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LES DÉCOUVERTES MARITIMES

ses décisions étaient exécutées par la marine militaire, qui surveillait surtout les grands marchés de la Vera- Gruz, de Jalapa et de Porto-Bello. La Casa de coniratacion (Maison de Commerce) de Séville était l'entrepôt désigné pour toutes les marchandises exportées des colonies, et le port de Cadix jouissait du privilège de subvenir à l'importation des produits européens en Amérique. Lorsque les Espagnols eurent épuisé leurs réserves, leur stock de marchandises, comme ils avaient cessé toute production, ils durent acheter ce qui leur était nécessaire aux peuples industrieux de France, de Flandre, d'Angleterre, etc.. Ceux-ci, se sachant indispensables, élevèrent leurs prétentions, si bien qu'en dernière analyse, les Espagnols, malgré leursénormes encaisses métalliques, se trouvèrent bientôt aussi pauvres, aussi gueux qu'auparavant.

Pour être complet sur le chapitre des grandes découvertes maritimes aux quinzième et seizième siècles, il nous faut dire deux mots des voyages exécutés par les marins anglais et français.

Les Anglais, eux aussi, cherchaient la route des Indes par l'ouest. Ils se dirigèrent sur l'Océan plus au nord que les Espagnols, dont les droits de priorité ne pouvaient être contestés. Un Génois entré à leur «service, Cabolto, atteignit, en i497» le continent américain : il découvrit le Labrador, terra laboraloris^ si improprement dénommée ; Tîle de Terre-Neuve, l'Acadie et la côte des Etats-Unis actuels jusqu'au cap Çod. Chancellor entra dans le passage nord-est, d'Europe en Amérique, depuis Arkhangel, en Moscovie, jusqu'à l'estuaire allongé de l'Obi (i553 . Willoughby et Burrough s'avancèrent sur la côte sibérienne jusqu'à l'île Waïgatch. On renonça à ces entreprises stériles.

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Le passage du nord-ouest, en sens contraire, paraissait plus aisé. Un Portugais, Gorte-Real, avait déjà touché la pointe du Groenland en i5oo. Des Anglais : Hudson, Frobisher, Davis et Baffîn, explorèrent les parties de Tocéan Glacial qui ont conservé leurs noms, de 1576 à 1616. Mais, en raison d'un climat rigoureux, la colonisation ne put s'effectuer que sur les rivages compris entre l'île du Prince-Edouard et le cap Hatteras ; c'est là que l'amiral Walter Raleigh, en l584, fonda la Virginie, la plus ancienne des provinces coloniales anglaises, pierre angulaire d'un empire destiné à éclipser tous les autres.

Trop tardivement, les Français avaient pris le chemin du Nouveau Monde. Leurs débuts furent assez heureux, et, sans les guerres de religion, ces nouveaux venus auraient pu déployer leur activité, donner la mesure de leur esprit d'initiative, de leurs capacités colonisatrices.

Lorsqu'il apprit que les Portugais et les Espagnols, dans leur orgueilleuse assurance, s'étaient attribué l'Amérique entière, François I®' s'écria : « Je voudrais bien voir le testament par lequel le père Adam a partagé le monde entre eux, sans m'en laisser un pouce ! » 11 envoya aussitôt une flottille commandée par Verrazano reconnaître l'île de Terre-Neuve, en achever le tour commencé par les Anglais, et en prendre possession (i524).

Un peu après, par ses ordres encore, le Malouin Jacques Cartier fit trois voyages consécutifs (de i534 à i543) sur les côtes du Labrador, du Nouveau-Bruns wick et dans l'estuaire du Saint-Laurent. Cartier arbora le pavillon blanc fleurdelisé à Mont-Royal (Montréal), au cœur du Canada, pays des cabanes^ qui devait s'appeler bientôt la Nouvelle-France.

De Roberval réussit moins en s'obstinant à forcer le

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passage du nord-ouest. Mais des pêcheurs basques de Cap-Breton, entraînés à la poursuite d*un banc de morues, atterrirent non loin de TAcadie, dans une île qui a pris le nom de leur port d'attache.

