L'EMPIRE VORIENT : LES BYZANTINS
Pendant que la féodalité se répandait dans tout TOccident : France, Allemagne, Italie, Espagne, Angleterre, etc., que devenait la partie orientale de rancien empire romain?
Depuis 395, attaqué et ravagé par les Slaves et par les Perses, cet empire de Byzance s'affaiblissait de plus en plus, jusqu'au point d'être obligé, bientôt, d'implorer le secours de l'Occident. Héritiers de la civilisation romaine, dont ils ont gardé fidèlement le dépôt, les Byzantins se sont perdus politiquement et matériellement par leurs querelles interminables. Gomme autrefois à Rome, le peuple de Constantinople vivait de la charité officielle, et le gouvernement avait intérêt à détourner l'attention de ses sujets vers des objets frivoles, tels que les courses de chars, les discussions subtiles de la théologie, les querelles d'étiquette, les distributions de places et de titres, le fonctionnarisme exagéré. Le Bas-Empire, comme on le qualifie avec raison, ne se releva un moment qu'au sixième siècle, sous le règne de Justinien (527-565).
Le général Bélisaire et l'eunuque Narsès reprirent l'Italie aux Ostrogoths, l'Afrique du Nord (Numidie et Zugitane) aux Vandales et même un morceau de la côte d'Espagne aux Visigoths; ils arrêtèrent les incursions des Avars, sur la frontière du Danube, et celles des Perses, du côté de l'Euphrate.
L'influence byzantine pénétra chez les Slaves du pays de Kief, dans la Russie méridionale. Une telle puissance
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pouvait faire illusion : elle était toute de surface.
Mieux que la grandeur militaire, les travaux des savants, des jurisconsultes réveillèrent les beaux souvenirs du passé. Paul, Tribonien, etc., eurent l'heureuse idée de recueillir et de remettre en ordre les lois innombrables des Romains qui, sans cette précaution, auraient passé à l'état de coutumes et se seraient promptement effacées. Sous Justinien, on rédigea ces livres immortels, les Pendectes ou Digeste, le Code Justûiien, les Novelles ou Authentiques et le Manuel pratique des Institutes, à l'usage des étudiants, où l'on ne cesse de rechercher les principes du droit et de la raison écrite : inviolabilité de la propriété, égalité des droits des enfants à la succession paternelle, protection de la femme, respect de la liberté humaine, etc.
C'est aussi sous ce règne que l'art byzantin, inspiré de l'art grec, fournit ses chefs-d'œuvre d'architecture, de sculpture et de peinture décorative dont le type le plus achevé est l'église de Sainte-Sophie, à Gonstantinople.
Le luxe était en honneur dans cette ville. Son port de la Corne d'Or, éclairé par deux phares énormes; ses fortifications imprenables, ses palais, ses cirques, ses théâtres, ses aqueducs, ses thermes, ses temples ornés jadis des statues et des bas-reliefs arrachés de Rome ou des autres cités romaines, ses rues pavées et, la nuit, éclairées, lui donnaient une physionomie imposante. La cour y affichait un faste inouï. Pour ses besoins, des ouvriers ingénieux et actifs fabriquaient des pièces monumentales d'orfèvrerie massive, des émaux, des mosaïques, des ivoires sculptés, des manuscrits illustrés d'enluminures. Le commerce y faisait affluer les étoffes de soie, les brocarts d'or et d'argent, les perles et les gemmes. Trapézonte et Thessalonique, Alexandrie et Ravenne, et
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L'EMPIRB D'ORIKNT : LES BYZANTINS. 8>
Carlhage, reconquise, expédiaient les denrées alimentaires, les vins, les marbres, le porphyre, les bois précieux à destination de la somptueuse capitale. Pour elle, encore, Gtésiphon, la grande ville persane, achetait les tapis, les aromates, le jade et les épices de l'Asie Mineure, de rinde et même de rExtrcme-Oricnt.
Après Justinien et malgré Ténergie de quelques souverains, tels qu'Héraclius, l'empire byzantin perdit ses provinces extérieures d'Europe, puis celles d'Afrique et d'Asie; il devint, suivant la forte et brutale expression de Tainc : une gigantesque moisissure de mille ans. Du moins, dans cette longue agonie, Byzance eut le mérite de rendre un réel service à l'humanité : elle initia, par le commerce uniquement, les Russes à sa civilisation; elle leur donna ses arts, son écriture, sa religion, et c'est un bienfait dont il faut lui savoir gré.
Un fait remarquable dans l'histoire de Gonstantinoplc, c'est que le commerce byzantin fut constamment abandonné aux étrangers. Jusqu'au neuvième siècle, les Avars servirent de lien entre l'Orient, d'une part, l'Allemagne et la Scandinavie, de l'autre, par leur marché de Lorch sur le Danube. Puis, les Bulgares, du neuvième au onzième siècle, centralisèrent les produits de la Moscovie et des pays arabes d'Asie, aux foires d'Astrakan et de Kief. Les Hongrois attirèrent à Regensburg (Ratisbonne) les caravanes des bords du Danube. Une colonie allemande s'installa à Gonstantinoplc vers ii4o; elle précéda les colonies vénitiennes, génoises et pisanes.
