LES DÉCOUVERTES MARITIMES AUX QUINZIÈME ET SEIZIÈME SIÈCLES
L'Europe du moyen âge avait vécu, à de rares exceptions près (Génois, Dieppois et Vénitiens), dans l'ignorance du reste du monde. On croit que les Scandinaves, à force de rames, étaient allés en Islande (neuvième siècle), au Groenland, sur les côtes du Labrador, à Terre-Neuve (l'île Stocka ou des morues) et même le long du rivage nord-est des Etats-Unis jusque du côté de la ville moderne de New-York.
Biorn Herjolz aurait nommé Vinland cette partie de l'Amérique, parce qu'en effet la vigne y croissait à l'étal sauvage ; mais les routes de mer qui conduisaient dans ces pays occidentaux étaient cachées par les Northmen à leurs concurrents, et bientôt elles furent abandonnées et oubliées (dixième siècle).
Au quatorzième siècle, sous le règne de Charles V, les marins dieppois se hasardèrent sur l'Océan Atlantique, côtoyèrent l'Afrique jusqu'en Guinée et découvrirent des îles. L'un d'eux, Jean de Béthencoùrt, s'empara des Canaries déjà reconnues par son compatriote Maloisel, en i4o4- Une des localités de cet archipel a gardé son nom, c'est Santa Maria de Batencuria, Béthencoùrt débarqua aux Canaries quelques colons normands, puis, ne sachant comment conserver cette colonie, il en fit
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hommage au roi de Gastille, un des rares souverains qui eussent une flotte à leur disposition.
N'oublions pas qu'alors les rois de France ne possédaient aucun navire de guerre et qu'ils en étaient réduits, dans leur lutte contre les Anglais, à emprunter le secours des escadres génoise et castillane.
Seuls, des particuliers de Dieppe et de Rouen s'occupèrent de colonisation. Ils s'établirent au Petit-Dieppe, sur la côte de Sierra-Leone (i364), au Petit-Paris et au fort de la Mine, sur la côte de l'Or, en 1882 *. De leur côté les frères Vivaldi, des Génois, avaient reconnu l'embouchure du Sénégal dès 1291. Ces expéditions ne présentent qu'un intérêt restreint et, pour ainsi dire, archaïque.
11 était réservé aux Portugais et aux Espagnols de provoquer et d'accomplir des voyages et des découvertes d'une importance capitale. Pour la commodité du récit, nous séparerons leur histoire maritime et coloniale.
i^ Découvertes des Portugais. — Les conquêtes des Turcs, sans fermer tout à fait les routes des Indes, avaient modifié les conditions du transport des marchandises et rendu plus difficiles et plus coûteuses les communications entre l'Orient musulman et l'Occident chrétien. Il était naturel que l'on cherchât à s'affranchir de cette sujétion économique. A la fin du quinzième siècle, les esprits étaient tendus vers un double but : étendre le domaine de la foi chrétienne en Afrique et reconnaître ces régions, à peine soupçonnées, qui produisaient les épices et qu'on se figurait immensément riches en or, en
1. ITne tradition obscure attribue à un autre Dieppois, Jean Cousia, la gloire d'avoir abordé au Brésil en 1488 et, par conséquent, d'avoir déoouverl TAoïérique quatre ans avant Christophe Colomb.
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argent et en pierres précieuses. Religion et commerce», ambition de convertir des infidèles et souci de faire fortune, voilà les mobiles des Croisades de la mer, voilà les motifs qui firent prendre les armes aux Chevaliers de r Océan.
Mieux que tous autres, les Portugais étaient préparés à ce rôle. Comme autrefois les Phéniciens, ils habitaient un pays maritime de petites dimensions où leur race était à Tétroit; ils s'adonnaient surtout au métier de pêcheurs et de matelots.
Après qu'ils eurent chassé les Arabes de leur péninsule, ils poursuivirent Tcnnemi héréditaire sur le sol africain ; leurs navires suivirent prudemment la côte du Maroc. D'abord et pendant longtemps la haute mer les effraya; on la disait gardée par toutes sortes d'épouvtintails géographiques y par des monstres : dragons, salamandres, hippogriffes; on disait que ses fïots étaient brûlants et que les bateaux y prenaient feu. Mais l'homme s'habitue au danger et se plait à le braver. Les Portugais, sous l'impulsion d'un de leurs princes, affrontèrent vaillamment les périls imaginaires et réels.
