‹ Histoire sommaire du commerceChapitre 23 sur 69 · LES INVASIONS DES BARBARES · texte numérisé non relu

LES INVASIONS DES BARBARES

destinés à protéger les champs décumateSy c'est-à-dire dont les hBbiianls payaient la dîme. Au troisième siècle, la frontière ayant été dégarnie pendant les guerres civiles, les Germains commencèrent à la franchir : les Alamans occupèrent les champs décumates. Ces nouveaux venus ne vivaient chez eux que des produits naturels du sol et de la chasse; ils avaient peu de goût pour Tagriculture, et leurs mœurs, inspirées par la religion d'Odin, étaient des mœurs guerrières. Cependant le besoin, la faim, les ayant fait sortir de leurs bois et de leurs marécages, ils vinrent offrir leurs services aux Romains, soit en qualité de soldats mercenaires (on les appela fédérés)^ soit comme ouvriers agricoles, métayers et colons (on les appela lètes). Ainsi les fameuses invasions des Barbares n'ont été, à l'origine, qu'une sorte d'infiltration de races pauvres, mais jeunes et robustes, dans les domaines des Césars. Elles ne prirent un caractère alarmant qu'à partir du quatrième siècle.

C'est que derrière ces gens venaient d'autres Barbares. Sous la poussée des Mongols, les Slaves et les Germains se présentèrent en foule sur les frontières romaines et demandèrent d'abord humblement, puis la menace à la bouche, des terres où se réfugier, eux, leurs familles et leurs troupeaux. Partout où on leur refusa un abri, ils s'en emparèrent de vive force. Les Romains effrayés évacuèrent les régions voisines de la Germanie, laissant derrière eux des terres en friche et de véritables déserts. Au cinquième siècle, il n'y avait plus une seule ville romaine sur les bords du Danube. Cette retraite ne fit qu'enhardir les envahisseurs. Ils ne conquirent pas Tempire au sens propre du mot ; ils le traversèrent de part en part, tels lesVisigoths, qui furent installés, à titre d'alliés, des deux côtés des Pyrénées, avec Toulouse pour capitale;-

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tels les Vandales qui, après un long arrêt dans la province d'Espagne qui a gardé leur nom, l'Andalousie, passèrent en Afrique, firent le siège d'Hippone (Bône), défetKÏue par saint Augustin, et rebâtirent Carthage. En Gaule, les Burgondes obtinrent Tautorisatioa d'habiter la Savoie, d'où ils se répandirent dans la vallée du niiônc ; les Francs envahirent le pays désert au nord de la Somme. En Grande-Bretagne, les habitants, après la rctiinte des légions, appelèrent les Jutes et les Angles, Lniidis que plusieurs d'entre eux passèrent en Armorique, sur le continent. En Italie, les Hérules, puis les Ostrogiillis et, après eux, les Lombards, dominèrent tour à tour. Deux lambeaux de l'empire romain subsistaient encore à la fin du cinquième siècle : le royaume du général Syagrius entre la Somme et la Loire, et l'empire d'Orient, formé de la péninsule des Balkans, où se trouvait In capitale qui avait remplacé Rome, Conslanlinople, plus les possessions de l'Asie Mineure et de l'Egypte.

[a^ royaume de Syagrius fut acquis par le chef des Fi'iincs Saliens, Glovis, après la bataille de Soissons (^86). Lc^ Mérovingiens régnèrent sur la plus grande partie de la Gaule, lorsqu'ils eurent vaincu les Alamans, les Visigûllis et les Burgondes. On désigna par le nom de France toute la contrée entre le Rhin et la Loire où rélémenl franc se trouvait en nombre; mais plusieurs partages motliTiérent la carte politique de cette contrée, à la mort de Glovis, à la mort de Clotaire l®"", au traité d'Andelot (587), s*^"^ Dagobert et à l'avènement de Charles Mortel, c'est-à-dire de la dynastie carolingienne (7i4)»

Les Barbares avaient fait irruption sans dessein précniivu, sans projets d'avenir. Du reste, ils étaient peu nombreux. Frappés d'un respect instinctif devant des

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gens bien plus civilisés qu'eux, ils ne demandaient qu a vivre tranquillement au milieu des populations latines; ils se hâtèrent d'adopter les mœurs, la langue, la religion des vaincus.