L'Etat laissait faire, accordait des privilèges à tous, leur attribuait des quartiers de la ville, se contentant de monopoliser la vente de la soie, du blé et de l'huile, ou prélevant des droits de douane modérés, dont le produit montait annuellement à 32 millions d'écus. Lorsque com-
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mencèrcnt les croisades, Constaniinople devint Tentrepôt gfénéral des deux mondes, la cité souveraine entre touleê^ sujet d'émerveillement pour les pauvres chevaliers d'Occident,
Snr les confins de l'Asie et de l'Afrique, un peuple, silencieux jusqu'alors, s'éveillait, qui devait régénérer les pays méditerranéens et entrer bientôt en rivalité avec le& Orcîdentaux. On ne pourrait expliquer les croisades sait s dire quelques mots des Arabes et de leur prophète Mahomet.
Dû iiicme race que les Juifs, ces Arabes avaient vécu jusfjiie-Iu de la vie pastorale, amoureux des aventures et du changement, violents et passionnés, ayant seulement le culte de l'honneur, l'amour de la poésie et la haine du nu'nsonge. Leurs nombreuses doctrines religieuses, toutes entachées de fétichisme, permettaient le brigandage- Aucun lien ne réunissait une tribu à l'autre, en dehors des cérémonies du temple de la Gaaba, à la Mecque.
Oti* le sixième siècle de notre ère, plusieurs prophètes, les Hanyfes, protestèrent contre cette idolâtrie et prêchèrent le retour à la religion d'Abraham. Mahomet est un cId ces Hanyfes, le plus éloquent, le plus persuasif.
Du nom de Mohammed^ il naquit à la Mecque en 570, parnii les Koréichites, prêtres qui étaient intéressés au maiiilÎL'n des anciennes croyances. Il rompit avec eux, s'enfuit à Yatreb, qui prit le nom de Médine, le refuge, et déclara la guerre à la Mecque. Cette fuite de Mahomet est V Hégire, ère des musulmans (an 622, 16 juillet), lieiilré vainqueur dans sa patrie, il imposa sa religion
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LBS ARABES*
U2 UISTOIRK SOMMAIRE DU GOMMERCB.
nouvelle que renferme le Coran, le livre par excellence ; il fit Tunité de l'Arabie et mourut en 632.
Uislam, ou théorie de la soumission à Dieu, communiqua aux sectateurs de Mahomet une ardeur, un zèle, un fanatisme qui faillirent les rendre maîtres de Tunivers.
En un siècle, de 632 à 732, les khalifes, d'abord électifs puis héréditaires, s'emparèrent successivement de la Syrie, de la Palestine et de la Mésopotamie (638), de l'Egypte (639), de la Perse (642), du Turkestan, d'une partie de l'Inde, de l'Arménie, des îles de Chypre et de Crète, de la Tripoli tai ne et de l'Afrique septentrionale entière, de la Sicile, de la Sardaigne et des Baléares, enfin de l'Espagne et de la Septimanie. Le torrent musulman déborda dans la Gaule franque, menaçant toute la chrétienté : il se brisa, dans la plaine de Poitiers, contre la muraille de fer des cavaliers de Charles Martel (732).
L'empire arabe avait atteint son extension la plus grande au milieu du huitième siècle (760, chute de la dynastie des Ommiades). 11 se démembra presque aussitôt. Déjà une scission s'était produite entre les sunnites ou orthodoxes et les schiites ou dissidents, à propos des premiers successeurs de Mahomet. En 767, le dernier des Ommiades, échappé au massacre qu'avaient ordonné les Abbassides, parvint à gagner l'Espagne et à y fonder Yémiraty plus tard khalifat de Gordoue. Les Abbassides gouvernèrent les pays d'Asie et remplacèrent Damas, la première capitale, par Bagdad, sur le Tigre. Mais, ainsi que l'Espagne, l'Afrique Mineure leur échappa. Plusieurs royaumes indépendants s'y sont constitués : la soudante d'Egypte, capitale le Caire, avec la dynastie des Fatimiles, et, dans la grande région appelée Maghreb, les
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petits khalifats de Kairouan (Tunisie), de Tlemcen (Algérie), d*Ouargla (Sahara), de Fez (Maroc) où régnèrent les Ëdrisites (neuvième et dixième siècles).
Ce rappel des faits aidera à comprendre Timportance de la civilisation arabe, civilisation dont se contentent encore aujourd'hui plus de 200 millions d'hommes. Au moyen âge, elle fut le mélange de la civilisation byzantine et de la civilisation catholique. Cette fusion s'opéra par deux moyens : la guerre et le commerce. Le Coran, qui recommandait la conversion des infidèles par la force, n'était pas hostile aux échanges pacifiques. Mahomet, conducteur de caravanes pendant sa jeunesse, et, par conséquent, marchand, avait dit que le commerce est agréable à Dieu. Il avait recommandé également l'étude des lettres et des sciences. Avec leur intelligence si vive et si mobile, avec leur enthousiasme, les musulmans abordèrent la physique et les mathématiques, créèrent la chimie et appliquèrent les sciences à l'agriculture et à l'industrie. On leur doit un système de numération nouveau (les chiffres arabes, plus commodes que les chiffres romains); l'invention de l'algèbre, la simplification de la trigonométrie ; de beaux travaux sur l'obliquité du plan de Técliptique, sur la précession des équinoxes, sur les taches solaires ; la construction d'appareils astronomiques : les armilles, l'astrolabe, le mural. Leurs alchimistes et leurs médecins découvrirent les propriétés de l'alcool, de l'ammoniaque, de l'acide azotique, de l'acide sulfurique, de l'eau régale, et firent entrer dans la composition des remèdes certaines substances de leur pays d'origine, comme le camphre, la rhubarbe, le séné. Si, en histoire et en philosophie, les Arabes ont été peu originaux, l'imagination exubérante de cette race de con-
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leurs a enfanté un chef-d'œuvre poétique : les Mille et une Nuits,
Dans les beaux-arts, ils n'ont fait que copier les Byzantins en s'abstenant, d'après un précepte de leur religion, de reproduire jamais les formes humaines ou animales. En revanche, ils ont décoré de capricieuses arabesques^ gracieux enchevêtrement de feuillages, d'arcs de cercle, de trèfles, de croissants, des monuments féeriques, tels que les palais de Tunis, du Caire, de Bagdad, la mosquée d'Omar à Jérusalem, la mosquée de Gordoue, l'Alcazar de Séville et l'Alhambra de Grenade.
