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LA FÉODALITÉ

Les droits seigneuriaux, au contraire, doivent s'entendre de la suprématie de tous les nobles, vassaux ou suzerains, sur les hommes libres, mais non nobles. Ceuxci, paysans, artisans, marchands, travaillaient sous la protection ruineuse de leurs maîtres. Il ne leur restait pas grand'chose au bout de Tannée, lorsqu'ils avaient acquitté le cens ou droit de fermage, la taille, les coutumes ou redevances en nature (on disait dtme lorsque le seigneur était un prêtre), les corvées, les taxes du moulin banal, du four banal, du pressoir banal, etc., les droits de gite, de garenne, de colombier, de chasse, de pourvoirie, d'épaves et de bris, etc.. Et parmi les obligations imposées spécialement aux vilains qui se livraient au commerce, n'oublions pas les péages, droits de passage sur les ponts, à certaines barrières, dont seuls, les pèlerins, étaient exemptés; le cauciage, pour l'entretien des chaussées, des routes; le portage, payé aux portes d'une ville; le travers, pour la circulation à travers un fief; V étalage. Vannage, le pesage, qu'il fallait acquitter dans les foires et les marchés. — La condition des étrangers était encore plus précaire, puisque les nobles réclamaient contre eux le droit d'aubaine qui pouvait aller, dans certains cas, jusqu'à la réduction en état d'esclavage de l'étranger qui avait résidé un an et un jour sur le territoire du même seigneur.

Quant aux serfs, ces parias de la société chrétienne, ils tenaient le milieu entre l'homme et la bête, lis étaient réservés aux rudes travaux des champs, obligés d'approvisionner le château de céréales, de vin, de légumes, de fruits, de bois et de fourrages; ils gardaient les troupeaux du maître; ils faisaient le métier de manœuvre; ils étaient taillables et corvéables à merci, sans autre limite que rhonnêteté ou l'intérêt bien entendu du seijîneur. Traités

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comme des animaux domestiques, ils n'avaient aucun droit, mais Tusage voulait qu'on ne les séparât ni de leur terre natale (ils étaient attachés à la glèbe), ni de leur famille. L'Eglise venait à leur secours en prenant soin <lt Uur âme et en les berçant des espérances infinies de TAl^delà. C'est à ce point de vue que le serf du moyen âge se distingue nettement de l'esclave antique.

Que pouvaient bien être l'industrie et le commerce de la France, de l'Europe, aux temps de la féodalité?

Chaque fief fournissait ce qui lui était nécessaire au jour le jour.

Le seul commerce régional comprenait les produits de la chasse, de la pêche, de l'élevage ou de quelques industries de luxe. Les relations internationales étaient nulles et, par exemple, l'Occident fut, jusqu'aux croisades, privé de toute communication avec l'Orient. A l'intérieur d'un même pays, les caravanes des marchands circulaient péniblement, rançonnées, détroussées par les hommes d'armes. Sur mer, on n'osait guère s'éloigner des côtes à cause des pirates sarrasins, embusqués dans les montagnes des Maures et dans le delta du Rhône, et les navires ne se rendaient de Rouen à Nantes, des îles de Ré et d'Oléron à Bordeaux, de Narbonne à Marseille, que réunis en con> vois et avec mille précautions. Toutes les corporations des marchands de Veau, à l'exception de celle de la Basse-Seine, s'étaient désagrégées. Les monnaies étaient rares autant que diverses, fréquemment altérées et, de plus en plus, le commerce se réduisait à sa forme primitive, celle du troc.

Enfin l'Eglise, sous prétexte de détruire l'usure, interdisait le prêt à intérêt et, sous l'influence des préjugés féodaux, le travail, quel qu'il fût, étaitregardé comme non

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nobie, comme ignoble. On était loin de la prospérité qu'avait connue le monde sous la loi romaine !

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