CONDITIONS GÉNÉRALES AU MOYEN AGB
manqua de fixité. Les monnaies de compte : livre et sou parisis. (25 fr. et l'*',25), livre et sou tournois (20 fr. et 1 fr.), ne furent pas davantage respectées, et que dire des monnaies réelles en certains pays et à certaines époques! Dans ces conditions, le change devait être excessivement compliqué.
Quant au défaut d'unité des poids et mesures, il favorisa, on le pense bien, les tromperies, le dol et la fraude. Le crédit, à peine dans Tenfance, ne pouvait rendre encore des services appréciables. On usait bien de la lettre de change avec faculté d'endossement, mais son champ d'action était très limité; il y avait bien, depuis le douzième siècle, des banques .à Venise, Florence, Gênes et Barcelone : leur importance était plutôt locale. Point d'association, à part celles des villes et des armateurs, des hanses, comme on disait.
Le droit commercial n'existait pas ; il était confondu avec le droit civil, sauf pour ce qui concerne le commerce maritime et la navigation. On se guidait, en fait de droit maritime, sur les usages de Wishy, pour les pays de la Baltique; sur les rôles d'Oléron édictés vers ii5o, pour les ports de l'Océan, et sur le consulat de la Mer, de Marseille, pour ceux de la Méditerranée. Ces divers codes prévoyaient et réglaient les questions d'assurances maritimes {prêts à la grosse) et l'armement des navires en course (corsaires), etc.
Nous avons vu, à propos de la féodalité, combien étaient nombreux les règlements, les droits seigneuriaux, qui intéressaient le commerce. Nul travail n'était libre : le souverain, grand ou petit, pouvait réclamer la totalité des bénéfices obtenus par le travailleur, et il se croyait clément, libéral et bon, lorsqu'il consentait à n'en prélever qu'une partie.
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Si Ton ajoute à cela que la guerre régnait dans tous les pays d'Europe et que la force primait le droit; que les routes n'étaient jamais sûres, que, d'ailleurs, elles étaient en fort mauvais état et que l'industrie presque partout avait conservé son caractère familial des premiers âges ; qu'elle fabriquait peu au delà des besoins de la consommation dans le pays même, on s'expliquera pourquoi le commerce du moyen âge a été un commerce local, tout au plus régional, en tous cas restreint, au jour le jour, ne comportant ni grandes combinaisons, ni calculs savants. Il n'a eu de l'ampleur que dans quelques villes maritimes que nous avons passées en revue. C'est avec elles ou avec les infidèles d'Afrique et d'Asie que les rois de France, Philippe 111 et Charles IV, signèrent ce qu'on pourrait appeler nos premiers traités de commerce.
D'une manière générale, languissant et comme étouffé, gêné, disait-on au sens propre (de géhenne^ instrument de torture), il ne pouvait être affranchi que par une révolution, matérielle et morale. Matérielle, ce fut l'œuvre des grandes Inventions et des Découvertes maritimes; morale, elle fut le résultat de deux efforts prodigieux de l'esprit humain : la Renaissance et la Réforme,
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Les temps modernes.
Elles mettent de nouveaux moyens de progrès à la disposition des hommes. Pas plus que les découvertes scientifiques de nos jours, elles ne sont Tœuvre d'un seul, mais plutôt le résultat de longues expériences, de pénibles tâtonnements. Pour nous en tenir aux plus remarquables ou aux plus fécondes, nous parlerons de la découverte de la poudre à canon, du papier de linge, de rimprimerie et de la boussole.
1^ Poudre à canon. — Les Chinois la connaissaient depuis un temps immémorial ; ils s'en servaient dans l'exploitation des mines et carrières et dans leurs réjouis sances publiques, au témoignage de Marco Polo. Les Arabes surprirent le secret de sa composition et l'employèrent dans leurs guerres d'Espagne, et déjà, dit-on, au siège de la Mecque en 690. Les Sarrasins en firent le feu grégeois qui effrayait si fort le bon sire de Joinville en Egypte.
Mais c*est à des alchimistes, à Berthold Schwartz, moine allemand, ou à Roger Bacon, moine anglais, que revient l'honneur d'avoir expérimenté et étudié les propriétés explosives d'un mélange de poudre de charbon, de soufre et de salpêtre (milieu du quatorzième siècle).