Ouvriers agricoles, les Arabes ont excellé dans l'art de rirrigation des jardins. Ils ont inventé lesnorias ou puits à roue et à godets. Ils ont acclimaté dans leurs huertas d'Europe les plantes et les arbres de l'Afrique et de l'Asie : le palmier-dattier, l'oranger, le mûrier, le cotonnier, la canne à sucre, le maïs ou blé de Turquie, le riz, le sarrasin, le safran, les asperges, les artichauts, les épinards, les aubergines, l'estragon, l'échalote, le jasmin, etc.. On leur attribue l'invention des moulins à vent. Ouvriers industriels, ils ont travaillé le cuir (à Gordoue surtout), fabriqué des tapis, des tissus de gazé et de soie, les mousselines (de Mossoul), le linge damassé, les armes damasquinées (cimeterres et cottes de mailles), l'essence de rose, le papier de coton et de linge (à Samarkande, à Bokliara, à Damas, à Valence), les verreries de couleur, les poteries à reflets métalliques (vases mauresques) et tant d'autres produits qui faisaient la fortune de Bagdad, de Damas, de Gordoue et de Tolède. Mais c'est dans le commerce proprement dit qu'ils ont marqué le plus. Ils ont développé l'art naval, posé les règles du droit maritime, emprunté aux Ghinois la boussole..
La langue française renferme un grand nombre de
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LES ARABES. 9o
mots tirés du vocabulaire technique des Arabes : amiral, arsenal, câble, calfat, récif, mousson, corvette, chaland, douane, magasin, bazar, caravane, tarif, etc.
Partout où dura leur domination , des routes furent tracées, des ports ouverts ou reconstruits, des hôtelleries, des caravansérails aménagés. Toutes les capitales musulmanes furent des centres commerciaux.
Bagdad, avec son port de Bassorah, sur le Chatt el Arab, servit d*entrepôt à TOrient, du huitième au dixième siècle. Elle eut, dit-on, un million d'habitants. Ses négociants entretenaient des rapports suivis avec Mossoul et les villes de T Arménie, avec la Perse, avec le Turkestan (Bokhara et Samarkande); avec les Indes et les lies de la Sonde qui vendaient les bois précieux, les perles et les coûteuses épices; avec la Chine, par une double voie déjà utilisée du temps des Romains, la voie de terre (le plateau de Pamir et la vallée du Tarim), et la voie de mer (l'océan Indien et le port de Canton, l'antique Cetligara). Les soieries, les porcelaines, le coton nankin, le papier de riz, la laque, suivaient cette double direction et Bagdad les distribuait partout où Ton recevait la monnaie particulière de ses khalifes, le dirani d'argent qui valait environ un franc et le dinar d'or qui valait de i3 à i4 francs en moyenne.
C'est un khalife de Bagdad, Haroun-al-Haschid, qui envoya à Charlemagne des étoffes de soie, des parfums, des candélabres de bronze, et une horloge hydraulique, grand sujet d'admiration pour les Francs d'Aix-la-Chapelle; il reçut, en échange, des chevaux et des mulets, des chiens de chasse, des draps de Frise.
Bagdad communiquait avec Caboul, renommée pour ses foires ; avec Samarkande et Alep que réunissait entre elles une ligne de caravanes. Les draperies du Cachemire,
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9j6 histoire sommaire du commerce.
le musc et les drogues médicinales du Thibet et du Turkestan étaient ainsi transportés à dos de chameaux.
Le commerce de l'Arabie, de TEgypte et de la Syrie se centralisait plutôt à Damas, grande ville industrielle. Par Suez y parvenaient les marchandises expédiées des ports d'Aden et de Djeddah.
Une grande partie du mouvement commercial de TExtrême-Orient : Chine, Malaisie, où l'islamisme s'était implanté, côtes de Goromandel et de Malabar et île de Madagascar, se détournait sur l'Egypte. Là, les khalifes Faiimiles construisirent une nouvelle capitale, le Caire, la ville de la Victoire, non loin de l'antique Memphis.
Alexandrie conserva longtemps son importance d'autrefois. — Le fleuve de Trajaii, dragué à nouveau et appelé canal d'Omar^ réunit le Nil à la mer Rouge. Les marchands arabes d'Alexandrie visitèrent l'Abyssinie et le Kordofan, fondèrent des comptoirs sur la côte orientale d'Afrique, à Monbaça, Quiloa, Mozambique, Sofala, Mélinde. Ils en rapportaient la poudre d'or, l'ivoire, les écailles de tortue et des esclaves nègres.