L'infant Don Henri, surnommé le Navigateur, renonçant à ses droits à la couronne pour se consacrer tout entier aux expéditions lointaines, s'installa au Cap Saint- Vincent, à Sagres (i4l5). Il y fonda un arsenal de constructions navales, un observatoire, une école de pilotes; il y attira des officiers, des professeurs de toute nationalité, même des Maures ; des géographes tels que Jacques de Mallorca. Enfin, il poussa de plus en plus loin ses marins sur la côte d'Afrique. Les caps Noun, Bojador, Blanc, furent franchis. Un de ses capitaines, l'intrépide Gil-Eanes, vit l'embouchure du fleuve Sénégal et dépassa le cap Vert (i445). A la mort de l'infant Don Henri,
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en 1460, les Portugais avaient atteint la Sierra-Leone et refait Titinéraire du Carthaginois Hannon. Le mouvement imprimé ne s'arrêta plus. Entre temps, les Açores, Madère (l'île des forêts que les Portugais incendièrent et où ils plantèrent des vignes de Malvoisie), les îles du Cap- Vert avaient été occupées (l4i8, Madère), (i433, les Açores), (1460, les îles du Gap- Vert). Ce fut Tœuvre de Gonzalès-Zarco et de Tristan Vaz.
Vers 1472, les marins de Lisbonne et de Sagres retrouvèrent les débris des établissements dieppois du golfe de Guinée, aperçurent les bouches du Niger et, avec Diego Cam, passant la ligne redoutée de TEquâteur où, d'après les légendes, tout Européen devait être changé en nègre, ils colonisèrent les îles Saint-Thomas et du Prince, et arrivèrent au cap Lopez, dans des lagunes inextricables. En i485, Diego Cam reprit sa roule au sud ; il signala Testuaire du Congo et ne s'arrêta qu'au tropique du Capricorne. Une de ses observations portait que la côte d'Afrique allait s'infléchissant de plus en plus vers Test ; on en conclut qu'elle devait sans doute se terminer non loin du point extrême atteint par Diego Cam. L'année suivante (i486), Barthélémy Diaz s'avança à la découverte : une tempête lui fit perdre les terres de vue, et, lorsque enfin il atterrit dans la baie d'Algoa, ses calculs lui démontrèrent qu'il avait dépassé le but sans s'en apercevoir. Il serra de près le rivage et vit enfin, au retour, la fameuse pointe méridionale du triangle africain ; il l'appela cap des Tourmentes (1487), mais le roi de Portugal, Emmanuel le Fortuné, changea ce nom de mauvais augure en celui de cap de Bonne-Espérance.
Pendant ce temps, deux voyageurs portugais débarqués à Alexandrie, en Egypte, dépistant les espions vénitiens qui les surveillaient, s'étaient dirigés par la voie du
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Nil vers les contrées où régnait, prétcndail-on, le Prêtre Jean^ peut-être le négus d'Abyssinie. Peyra et Govilham parcoururent la côte orientale d*Afrique, le long de la mer Rouge, et siTun d'eux mourut, l'autre, Govilham, fut assez heureux pour faire parvenir au roi de Portugal le journal de ses pérégrinations dans le Malabar, Tile de Madagascar et, le Mozambique. Cette relation fut utilisée lorsqu'on prépara le grand voyage de Vasco de Gama.