Au Brésil, les Français furent repousses par les Portugais, à cause sans doute de la trahison de Tamiral Chabot. Ils ne parvinrent point à s'y fixer par les armes, mais ils n'oublièrent plus cette immense contrée trop dédaignée par ses premiers occupants. Ils cherchèrent à s'y ménager des comptoirs commerciaux.

Un Dieppois se rendit célèbre à cette époque ; c'est Jean Ango, que l'on compare quelquefois à Jacques Cœur.

Né en i48o, il succéda à son père dans la direction d'une importante maison d'armements maritimes.

Sa fortune fit^l'étonnement de ses concitoyens : un moment il eut à sa disposition une flotte de 20 à 3o caraques, jaugeant jusqu'à 2000 tonneaux, comme les gros navires des Portugais. Il commerça avec le Brésil principalement (Bahia) et fit faire des voyages à Madagascar, aux îles Maldives, à Ceylan et à Sumatra, pour y chercher des épices et des bois précieux. La légende prétend qu'ayant eu des démêlés avec le roi de Portugal, il menaça le port de Lisbonne du blocus et que les Portugais lui dépêchèrent deux ambassadeurs pour calmer sa colère; qu'il exigea une indemnité de 60000 ducats et qu'elle lui fut payée, etc.. Quoi qu'il en soit, Ango comptait parmi les grands personnages, en dépit de sa roture. Le roi l'anoblit, le créa vicomte de Dieppe et gouverneur de la ville. Il se fit bâtir des demeures princières : une superbe maison, au bord de la mer (c'est aujourd'hui le collège de Dieppe), une église dédiée à saint Yves, où Ton voit encore des fresques représentant

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des nègres, des Malais et des animaux exotiques ; enfin, dans tes environs, à huit kilomètres, le splendide manoir fie Varangéville dont il reste une tourelle, des fenêtres sculptées et des médaillons.

Les richesses d'Ango lui valurent beaucoup d'envieux e L causèrent son malheur. Il avait prêté de grosses sommes d'argent à François I®'et à ses courtisans. L'amiral Chabot , T un de ses débiteurs , le desservit auprès du monarque . Ango, pour rentrer en faveur, invita le roi à visiter ses établissements et il donna, à cette occasion, des fêtes mofiînifîques où il acheva de se ruiner. Il mourut en i55i.

Uans le courant des funestes guerres de religion en France, Tamiralde Goligny, espérant faire diversion aux hmuGs partisanes qui animaient les papistes et leshugueîinLs, encouragea un essai de colonisation au Brésil. Proiitant d'une trêve, il organisa un convoi d'ouvriers, de paysans et de marchands qu'il confia à l'un de ses coreligionnaires, De Villegaignon. Celui-ci débarqua dans la bnie de la Rivière de Janvier, non encore occupée par les IVtrtugais, et y éleva le fort de Coligny, à l'abri duquel les avançais se mirent à défricher le sol et à construire des habitations (i555-i56o). Malheureusement, aucun nrrd'ort ne fut envoyé et les Portugais, revenus de leur siii plaise, s'emparèrent de la rade pour y fonder leur capitale Rio de Janeiro.

Quelques années plus tard (i562-i564), un Dieppois ïionimé Ribaut, assisté de Laudonière, dirigea sur la Fioj'ide un certain nombre d'émigrants protestants. II g*étîiblit à Fort-Caroline (aujourd'hui Jacksonville). Son voisinage inquiéta les Espagnols qui l'attaquèrent, le prirûii t et le pendirent avec ses compagnons sous le prétexte qu'ils étaient : non Français, mais luthériens. Le

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roi de France, Charles IX, n*éleva aucune réclamation.

Alors, de Gourgues, gentilhomme catholique et gascon, équipa trois navires à ses frais, quitta Bordeaux, vint combattre les Espagnols et en pendit un grand nombre au même endroit où avaient péri ses compatriotes. Il les vengeait non sur des Espagnols, mais sur des traîtres et des meurtriers. D'ailleurs, il ne put se maintenir en Floride et, abandonné du gouvernement, il rentra en France. Ces épisodes marquent un ralentissement dans l'ardeur des peuples d'Europe à conquérir des colonies.