Dans le Maghreb, pays du couchant, Kairouan, lepetit Caire, avec son avant-port de Sousse; la riche oasis d'Ouargla, dans le Sahara algérien; Tlemcen, capitale d'un Etat puissant; Fez, principalement, devinrent vite d'opulentes cités, des foyers actifs d'échanges. Fez eut 5ooooo habitants, travailla les lainages, les métaux, les essences de fleurs, la maroquinerie, et entretint des colonies dans le Fezzan, dans le Touât, dans le Soudan. Tombouctou, sur le Niger, fondé au onzième siècle, est sans doute une de ces factoreries.
En Espagne, la capitale arabe, Cordoue, renferma jus-
qu'à un million d'habitants, dans ses aSSooo maisons et ses 60000 palais. Séville eut Sooooo habitants; Tolède, 200000. Grenade, Cadix, Malaga, Alméria, Murcie, Jaën, Tolède, Saragosse, Barcelone attirèrent aussi les peuples de la péninsule et les chrétiens d'Occident qui venaient y étudier les sciences et les arts ou s'approvisionner de denrées de luxe. Longtemps, par exemple, les villes du midi de la France : Béziers et Montpellier, furent en relations d'affaires avec l'Espagne musulmane. Barcelone et Séville sont les deux grands ports arabes de l'Espagne. La première de ces deux cités envoya des navires dans le Maghreb, en Asie Mineure, à Rhodes, à Constantinople, en Egypte; conclut des traités avec Pise et Gênes; se livra aux opérations du change et do la banque. Séville lança ses flolles sur l'Océan, vers l'Angleterre et les Pays-Bas.
Il n'est pas étonnant que, parcourant un si vaste empire, les voyageurs arabes aient été parfois d'excellents géographes. Ils ont corrigé Ptolémée; ils ont fait connaître des régions immenses, ils ont étendu 4a carte du monde et inspiré aux Européens le goût des aventures. On cite parmi les auteurs : Maçoudi, Ibn-Haukal, Ibn- Batoûtah et Al-lstakari; parmi les explorateurs : Soleiman et Abou-zeyd-Hassan. Ces deux derniers vivaient au neuvième siècle. On les désigne ensemble sous le titre des deux MahoméUins, Soleiman découvrit la chaîne de montagnes qui a gardé son nom, le long de l'indus, et parcourut la presqu'île de Malacca. Aux renseignements qu'il recueillit, Abou-zeyd-Hassan ajouta quelques trai(s sur la Malaisie, sur le Thibet et sur la côte africaine do l'océan Indien.
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98 [USTOIRE SOMMAIRE DU COMMKUGB.
D'abord TOrient musulman et TOccident chrétien s'ignorèrent* Un jour vint où la guerre rapprocha ces deux mondes; ce fut la guerre sainte^ des deux côtés. Les chrétiens l'appellent Croisade.
Une croisade est une expédition dirigée contre les ennemis de la Croix. Il y en a eu aussi bien en Europe et en Afrique qu'en Asie et, même dans les limites d'un seul Etat chrétien ; mais on réserve d'ordinaire ce nom aux gfuerres qui ont eu pour théâtre l'Orient, et qui ont eu pour bat la reprise des Lieux sanctifiés par la vie et la mort de Jé&us-Ghrist.
Une opfjosiLion complète de principes, de mœurs et d'intérêts devait mettre fatalement aux prises la religion du Cïirist et la religion de Mahomet. Les prétextes de la prcniiùre croisade furent l'attaque de l'empire grec et chréLit^n do Conslantinople, par les Turcs Seldjoucides, en Asïc Mi ne lire ; l'appel désespéré que les empereurs byzantins adressèrent au Pape, représentant de la cité de Dieu sur ]q terre; les humiliations et les vexations que les Turcs faisaient subir aux pèlerins qui visitaient Jérusalem.
Les pèlerinages sont les véritables antécédents des Cr^->îsades. Depuis le quatrième siècle, la curiosité autant qne lu dé vu Lion les inspirait. Organisés presque toujours par les prêtres, ils n'avaient pas tardé à perdre leur caracLère pacifique. D'abord, les Arabes, possesseurs de Jérusalem, tolérèrent volontiers le passage des chrétiens; c'élnit pour leur commerce une source de bénéfices. M:ds les Turcs, nouvellement convertis au Coran, se
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LRS CROISADRS 90
montrèrent moins tolérants, ou, si Ton veut, plus maladroits. Leurs exijjences, leur fanatisme amenèrent des rixes sans nombre, de véritables conflits.
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^KJ^r ■■■■-■ ' M ■: ^1
On sait comment un pèlerin, Pierre Dachère, surnommé FErmite, Français des environs d'Amiens, entreprit, à son retour de Palestine, une campagne de prédication et d'excitation. Le pape Urbain II approuva sa conduite
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iOO HISTOIRE SOMMAIRE DU COMMERCE.
el linL doux conciles, à Plaisance et à Clermont-Ferrancl (K)t>5), pour s'adresser à la masse des chevaliers et des g^ens du peuple et leur faire la distribution de croix d''éloire rouge, qui devinrent le signe de reconnaissance des croisés^ tandis que leur cri de guerre fameux fut : n Dieu le veut, Dieu le veut! »
A ces exaltés, T Église accordait la rémission de leurs péchés, promettait la vie étemelle et, ce qui achevait de les ciifiammer, divers avantages matériels comme la suspension des dettes et Tappât du pillage. Il n'en fallait pas davaniage pour faire sortir les barons besogneux de leurs châteaux, les paysans de leurs chaumières, les bourgeois lie li^urs boutiques, car, on le pense bien, les nobles ne furent pas les seuls à partir.
