CHAPITRE VI
lîtalDDUCTIQN DE LA RÉFORME EN HONGRIE.
Quand laRéforme^ s'appuyant snr l'Évangile, contesta les dogmes de l'Églisa Fcmiainej, ses princi{»es n'éveUlèrent pas moins d'attention^ ne firent pas moins de- prosélytes' parmi les Magyares que parmi \e& Allemands. C'était comme une aurore qui se levait dans les intelligencBs, après la sombre nuit du moyen âge : elle G^itcîtail toute lajoie, toutes les espérances^ toute l'activité des heures matinales. Ces premiers rayons amionçaient la vraie lumière, la lumière de la philosophie que If OU: devait attendre un siècle encore.
A peine les premiers écrits de Luther avaient^ils été publiés,. (pie des mar-chandsetdes colporteurs les inffoduisirent dans les plaines de la Hongrie, dans les montaign;es de la Transylvanie. Ces âpres opuscules y excitèrent une grande fermentation, y convertirent de pieux orateurs qui enseignèrent bientôt publiquement la nouTciie doctriaei Michel Siklosi l'expliqma le premier du haut de la chaire à une assemblée hongroise. Un Silésien nommé Ambrosius, un ex-dominicain appelé George, eurent rimtiative de cette prédicatitm dans là Transylvanie; tous deux annoncèrent aux
habitants d'Hermannstadt le christianisme régénéré. Un grand personnage, le comte Marcus Pemphlinger, homme intelligent, expérimenté, les seconda d'une manière très-active, n'épargna pour les aider ni ses peines ni son influence. On leur prêta une oreille d'autant plus attentive que la commune était en lutte avec Tarchevèque de Gran. Les citadins rompirent en visière au fanatique prélat ; ils évoquèrent toutes les causes civiles des ecclésiastiques devant les tribunaux séculiers, forcèrent les pasteurs à remplir leurs fonctions, malgré l'interdit lancé par le doyen (1). Bravant l'autorité de ce mandataire clérical, ils expulsèrent le curé d'un village situé dans la banlieue, et installèrent à sa place un ministre de leur choix. Bien mieux, ils annulèrent sa juridiction et l'empêchèrent de punir les personnes qu'il croyait répréhensibles. Pour compléter leur insubordination, ils refusèrent de payer la dîme.
L'archevêque adressa une plainte au roi Louis II (2). Par un édit sévère, le prince commanda aux habitants d'Hermannstadt de respecter toutes les décisions du prélat, d'exécuter tous ses ordres. Les citadins demandèrent un sauf-conduit pour leurs ministres, puis les envoyèrent à Gran plaider leur
(1) On nommait doyem ruraux, ou simplement doyens, des espèces de grands- vicaires qui inspectaient les cures de campagne et exerçaient une autorité très-étendue.
(2) Louis H, roi* de Hongrie et de Bohême, avait succédé à son père, Ladislas VI, en 1516 ; il épousa, en 1521, Marie, sœur de Charles-Quint. Battu à Mol^acs, par Soliman II, en 1526, le prince, très-jeune encore, se noya dam un marais à travers lequel il essayait de fuir.
cause. Mais le dignitaire ecclésiastique mourut sur ces entrefaites. Son successeur étant cardinal et s'étant rendu au conclave afin d'élire un nouveau pape, le débat fut naturellement- suspendu en son absence.
La Réforme cependant gagnait du terrain. Hermannstadt devenait un second Wittemberg. Les ministres catholiques avouaient eux-mêmes que la doctrine nouvelle n'était pas plus puissante dans la ville où résidait Luther. La diète ordonna de confisquer à domicile tous les ouvrages protestants et de les brûler en place publique. Ces auto-da-fé littéraires ne suspendirent point les progrès de l'hérésie. La violence fut donc appelée au secours du système défaillant : les États décrétèrent la peine du bûcher contre tous les luthériens. Mais comment mettre à exécution une pareille loi dans un pays hérissé de montagnes, couvert de forêts, entrecoupé de marécages et de fondrières, où les proscrits pouvaient toujours échapper aux sbires, où la justice n'était pas mieux organisée que l'adnynistration? Les ordonnances les plus utiles demeurant des lettres mortes, les édits pernicieux ne pouvaient avoir plus de résultat; aussi la nouvelle sentence ne fut-elle point exécutée. Le nombre des protestants continua de s'accroître ; ils se sentirent bientôt si forts, qu'ils troublèrent par des huées, par des rires, par des clameurs, les processions, les cérémonies publiques de l'ÉgUse ultramontaine. A Bude, sous les yeux du roi, deux orateurs mjoclamèrent en public le droit de libre examen ; ils furent chassés de la ville.
