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LES DÉCOUVERTES MARITIMES

était si près de la terre ferme; il continua de fouiller le golfe des Antilles pour se frayer un passage vers ce qu'il appelait les Indes occidentales. La découverte des Indes orientales, opérée par les Portugais, sur ces entrefaites, le confirmait davantage dans son opinion (i496-i5oo). Enfin, de i5o2 à i5o4f dans une dernière tentative, il longea TAmérique centrale, du cap Gracias a Dios à Porto-Bello. Il mourut, en i5o6, après avoir éprouvé ringratitude des souverains et Tindifférence des peuples. La postérité même faillit l'oublier. Un obscur voyageur, Americ Vespuce, ayant parlé le premier de l'existence du Nouveau Monde, son éditeur, un libraire de Saint-Dié, en Lorraine, s'avisa d'appeler Amérique le continent qui devrait s'appeler Colombie. L'usage est devenu plus fort que la raison et la justice.

Sur les chemins ouverts par le génie de Colomb se précipitèrent les aventuriers, les conquistadores {conquerants), ceux dont parle le poète M. José Maria de Hérédia, qui descend du fondateur de Garthagène d'Amérique.

« Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal, » Fatigués de porter leurs misères hautaines, » De Palos de Moguer, soldats et capitaines » Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal, » etc.

(Les Trophées.)

Chacun saisit un morceau de la riche proie : Ponce de Léon prit la Floride (i5i2); Balboa franchit l'isthme de Panama (i5i3) ; Diaz de Solis parut à l'embouchure du Parana et de l'Uruguay^ dans l'estuaire de la Plata (i5i5); Diego Garcia remonta le Paraguay (i526); Grivalja découvrit le Mexique (i5i8) et Fernand Cortez le conquit (i5i8-i52i); Magellan accomplit la traversée du détroit qui s'appelle de son nom (i52o); Pizarre s'em-

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para du Pérou (i53i-i533); Orellana descendit le cours de l'Amazone (i54i); Almagro avait déjà confisqué le Chili (i535). De ces héros quelquefois criminels, le plus utile fut Magellan; le plus célèbre est Fernand Cortez.

Magellan, Flamand à la solde de TEspagne, a accompli le premier en date des voyages de circumnavigation; il a prouvé expérimentalement que la terre est ronde. Parti de Cadix, en 1619, avec cinq caravelles, il a côtoyé

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rAmériqile du Sud, du cap Saint-Roch à la Terre de Feu, i séjourné chez les Patagons; il est entré dans l'océan Pa- Leifique et, par les îles des Larrons, il a atteint les Philippines. Il y mourut, tué par les indigènes, mais son |eutenant, Sébastien del Gano, ramena un navire « la lictoire » à travers les colonies portugaises des Mopes, des îles de la Sonde et du cap de Bonne-Espéace. C'est à ce glorieux survivant que le roi d'Espagne, [ipereur Charles-Quint, donna un globe d'or avec cette tcription : Tu as, le premier, parcouru ma circonféfice,

^Fernand Gortez, le type du conquérant brave, témé-

ire, sans scrupules aussi, vaut que l'on examine son

baractère et ses travaux. Par l'histoire de la conquête du

^Mexique, on jugera de la politique coloniale au seizième

siècle.

A l'arrivée des Espagnols, il y avait au Mexique plusieurs grands empires, dont le principal s'appelait empire des Aztèques, sa capitale, Tenotchilan (Mexico), peuplée de Sooooo habitants, et son souverain, Montezuma II. Trois Républiques, dont celle deTlaxcala, s'y trouvaient enclavées. Plus de trente millions d'hommes vivaient sur le plateau d'Anahuac, dans un état de civilisation au moins égal à celui des Européens du même siècle. Les Aztèques, Chichimèques, et Toltèques cultivaient de beaux jardins flottants; construisaient des chaussées et des aqueducs, employaient la voûte cintrée dans leurs temples et leurs palais, fabriquaient des bijoux admirables et des mosaïques de plumes, tissaient les fibres de l'agave et de la mauve, élevaient la cochenille, etc. Leurs marchands, affranchis de toute obligation militaire, étaient libres et respectés, honorés pour leur probité et leur

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savoir. Ils formaient des corporations qui possédaient leurs tribunaux ; leurs monnaies courantes consistaient en cacao, en jetons de métal ayant la forme d'un T, et en poudre d'or renfermée dans des tubes de plumes. Des caravanes parcouraient le pays en tous sens, et de grosses barques, maladroitement construites, parvenaient cependant à vaincre dans la mer le courant du Gulf-Stream. A part une religion sanguinaire et un gouvernement féodal, à part l'esclavage, cette société ne craignait point la comparaison avec les nations de Tancien monde.