On Compte huit croisades. La première et les deux dertiières. seules, sont restées fidèles aux motifs qui les avaient inspirées.
f iésumoDâ les faits principaux.
La première fut double. D'abord, une croisade populiirc, celle des « petites gens » qui, sous la direction de Pierre T Ermite et de Gauthier sans Avoir, descendirent le cours du Danube, traversèrent le Bosphore et furent extermines, dans les environs de Nicée, par la cavalerie turque. Ensuite la croisade féodale, conduite par Godefroy de Bouillon, Robert de Flandre, chefs des Lorrains eldes Flamands; par Hugues de Vermandois et Robert Courte- Meuse, chefs des Français du Nord et des Normands ; par Raymond de Toulouse et le légat du pape, Adhèmar de Monteil, à la tête des Languedociens et des Provençaux ; par Bohémond et Tancrède Guiscard, qui commandèrent les Normands des Deux-Siciles et les Italiens.
De CouËstantinople, les croisés, auxquels s étaient joints
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les Grecs, descendirent en Asie Mineure, prirent Nicée, gagnèrent la bataille de Dorylée (1097), éprouvèrent de grandes souffrances en Phrygie et débouchèrent sur Aniioche par le défilé des portes de Gilicie. Après des aven-
tures épiques, ils s'emparèrent de Jérusalem en 1099. Un royaume latin y fut créé, qui eut pour baron et avoué le héros de l'expédition, Tirréprochable Godefroy de Bouillon. A côté de ce royaume» il convient d'ajouter
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trois autres États indépendants, goavemés par 4es princes chrétiens : le comté d'Edesse, sur PEuphrate; la principauté d* An tioche et le comté de Tripoli. Les chrétiens arméniens, réfugiés dans les montagnes du Taurus^ fondèrent, en outre, le royaume dit d'Arménie, entre le Tau ru s et le goHe d'Alexandrette.
Lo système féodal fut appliqué dans ces possessions coloniales, et le recueil dit Assises de Jérusalem fut précisément rédigé pour Texpliquer aux populations délivrées ou soumises. L'enthousiasme avait fait vite place nu calcul. Les croisés songèrent à tirer parti de leurs exploits : ils se partagèrent le sol et ne dédaignèrent point les gains du trafic avec Alep et Damas, villes musulmanes. Ils s'enrichirent, s'amollirent, prirent souvent les mœurs orientales et devinrent un sujet de scandale pour les pèlerins qui les désignaient sous le nom injurieux de poulains.
Les successeurs de Godeiroy de Bouillon prirent le iiire de i*oisde Jérusalem. Revenus de leur stupeur, les Turcs Stldjoucides, sous la dynastie nouvelle des Atabeks, reprirent Edesse, où ils firent périr trente mille chrétiens, et p'avîïncèrent du côté d'Antioche. Le roi Baudouin III jeta le cri d'alarme en Europe et le pape Eugène III décida là deuxième croisade. Elle fut prêchée par saint Bernîij d à Vézelay, en Bourgogne (i i46), et à Spire, sur le Rlijii. Cent mille Allemands avec l'empereur Conrad III et tient cinquante mille Français, dit-on, sous les ordres de Louis Vil le Jeune, se dirigèrent sur Damas ^
La mésintelligence des alliés amena un échec grave, et les croisés revinrent en Europe comme ils purent (i 149). Les progrès du nouveau dief turc, Saladin ; sa victoire sur Guy de Lusignan autour du lacTibériade ; son entrée â Jérusalem, en 1187, émurent douloureusement la
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LES CROISADES. i03
chrétienté. Guillaume de Tyr prêcha la troisième croisade et les souverains d'Allemagne, d'Angleterre et de France prélevèrent sur leurs sujets la dîme dite Bêhidine, pour parer aux frais de la campagne. Frédéric Barberousse partit le premier avec cent soixante mille soldats ; il fut victorieux à Iconium, mais se noya dans le Sélef, et ses Allemands allèrent devant Saint-Jean-d'Acre (ou Ptolémaïs) attendre les troupes anglaises et françaises. Richard Cœur de Lion s'était embarqué il Marseille; Philippe- Auguste à Gênes. Ils se bornèrent à délivrer Saint-Jean-d*Acre (1192), après que le premier de ces monarques eut donné Chypre au roi dépossédé de Jérusalem, en guise de compensation.
Ce fut la fin des croisades. Désormais les autres expéditions qui portent encore ce nom vont se détourner de Tobjectif initial. La haine entre chrétiens et mahoméians s'affaiblit; les préjugés s'effacent ; les intérêts politiques ou commerciaux prennent le dessus sur les mobiles religieux.
La quatrième croisade doit être considérée comme une véritable guerre colonialet Les rusés Vénitiens en furent les bénéficiaires.
Saint-Jean-d'Acre venait de tomber entre les mains des infidèles. Foulques, curé de Neuilly, reçut d'Innocent III la mission de prêcher la guerre sainte en Champagne. Les chevaliers de la Flandre et du Montferrat, en Italie, s'unirent aux chevaliers champenois et français.