Cependant les invasions introduisirent quelques changements dans Tétat social du monde ancien. En quelques endroits, là où passèrent les torrents dévastateurs des Huns et des Vandales, il y eut un véritable retour à la barbarie. Les habitants des villes attaquées démolissaient leurs thermes, leurs théâù^es, leurs écoles, pour en utiliser les matériaux et élever des fortifications. Emportées d'assaut, les cités étaient livrées au massacre, au pillage, à Tincendie.

Ailleurs, des Barbares moins féroces imposèrent toutefois aux peuples subjugués quelques-unes de leurs habitudes, de leurs lois, ou du moins ils continuèrent longtemps à garder ces traditions de leur race (comme le -wergheld), sans se mêler facilement aux vaincus. Partout, le résultat positif des invasions fut le morcellement de l'empire, la création d'États nouveaux, de nations^ qui devaient chercher, pendant des siècles, leur assiette et se faire la guerre pour des questions de délimitation de territoire. C'en était fait de la paix romaine et de la belle unité administrative obtenue par les empereurs.

Que devinrent l'industrie et le commerce dans ces temps de malheur? Toute grande industrie disparut et les chefs barbai^s, habitués à la vie de plein air, dédaignant la ville pour la campagne, se contentèrent de faire fabriquer, dans leurs villas, les objets strictement indispensables à la vie. Des esclaves, les serfs, cultivaient la terre, travaillaient aux métiers de forgerons, de tailleurs, de boulangers, etc., npais ils ne produisaient que Juste ce qui était nécessaire à la consommation locale. 11 y

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ïivaîl r^irenient un excédent de production; par suite il n'y avait pas matière à échange. Une exception est à noLer en faveur des ports de la Méditerranée, Alexandrie, Conslantinople, Salonique, Marseille, Narbonne, qui conservèrent une certaine activité commerciale. Le Iraiie par mer résista mieux que le trafic par la voie de terre.

Dans cette nuit des premiers siècles du moyen âge, une puissance morale préserva TEurope de la décadence irrémédiable : ce fut l'Eglise chrétienne. « Si TEglise n'avait pas existé, le monde entier aurait été livré à la pure force liiaLérielle », a dit Guizot.

Ce sont les prêtres qui se sont interposés alors entre îps maUres et les peuples, qui ont donné à tous l'exemple d'une .société bien organisée, où les supérieurs choisissent leurs subordonnés et où les inférieurs élisent leurs gouverrifiiits- Ils ont encore employé leur haute influence à reslreindre, puis à supprimer l'esclavage, à adoucir les ri^^^ucurs de la législation pénale, à réprimer ou tout au moins h empêcher les guerres civiles, à conserver enfin ]ù depùt des richesses intellectuelles de l'antiquité.

Le clergé séculier fournit des conseillers à la royauté bîrrbare^ des magistrats à la cité, des défenseurs aux petits et aux vaincus. Mais c'est au clergé régulier que l'on doit pj incipalement le maintien de la civilisation.

Les moines étaient, à l'origine, des laïques qui vivaient isolés d'après des principes religieux et non des lois canoniques. Plus tard, ils se rapprochèrent entre eux, se groupcreiil, acceptèrent une règle commune, élevèrent des monaslères, asiles de la paix et du travail capables, par leur solidité et leurs dimensions, par le nombre de leurs liî(j)itanls, d'imposer le respect aux Barbares hérétiques*

Au nombre des premières abbayes dont se couvrit le

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