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On construisit alors les premières armes à feu : mousquets, bombardes et canons. Ces derniers engins, que Ton baptisa de noms terribles : coulevrines, dragonneaux, aspics, basilics, suivant leurs formes fantaisistes, firent leur apparition sur le champ de bataille de Crécy (i346). Manœuvres par les Anglais, ils jetèrent le désarroi dans les rangs des chevaliers français, mais ils causèrent plus depeurquede mal. C'étaient de gros tubes de bois cerclés de fer et ils ne lançaient que des boulets en pierre. En i45o, un Italien, Malatesta de Rimini, imagina de remplacer ces boulets primitifs par des boulets en fer. Ce perfectionnement fut adopté par les Turcs et par les Français. Au siège de Gonstantinople (i453), Mahomet II mit en batterie un canon monstrueux avec lequel on parvenait à tirer sept coups par jour. Les frères Bureau dotèrent l'artillerie de Charles VII de machines semblables, et c'est avec un de leurs canons que l'on tua le général Talbot à la bataille de Castillon. Ce sont aussi les frères Bureau qui ont imaginé les affûts mobiles.
Pourtant on regarda l'invention comme plus curieuse qu'utile. Encore au seizième siècle, Montaigne écrivait dans ses Essais : « Les armes de feu sont de si peu d'effet ^ sauf Vétonnement des oreilles^ qu'on en quittera l'usage, » On leur préférait les flèches des archers, mieux dirigées, moins coûteuses.
Les rois seuls pouvaient se passer le luxe d'un canon. Le développement de leur artillerie leur assura bientôt une supériorité évidente sur les seigneurs féodaux, et, lorsqu'on eut trouvé des projectiles assez puissants pour percer les plus épaisses armures, les conditions de la guerre furent absolument changées. Les batailles devinrent plus courtes, plus décisives et par cela même moins meurtrières. La tactique se transforma : au lieu
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d'agir par masses de soldats, les généraux subslituèrent Vordre mince à Vordre profond. Bien d'autres conséquences devaient découlec de Temploi de la poudre à canon : nous n'en retiendrons qu'une, précieuse aux hommes, l'usage de la poudre de mine dans les industries extractives. Les Génois, semble-t-il, ont ici précédé les autres Européens dès l'année 1487.
2^ Papier de linge. — Les anciens gravaient leurs inscriptions, leurs lois, leurs traités de paix sur le granit ou sur l'airain. Les Égyptiens employaient le papyrus; à Pergame, on préparait des peaux d'animaux : parchemins et vélins, A cause de la cherté de ces matières, les manuscrits tracés au stylet revenaient à des prix fabuleux. Les moines du moyen âge, copistes zélés, grattaient souvent d'anciens manuscrits par raison d'économie, et écrivaient par-dessus le premier texte : c'est ce qu'on appelle aujourd'hui les palimpsestes.
A l'époque des Croisades, lorsque fut connu le coton, on remplaça dans l'usage courant le parchemin par un papier spongieux et peu consistant. C'est à la fin du treizième siècle qu'un inconnu pensa à jeter dans la pâte du lin et du chanvre : le papier de chiffe ou de linge était trouvé.
3° Imprimerie. — L'imprimerie pouvait venir : elle vint.
Ici encore les Chinois (les Coréens principalement) ont eu le mérite de l'invention initiale. Leurs caractères xylographiques (de xylon, bois) frappèrent les Arabes qui les importèrent en Europe. Un Hollandais, Laurent Coster, vers 1420, imprima des miroirs de salut et la grammaire latine de Donat ; mais il fallait une planche
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ï^% HISTOIRE SOMMAIRE DU COMMERCE.
pour ohaque page et le procédé n'était pas suffisamment (5conomique. Les progrès de la gravure allaient venir en aide /i ceux de l'écriture : Finiguerra^ de Florence, subtilitua une encre grasse à Témail noir qu'on répandait dans les nielles des plaques de métal : cette encre fut iililisée par les imprimeurs.
Les découvertes des générations antérieures n'ôtent rien à la gloire de Gutenberg : l'opinion publique le r4*j,*arde avec raison comme le véritable inventeur de r imprimerie. Son histoire ressemble à celle de tous les hommes de génie, méconnus de leurs contemporains, exploités, frustrés de leurs travaux, puis honorés parla |ïrtâLêrité impartiale.
Jean Chair d'oie de Bonnemontagne (traduction du mol allemand Gutenberg) est né à Mayence, en 1409. Alchimiste, sorcier comme l'on disait, il s'établit à Strasbourg, dans une maison isolée des faubourgs; il rencontra des associés qui avaient foi en lui et qu'il ruina. Il retourna à Mayence en i45o et trouva l'argent qui lui manquait pour continuer ses recherches, chez un vieil ûrfèsre usurier appelé Fust ou Faust; un jeune clerc copiste arrivé récemment de Paris, Pierre SchœfTer, le seconda (i454). Gutenberg découvrit un alliage de plomb et d'antimoine, propre à l'impression ; il fondit des caractères mobiles, beaucoup plus commodes que les anciens caractères en bois qu'il avait détachés des planches xylographiques; enfin, il construisit le composteur^ compartiment oii les lettres peuvent tenir et former corps. SchœfTer, dont l'esprit était ingénieux, inventa les matrices ou moules en creux qui permettent do fondre une quantité illimitée de caractères.
