‹ Histoire sommaire du commerceChapitre 25 sur 69 · CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

CHARLEMAGNE

Le règne de Charlemagne est un essai de restauration de TEmpire romain d'Occident, mais de l'Empire devenu catholique. Dans Thistoire du commerce, c'est une tentative plutôt intéressante qu'heureuse du rétablissement de la paix et de l'ordre ; elle n'a guère porté de fruits que du vivant du grand chef des Francs.

Les premiers rois francs, de Glovis à Dagobert (sixième, septième siècles), avaient établi leur autorité sur la Gaule presque entière ; les derniers Mérovingiens, les ro/5 fainéants^ s'étaient au contraire montrés impuissants à lutter contre l'indiscipline et la barbarie de leurs leudes. La Constitution perpétuelle de 6i4, arrachée à Glotaire II par ses turbulents compagnons de guerre, avait achevé de détruire l'idée romaine de l'Etat pour y substituer le pouvoir individuel de chaque chef de bande, de chaque grand propriétaire du sol. La famille austrasienne des Herstal ou Héristal, originaire d'un village des environs de Liège, se proposa, avant même d'avoir supplanté la dynastie mérovingienne, de reformer un Etat compact et de contraindre les leudes à l'obéissance. Dans cette œuvre, Charles Martel s'associa l'Eglise et la papauté qu'il venait de sauver par sa victoire de Poitiers sur les mahométans (782). Son fils. Pépin le Bref, resserra l'alliance entre le temporel et le spirituel et prit le titre de roi à la place du dernier des descendants de Glovis (752).

Gharlemagne, le plus illustre des Garolingiens, ajouta au domaine de ses ancêtres trois grands pays : la Marche d'Espagne, au sud des Pyrénées; la Lombardie, à l'est des Alpes, et la Saxe, à l'est de l'Austrasie. Prince guer-

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rier, infatigable et autoritaire, il combattit les Barbares au debors et Fanarchie féodale au dedans.

En même temps qu'il opposait une digue aux invasions, qu'il conquérait la Germanie au cbristianisme et à la civilisation, qu'il rétablissait à Rome même le nom et la dignité d'empereur (8oo ap. J.-C), il s'efforçait de faire revivre l'administration romaine et de réveiller l'activité de ses peuples divers. 11 dirigeait le clergé en se réservant le droit de nommer les évêques et de s'assurer de leur savoir et de leur moralité ; il refrénait l'ambition des grands en protégeant les hommes libres et en leur interdisant de se recommander à tout autre qu'à lui; il organisait ses vastes Etats en royaumes, duchés, comtés, marches frontières, et il y envoyait périodiquement des missi dominici, un comte et un évêque accomplissant ensemble leurs tournées, recevant les appels de justice, prélevant les impôts. Ses ressources financières : revenus des biens domaniaux, produit des amendes dans le genre de Vhériban infligé aux propriétaires qui se dérobaient au service guerrier, dons obligatoires, corvées, etc., il les employait à entretenir ou à réparer des voies romaines, à construire des ponts, à subventionner des abbayes.

Le capitulaire de Villis prescrit, dans les fermes impériales, l'ouverture d'ateliers de forgerons, d'armuriers, d'orfèvres, de tisserands et de teinturiers. L'empereur fit tracer en Germanie des routes de commerce, par lesquelles les caravanes armées des Francs pénétrèrent chez les Sorabes et les Wendes pour leur acheter l'ambre, les fourrures et les belles étoffes que ces Barbares dérobaient aux Grecs d'Orient, — Chemin faisant, les marchands répandaient la religion chrétienne, sans négliger, avec le salut de leurs âmes, leurs intérêts matériels.

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aO ' HISTOIRE SOMMAIRE DU COMMERCE.

Le commerce suivait alors de préférence les voies fluviales, plus commodes, plus sûres et moins coûteuses. Cliarlemagne protégea la liberté de la navigation sur TEIbc, IcWéser, le Rhin, la Meuse, l'Escaut. La prospérité de Spiro, Worms, Mayence, Bonn, Cologne, Liège, MaëstiMcbt, Tournai et Gand remonte à son administration. Des [jurls de mer comme l'Ecluse, Boulogne et Quaniovie (lillîjples) lui doivent beaucoup aussi.

Pour avantager Mayence, ville qui était le trait d'union entre la Gaule et la Saxe, il songea à relier le Rhin au Danube par le Main, la Regnitz et l'Àltmûhl, au moyen d*uii caEicjl, Les travaux durent être abandonnés ; ils n'ont cte repris cl terminés qu'au dix-neuvième siècle par Louis de Baviùj-f .

