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DRS CROISADES JUSQU'A LA GUERRE DE CENT ANS

on réservait les dix premiers jours du marché aux draps, tapis, toiles, soieries ; les dix jours suivants aux pelleteries et aux cuirs.

Des magistrats spéciaux appelés baillis, clercs, notaires, sergents et un chancelier des foires exerçaient une police vigilante. Les comtes de Champagne protégeaient les étrangers contre la rapacité des hôteliers et logeurs, assuraient Taller et le retour des caravanes par des conduits d'hommes d'armes. Un tel ensemble de mesures d'ordre, ainsi que l'abondance des laines dans le pays et l'heureuse situation géographique de la Champagne, expliquent pourquoi ces foires étaient fréquentées par les Flamands, les Espagnols, les Italiens et les Allemands. Malheureusement, la réunion de la province à la couronne à la fin du treizième siècle, et surtout la concurrence du commerce vénitien ou génois, les ruinèrent et leur firent préférer des centres plus accessibles.

La Normandie le disputa à la Champagne par ses foires de Caen et de Rouen, ses marchés de chevaux de Guibray, faubourg de Falaise, qui attiraient les Anglais et les Normands des Deux-Siciles. La marine de Dieppe et de Harfleur, le port souverain, était un appoint notable aux forces navales de l'Angleterre, dont les rois étaient originaires de Normandie. La batellerie entre Rouen et Paris, sur la basse Seine, très active, resta concentrée à Rouen, où vécurent les Pigache, les Naguet, les Fergant, membres de la Hanse. Le port communiquait avec l'Irlande, et vendait les vins de Bourgogne aux peuples du nord de l'Europe.

A Nantes, les Hervé furent aussi de riches armateurs ; à la Rochelle, les Auffrédy. Ils se chargeaient de l'exportation des vins, des fruits, des laines de la vallée de la

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Loire, du sel des marais de Guérande, du poisson conservé, à peu près les seuls articles du commerce en gros. L'Espagne et le Portugal, le Danemark et T Allemagne consommaient ces produits.

L'Aunis, dont la Rochelle était la capitale, forma avec les îles de Ré et d'Oléron, un petit monde isolé, du onzième au dix-septième siècle. En ii52, il passa volontiers sous la domination anglaise, ety demeura fidèle jusqu'en i36o, date du traité de Brétigny. Ses armateurs, à l'exception d'Auffrédy qui envoya des navires dans le Levant, montrèrent peu d'initiative et se contentèrent de prêter des capitaux aux Normands, aux Basques et aux Bretons plus aventureux.

Dans le sud-ouest de la France, la région des duchés de Guyenne et de Gascogne déployait beaucoup d'activité économique. Anglaise depuis le mariage d'Eléonore d'Aquitaine avec Henri II Plantagenet (ii52), la ville de Bordeaux tira de grands profits du commerce des vins. Le Prince Noir, qui y résida longtemps, fit construire le phare de Gordouan, à l'entrée de l'estuaire girondin, et accorda de grands privilèges à la jurade de sa capitale. Il accueillit favorablement les pèlerins qui passaient par Bordeaux pour se rendre à Saint-Jacques de Gompostelle, et fit frapper des monnaies d'or, dites guyennois (où l'on a vu l'origine des fameuses guinées anglaises), à l'effigie de son père, Edouard III. A partir de i34i, deux foires annuelles furent instituées qui existent encore. Les maisons Monadey (treizième siècle), Colomb, Solers (quinzième siècle) expédiaient à Londres et à Bristol d'énormes quantités de clairet (claret), provenant du Médoc. Elles étendirent leurs transactions avec l'Espagne, avec l'Orient par la voie de la Garonne, par l'intermédiaire des cités languedociennes. La Bretagne, la Nor-

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