Le grand Argonaute^ ainsi que l'appelle le Gamoëns qui a chanté sa gloire dans les Lusiades^ Vasco de Gama, était né à Sines, près de Lisbonne, en 1469. Déjà connu comme amiral, il fut chargé de conduire une flottille de quatre caravelles montées par 160 hommes résolus, dont dix condamnés à mort à qui l'on avait offert leur grâce si l'expédition réussissait. Suivant les usages religieux de l'époque, il pria dans une chapelle toute la nuit qui précéda son départ, fit bénir ses navires par le clergé et mit à la voile pour le cap Vert, au port de Belem. Il reprit la route accoutumée, toucha terre en différents endroits, en Guinée, dans le pays des Hottentots, au cap de Bonne- Espérance et, à partir de la baie d'Algoa, entra dans l'inconnu. Il découvrit Natal qu'il appela ainsi en l'honneur de la Nativité de Jésus-Ghrist, parce qu'il y aborda le jour de Noël 1497 ; il retrouva des marchands, des soldats et des souverains arabes le long du Mozambique, à Quilimane dans le delta du Zambèze, à Mozambique et à Mélinde. Le roi de ce dernier Etat lui accorda un pilote chrétien du Gudjérate, qui, profitant delà mousson, le conduisit aux Indes, sur la côte de Malabar, à Galicut, en vingtdeux jours (1498). Moitié par persuasion, moitié par menaces, Vasco obtintduzamorin de Galicut une concession de terrain, y laissa quelques soldats et l'entra à Lisbonne, emmenant des otages, après avoir touché de
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nouveau la côte orientale de l'Afrique à Mogadoxo (i499)« Vasco de Gama repartit en i5o2 avec une vingtaine de navires et des colons, fit relâche à Mozambique, retourna à Calicut et s'empara de Gochin en i5o3.
11 mourut dans un troisième voyage en i524. Il avait jeté les fondements du premier grand empire colonial européen.
Ses successeurs les plus célèbres portèrent le titre de vice-rois des Indes. Le plus grand de tous, Albuquerque, venu après Almeida et avant Juan de Castro et Ataïde, défit une coalition formée par les Vénitiens irrités de la découverte de la route par laquelle ils monopolisaient depuis si longtemps le commerce lucratif des épices. C'est au lendemain d'une victoire remportée sur le sultan d'Egypte à Ormuz, qu'il choisit pour capitale la ville de Goa, surnommée la Dorée, à cause de sa splendeur. Les Portugais possédaient déjà l'île de Socotora, la ville de Diu dans le Gudjérate, l'île de Ceylan (l'antique Taprobane). Ils continuèrent leur marche vers l'est le long du littoral, dans le Dekkan, le Bengale, le Pégou, semant ici et là de petites colonies ; Albuquerque les mena jusqu'au détroit de Malacca.
Les Vénitiens ayant à soutenir en Italie même la guerre contre les Français (défaite d'Agnadel en iSog) et engagés d'autre part dans leur lutte séculaire contre les Turcs, obligés de défendre et leurs comptoirs de l'Archipel et leur propre territoire, ne purent pas s'opposer à ces progrès.
Du vivant de Vasco de Gama, les flottes victorieuses du Portugal parurent à Sumatra, Bornéo, Java et les îles de la Sonde ; leurs équipages descendirent aux Moluques, à Célèbes, à Gilolo où ils bâtirent le port de Ternate, à Amboine, en Nouvelle-Guinée. Les Portugais décou-
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vrirent, parait il, les côtes septentrionales de TAustralie où ils négligèrent de s'asseoir solidement. C'est que les contrées du Nord les attiraient plus volontiers : ils avaient hâte d'aborder en Chine et à Cipangu (le Japon). Ils créèrent leur premier établissement en Chine dans la petite île de Macao, près de Canton (iSjj), et dans le Japon, à Nagasaki (i542). Leur domination s'étendit sur une longueur de plus de 20000 kilomètres, mesurée tant en Afrique qu'en Asie.
D'autres terres les avaient reçus, en dehors de cette direction uniforme de l'ouest à l'est : Madagascar ou Saint-Laurent, découverte par Tristan d'Acunha en i5o5; les Mascareignes, en i545, etc. L'épisode le plus eu rieux de cette histoire se place au lendemain de la première conquête de l'Inde : l'amiral Alvarez Cabrai, qui se dirigeait vers Calicut, fut rejeté par une tempête violente du cap Vert en Afrique au cap Saint-Roch en Amérique ; il se trouva sans le vouloir et sans le savoir dans la partie du monde où Christophe Colomb venait d'aborder depuis huit ans, et, ne pouvant prévoir les complications diplomatiques qui devaient se produire, il planta le drapeau portugais sur la terre de Sainte-Croix qu'on appela plus tard le Brésil (avril i5oo).