La suilkitude impériale s'étendit dans toutes les contrées du i' l'Europe chrétienne, mais particulièrement en Al- Jemai^rne, acquisition chèrement payée par le sang des missionnaires et des soldats. Là furent élevés des comptoirs qui sont devenus les villes de Lippstadt, Frahcfortsur-lc-Main, ou des évêchés et des monastères, noyaux de Munster, Osnabruck, Brème, Halberstadt, Paderborn, Miuden, Verden, etc. Des marchés pour le commerce dos ki nages et des fourrures donnèrent naissance à d^autres aj^-^j^lomérations, par exemple Bardenwich (Hani- Ifourg), Magdebourg, Erfurt, Ratisbonne, Passau et Lorch, sur le haut Danube.

Les ports de l'Océan, de la Manche et de la mer du Nord : Nantes, Boulogne surtout, où la Tour d'Odre (phare de Galigula) fut réparée, et où l'on ouvrit des chantiers de constructions navales, renouèrent leurs relations avec h Grande-Bretagne dont un roi, Offa, était riillic de Cliarlemagne. Les ports de la Méditerranée : Narbûtirie, Arles, Marseille, profitèrent des rapports ami-

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eaux de TEmpereur avec les souverains de Constantinople, de Kairouan et de Bagdad, pour se livrer de nouveau à l'importation des étoiles riches, du papyrus et du parchemin, des aromates, du corail, des épices, etc.. A Narbonne, il y eut une riche colonie de marchands juifs privilégiée par Charlemagne, en souvenir de ce qu'un juif lui avait sauvé la vie lors de la prise de cette ville. Les communautés de Syriens prospérèrent à Marseille, a Bordeaux et même à Paris. Cependant, le commerce se ranimait faiblement. La difficulté des communications, rimperfection de Toutillage commercial, la pauvreté de la production, la rareté du numéraire expliquent celle situation. Pour y remédier en partie, l'Empereur intelligent qui régnait à Aix-la-Chapelle ou à Worms, ou à Thionville, voulut fixer la valeur des monnaies et le rapport entre l'or et l'argent. Il fit frapper des deniers {o',38) et des sous d'or (i5fr.) dans ses hôtels d'Aix-la-Chapelle, de Liège, de Bonn, d'Arles et de Toulouse, et décida que la monnaie d'or aurait un pouvoir d'achat quinze fois supérieur à celui de la monnaie d'argent. De même, il désirait faire accepter par tous ses sujets un système uniforme de poids et mesures, dans lequel par exemple la livre eût pesé 4^9 grammes, le muid contenu 52 litres, et le mille mesuré 3 kilomètres; son Empire était trop étendu et trop hétérogène pour que l'entente s'établît partout.

Il échoua dans ces tentatives, comme il a échoué dans l'application d'un maximum des prix, dans la recherche de Textinclion de la mendicité, dans la vulgarisation de l'instruction par une iienâi^^ance intellectuelle anticipée, qui n'est qu'un glorieux souvenir. Au total, son règne n'a été qu^une éclaircie. -- L'histoire de Charlemagne prouve que, dans l'ordre économique, un homme de génie

ne peut rien contre le cours des choses, si puissant et rie si énergique volonté qu'on le suppose. Rien n'était capable d'empêcher le morcellement politique et social de l'Europe, l'émiettement du pouvoir monarchique, le progrès de la féodalité.

L^Ëmpire carolingien se démembra en 843. Le traité de Verdun, véritable règlement de famille, partagea les nations sans souci des races, des langues ni des frontières naturelles. Des trois petits-fils de Charlemagne, Charles le Chauve eut la France, bornée à l'Est par une ligne conventionnelle, depuis l'embouchure de l'Escaut jusqu'à l'embouchure du Rhône, en suivant l'Escaut, en longeant l'Aisne et la Meuse, puis la Saône et chevauchant les Cévennes. Louis le Germanique obtint la portion orientale de l'Empire, bornée à peu près du côté de l'Ouest par le cours du Rhin et l'arc de cercle des Alpes.

L'aîné de ces frères, Lothaire, garda, avec le titre d'empereur, toutes les provinces intermédiaires entre la France et la Germanie, c'est-à-dire une longue bande de terre, rétrécie au milieu, entre la Saône et le Rhin, mais élargie au nord, dans la Hollande actuelle et surtout au sud où elle comprenait la Lombardie et la Yénétie. Ce dernier Etat, bizarrement taillé, se fractionna à la génération suivante en Lotharingie proprement dite et en royaume de Bourgogne.

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