Après la déroute de Mohacz et la fin tragique de
Louis II, Jean Zapolya, son successeur, bannit tous les dissidents. Mais ce décret ne put être exécuté au milieu de la lutte que les Habsbourgs engagèrent pour s'installer en Hongrie. Louis II avait épousé l'intelligente Marie d'Autriche, sœur de Charles- Quint et de Ferdinand I", Celui-ci, à l'âge de dixhuit ans, s'était marié avec la sœur de Louis II, Anne Jagellon, qu'il adora d'un constant amour. Profitant de cette double relation, il aspira au trône de Hongrie, dès que la mort de son beau-frère l'eut rendu vacant. « Puisque la monarchie hongroise, ce boulevard de l'Europe chrétienne, tombe en dissolution, écrivait-il à sa sœur, je te prie, dans l'intérêt de mes propres États menacés par l'invasion ottomane, d'employer tous les moyens en ton pouvoir pour me faire obtenir la couronne de saint Etienne. » La veuve seconda très-habilement les projets de son frère, et l'année même où elle avait perdu son mari, la diète de Presbourg ojQFrit au jeune archiduc l'autorité souveraine. Mais Jean Zapolya, qui l'exerçait avec l'assentiment d'une partie de la nation, ne voulut point y renoncer. De là une guerre civile, que compliquaient les irruptions perpétuelles des Musulmans. Les hostilités durèrent un grand nombre d'années, pendant lesquelles les prétendants eurent des soucis plus graves que les affaires de religion. La doctrine nouvelle n'étant ni inquiétée ni surveillée , gagna promptement du terrain, parfois même usa de représailles. Ainsi, dès la première campagne, Zapolya vaincu ayant été obligé de prendre la fuite, les luthériens se vengèrent de leurs persécuteurs. Là où
ils avaient la majorité, comme à Hermannstadt, ils donnèrent trois jours aux catholiques pour embrasser leurs opinions ou quitter le pays.
La lutte continua de la sorte, avec des fortunes diverses, mai^ en somme elle profitait aux ennemis de la papauté. Les plus grands personnages se déclaraient Tun après Tautre contre Tévêque de Rome, bâtissaient des temples luthériens, ouvraient des écoles, envoyaient même leurs fils étudier à Wittemberg, dont l'Université prenait alors un développement rapide (1). Le palatin Nadàsdy fut au nombre de ces importantes recrues (2). li favorisa tellement les adversaires de l'Église romaine que l'Allemagne tourna vers lui les yeux. Mélanchton lui adressa un jeune orateur croate, vôué à l'affranchissement de Tesprit humain^ et lui recommanda d'utiliser sa ferveur aposioJique. Nadasdy possédait une imprimerie particulière; il y fit composer en hongrois le Nouveau- Testament, traduit par Jean Sylvestre, que le rédacteur de la Confession d' Augsbourg hii avait également adressé. Enfin, le protestantisme parcourait la Hongrie d'une marche si triomphante, que les prêtres catholiques abandonnaient eux-mèroes leurs autels et venaient ^ossir son cortège. Les évêques de Neutra, de Weszprin, déposèrent le rochet et la mitre pour prêcher la foi chrétienne dans sa pureté primitive. Le luthéranisme travaillait d'abord seul à ébranler
(1) Trois jeunes docteurs appartenant aux premières familles de la noblesse autricMenne devinrent successivement recteurs de cette Université.
(2) On nommait palatin un fonctionnaire élu par la diète, pour faire exécuter, avec Passistance d^un conseil, les lois que votait l'assemblée nationale. Chaque comitat de Hongrie avait en outre un palatin spécial.
Tempire de Rome dans ces contrées lointaines. Plusieurs députations vinrent consulter le maire d'Eisenach sur des points douteux. Mais aussitôt que Calvin eut formulé son système, il fit de nombreux prosélytes aux bords de la Theiss et du Danube.
A la suite de ces deux grandes doctrines, qui ouvraient la marche, se précipitèrent une foule de sectes moins puissantes : les Anabaptistes, les Mennonites, les Zwingliens, les Sociniens. Attaquées simultanément par les catholiques, les luthériens et les calvinistes, elles succombèrent toutes, sauf la dernière. La théorie de Socin avait en elle-même une importance capitale : elle annonçait longtemps d'avance le déisme du dix-huitième siècle et la profession de foi du Vicaire savoyard. Cet énergique penseur niait la Trinité, d'où vient à ses disciples le nom d'unitaires, la transsubstantiation, le péché originel, l'existence de l'enfer ; il ne reconnaissait pas la divinité de Jésus, ne voyait dans les mystères que des symboles plus ou moins obscurs. Nul hérésiarque ne fit, à son époque, tant de chemin vers les idées modernes.