Ainsi, vers la fin du seizième siècle, un petit peuple d'aventuriers était parvenu à une puissance inouïe. Alors commença la prospérité commerciale de Lisbonne, le grand entrepôt des marchandises de l'Extrême-Orient, le grand marché des esclaves, la vraie casa da India (maison de rinde).
Le roi de Portugal s'était réservé l'achat et la vente de toutes les épices, poivre, gingembre, cannelle, muscade, girofle, etc. Il restait à ses sujets de quoi s'enrichir par le trafic de l'or, de Tivoire, de l'ébène, de l'aloès,
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des dattes, des aromates d'Afrique; des tapis, des chevaux, des perles de Perse; des cotonnades, de l'indigo, du riz, des pierres précieuses de l'Inde; des bois, de l'étain de la presqu'île de Malacca; des porcelaines, des soieries, de la laque de Chine ; du cuivre et du bronze du Japon.
Les Portugais exploitèrent leurs colonies; ils sacrifièrent l'avenir au présent. Au lieu de s'efforcer de développer les ressources agricoles des vastes régions dont ils occupai^t les débouchés, ils ne cherchèrent qu'à réaliser des bénéfices immédiats et extravagants. Leurs trop nombreux fonctionnaires pressurèrent les populations, à commencer par les vice-rois qui, nommés seulement pour trois ans, s'empressaient d'amasser des trésors, à l'exemple des anciens proconsuls romains ; leurs marins se conduisirent partout comme des vainqueurs insolents et affamés et se firent haïr; leurs commerçants abusèrent des monopoles dont on les avait investis ; le peuple tout entier, dans la fièvre du gain, délaissa le travail des champs, de l'atelier et des fabriques pour se ruer à l'as- -saut des places aux colonies. Du reste, en raison de leur petit nombre, les Portugais ne pouvaient pas songer à prendre position dans l'intérieur des continents et, à cause de leur fierté et de leurs préjugés, ils ne voulaient pas se mêler aux gens inférieurs qu'ils auraient dû civiliser. Tout au plus si leur fanatisme chrétien les poussait quelquefois à subordonner leurs intérêts matériels au soin de la conversion des infidèles (prédications de saint François Xavier). Qu'on ne s'étonne donc plus de la durée passagère de leur domination I D'ailleurs, en i58o, le Portugal fut réuni à l'Espagne, les colonies portugaises aux colonies espagnoles. Lorsque les Bragance remontèrent sur le trône de leurs aïeux, en i64o, les
Hollandais, en guerre avec Philippe II, leur avaient ravi les plus belles de leurs possessions; il ne leur demeura que des comptoirs isolés les uns des autres et l'immense Brésil encore impénétré.
2° Découvertes des Espagnols. — L'empire espagnol, plus compact, eut plus de solidité. Fait bizarre : les principales découvertes qui en ont déterminé la constitution sont Tœuvre de deux étrangers, de deux mercenaires : un Génois, Christophe Colomb, et un flamand, Magellan.