Vers la fin du seizième siècle, les grandes Découvertes maritimes ne sont pas achevées ; elles subissent du moins un temps d'arrêt.

Les Portugais ont gagné les pays des épices ; les Espag^nols, ceux de l'or et de l'argent; ils n'en désirent pas davantage et se contentent d'exploiter leurs domaines, sans souci de l'avenir, uniquement satisfaits de leurs gros bénéfices immédiats. Nous connaissons leurs procédés déplorables : voyons maintenant quelles furent les conséquences de cette première expansion du monde européen.

Ce fut, en premier lieu, le déplacement du champ de V activité commerciale. Les mers intérieures et, pour ainsi dire, locales : Méditerranée, Baltique, sont désormais désertées ; les ports de Venise, de Gênes, des villes hanséates déclinent au profit des villes des bords de l'océan Atlantique. Cadix, port avancé de Séville, Lisbonne^ la cité cosmopolite, Anvers, la source du commerce, Amsterdam recueillent leur succession, se développent et florissent. Anvers, déclare un diplomate italien d'alors, fait plus d'affaires en deux mois que Venise en deux ans.

Avec les nouvelles colonies d'outre-mer, un nouvel

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élément de conflits surgit entre les puissances rivales. A Tavenir, la guerre se transportera de la métropole à ses annexes les plus lointaines. La politique se complique d'intérêts matériels considérables, variés, infinis.

De là une extension croissante de la marine militaire et de la marine marchande. En 1600, TËurope dispose de 22000 bâtiments de tous tonnages, dont 11000 pour la Hollande, 2800 pour l'Angleterre, i3oo pour la France.

Une révolution économique s'accomplit partout. Le grand commerce accroît la richesse mobilière, change la répartition des fortunes, jadis exclusivement immobilières, et fait passer Tinfluence sociale de Taristocratie terrienne à la bourgeoisie, au Tiers Etat.

D'autre part le bien-être et le luxe augmentent, se démocratisent. Des besoins nouveaux prennent naissance. L'Europe demande au Nouveau Monde le maïs, la pomme de terre, le tabac, le cacao, le quinquina, les bois précieux, les matières tinctoriales et lui donne en échange les cultures qui lui manquaient et qui trouvent chez lui des terrains propices : celles du blé, de l'orge, du caféier, du cotonnier, de la canne à sucre.

L'introduction en Espagne des métaux précieux par énormes quantités (on évalue à 3 milliards 714 millions de francs le rendement des mines du Mexique et du Pérou de 1492 à 1600) produisit chez les vieilles nations une crise violente. Le prix moyen des marchandises tripla en un siècle. Les salaires, les traitements, les honoraires crûrent dans d'égales proportions. Les échanges, devenant plus faciles, devinrent plus fréquents. Chaque pays se livra aux industries qui convenaient le mieux à ses aptitudes et à ses intérêts.

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Enfin, nous ne pouvons omettre d'indiquer certains résultats d'ordre intellectuel. Les voyages, les observations, les études donnèrent lieu à des progrès incalculables dans les sciences physiques et naturelles, dans la philosophie, dans la géographie principalement. Un cartographe des Pays-Bas, Mercator, imagina un nouveau système de projections pour représenter, sur une grande échelle, les dimensions de la terre.

Cette transformation ne fut Tœuvre ni d'une seule période, ni d'un siècle ; elle s'est accomplie peu à peu ; elle se continue de nos jours. Pour les gens des temps modernes, les colonies n'avaient qu'une valeur secondaire : ils n'y voyaient point le berceau d'une nouvelle humanité, mais seulement des marchés avantageux, un asile pour le trop-plein de la population, un champ d'exploitation qu'on abandonnerait après l'avoir épuisé.

La date de i453, par laquelle on a coutume de séparer le moyen âge des temps modernes, n'a pas été arbitrairement choisie : elle correspond à une réalité. Non seulement, en effet, elle marque la disparition de l'empire byzantin, mais encore elle clôt l'ère des invasions des Barbares.