Ferdinand I", comme nous l'avons dit, ne put d'abord mettre obstacle aux progrès des nouvelles doctrines. Quoique sincèrement catholique, c'était d'ailleurs un prince sage et modéré. Partout les haines , théologiques se calmaient, les ultramontains et les réformés vivaient en bonne harmonie, se fréquentaient, se mariaient ensemble, lorsque la fondation de l'ordre des jésuites (1) ranima la discorde. Cette
(1) En 1540.
— iOl — milice de la mort devait produire en Allemagne de telles infortunes, qu'elles détruisent, jusqu'à un certain point, la moralité de l'histoire, parce qu'elles font douter des principes qui passent pour gouverner le sort des nations.
Ils se glissèrent dans les provinces autrichiennes d'un air humble et modeste ; ils se présentaient comme médecins, et possédaient, à les entendre, un spécifique merveilleux, le quinquina, longtemps nommé poudre des jésuites. La peste ayant éclaté, elle facilita leur installation. Ils faisaient aussi le métier de professeurs, donnaient des leçons particuUères. Leur position était d'abord si peu brillante qu'ils n'avaient pas même de logis et demeuraient à Vienne chez les dominicains. Mais leur chef, le père Bbbadilia, eut l'adresse de parvenir jusqu'à l'empereur, de l'agenouiller devant lui dans le confessionnal. Leur sort changea dès ce moment, aussi bien que leur attitude. En 1 551 , ils élevèrent leur premier collège autrichien sur l'emplacement du ministère actuel de la guerre, à Vienne : Loyola, qui vivait encore, y expédia lui-même onze jésuites, d'après le vœu de Ferdinand et l'ordre du Saint-Siège. En 1556, ils bâtirent les maisons d'Ingolstadt et de Cologne, d'où ils essaimèrent, peu à peu, comme des guêpes avides. L'Autriche, la Bavière, le Tyrol, la Franconie, la Souabe, la vallée du Rhin et la Bohême tentèrent spécialement leur convoitise ou leur offrirent un accès plus commode.
Bientôt ils engagèrent leur protecteur Ferdinand à publier quelques édits, à prendre certaines mesures ayant pour but soit d'arrêter les progrès du schisme,
soit de lui arracher ses Bndennes conquêtes. Mais les seigneurs qui auraient dû faire exécuter ces ordonnances, ou bien avaient adopté les maximes éyangéliqaeSy oa bien ne pouyaient comprimer la Réforme que dans leurs domaines. Tenue en échec sur un point et pendant quelque temps, elle prospérait partout ailleurs : les fiefs de ces princes formaient comme des clairières éparses. Ëux*mèmes se lassaient bientôt de la rigueur, et les prescriptions impériales tooaibaient en désuétude.
Maximilien II laissa les catholiques et les protestants lutter comme bon \ex\T semblait, suivant leurs forces respectives, sans protéger ni les uns, ni les autres. Les controverses religieuses ne lui inspiraient que de renûui. Presque tous ses généraux témoignaient ouvertement leur dédaifi pour la papauté, leur enthousiasme pour la foi nouvelle . Un de ces capitaines, Schwendi, accepta la présidence d'un synode hérétique et n'eut point à s'en repentir. Horvath, prieur de Zips, qui avait abandonné la communion romaine et embrassé le protestantisme, ne craignit pas de nommer Maximilien tuteur de ses enfents. Si grande était la tolérance du priïice, qu'un docteur luthérien, aowimé Pfauser, prêcha longtemps à la cour et ne œssa de lui écrire que lorsqu'il eut été remplir ailleurs d'autres fonctions.
Au moment où Rodolphe II monta sur le trône, l'Église réformée s'était si bien établie dans les provinces occupées par les mahométans, que les ministi^s espéraient déjà convertir les infidèles eux-mêmes. Les Turcs ne se mêlaient pas des différends qui agi-
taient les chrétiens; pourvu que ceux-ci payassent régulièrement le tribut, ils se souciaient peu de leurs opinions et de leurs croyances. La parole du Prophète dominait pour eux ces débats. Dans les provinces conservées à TAllemagne , neuf cents commuflœ étaient luthériennes, un plus grand nombre calvinistes : seize gouverneurs, presque tous les dignitaires du royaume, avaient abjuré le vieux dogme. Oh pouvait prévoir le moment où la Hongrie entière serait protestante.
