COLONIES GRECÇUCS D'ASIE MINEURE
capèe en Chersonèse taurique, sur le détroit de Kertsch ou d'Iénikalé, et d'Olbia, Milet et les autres villes grecques de l'Asie surpassèrent leurs métropoles en étendue, en puissance et en civilisation. Cependant, comme toutes
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les colonies grecques antérieures au cinquième siècle, elles restèrent helléniques; elles gardèrent leur religion, leurs mœurs et leurs coutumes, leur langue primitives. Sans rien perdre de leur originalité au milieu des peuples barbares, elles développèrent le génie de la race et furent autant de foyers d'art, de science et de poésie. Homère naquit à Smyrne, Hérodote à Halicarnasse, Thaïes à Milet.
Les Grecs d'Europe essaimèrent en plusieurs autres points du rivage méditerranéen : des Corinthiens et des Athéniens à Potidée et à Olynthe, en Ghalcidique, à Byzance sur le Bosphore, en Italie. Ce furent des Cretois qui abordèrent les premiers à Tarente. Après eux, des colons libres s'établirent à Métaponte, à Thurii, à Sybaris, à Crotone, dans toute la Grande Grèce, et ne s'arrêtèrent que devant les comptoirs étrusques de Cumes et de Parthénopée (Naples). Ils se rabattirent sur les côtes de la Sicile, à Catane, Syracuse, Camarina, mais au delà, à l'ouest toujours et au nord, ils se heurtèrent à la puissance carthaginoise. On les trouve ensuite en Gaule. Des Phocéens, chassés de leur patrie par l'invasion perse, agrandissent Massilia, en l'an 600. Du port de Lacydon, les compagnons d'Euxène rayonnent en Provence. La nouvelle république, peuplée de 60000 à 70000 habitants, eut à son tour des colonies à Monaco, à Nice, à Antibes, à Toulon, d'un côté; à Agde, Narbonne, Leucate, Port- Vendres, Emporia, de l'autre. Au quatrième siècle avant Jésus-Christ, un Marseillais, Pythéas, reprit l'itinéraire des Phéniciens, dans la mer du Nord, et alla chercher de l'ambre sur les bords de la Baltique.
Un autre courant de colonisation s'était dirigé vers l'Afrique, en Egypte (Naucratis), en Cyrénaïque, à Barca où se vendait le sylphion, plante médicinale employée
aussi en guise d'épice. Ainsi toute la Méditerranée orientale reçut la visite des Hellènes. Par la conquête et par le commerce une pénétration irrésistible se fit dans les continents, et, à partir du septième siècle avant Jésus- Christ, les Grecs devinrent les intermédiaires, les courtiers de cette partie du monde connu, tandis que les Carthaginois régnaient plutôt dans le bassin occidental de la mer Intérieure. Par le commerce, plus que par les armes, s'effectua l'expansion de la civilisation la plus belle et la plus complète dont rhumanilé ait jamais joui. On Ta dépassée au point de vue des biens matériels; elle reste notre modèle et notre idéal dans le domaine des lettres, des beaux-arts et de la philosophie.
La Grèce n'atteignit jamais à l'unité politique. Ce fut une des causes de sa faiblesse d'action. Parmi les trop nombreux Etats qui s'y étaient formés, le premier qui mérite l'attention du commerçant est Corinthe.
Bien placée sur un isthme étroit, ayant pour avantports Léchœon, à l'ouest, et Genchrce, à l'est, que reliait entre eux la route du Diolcos où, à l'aide de rouleaux et de plans inclinés, pouvaient être transportés les petits navires du temps, Corinthe devint une puissance maritime sous le gouvernement de la dynastie des Bacchiades. La ville s'adonnait à l'industrie de la céramique (la roue du potier y fut, dit-on, inventée), à l'art de la teinturerie, d'importation phénicienne, à la préparation des essences parfumées, à la vente de chevaux renommés, à la fabrication d'objets artistiques en bronze. Elle avait des comptoirs dans les îles Ioniennes, en Ëubée,en Chalcidique et jusque sur le Bosphore. Elle était réputée pour le luxe de ses constructions, pour l'éclat de ses fêtes, d«
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ses jeux Isthmiques, pour les plaisirs faciles qu'on y trouvait. Aller à Corinihe, était chez les Grecs une expression non équivoque et qui témoignait à la fois de la richesse et de la corruption des Corinthiens.