A partir de ce moment, l'Europe n'a plus rien à craindre des peuplades asiatiques. Ses diverses nations achèvent de se constituer et les guerres qu'elles se livrent entre elles n'ont d'autre objet que la rectification des frontières. Les grandes Inventions et les Découvertes étendent l'horizon de l'homme civilisé. L'esprit, enfin, s'émancipe grâce

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à un double mouvement intellectuel et moral qu'on appelle la Renaissance des arts et des lettres et la Réforme ou réformation religieuse.

Ces deux grands faits : Renaissance et Réforme, sembleraient tout d'abord étrangers à une Histoire du Commerce.

Il n'en est rien.

La Renaissance, terme complexe, désigne le réveil du goût de l'antiquité dans le monde des penseurs et des artistes, ces nobles directeurs de l'humanité. Chasses de Constantinople par l'invasion des Turcs, des savants grecs vinrent se réfugier en Italie, emportant leurs manuscrits, leurs collections. Les œuvres antiques mal connues au moyen âge, déformées par l'ignorance ou la piété peu éclairée des clercs j apparurent dans leur intégrité et dans leur immortelle beauté. Ainsi la pensée put se retremper aux sources pures de la philosophie, de l'histoire, de la poésie, de l'éloquence.

Dans les beaux-arts, si les modèles manquèrent davantage, on eut, pour se guider, les théories exposées par les écrivains et dont la première, la plus féconde, était que le peintre et le sculpteur doivent étudier la nature et s'efforcer de la reproduire en l'idéalisant.

Les Italiens, qui ont le sentiment du beau, réussirent plutôt à traduire leurs pensées et leurs rêves par la palette ou le ciseau que par la plume.

D'Italie, à la suite des guerres entreprises par Charles VIII, continuées par Louis XII et François !•', la Renaissance passa en France : elle y produisit des effets aussi heureux. Ronsard et sa pléiade, Rabelais, Montaigne, etc., inaugurèrent la littérature classique tout imprégnée d'humanisme. Pierre Lescot et Philibert Delorme construisirent les palais des bords de la Seine et

de la Loire; Germain Pilon et Jean Goujon, des sculpteurs; Jean Cousin et les deuxGlouet, des peintres, décorèrent, enrichirent ces demeures somptueuses. Un Italien pour ainsi dire naturalisé , Benvenuto Cellini, et un Français, Bernard Palissy, appliquèrent Tart à Tindustrie et leurs bijoux ciselés, leurs bronzes, leurs faïences émaillécs, les rustiques figulines, soutiennent la comparaison avec les chefs-d'œuvre de la toile et du marbre.

En Italie, en France, en Allemagne, papes, souverains, princes, prélats, riches bourgeois, à Tenvi, protégèrent, encouragèrent la Renaissance. Les Valois comme les Médicis, les Farnèse ou les Este, payèrent au poids de Tor les magnifiques productions de Tart nouveau. Alors renaquit le goût païen des belles choses, des fêtes, des représentations dramatiques; alors les mondains demandèrent au commerce de leur procurer à n'importe que| prix les riches étoffés : soieries et velours, les bijoux, les broderies, les tapisseries, les mobiliers de style, la vaisselle ciselée, les objets d'art : statues et tableaux, basreliefs, les parfums, toutes les matières rares et précieuses . Le luxe devint un signe de noblesse, et la distinction, Télégance, une marque de bonne éducation.

Au point de vue économique, la Réforme semble moins favorable. Par la sévérité de ses dogmes, l'austérité de ses principes, son mépris des pompes et du faste, elle contrarie l'influence de la Renaissance catholique et païenne à la fois. Ce n'est qu'une apparence. Si les protestants de la première heure condamnent les dépenses inutiles et prêchent la simplicité, la modestie, en revanche ils honorent le travail, ils relèvent la condition du travailleur, ils exhortent à l'activité et nous voyons aujourd'hui ce que sont devenus les peuples convertis

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aux doctrines de Luther ou de ses émules : ils tiennent la tête parmi les peuples industriels et commerçants.