Fernand Gortez, soldat de fortune, attiré par Tappât de Tor et de l'argent, débarqua dans ce pays dont il avait entendu vanter les ressources, tandis qu'il tenait garnison à Hispaniola. Il n'avait avec lui que sept cents compagnons, dix-huit chevaux et dix canons. Brûlant ses vaisseaux pour ôter à quiconque l'envie de retourner en arrière, il s'avança du côté de Tlaxcala, conclut une alliance avec cette République pour attaquer l'empereur des Aztèques, et après des prodiges d'audace, de bravoure, de cruauté et d'hypocrisie, il vint à bout d'armées nombreuses, mais mal exercées, d'une population très dense, mais douce, pacifique et crédule (i5i9-i52i).

Le Mexique fut érigé en colonie espagnole, et Cortez, gouvernant de l'océan Atlantique à l'océan Pacifique, proposa à Charles-Quint de construire un canal maritime dans l'isthme de Tehuantepec. Pas plus que Christophe Colomb, il ne retira de grands avantages de ses hauts faits ; il tomba en disgrâce.

Les autres conquérants eurent des destinées semblables ou pires.

François Pizarre, Almagro et de Luque s'étaient associés pour entreprendre la conquête du Pérou, de l'empire des IncaSj «fils du soleil», où, croyait-on, l'or était si

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commun qu'il servait aux plus vils usages. Au bout de plusieurs efforts infructueux, ils arrivèrent à leurs (ins, et cependant ils ne disposaient que de trois cents guerriers et de dix chevaux. L'Inca régnant fut dépouillé, emprisonné, mis à mort. Les farouches vainqueurs transportèrent de Cuzco à Lima le siège du gouvernement et se livrèrent à tous les désordres, à tous les abus d'autorite ; ils finirent par se déchirer entre eux. L'Espagne annexa le Pérou, le Chili, et, à un moment, de i58o à i64o, toute l'Amérique du Sud : elle possédait déjà toute l'Amérique centrale et les Antilles. Les explorations de Magellan lui avaient donné, en outre, en Océanie, les îles Salomon, Carolines et les Philippines, par lesquelles l'empire espagnol rejoignit l'empire portugais, qu'il absorba sous Philippe IL Ce roi eut donc le droit de dire la phrase si connue : «Le soleil ne se couche jamais sur mes territoires. » Il avait effacé la ligne de démarcation tracée autrefois par l'arbitrage du Pape entre les possessions du Portugal et de l'Espagne, et passant du pôle nord au pôle sud à cent lieues ouest des Açores et du Cap Vert.

L'occupation du Nouveau Monde par les Espagnols fut-elle un bienfait ?

Entre les vainqueurs si fiers, si durs, si cupides, et les ingénieux Aztèques du Mexique, Maya du Yucatan, Quitché du Guatemala, Chibcha de la Colombie, Quichua et Aymara du Pérou, on serait bien embarrassé pour dire qui étaient les barbares et qui les civilisés.

Les Espagnols étouffèrent les arts originaux, les mœurs paisibles des races subjuguées. Ils condamnèrent les « Indiens », c'est-à-dire les Peaux-Rouges, aux travaux pénibles de l'exploitation des mines de métaux précieux. Ils y gagnèrent en un siècle une somme de près de quatre

milliards de francs. Leurs lourds galions transportaient en Europe cette masse de numéraire, dont les rois d'Espagne s'étaient réservé la moitié. Lorsque les mauvais traitements eurent épuisé les indigènes ou les eurent réduits à s'exiler dans les forêts et les savanes de l'intérieur, on dut les remplacer par des noirs achetés en Afrique. Un évêque de Chiapa, au Mexique, Las Casas (i5i7), dans une pensée charitable, déchaîna, sans le vouloir, le fléau de la traite des nègres, honte des temps modernes, éternel remords des Portugais, des Espagnols, et aussi des Anglais, des Hollandais et des Français qui s'y livrèrent plus tard, malgré l'aanthème dont l'Eglise catholique frappait les négriers.

L'afflux de l'or et de l'argent en Espagne enrichit-il du moins les Espagnols? Oui, momentanément; mais une crise efiroyable survint. D'abord, tous les métiers agricoles, peu rémunérateurs, furent abandonnés par les maîtres de l'Amérique: ils ne songèrent qu'à gagner le plus rapidement possible de grosses fortunes, soit en venant occuper, dans les colonies, des fonctions publiques, depuis celles de vice-rois et de capitaines généraux jusqu'à celles de simples commis aux écritures, soit en y accaparant le commerce.

Le Pacte colonial ou système de Y Exclusif ^ pratique jusqu'au dix-neuvième siècle, réservait aux seuls nationaux le droit de vendre et d'acheter en Amérique. Défense était faite aux indigènes et aux colons de créer des fabriques, des manufactures, des ateliers : tout objet de consommation autre que les produits de la terre devait être importé par la métropole, à l'exclusion des autres pays. Les prix eux-mêmes étaient fixés par le gouvernement. Un conseil supérieur des Indos occidentales avait été institué à Madrid dès i5ii;

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