L'importance morale devait passer à d'autres cités.
Sparte ne fut qu'une ville militaire. Les mœurs et les institutions y tendaient toutes à l'éducation d'un peuple de soldats dont la sobriété, l'endurance et aussi la brutalité étaient les premières vertus. Les lois de Lycurgue ne favorisaient ni le commerce, ni l'instruction. Héros bornés, les Spartiates vivaient du pillage, méprisaient le travail, la richesse et jusqu'aux signes de la richesse. Ils se montrèrent plus tard sensibles aux séductions de la fortune, quand les hasards de la guerre les eurent conduits dans d'opulentes cités, et se jetèrent alors sur ce qu'ils avaient dédaigné, avec joie, avec fureur, comme des gens affamés qui rencontrent une table bien servie, dit Prévost-Paradol.
Tout autrement s*est comportée Athènes, Athènes la ville du travail et de Tintelligence, la véritable patrie de l'esprit, V institutrice du monde.
Au sixième siècle, Solon lui avait donné une excellente constitution démocratique, que Clisthène et Périclès complétèrent.
Parmi les lois de Solon, il y en a plusieurs qui intéressent le commerce. L'oisiveté fut considérée comme un délit. L'Aréopage punissait de peines sévères les personnes sans profession, après avoir fait une enquête sur l'origine de leurs revenus, et il appartenait à tout citoyen de les traduire devant ce haut tribunal. Le père devait enseigner un métier utile à son fils; s'il négligeait ce soin, il n'était pas autorisé à réclamer de lui aucun secours dans sa vieillesse. Enfin, les étrangers, si mal reçus par-
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tout ailleurs, pouvaient acquérir les droits civils à Athènes, s'ils venaient s'y installer et exercer une industrie ou un métier honorable.
Les guerres Médiques placèrent Athènes au premier rang des cités qui avaient aidé à repousser les Barbares et, après la victoire, c'est d'un commun accord que la Grèce lui reconnut V hégémonie.
Directrice de la confédération de Délos, la patrie de Miltiade, d'Aristide et de Thémistocle parvint à son apogée sous Périclès, simple citoyen sans grandes attributions politiques, qui régna cependant par sa sagesse, son éloquence, le prestige de ses talents, de son bon sens et de son caractère (cinquième siècle).
Périclès s'employa à l'agrandissement matériel de l'Etat et à l'embellissement de la ville. Il donna à Athènes une flotte de 3oo trières ou trirèmes, galères à trois rangs de rameurs, et une armée navale de 60000 hommes. Il relia la cité à ses ports du Pirée, de Zéa et de Phalère; il encouragea la marine marchande qui exploitait les richesses de Chios, de Rhodes, de l'Egypte et de la Gyrénaïque. Dans une pensée de haute prévoyance il poussa ses concitoyens à fonder des clérouquies (du grec cléros, lot, parce que les terrains y étaient partagés en lots qu'on tirait au sort). Ces clérouquies, analogues à nos colonies modernes et où l'Etat faisait sentir sa tutelle, se multiplièrent dans l'île d'Eubée, à Délos, Naxos, en Ghalcidique (telle Amphipolis), dans les îles Lemnos et Imbros et dans la Ghersonèse de l'Hellespont. C'étaient des établissements mixtes, à la fois agricoles ou commerciaux et militaires. Le gouvernement y trouvait un double avantage : débarrasser la ville de son trop-plein, de ses éléments turbulents ou pernicieux; ensuite, occu-
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per de fortes positions stratégiques et s'assurer certaines routes de trafic, comme THellespont et le Bosphore. Les clérouques ne cessaient pas d'être citoyens d'Athènes : ils formaient les avant-gardes de la nation et veillaient à sa tranquillité. Les progrès du commerce athénien sous Périclès coïncident avec le développement de Tempire colonial.