Tous résolurent d'abandonner les routes de terre, trop longues et trop fatigantes, et de prendre les voies maritimes. Dans ce dessein, ils dépêchèrent à Venise une ambassade dont faisait partie Geoffroy de Villehardouin, qui a raconté ces négociations et les événements qui
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iiLiiviicnt ilaiis ^n Chrnui<ifii' tfe ft eo^ufuêtr de Consii\nfîn<tph\
\)y'Un\vnù^ <lru.\ fois <lr Wwv routo, les^ ciisis*'^?;, iiinîtresilo Coiist[i[ili[i^iph\ j^^iiiî^lnlloriMil diins l'esiipire ^ix^C qii'il?^ mort vlriN^nt tru|>rrs Ir systrme féodtil.
(Icns nvisùs, lis W'iiilit'MHi se lireiiL iiLLiibucr trois des quartiers de la c;tpitnK^ rL d .'Klniirnblcs positions stniK^^^iquos et cominciritilrri : los îles Corfou, Saiiile- Maure, (lépludonie, ZaeyiUlu-- ; le territoire de Motlione
F Y A V Wl E
StLDjOUCiDES
L EMPIRE LATIN nE CONSTANTlNOPlt
et de Coi un e[i Aïnjw ; itr- ilr- de (^yttp>re, de Candie, Karpîithos et Uhoderf; la plupart de-, (ivclades : Mélos^ ^a^:^l^, Titios, Androri ; lïùjhée, File de hemnos, et le \ioil de Galîipoli k Tentréo des 1 >a rd a n ell es j avec toutes Foi'tes de prtvi]i>^es ïson*^ la navigation sur les cotes de la mer rSoire* SuivajiL nue i'\[ire?ision eélèbre^ Venise devint propriétaire i\itn fpinri et demi de l'empire grec.
Cet empire grec et la lin ne dui'a pas. Les Bulgares et les Grecs finirent pnr chasser les étiangej's, à Tex-
cep lion des colonies vénitiennes et de quelques Befs en Grèce proprement dite. Michel Paléologue inaugura en 1261 la dernière des dynasties byzantines, celle qui devait disparaître seulement en i453.
Quant aux rois de Chypre et de Jérusalem, ils étaient toujours privés et de leur ville sainte et de la plus grande partie de leurs États continentaux. Pour les leur rendre, Jean de Brienne et André de Hongrie tentèrent une descente en Egypte. Cette cinquième croisade ne réussit pas (1218-1221). La sixième fut dérisoire: Tempereur Frédéric II, qui l'avait entreprise pour obéir au pape, traita avec le sultan des Turcs (1228-1229). Quant à la septième et à la huitième, elles marquent un réveil de Tesprit religieux; elles ont été glorieuses mais inutiles et n'ont rapporté à leur auteur, Louis IX, de France, que des mécomptes et des désastres, la captivité et la mort (1248 à 1254 et 1270).
Les résultats généraux des croisades sont d'ordre piolitique, social et économique; ils ne se sont manifestés que très tard. Un des premiers a été V affaiblissement de la féodalité. En effet, ces expéditions lointaines débarrassèrent les pays occidentaux d'une noblesse turbulente et tyrannique. Sans parler des chevaliers qui y trouvèrent la mort, il y en eut un grand nombre qui s'établirent en route ou à destination, sans esprit de retour. Au moment de partir, ils avaient réalisé leur fortune, vendu au plus offrant, au roi ou à une commune, leurs terres et leurs bois, leurs châteaux mêmes. La monarchie capétienne en France recueillit de grands avantages de cette émigration et opéra des annexions fructueuses, dans le genre de celle de la vicomte de Bourges achetée à Herpin, l'un des croisés.
\iM\ TIESTOIRË SOMMAIRE DU COMMERCE.
Au point de vue politique encore, les croisades profîtÎTcnt nux nations qui avaient fourni le plus de soldats de Dieu. Elles relevèrent le prestige de la France principal émeut, et lui acquirent, en vertu des services rendus à la cause du christianisme, une sorte de prééminence morale.
A considérer l'évolution sociale, notons d'abord comme effet des croisades le rapprochement et, jusqu'à un certain point, la fusion des classes : seigneurs et roturier?^ avaient combattu côte à côte, s'étaient rendu de mutuels services sur les champs de bataille, dans les camps; los uns avaient dépouillé leur morgue, les autres avaient pris conscience de leur valeur et de leur dignité. I^es croifodes préparèrent ainsi, à l'insu de ceux qui les accomplissaient, Tavènement de l'égalité politique et de b fraliiriàté sociale.
Une autre conséquence imprévue de ces guerres de religion fui l'adoucissement des haines entre les hommes de races opposées. Dans leurs rapports courtois avec les chevîilliM's chrétiens, les héros turcs, tels que Saladin ou Maleck-Adel, apparurent ce qu'ils étaient en réalité, des gens honnêtes, délicats, généreux, ne le cédant en rien à leurs adversaires. Et alors, la réflexion agissant, beaucoup de chrétiens convinrent que la différence de religion ne suppose pas nécessairement une différence de raoralitc.
Exa^'-érant ces conclusions, les décroisés s'en prirent h la religion chrétienne elle-même et lui reprochèrent d'avoir déchaîné le fanatisme. Ces sceptiques ou ces d<^sabusés doutèrent même de la vertu du christianisme, de sa valeur intrinsèque. Le nombre des décroisés s'accrut rapidement. Ainsi l'Eglise, que les papes avaient voulu fortifier, perdit du terrain et c'est en
faisant allusion à ce fait que Ton a pu dire spiiituellement que V effet des croisades avait été précisément d'en détruire les causes. Ne nous en plaignons pas trop. Si la foi a pu souffrir quelque peu de la réconciliation entre l'Europe et TAsie, les intérêts -matériels et même moraux des deux contrées y ont gagné considérablement.