Fils d'un humble cardeur de laine^ Christophe Colomb naquit, en i435, à Gênes ou à Corte en Corse, île génoise. Mousse, puis novice, puis matelot, les hasards d'un naufrage l'amenèrent à Lisbonne où il vécut en fabriquant des cartes (des portulans) et des globes terrestres. Il y épousa la fille d'un navigateur assez connu, Pérestrello. Il reprit du service en mer et visita les côtes de Guinée et les parages de l'Islande ; c'est alors qu'il apprit que les courants de l'ouest apportaient quelquefois des pièces de bois étrangers dont quelques-unes étaient grossièrement sculptées. Christophe Colomb était convaincu, ainsi que plusieurs de ses contemporains et notamment son correspondant, le savant Toscanelli, de la sphéricité de la terre ; il en déduisit qu'on devait pouvoir se rendre d'Europe aux Indes, par l'Occident; qu'en cinglant toujours de l'est à l'ouest, un vaisseau devait nécessairement toucher à l'une des extrémités de l'Asie. Seulement il croyait les Indes beaucoup plus rapprochées de la péninsule ibérique, et il ne pouvait pas deviner l'existence d'un continent intermédiaire. La valeur scientifique de son projet est incontestable : l'expérience allait le démontrer. Avec un courage, une énergie, une ténacité
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extraordinaires, il résolut d'organiser une expédition qui ne suivrait pas, comme les autres, la côte africaine, mais s'en détournerait à la hauteur des Açores ou des Canaries. Le roi de Portugal, à qui il présenta un mémoire, le traita de fou, mais en secret il envoya deux navires dans la direction indiquée par Colomb ; heureusement pour ce dernier, ils rentrèrent presque aussitôt au port, désemparés par les vents.
Colomb s'adressa vainement, dit-on, au roi d'Angleterre, au roi de France, Charles VIII, et à Gênes, sa patrie. A la mort de sa femme et de son beau-père, il sortit de Lisbonne avec ses enfants et vint habiter l'Espagne. Là régnaient deux souverains accueillants, Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille. Colomb leur oflFrit ses services par l'entremise des ducs de Médina. Sa première tentative échoua devant l'obstination d'une commission de savants et de prêtres; il fut regardé comme un rêveur chimérique et presque comme un hérétique, car ses théories sur la configuration de la terre étaient en contradiction avec les Livres Saints et les écrits de saint Augustin.
Exténué de fatigue et de misère, il frappa un jour à la porte du couvent de la Rabida, à Palos. Le prieur, Juan Ferez, s'intéressa à lui, se fit expliquer ses idées, s'enthousiasma de son enthousiasme, devint son défenseur et son plus chaud partisan. Il l'appuya auprès d'Isabelle qui réunit une seconde commission d'examen. Après bien des controverses, bien des pourparlers, bien des hésitations, la reine consentit à avancer une somme de 336ooo francs, sous cette réserve qu'elle toucherait les 9/10®* des marchandises précieuses qu'on tirerait des Indes.
Christophe Colomb affréta trois caravelles : la Pinla,
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la Nina, la Santa-Maria. Il donna le commandement des deux premières aux frères Martin et Vincent Pinzon et se réserva la troisième qui, seule, était pontée. Ses équipages montaient, en tout, à cent vingt hommes qu'il fallut recruter par tous les moyens, même par la force. Enfin, les frêles caravelles sortirent du petit port de Palos de Moguer, le 3 août 1492. Après une relâche aux Canaries, elles entrèrent dans l'Océan ténébreux, traversèrent la mer des Sargasses, encombrée d'herbes aquatiques, errèrent à l'aventure et, après des péripéties dramatiques, parvinrent au but tant désiré. Le 11 octobre 1492, dans la soirée, la vigie de la Pinta signala les approches d'une terre. Les Espagnols débarquèrent le 12 octobre, un vendredi, dans l'île qu'ils appelèrent San Salvador, et qui fait partie de l'archipel des Lucayes ou de Bahama. On croit qu'elle s'identifie avec l'île de Guanahani.
Christophe Colomb était persuadé qu'il se trouvait aux Indes et jamais il n'est revenu de cette erreur.
Au bout de sept mois il fit une rentrée triomphale en Espagne, ramenant des oiseaux inconnus, des pépites d'or et quelques Caraïbes, sauvages qu'il prenait pour des Indiens ; il les avait enlevés à Cuba et à Haïti (1493).
Son second voyage (i493-i496), accompli avec plusieurs gros navires et quinze cents hommes, aboutit à une première colonisation d'Haïti ou Hispaniola (la petite Espagne) et à la reconnaissance de plusieurs des Petites Antilles, la Guadeloupe, notamment, ainsi que de Porto Rico et de la Jamaïque. Ce n'est qu'à la troisième expédition qu'il toucha le continent américain, mais c'était à l'embouchure de l'Orénoque, près de la Trinité, et, naviguant dans des marécages, il ne pensa point qu'il
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