Alors furent exploitées par des particuliers ou des compagnies, moyennant une redevance versée au trésor, les mines de cuivre de TEubée et de Chypre, les mines d'or de la Macédoine et de la Thrace, les mines d'argent de TEpire et du mont Laurion, les carrières de marbre de Paros et du mont Pentélique; alors affluèrent sur le marché du Pirée et dans les foires installées autour des sanctuaires, le blé, les poissons salés, les viandes fumées, les bestiaux, les légumes secs des pays du Pont-Euxin ; le lin, le papyrus, les cuirs, les laines, le suif de l'Egypte ; les produits divers et précieux de l'Asie Mineure : minerais, vins, cire, minium employé en céramique pour la coloration des vases; les marchandises de toutes sortes de la Grande Grèce comme de la Phénicie, de l'Afrique du Nord comme des pays du Caucase, de la vallée du Rioni (Phase) notamment. — Des magistrats spéciaux, appelés agoranomes, furent chargés d'en contrôler l'arrivée, de percevoir les droits d'étalage et de régler les différends entre vendeurs et acheteurs. L'activité était prodigieuse au Pirée, le grand faubourg maritime d'Athènes, lorsque, du mois d'octobre au mois d'avril, les vents étésiens du sud y poussaient les navires chargés de marchandises.
Quant à la ville même, rebâtie sur un nouveau plan après l'incendie et la dévastation causés par les soldats
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de Xerxès, elle devint le séjour préféré des artistes, des écrivains, des penseurs, le siège de la science et de la beauté.- — Des monuments incomparables : le Parlhénon, l'Erechthéion, la Pinacothèque, les Propylées, se dressèrent sur l'Acropole et, le long des flancs de cette butte, furent construits TOdéon et le théâtre de Dionysos que réunissait presque le portique d'Eumène.
La population athénienne, qui ne dépassa jamais 12QOO0 personnes, comprenait des hommes libres possédant tous les droits civils et politiques, qui paraissaient sur l'Agora, sur le Pnyx, dans les théûtres, les gymnases, les cérémonies religieuses des Panathénées ; en second lieu des étrangers, les métèques^ accueillis généreusement et traités en demi-citoyens; enfin des esclaves dont la condition était bien plus douce qu'en aucun autre pays. Dans les maisons particulières et même dans de véritables ateliers, les Athéniens libres ou esclaves travaillaient côte à côte, fabriquaient des ctolTes, des armes et des ustensiles, des lampes et des miroirs en bronze, des coffrets, des meubles, des vases peints, tous objets remarquables par leur goût exquis et leur élégante simplicité.
Le commerce n'était point gêné par des règlements étroits ni par des taxes exagérées. Les droits de douane dépassaient rarement 2 p. 100, ad valorem. L'entrée et la sortie des marchandises par la voie de mer étaient soumises en outre à un droit de port égal au i/ioo* de la cargaison. Nulle prohibition, sinon la défense expresse de transporter hors de l'Attique le blé, les figues et l'huile d'olive récoltés sur le territoire.
La vie matérielle à Athènes était des plus faciles. On prétend qu'un homme du peuple pouvait s'y nourrir avec une obole et demie par jour, et que son loyer annuel ne
dépassait pas vingt-deux drachmes. L'État se chargeait de fournir du travail à tous les gens valides et il prenait sous sa protection les vieillards et les orphelins : aussi la mendicité était-elle très rare dans ce pays.
Rares aussi les grandes fortunes 1 Peu d'Athéniens conservaient de grandes réserves en argent. Ils plaçaient leur fortune dans les entreprises du négoce ou ils les confiaient à des banquiers, les irapézites (de trapéza, table), qui ouvraient des comptes courants, prêtaient» 12, 18, 24, 3o et 35 Yoï délivraient des lettres de change ! et même des lettres de crédit à T usage des voyageurs. Leurs maisons semblent avoir été placées sous le contrôle de rÉtat.
Athènes et presque toutes les autres villes de la Grèce connurent les formes les plus compliquées du crédit personnel et réel. L'hypothèque y a pris naissance. Elle s'appliquait même aux navires, et c'est dans une large organisation du crédit maritime que les Athéniens montrèrent le mieux leurs aptitudes pratiques.
La justice commerciale s'y distinguait de la justice civile ; des commerçants choisis avec soin par leurs pairs se prononçaient sur les affaires litigieuses de leur compétence, dans un délai maximum d'un mois et à frais très réduits. A l'étranger, les intérêts des négociants et des colons libres étaient placés sous la sauvegarde des proxènes^ qui jouaient à la fois le rôle de consuls et d'ambassadeurs. Ces représentants d'Athènes se recrutaient parmi les notables indigènes à qui l'on conférait, avec des privilèges honorifiques, de grandes immunités.