Et d'abord, les croisades ont ranimé le grand commerce maritime. Gênes, Pise, Amalfî, Brindisi et Bari, Venise, tous les grands ports italiens ; Marseille, Arles, Aigues-Mortes, Montpellier et Maguelonnc, Narbonne, pour la France; Barcelone pour T Espagne, se trouvèrent bien du rétablissement des relations commerciales avec TAsie Mineure et l'Afrique du Nord. Leurs armateurs, les carffatores, s'enrichirent h transporter les soldats et les pèlerins, suivant des contrats rigoureux dont les autorités locales surveillaient l'exécution. Leurs négociants installèrent, en Syrie principalement, des comptoirs, des entrepôts appelés fondoucks qui survécurent aux croisades.
Les fondoucks (entrepôts, marchés), appartenant aux diverses nations chrétiennes, formaient le quartier /ra/îc des villes syriennes, quartier entouré par une muraille, où s'élevaient les magasins, les maisons particulières des Européens et les chancelleries qu'habitaient fastueusenient les différents consuls. Car l'habitude fut prise par les gouvernements d'Occident d'entretenir à demeure des représentants officiels. Ceux-ci étaient nommés pour un an ou deux, investis des fonctions de police et de justice civile, appointés ou payés sur le revenu des douanes. Ils se livraient généralement au commerce pour leur propre compte, mais protégeaient
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im HISTOIRE SOMMAIRE DU COMMERCE.
l«urs nalionaux, traitaient sur le pied d*égalité avec bsi autorités locales et négociaient des conventions diplouM tiques. Depuis que les rois du Maghreb en avaient donné l'exemple, au douzième siècle, tous les Bouverains musulmans consentaient à Fabolition du droit d\ru haine et du droit de bris et épaves; tous sVng^agc*iient à respecter les marchands étrangers et à prélevei- des taxes raisonnables sur les importations (lo p. loo environ) et sur les exportations (5 p. loo).
Il y eut des fondoucks dans les Echelles du Levant et dans rinlérieur du pays, à Damas, à Alep. Les indigènes y ojiporl. lient volontiers la laine, les fruits, le coton que l'on récoltait en quantité, les fourrures, les plumes d'yuLruche, les épices, etc.
Lot'gque les papes eurent interdit comme impies les échanges entre chrétiens et infidèles, Timportance des fomioncks décrut. Alors commença la prospérité de l'Ile de Chypre. Les rois de la famille des Lusignan proposèrent aux villes commerçantes d'Italie, de France et d'Espagne, à Florence surtout, de leur servir de courtiers. Leur port de Famagouste devint le plus riche de cette jîartie de l'Orient. On y vendait le sel, les vins de Malvoisie, le coton, le sucre, les draps dits camelots et les éloffes de soie brochées de fils d'or et d'argent, les pierres précieuses. Famagouste rivalisait avec Constantiuople et avec Alexandrie. Elle conserva ce rang jusqu'au jour où la découverte du cap de Bonne-Espérance fit déserter la Méditerranée orientale.
Ainsi, après les croisades, le commerce renaissait, aussi inleuse que du temps de l'Empire romain.
L' l'Europe prit des habitudes de bien-être et de luxe. Tout ce qui rend la vie plus facile et plus agréable y fut reçu uvec faveur. Alors on acclimata chez nous plusieurs
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DES CUOiSADES JUSQU'A LA GUERRE DE CENT ANS. 109
espèces végétales et animales ; alors on commença à fabriquer des étoffes de coton et de soie, le sucre de canne, Talcool. Modes, costumes, armes des Arabes et des Turcs, tout fut imité, copié, reproduit, et cette influence orientale a pénétré les plus petits détails de la vie privée.
Un mouvement incessant s'établit entre les pays chrétiens et les pays musulmans. Le goût des voyages, réveillé par les Croisades, conduisit des religieux, des commerçants, des aventuriers jusqu'en Chine auprès du Grand-Mongol, tandis que des Asiatiques de la race jaune ne craignaient point de venir séjourner à Rome, à Lyon, à Barcelone, à Paris, à Londres même.
Signe des temps I Les défiances injustes s'évanouissent. Les hommes réconciliés prennent possession de cette terre dont ils commencent à mesurer l'étendue et à soupçonner la forme. Les progrès de la géographie entraînent des découvertes dans les sciences naturelles, dans la physique générale, dans la philosophie. Encore une fois, si la guerre avait précédé le commerce, le commerce avait rapproché les combattants, fait tomber les armes et avancé l'état de la civilisation.