La Réforme, on le sait, c'est le retour au christianisme des premiers âges, à la foi débarrassée des superstitions. Elle fut une réaction contre les scandales de TEglise romaine, contre la vente des indulgences et des sacrements, une protestation contre les désordres de la cour pontificale, contre les mœurs d'une partie du clergé. Luther, Zwingle, John Knox, Calvin, etc., allèrent plus loin : ils proclamèrent les droits de la conscience et de la raison, le droit au libre examen.

Malheureusement, les querelles qu'ils suscitèrent ont ensanglanté l'Europe et particulièrement la France : ce sont les tristes et regrettables guerres de religion. Nous n'entrerons pas dans leur détail. Qu'il nous suffise de savoir ce que devint le commerce français tant qu'elles troublèrent le pays.

Une observation préliminaire s'impose ici.

De 1453, aurore des temps modernes, jusqu'à i56o, début des luttes entre catholiques et protestants, le commerce de la France et l'état général du royaume suivaient une marche normale, satisfaisante, de bon augure, sans trop de fluctuations.

Déjà Louis XI, après le triomphe de sa diplomatie sur les grands seigneurs féodaux, après la chute de Charles le Téméraire dont il bénéficia largement (acquisition du duché de Bourgogne suivie de celle de la Picardie, de celle de l'Anjou et de la Provence), s'était préoccupé des besoins de l'industrie et du commerce. Ce roi bourgeois fit planter des mûriers en Touraine et, sous son règne, Tours fabriqua les premières soieries françaises ; il avait institué ou favorisé des foires, à Lyon par exemple, où se

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rendaient de préférence les libraires, les imprimeurs, les savants ; il avait établi un service régulier de postes, pour son usage particulier d'abord, pour Tusage de ses sujets ensuite. Et la preuve qu'il se souciait des moyens d'augmenter les forces productives de l'Etat, c'est qu'il avait convoqué à Paris une sorte de Conseil de Commerce^ formé de notables négociants qui devaient l'éclairer sur les mesures propres à régler l'entrée et la sortie des marchandises.

Le fils de Louis XI, autrement romanesque, eut des ambitions fatales. 11 guerroya à l'étranger, sans profit pour personne.

Le commerce ne rencontra un protecteur expérimenté qu'en la personne de François !•'.

Celui-ci est l'auteur des Capitulations (i536). Allié politique du sultan Soliman II, il eut la sagesse de lui demander des concessions utiles et des privilèges pour les commerçants français dans le Levant. Son ambassadeur Jean de la Forêt, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem, signa avec le grand Vizir de Constantinoplc un véritable traité de commerce en 19 articles, en vertu duquel les Français obtinrent l'autorisation de s'établir librement en Turquie, d'y avoir des tribunaux co/i5u/aiVe5, d'échapper aux taxes et impôts prélevés d'ordinaire sur les étrangers. Plus tard, sous Henri II et Charles IX, la France ajouta à ces avantages le protectorat effectif des catholiques dans les Lieux Saints. Pour jouir des mêmes prérogatives que les Français, les autres chrétiens : Italiens, Anglais, Portugais, furent tenus de prendre la bannière française, c'est-à-dire de se réclamer des lois et des coutumes de France, et le nom de Francs a depuis lors été appliqué à tous les Européens indistinctement dans l'étendue de l'empire musulman.

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Des capitulations de François I®' date donc l'influence prépondérante de la civilisation française en Orient, si difficilement maintenue de nos jours.

Au seizième siècle, les ports de la Méditerranée, Marseille avant tous les autres, furent les premiers à en profiter. Marseille attira dans ses entrepôts les vins de Grèce et de Chypre, les éponges de TArchipel, les tapis, les figues et les raisins de Smyrne, les aromates^ quelques épices, etc.. Depuis i52o, sa marine avait libre accès dans les ports tunisiens et algériens, avec faculté de se livrer à la pêche du corail, de Bône à Tile de Tabarka. Deux commerçants marseillais, Linchès et Charles Didier, élevèrent plus tard, en i56i, le Bastion de France^ le premier de nos établissements militaires dans l'Afrique du Nord.