Enfin, n'oublions pas que l'exemption du service militaire était accordée aux Athéniens qui se consaci'aient au commerce. . .
Pour tout ce qui concerne les poids, les mesures et les
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monnaies, Athènes employait un système uniforme dont voici le tableau succinct :
Mesures de longueur : le doigt (o™,02), le pied (o",3o), la brasse ou orgye (i",85), le plèthre (3o",8o), le stade (i85 mètres).
Mesures de capacité : le cotyle (0^,27), le chous (3', 28), le métrète (Sg^Sg), pour les liquides; le chénice (i*,io), le setier ou hecteus (8^75) et le médimne (52*,52), pour les solides.
Les poids et les monnaies portaient les mêmes noms :
Poids. Valeur.
Chalque o^'jOg. o'',o2.
Obole 0*^,72. . o'%i6.
Drachme .... 4''»36. o'',95.
Mine 436 gr. gS'sSS.
Talent d'argent 27 kilogr. 5733 fr. (monnaie de
compte seulement).
Les monnaies de bronze (chalque et obole), d'argent (drachme et tétradrachme), d'or (mine), frappées au marteau, portaient en effigie là tête de Pallas casquée et, sur le revers, la chouette symbolique, attribut de la déesse protectrice d'Athènes.
La rivalité d'Athènes et de Sparte engendra, du vivant de Périclès, les déplorables guerres du Péloponèse, la plus grande crise qui ait éprouvé les Hellènes^ de 43 1 à 4o4' — Thèbes aux sept portes, grâce à ses illustres enfants, Pélopidas et Epaminondas, exerça quelque temps la suprématie. L'or et les intrigues des Perses armèrent bientôt les villes grecques les unes contre les autres : l'influence hellénique décrut en Asie Mineure et en Sicile. Seules, quelques îles comme la république maritime de
Rhodes, brillèrent alors de quelque éclat. 11 fallut, pour que le génie grec se réveillât, que parût un des hommes les plus extraordinaires dé Thistoire, Alexandre le Grand (quatrième siècle av. J.-C).
C'est un roman ou plutôt une épopée, la vie de ce roi macédonien, chef d'un peuple, que, la veille encore, les Grecs tenaient pour barbare, à côté et sous les ordres de qui ils marchèrent à la conquête du vaste empire des Achéménides. Le vainqueur du Granique, d'issos et d'Arbèles est grand surtout par Tusage qu'il fit de ses victoires. Au lieu de détruire, il a créé. Unique entre tous ceux qui ont été d'abord la terreur des hommes, il laissa aux vaincus leurs mœurs, leurs lois, leurs croyances. Il songea à unir les Perses avec les Grecs, pour le plus grand bien de tous. 11 assura l'ordre et la sécurité en Asie. Grâce à lui le monde s'agrandit et des pays nouveaux furent mis en valeur. Il avait déjà parcouru la Phrygie, la Gilicie, la Syrie, la Palestine et TEgypte, lorsqu'on marchant d'abord à la poursuite de Darius fugitif, puis à celle de Bessus, le meurtrier du Grand Roi, il révéla aux Grecs les mystères d'immenses régions, à peine soupçonnées. Il traversa successivement la Parthie, l'Arie, la Drangiane, la Bactriane, la Sogdiane, les vallées du Pendjab et ce ne fut point sa faute s'il ne poussa pas jusque sur les rives du Gange. Mais ses soldats étaient exténués. II les ramena malgré lui le long de l'Indus et, par la Gédrosie (Béloutchistan), la Carmanie et la Perse proprement dite, il rentra à Ecbatane.
C'est au retour de cette gigantesque expédition qu'il chargea un de ses lieutenants, Néarque, de reconnaître la frontière maritime du plateau de l'Iran. Néarque, avec
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une flottille improvisée, prit la mer au port d'Alexandre, dans le delta de Tlndus (aujourd'hui Kuratchi) ; il séjourna dans les rades inhospitalières de la Gédrosie, observa les mœurs des tribus ichthyophages (des mangeurs de poissons crus), pécha quelques baleines, retrouva les avantpostes de l'armée d'Alexandre qui sortait du désert, près de la côte plus fertile de la Carmanie, repartit sur l'océan Indien et, par le détroit. d'Ormuz, entra dans le golfe Persique. 11 atteignit le port de Térédon, à l'embouchure de TEuphrate, au bout de deux mois de fatigues et de dangers de toute espèce. Le voyage de Néarque est au nombre des plus belles explorations accomplies par les anciens.
