout entière à la maison de Habsbourg !
Mais ces décrets, ces mesures législatives, ces exécutions, ces violences partielles, ne faisaient que mettre en goût le pieux monarque et lui semblaient d'une lenteur désespérante. « Nous n'avançons guère, » lui disaient sans doute les jésuites. Pour expédier la
beçogne, on enyoya dans les marchés les plus impor* tants des hommes travestis, des agents provocateurs, qui se mêlaient à la foule, cherchaient querelle aux paysans, excitaient du tumulte. Apostées près de là, les troupes impériales se ruaient alors sur la multitude, frappjiient sans relâche, massacraient tous les indigènes qu'elles estimaient avoir plus de douze ans. Omne jugularetur à duodecim anniSj porte l'avis formulé par les jésuites. Que Ton se représenté ces hideuses scènes : des cultivateurs, des bourgeois sans armes, surpris par une milice féroce, au milieu de transactions pacifiques; les hommes, les femmes, les adolescents égorgés ; les marchandises répandues sur la terre et couvertes de sang ; les cris d'épouvante, les fuyards, les malédictions et la vaine résistance des plus braves ; le désespoir dès mères, le râle des mcjprants, puis un silence funèbre, une place vide et morne, les cadavres jonchant le sol, les dernières victimes se débattant dans les crispations de l'agonie!