Los premiers livres qui sortirent des presses de Mayence furent : la Bible de Gutenberg, dite aussi des
42 lignes ou Vulgaie^ en latin, et le Psautier de Mayence qui fut signé de Tinventeur.
Le succès divisa les ouvriers de la première heure. Fust et Schœffer évincèrent Gutenberg : ils lui intentèrent un procès qui acheva de le ruiner. Vaincu, il disparut pendant dix ans et fut contraint, en i465, d'accepter les charités d'Adolphe de Nassau, évêque de Mayence. Quant à Fust et à Schœffer (devenu le gendre de Fust), ils gagnèrent une fortune considérable en exploitant seuls le procédé magique de leur ancien associé.
A leur mort, les ouvriers qu^ils retenaient dans des caves et à qui ils faisaient jurer de ne rien divulguer, se répandirent à Strasbourg, à Cologne, à Augsbourg, à Nuremberg, à Lubeck, à Bâle, de 1466 à li'jb. Deux d'entre eux vinrent habiter Florence ; ils furent protégés par une association bizarre, celle d'un cardinal, d'un savant et d'une courtisane : Bcmbo, Aide Manuce et Lucrèce Borgia.
A cette époque, la presse d'imprimerie se bornait à reproduire avec fidélité les caractères du manuscrit, gothiques en Allemagne, italiques en Italie. Plus tard on leur préféra les lettres spéciales que nous employons. Les grands imprimeurs furent : Aide Manuce, en Italie ; Froben, en Suisse ; Elzévir, en Hollande; les deux Estienne, en France.
L'imprimerie avait été introduite dans ce dernier pays, sous le règne de Louis XI, en 1469, par trois anciens compagnons de Gutenberg : Ulrich Geringe, Cranz et Freyburger. Hébergés par le prieur de la Sorbonne, ils donnèrent des psautiers, des contes, des chansons et une édition du Roman de la Rose, de Cicéron, d'Homère, etc.
C'est un lieu commun facile à traiter que les résultats
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merveilleux de l'invention de Timprimerie. Luther l'a surnommée avec raison : la deuxième délivrance de r homme. Délivrance deTesprit, sauvegarde de la pensée, outil admirable de la science! Désormais rien ne serait perdu de ce que Thumanité aurait acquis; nul recul ne serait plus à craindre.
4° La boussole. — Avant l'invention et l'adoption de la boussole, il était difficile aux navigateurs de se guider sur mer ; aussi s'éloignaient-ils rarement du rivage. Le vol des oiseaux, l'étoile polaire, la Phénicienne, que les marins d'Italie surnommaient la tramontane (au delà des monts), pouvaient manquer au pilote et laisser le navire en détresse. Tout changea d'allures, lorsqu'un citoyen d'Amalfi, Gioja, inventa ou plutôt perfectionna la boussole (de hossola, petite boîte).
Les Chinois (et, par eux, les Arabes) n'ignoraient pas les propriétés spéciales de l'aiguille aimantée. Les musulmans d'Asie et d'Afrique s'orientaient dans le désert aussi bien que sur l'Océan et retrouvaient, grâce à elle, la direction sacrée de la Mecque. Au treizième siècle un écrivain français, Guyot de Provins, décrivit l'instrument appelé rainette ou marinette, mais cet instrument était fort rudimentaire et ses indications manquaient de précision. Flavio Gioja eut l'idée de suspendre l'aiguille polarisée sur un pivot, de l'enfermer dans une petite boîte en verre et de diviser le cadran suivant les branches de la rose des vents (quatorzième siècle). Longtemps les boussoles furent fabriquées à Naples, où régnaient les comtes d'Anjou, et c'est ce qui explique pourquoi le Nord est encore marqué sur la rose des vents par une fleur de lis.
Par le moyen de la boussole et de Vastrolabe de mer
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LES DÉCOUVERTES MARITIMES. iCU
qui permet de faire le points les voyages au long cours devinrent possibles. L'homme, jusqu'alors timide, osa s'aventurer sur la mer infinie : il marcha vers les terres mystérieuses de l'ancien monde, et il découvrit, par hasard, un monde nouveau.