Diverses particularités d'ordre commercial se rapportent au même règne de François I*"". C'est d'abord le relèvement de la marine marchande. Nous avons vu plus haut la première tentative d'expansion coloniale de noire race. La France se mit à construire des caraques et des galions, des galères et des caravelles, soit pour donner la chasse aux pirates barbaresques, soit pour effectuer des voyages au long cours. Moins nombreuses, il est vrai, et moins fortes que les flottes de la Hollande et de l'Angleterre, les escadres du Ponant (Atlantique) et du Levant (Méditerranée), contribuèrent beaucoup à la police des mers.

Les ports de l'Océan : Bordeaux, Brouage, La Rochelle, Saint-Malo, Honfleur, Rouen, Dieppe et Boulogne vendirent les produits agricoles, le sel marin, et se livrèrent à la pêche de la morue et de la baleine.

François !•' a fondé le Havre. 11 réalisa ainsi une con-

ception chère à Louis XI, qui avait dit : « Paris, Rouen et le Havre ne doivent être qu'une seule ville dont la Seine sera la grand Vue. »

Les travaux du port du Havre commencèrent en iSiy, sous la haute direction de Tamiral Bonnivet. Le véritable promoteur de Tentreprise avait été le sire du Chillou, qui sut intéresser à son projet deux conseillers du roi, Robertet et Jean Robineau. On consacra 4ooooo livres à dessécher les marais de Gra ville, près de la pointe Sainte-Adresse, à construire des jetées, des tours, des fortifications. Le gouvernement peupla la ville nouvelle en accordant l'exemption perpétuelle de la taille à tous ceux qui viendraient Thabiter. Là, où peu auparavant il n'y avait qu'un misérable hameau de pécheurs, on vit bientôt prospérer une belle et grande cité, en relations avec Marseille, les ports italiens de Livourne et de Palerme, le Brésil surtout. Aussi, de toutes les œuvres d'un prince souvent hasardeux, la création du Havre-de-Grâce a-t-elle été la plus durable et la plus heureuse.

Trois travaux considérables d'utilité publique sont à noter encore. Un ingénieur français, Adam de Graponne, creusa le premier des canaux d'irrigation dans le désert pierreux de la Grau, pour le colmatage de cette région. La ville de Salon, patrie de Graponne, devint le centre d^une oasis d'amandiers, de figuiers et d'oliviers.

Un autre ingénieur, Louis de Foix, ouvrit à TAdour, qui se jetait jadis à Vieux-Boucau dans la fosse de Cap- Breton, un nouveau lit plus commode à travers Rayonne. C'est aussi Louis de Foix * qui a élevé le phare de Gordouan, à l'entrée de la Gironde, entre la pointe de Grave et celle de la Goubre, dans un îlot. D'une hauteur de

1. Architecte en même temps qu'ingénieur, il a construit le palais de TEscurial pour les rois d'Espagne.

60 mètres, cette tour passa avec raison (et elle passe encore) pour une merveille.

La cour fastueuse des Valois encouragea en France les industries de luxe. Des ouvriers italiens installèrent à Lyon des manufactures de soieries qui supplantèrent celles de Tours, moins bien placées. Il y eut des fabriques de bas de soie à Paris (château de Madrid) ; de velours et de satin à Montpellier; de crêpes fins à Mantes; de faïence et d'émaux à Rouen.

Tout change, tout périclite sous les petits-fils du rival intrépide de Charles-Quint. A partir de i56o, la France est ruinée par les guerres civiles, par le brigandage, par les ravages des reîtres et lansquenets d'Allemagne, des bandes wallonnes et espagnoles. A la faveur de ces désordres, les Anglais s'emparèrent du Havre, dont on les délogea promptement, il est vrai ; les Barbaresques s'embusquèrent dans les îles de Lérins ; les navires français n'osèrent plus sortir des ports, sinon pour quelques expéditions coloniales sans succès au Brésil et en Floride.

Pendant les guerres de religion, un seul homme politique fit quelque chose pour le commerce. C'est le chancelier de l'Hospital. Il dota le pays de sa juridiction consulaire, de ses tribunaux de commerce.