Etienne Bathory, élu roi de Pologne et prince de Transylvanie, jugea que des moyens nouveaux étaient nécessaires pour limiter les progrès de la Réforme. Il jeta les yeux sur la noire milice de Loyola, qui inspirait aux ultramontains une grande confiance. Appelés en Transylvanie, les jésuites s'installèrent dans Tabbaye déserte de KoUos-Monostra, donnée à leur ordre avec tous les biens qui en dépendaient, et fondèrent une autre maison dans la ville de Karlburg. Le prince désirait qu'ils s'occupassent uniguement d'instruire la jeunesse. Quoique protestante, la majorité de la diète, influencée par lui, ratifia cette mesure. Pendant tout son règne et pendant tout le règne de son frère Christophe, les champions du Catholicisme et les réformés parurent vivre en bon accord. Les jésuites marchaient d'un air humble, les yeux tournés vers la terre ; le soin de leurs écoles semblait absorber tout leur temps et toute leur intelligence; les renards s'étaient cmiverts d'une peau de brebis. Mais les protestants ne s'abusaient pas sur leurs dispositions : ils les détestaient cordialement et ne les ménageaient que
par égard pour deux princes d'un mérite exceptionnel. Après Ifi mort de ces chefs illustres, les dissidents ne cachèrent plus leur aversion : les jésuites furent expulsés, puis rappelés au bout de cinq ans et bannis de nouveau par le socinien Moïse Szekely. Mais ils ne se décourageaient pas et trouvaient toujours le moyen de rentrer.
Ils se glissèrent pour la première fois dans la Hongrie proprement dite en 1561, sous les auspices de 'archevêque Olahy et avec l'approbation du gouvernement. Ils n'étaient d'abord que quatre prêtres et un frère lai. On leur assigna des revenus importants. Ils s'établirent dans la ville de Tyrnau, où ils commencèrent à bâtir un collège. Mais avant qu'il fût terminé, un incendie effroyable consuma une partie de la ville; les flammes dévorèrent le monument en construction, et les jésuites n'avaient pas les moyens nécessaires pour réparer le désastre. Le général de l'ordre, François Borgia, regardant cette catastrophe comme un avis du ciel, ordonna aux Frères de quitter la Hongrie (1).
Treize ans s'écoulèrent sans qu'on y vît reparaître aucun membre de la sinistre communauté. Mais en 1579, l'évêque de Raab, George Draskovics, appela de Vienne un fort habile prédicateur de la congrégation. Il obtint dans la chaire des succès tellement décisifs, opéra tant de conversions, qu'au bout de sept ans son protecteur, devenu cardinal, sollicita de l'empereur Rodolphe l'établissement des jésuites en
(1) Fessier, Otschichtê der Ungem vmd ihnr Landactsaên, t. VII, p. 520
Hongrie pour soutenir la communion orthodoxe et terrifier ses adversaires. Le prince, à moitié fou, donna son consentement. L'abbaye de Thurocs leur fut assignée pour résidence, un décret leur livra la patrie de Mathias Corvin et de Jean Hunyade. Ils eurent d'abord de grandes difficultés à vaincre, de grandes luttes à soutenir; mais, par l'adresse et la persévérance, ils consolidèrent leur position et gagnèrent chaque jour du terrain.
Voilà quelle était la situation religieuse de la Hongrie, lorsque l'empereur voulut la ramener brusquement à la foi catholique et changer comme par miracle les idées de tout un peuple. Les.advjersaires de Rome mirent leur espoir dans la diète de Presbourg, qui devait bientôt se réunir et que Tarchiduc Mathias devait présider. Rodolphe comptait aussi, pour sa part, sur les décisions de cette assemblée. Mais l'archiduc, favorable aux protestants, dirigea de telle manière les séances, que nulle mesure ne fut adoptée concernant les affaires religieuses. Il écouta même les griefs des dissidents, avec l'intention de plaider leur cause auprès du souverain. Le sombre empereur fut saisi d'un violent accès de colère. Vingt et un articles avaient été votés par la diète ; traitant comme une lettre morte la constitution magyare, Rodolphe ajouta au proçès-verbal des délibérations un vingtdeuxième article. Les plaintes des protestants y étaient déclarées absurdes, injustifiables, leurs réclamations nulles et non avenues, leur conduite pendant les débats irrégulière et spandaleuse. Il leur reprochait d'avoir noué des intrigues secrètes avec les villes
libres de l'empire, el confirmitt toutes les lois pro« mulgiiées en faveur du dogme ultramontain, (M'doanait de puuir tous ceux qui mêleraient, sous un prétexte quelconque, les dissidences religieuses aux questions politiques.