Au cours de sa rapide conquête, Alexandre le Grand a eu le temps de fonder, et c'est là sa véritable gloire, plusieurs villes importantes qui portent son nom : Iskandéroun ou Alexandrette, sur la Méditerranée, non loin d'Antioche ; Alexandrie d'Egypte, au carrefour du monde antique ; Alexandrie d'Arie, dans les montagnes du Khorassan (aujourd'hui Hérat) ; Alexandrie d'Arachosie (Kandahar, dans l'Afghanistan); Alexandraschat^, sur riaxartes (Khodjend, sur le Syr-Daria), etc.
Son empire s'étendit plus loin que les limites de la do* mination des Perses. Il comprenait en Afrique, la Gyré- " naïque et l'Egypte; en Europe, la Grèce et la Macédoine (capitale Pella) ; en Asie, ses frontières étaient parallèleé au Caucase et coupaient l'Oxus et l'Iaxartes pour at-»teindre l'Hyphase, sous-affluent de l'Indus. Le désert seul le séparait de l'Arabie.
Par ces possessions, l'hellénisme s'étendit dans tout l'Orient jusqu'aux portes de l'Inde. La mort du héros,
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survenue à Babylone, en 828, fut le signal du démembrement de Tempire, mais n'arrêta point les progrès de la civilisation. La Macédoine et la Grèce suivirent leurs destinées particulières; TEgypte fut régénérée par la dynastie des Lagides ; TAsie se partagea au deuxième siècle en de nombreux royaumes qui furent : la Bithynie, la Gappadoce, le Pont, le Pergame, la Galatie, Tempire des Séleucides, celui des Parthes et la Bactriane.
La fusion s'acheva entre les idées et les arts de la Grèce et de rOrient. Le siècle d'Alexandre, comparable au siècle de Périclès, présente les noms de grands artistes : Praxitèle, Xeuxis, Parrhasios ; de grands philosophes, de grands écrivains, de grands savants : Socrate, Xénophon *, Platon ^,-Diogène, Epicure, Zenon, Démosthène, Théocrite, Grec de Sicile, et surtout Aristote,
Ce dernier, né à Stagyre, en Chalcidique (884 av. J.-C.), était le fils du médecin du roi Philippe de Macédoine. Il étudia à Athènes la philosophie et les sciences, fut le disciple et le rival de Platon, eut l'honneur d'être le précepteur d'Alexandre, qui resta son ami et son obligé. Tandis que son élève conquérait l'Asie, d'où il lui envoyait sans cesse de riches collections d'animaux, de plantes et de pierres, Aristote vivait à Athènes où il dirigeait l'école du Lycée, dite aussi péripatéticienne^ parce que l'enseignement y était donné au cours de lentes promenades. Il a écrit un grand nombre d'ouvrages : les
1. Cet auteur s'est fait l'interprète des préjugés défavorables anx commerçants. Il a écrit : « Les gens qui se livrent au commerce ne sont jamais élevés aux charges publiques, et c'est avec raison. »
2. II en est de même de Platon, du diuin Platon, qui s'exprime ainsi dans son Traité de. la République : « Quant aux marchands, accoutumés à mentir et à tromper, on ne les souffrira dans la cité que comme un mal nécessaire. » S'il ne les chasse pas de son Etat idéal, comme les poètes, et sans les couronner de fleurs, c'est qu'il convient qu'on ne saurait s'en passer. Ce dernier aveu esi à retenir.
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Analytiques ou traité de logique; Y Histoire ^es plantés, un tiaité de Météorologie , une Rhétorique et une Poeiiqiie^ une Histoire des animaux, la Politique, etc., qui liîi ont valu le renom d'esprit universel, de précepteur de rintelligence humaine. Ce grand esprit observateur a porlé au plus haut degré la science imparfaite des anciens; il la débarrassée des imaginations dont les poètes l'avaient encombrée. Même ses erreurs ont été fécondes. Aristote niourut à Ghalcis en Eubée (822), un an après Alexandre, 1 1 désespéré, dit-on, de n'avoir pu expliquer le phénomène de la marée, qu'il avait eu occasion d'étudier dans le détroit de l'Euripe.