LE COMMERCE FRANÇAIS DEPUIS LES CROISADES JUSQU'A LA GUERRE DE CENT ANS
Les Capétiens qui, avec l'aide du peuple et de l'Eglise, ont abattu la féodalité et établi l'unité de la France, ont également favorisé les progrès du commerce en faisant régner l'ordre et la paix. En 987, Hugues Capet ne possédait qu'une partie de l'Ile-de-France et de l'Orléanais, des bords de l'Oise à la Sologne. Son titre de roi lui valait
ilO HESTOIRE SOMMAIRE DU COMMERCE.
les droits assez vagues de suzeraineté sur les puissants duchés et comtés environnants. Le domaine royal resta presque stationnaire jusqu'au treizième siècle. Il s'accrut brusque m L^ut lorsque Philippe -Auguste confisqua les terres des rois anglais Plantagenets dans le nord-ouest de la France: Normandie, Maine, Anjou, Touraine, et lorsque le comté de Vermandois lui eut été assuré par un mariage. Ses revenus, évalués à 87 millions de francs de notre monnaie, en firent, autant que ses possessions territoriales, le plus riche des seigneurs féodaux. Il put intervenir dans les querelles de ses vassaux par Tinstitution de la quarantaine le Roy et de Vasseurement qui lui déférait le jugement lorsqu'une des deux parties rivales l'en priait. Par l'interdiction du duel judiciaire, par la destruction de nombre de châteaux forts, repaires de détrousseurs de marchands, il étendit son influence et facilita le commerce. Sa capitale, Paris, suivit désormais la fortune ininterrompue de sa descendance. La petite î( Lutece îï avait grandi, grâce au cabotage de la Seine, au irnïlc du blé, du bois, du vin, des fourrages, de la laine, du cbn livre et du lin monopolisé par la Hanse des marchands fie reau. D'abord renfermé dans les îles et au pied de la montagne Sainte-Geneviève, Paris déborda sur la rive droite du fleuve, et le nouveau quartier fut essentiellement commerçant. Louis VII le Gros y avait fait élever des Malles; Philippe-Auguste y bâtit la tour du Louvre, embellit les environs, fit paver les rues et entoura la capitale de sa première enceinte de remparts. Cette Vv^nc de pierre était marquée parles portes Saint-Honoré, Montmartre^ Saint-Denis, Saint-Martin, du Temple, liaudoyer, Barbette, des Tournelles, Saint- Victor, Saint- Jacques^ Saint-Michel, de Buci, et se terminait à la tour de Nesle, en face de la tour du Louvre.
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DBS CROISADES JUSQU'A LA GUBURB DB GBNT ANS. iii
200000 habitants se pressaient dans ces murs. L'administration appartenait au Roi, qui déléguait une partie de ses attributions au chef de la Hanse parisienne, le Prévôt des Marchands, L'industrie et le commerce étaient le monopole d'une centaine de corporations groupées par quartiers et par rues. Les maîtres des corporations avaient « pignon sur rue », ouvraient leurs ateliers et leurs magasins sur les voies étroites et sombres, mais pittoresques, que parcouraient des artisans et des marchands ambulants, reconnaissables à leurs cris spéciaux. Tous les commerçants étaient tenus de s'approvisionner aux Halles, ou au marché des Champeaux, pour les tissus et les draps, ou aux foires extérieures de Saint-Germain-des- Prés et de Saint-Denis. La foire de Saint-Denis, le Landit ou Indict remontait au temps de Dagobert (629). Chaque année, à date fixe, le 9 octobre, l'ouverture en était faite par le Recteur de l'Université de Paris ou corporation des étudiants, qui venait acheter le parchemin et les fournitures scolaires. La foire durait un mois au Paissel Saint-Martin ; on y voyait toutes les marchandises d'Espagne, de Grande-Bretagne, de Provence et de Lombardie. Les opérations de banque, le change des monnaies relevaient surtout des Italiens établis rue des Lombards et rue de Venise. On a conservé le nom de quelques familles de commerçants célèbres au treizième siècle, et formant comme l'aristocratie du négoce : les Arrode, les Popin, les Barbette, les Passy, etc.
Paris n'était d'abord que le débouché de la région de Gompiègne, Melun, Etampes et Orléans. Les acquisitions de Philippe-Auguste triplèrent son importance. Louis VIII et Louis IX prirent tout le Poitou et la grande région du Languedoc, après le succès de la croisade des Albigeois, où ils s'étaient sagement abstenus. Philippe III et
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Philippe IV y joignirent la Champagne, une partie de la Flandre, c'est-à-dire le pays entre l'Escaut et la Lys (au moins momentanément), le Lyonnais, la Marche et TAngoumois, le Gomtat Venaissin (à l'exclusion de la principauté d'Orange) , et dans les Pyrénées, le comté de Bigorre. Dans les premières années du quatorzième siècle, l'unité française était loin d'être achevée, et la guerre de Gent- Ans allait bientôt la compromettre gravement.
En dehors du domaine royal des premiers Capétiens, certaines provinces indépendantes étaient parvenues à un haut degré de vitalité. Le commerce y ilorissait autant et plus qu'à Paris.
C'étaient, sur la frontière orientale de l'Ile-de-France, le comté de Champagne ; sur la frontière occidentale, le duché de Normandie.
Le comté de Champagne, bizarrement découpé dans les vallées de la Seine, de l'Aube, de la Marne, de l'Aisne et de la Meuse supérieure, était célèbre par ses grandes foires tenues à Lagny, Provins, Bar-sur-Aube et Troyes *. Chacune de ces foires (il y en avait six en tout, dont deux à Provins et deux à Troyes) durait quarante-huit jours. Elles se succédaient régulièrement avec un intervalle suffisant pour permettre aux vendeurs de se déplacer, et ainsi l'une ne faisait point de tort à l'autre, mais, toutes les six échelonnées, elles formaient une foire permanente. Dans ces foires chaudes ou froides suivant la saison, les épices, les drogueries, les bestiaux y étaient vendus sans interruption. Pour les autres marchandises, leur écoulement était soumis à de sévères prescriptions. Par exemple,