Lyon, Toulouse, Nîmes et Rouen avaient déjà des tribunaux spéciaux de change. Paris obtint, en i563, le droit de nommer cinq juges, élus par les six corps de marchands pour une année, et qui devraient, dans le plus bref délai possible, connaître des affaires litigieuses entre commerçants, sans le concours onéreux des procureurs et sans écritures. Ce tribunal était souverain quand il s'agissait de contestations inférieures à un capital de 5oo livres. Pour les procès plus importants, il était de

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première instance et relevait du Parlement. Ce tribunal de commerce, présidé par Jean Aubry, fut installé dans rhôtel Saint-Magloire, rue Saint-Denis, puis aux abords de l'église Saint-Merri, en plein quartier de commerce, dans une maison où se trouvait déjà la place commune^ c'est-à-dire la Bourse des marchands,

^expérience ayant réussi, on généralisa l'institution dans les principales villes de la province. Un édit de i565 fixa les bases de la compétence des nouveaux tribunaux. Un des successeurs de THospital à la chancellerie de la Justice, de Birague, voulut également intervenir dans les affaires commerciales. Il fut bien inspiré lorsqu'il réprima quelques-uns des abus qui s'étaient glissés dans les corporations et maîtrises ; il le fut beaucoup moins lorsqu'il augmenta les droits de douane, et prétendit imposer un maximum pour les prix des denrées de première nécessité, et un minimum pour les salaires. C'était du socialisme d'Etat. Ses dangereuses théories rencontrèrent un adversaire de talent, le publicistc Jean Bodin (d'Angers). Dans un livre intitulé De la République, Bodin combat le protectionnisme exagéré, soutient que la France, pas plus qu'aucun autre pays, ne saurait se passer de l'étranger, et plaide la cause du commerce extérieur. Il montre l'inanité du maximum, et expose avec clarté la loi souveraine de l'offre et de la demande. Il fait encore d'excellentes réflexions sur l'importance économique du numéraire, sur la nécessité d'avoir une monnaie loyale, sur l'égalité de tous devant l'impôt, enfin, il recommande les institutions de crédit dans le genre des MontS'de-Piété italiens et des tontines, ou assurances mutuelles sur la vie.

Jusqu'à lui, on ne s'était guère occupé, en fait d'assurances, que des assurances maritimes. En i584, le tribunal

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consulaire de Rouen, qui s*en était fait une spécialité, publia même le recueil de ses décisions sous le nom de Guidon des Mers, très souvent consulté.

Ainsi, Vesprit pratique ne perdait point ses droits, même dans ces temps de détresse et de misère. Il fallait toutefois le règne bienfaisant de Henri IV pour lui permettre de se manifester et de gouverner les mœurs comme de dicter les lois.

Certes, il était grand temps que la France sortît de ses convulsions. Autour d'elle, les peuples étrangers accomplissaient d'inquiétants progrès.

L'Espagne dominait le monde. C'était V universelle aragne dont les toiles s'étendaient démesurément. L'Allemagne, quoique affaiblie par les luttes religieuses, englobait la Bohême et la Hongrie. L'Angleterre s'affranchissait du joug économique de la Hanse Teutonique et devenait une puissance maritime après la destruction de V Invincible Armada, C'est en i56i que Gresham fonda la Bourse de Londres, le Royal Exchange, dans un édifice élevé à ses frais. Presque à la même époque, les merchants adventurers s'organisaient en une puissante corporation. Avec Elisabeth, les Iles-Britanniques allaient passer au premier plan des nations européennes.

Au contraire, les Pays-Bas flamands — Anvers surtout — dépérissaient, depuis que le fanatisme de Philippe II imposait à toutes les provinces de l'immense empire espagnol une volonté têtue. Leur industrie et leur commerce se déplacèrent plus au nord, vers les Pays-Bas bataves. La révolte des Gueux, dirigée par Guillaume le Taciturne, fit la fortune d'Amsterdam, et aboutit à la constitution d'un nouvel Etat, la Hollande, dont le rôle devait être glorieux et lucratif pendant les deux premiers tiers du dix-septième siècle.

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