Revenons aux États formés de l'empire d'Alexandre, à ceux principalement qui représentent le mieux le génie grec, à l'Egypte et à la Syrie :
i^ L'Egypte bous les Lagides. — La terre endormie des Pharaons se réveilla sous l'administration des rois Ptolémées, issus de Lagos, un des généraux d'Alexandre, et sa nouvelle capitale, Alexandrie, devint une dus reines du commerce du monde, un des meilleurs asiles d(? h civilisation, un des pôles de l'humanité. Son in- Iïui?nce a duré trois siècles. Construite pour empêcher Tyr dé se relever de ses ruines, Alexandrie jouissait d'une situation exceptionnelle sur la Méditerranée, à une faible dib^lance du Nil dont lesalluvions ne la menaçaient pas, et cependant reliée au fleuve et à la mer Rouge par le canal de Néchao remis en état et prolongé. Le lac Maréotis, un peu dans l'intérieur des terres, lui servait de second port. La ville, rafraîchie par cette masse d'eau douce et parles veriLs étésiens qui soufflent de la mer, était un séjour délicieux. Composée de deux parties, Rhacotis, la vieille cité é^^yp tienne, et Brouchion, le nouveau quartier grec.
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elle affectait la forme d'une immense chlamyde (tunique grecque) qu'habitèrent jusqu'à 900000 personnes de toutes racés. Les palais et les jardins prenaient plus d'un quart de la superficie. De larges rues s'y coupaient à angles droits et Tune d'elles avait près de 6 kilomètres de longueur. Des édifices incomparables furent élevés ou réparés par les Lagides : les temples de Sérapis, d'Aphrodite, de Perséphone, d'Arsinoé, de Poséidon; le Théâtre et l'Hippodrome, le Gymnase, le Stade où l'on célébrait les jeux de la Grèce, et le Musée. Par ce nom de Musée (demeure des Muses), il faut entendre, à Alexandrie, un immense établissement d'instruction publique rassemblant des salles de collections, des laboratoires, des jardins botaniques et zoologiques, des salles de cours pour 14000 étudiants, et les logements d'une armée de gavants, de prêtres, de professeurs nourris aux frais de l'État. On y enseignait les mathématiques, l'histoire naturelle, la physique, les lettres et le droit. La Bibliothèque, merveille de ces merveilles, renfermait plus de 700000 manuscrits en toutes langues, et, la plupart, à un seul exemplaire. Aussi peut-on dire que l'incendie qui consuma ces trésors, à l'époque de Jules César (47 av. J.-C), a été un des malheurs les plus regrettables dont aient eu h souffrir les hommes, et cette perte n'a jamais été réparée. Alexandrie, foyer d'études, était en même temps un centre de production et de consommation, une ville de luxe et de plaisirs. Son port, protégé par une digue de 1 3oo mètres de long et éclairé la nuit par la tour de marbre de l'île de Pharos (d'où le mot de phare), recevait Jusqu'à 2000 navires par an. Il garda le premier rang parmi toutes les villes maritimes pendant la domination romaine.
Les Ptolémées ne gouvernaient pas seulement l'Egypte
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proprement dite. Ils y avaient joint la Gyrénaïqué, appelée aussi Pentapole, et la Libye, une partie de V Arabie du nord-oaest, File de Chypre et là côte méridionale de TAnatolie.
2** La Syrie sous les Séleucides. — Dans l'Asie occidentale, dans la vallée de TEuphrate et du Tigre, en Arménie, en Syrie et eh Perse, les descendants de Sélêucus, autre lieutenant d'Alexandre le Grand, ressuscitèrent la grandeur disparue des antiques Ghaldéens et Assyriens. Leur capitale, Séleucie, sur les bords du Tigre, au nord de Babylone, où Alexandre avait fait exécuter de grands travaux, Séleucie compta plus de 600000 habitants; elle ne conserva pas longtemps cette importance. Au contraire, Antioche la belle, somptueux marché de pourpre, d'ivoire et d'or, Antioche, renommée pour les fêtes qui s'y donnèrent dans les jardins de Daphné, devait survivre au royaume des Séleucides et demeurer l'une des grandes cités de l'empire romain.