Cet acte d'usurpation et d'arbitraire souleva en Hongrie une indignation générale. Une foule de ma* gnats déclarèrent qu'ils n'obéiraient plus ni à l'empereur ni à ses délégués, s'il ne révoquait pas son vingt-deuxième article. Le ^prince n'eut garde de revenir sur une décision injuste et sur une «itreprise coupable ; les hommes mettent surtout leur amourpropre à ne point avouer leurs fautes, à ne point réparer leurs torts. Une insurrection éclata, insurrection terrible qui trouva immédiatement un chef. Etienne Bocskai n'eut besoin que d'un manifeste pour soulever les nobles et le peuple. Le drapeau national flotta sur les donjons des seigneurs, les paysans s'armèrent dans les villages, des troupes de plus en plus nombreuses s'acheminèrent vers Szerenes, où une grande réunion était convoquée. On affranchît d'abord de toute contrainte le luthéranisme et le calvinisme, puis la guerre commença. Était-ce réellement une guerre? La campagne de l'armée hongroise ressembla plutôt à une marche triomphale. Abandonnée par les légions de l'emperenr, la Transylvanie se déclara pour le prince Bocskai; les forteresses de la Hongrie, mal approvisionnées, mal défendues, tombèrent entre ses mains; les faibles détachements de troupes impériales qui osaient courir les jehances d'une lutte, ne pouvaient soutenir le choc de leurs redoutables enne-
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mis. Toutes les provinces magyares, que ne possé* daient pas les Turcs, obéirent bientôt à l'éminent capitaine choisi par les réformés. Un seul général, Basta, défendit la ville de Gran contre les Islamites, qui secondaient les mécontents. Sous les murs de Bude, où campait le chef des insurgés, le Grand-Seigneur lui envoya une couronne d'or, une épée d'honneur et une bannière, en le saluant roi de Hongrie; mais il eut la prudence de ne jamais porter ce titre.
Sans armée, sans serviteurs fidèles, sans numéraire et sans force morale, l'empereur fut incapable de tenir tête aux Hongrois. La nécessité, reine du monde, l'obligea de négocier avec eux. 11 le fit de mauvaise grâce, comme on pense bien. La capitulation traîna jusqu'en 1605. Un pacte fut alors conclu, d'après lequel les luthériens et les calvinistes purent librement professer leur religion; les églises et les temples démolis pendant la guerre devaient être relevés, les tribunaux ecclésiastiques surveillés par la diète et maintenus dans les limites de leur juridiction. Bocskai obtint comme fiefs héréditaires la Transylvanie, les comtés de Bihar, de Zarand, de Szolnok et de Marmaros ; trois autres comtés, la seigneurie et le château de Tokay lui furent octroyés sa vie durant.
L'archiduc Mathias, qui avait conduit ces négociations, qui employa les Autrichiens et les Magyars à détrôner son frère, ne put sévir contre les partisans de Ja Réforme et ne le désira point. Le protestantisme, déjà si répandu en Hongrie, opéra tous les jours des conversions.
Enfin, le Tibère du christianisme, Ferdinand II,
monta sur le trône impérial. La guerre de Trente- Ans était commencée, les Hongrois avaient pris parti pour les Bohémiens. Comme le monarque revenait de Francfort, où il avait ceint la couronne, il apprit que les Magyars, sous la conduite de leur prince Bethlen- Gabor, s'avançaient contre ses États héréditaires. Ils parvinrent jusque sous les murs de Vienne, et le prodigieux bonheur des Habsbourgs sauva seul la dynastie, en même temps que la capitale. Que l'inquisiteur couronné gardât de cette tentative une profonde rancune, c'est ce qui ne saurait éveiller le moindre doute; mais il ne pouvait alors satisfaire sa haine, ni rétablir en Hongrie l'autorité du pape. Trois fois Bethlen lui déclara la guerre, et trois fois il dut conclure avec lui des traités de paix, en 1622, 1624 et 1626. Dès cette époque néanmoins, un plan général de conversion, d'assujettissement par la ruse et la violence fut dressé à Vienne.