Dans le reste de l'Asie Mineure, fractionnée à l'extrême, Pergame, capitale d'un assez grand royaume, fut également un des foyers du commerce, de la science et de l'art helléniques. On y fabriquait en abondance le parchemin (ou peaux d'animaux préparées en vue de l'écriture) dont l'usage se substitua à celui du papyrus.
Enfin, sur les limites orientales de l'empire macédonien, dans la vaste Bactriane, s'établit et dura plus d'un siècle un royaume grec dont on a retrouvé l'histoire récemment. Il comprenait la plus grande partie du Turkestan russe actuel^ l'Afghanistan, le Béloutchistan et là vallée de l'Indus jusqu'au golfe de Cambaye, d'une part, et jusqu'au Gange, de l'autre. L'Oxus (Amou-Daria) faisait alors communiquer le lac Oxien (lac d'Aral) avec la mer
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Caspienne et servait au transport des marchandises de rinde. C'est en Bactriane, grâce à des colonies macédoniennes de vétérans, que se fit la fusion entre Tesprit grec et Tesprit hindou, entre la mythologie et le bouddhisme. Une invasion des Scythes détruisit cette puissance et arrêta ainsi Texpansion de Thellénisme vers r Extrême-Orient; toutefois il survécut, et pour toujours, des relations de commerce entre les habitants du Turkestan et ceux de la Chine, par le plateau de Pamir et la vallée du Tarim. — La Tour de pierre (Tachkend), sur un affluent de .Flaxartes, resta le rendez-vous des caravanes, le faible trait d'union entre deux mondes qui, même de nos jours, s'ignorent ou se jugent mal, au détriment des véritables intérêts de Thumanité.
Pour en finir avec l'histoire grecque proprement dite, après la mort d'Alexandre, qu'il nous suffise de savoir que les successeurs d'Antigone parvinrent à reconstituer le royaume de Macédoine en occupant, par des garnisons, les principaux points stratégiques de la Grèce. Les guerres et les révolutions réduisirent ces deux pays à l'insignifiance politique. Les Romains en profilèrent pour s'en emparer et, après les batailles de Scarphée et de Leucopétra, derniers efforts d'une nationalité expirante, après la prise et le sac de Corinthe, la Grèce devint une province romaine et perdit jusqu'à son nom. On l'appela Achaïe, à partir de i46 avant Jésus-Christ, mais son esprit et son génie étaient immortels. La Grèce vaincue triompha de ses farouches vainqueurs, Athènes, grâce à ses richesses artistiques, à ses souvenirs, à ses écoles, à ses rhéteurs et à ses grammairiens, compta, sinon par son étendue et sa population, parmi les villes les plus importantes du monde latin. Elle a eu la gloire enviable d'in-
struire et d'humaniser les fiers patriciens et de propager les idées de justice, de charité et de paix.
Si nous pouvions résumer en quelques lignes le rôle des peuples antiques les plus connus, nous dirions que les Egyptiens ont doté le monde des premières lois sages, d'une morale pure et des bienfaits de l'écriture; que les Assyriens lui ont fourni la première organisation militaire sérieuse; que les Ghaldéens ont éveillé le goût de la science ; que les Hébreux ont révélé une religion supérieure ; que les Phéniciens ont créé }e grand commerce extérieur; que les Mèdes et les Perses ont tiré parti de ces ressources, mais tous ces Orientaux, qui ont institué la civilisation, se sont montrés incapables de la conserver dans sa pureté, de la développer et de la répandre.
Après eux, les Grecs lui ont fait réaliser d'admirables progrès et l'ont amenée à ce point qu'elle ne pouvait plus décroître désormais, qu'elle devait se perfectionner indéfiniment. Malheureusement, si l'on excepte l'œuvre pas sagère d'Alexandre, ils n'ont pas su s'élever à une forme politique unique qui leur permît de devenir eux-mêmes les agents et les facteurs de la prospérité universelle. Cette dernière tâche était la part réservée aux aptitudes et au génie de Rome.