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HENRI IV

Le domaine royal, agrandi sous François I®' par la confiscation des biens du connétable de Bourbon, par la réunion de l'Angoumois et de la Bretagne, s'enrichit encore, à Tavènement des Bourbons, de l'hérilage de Jeanne d^Albret et, un peu plus tard (1601), des dépouilles du duché de Savoie.

Pendant quatre ans, de 1689 à 1598, le Béarnais avait dû combattre la Ligue et la maison de Lorraine, assiéger vainement Paris par deux fois. Il réussit enfin à se faire accepter avec l'appui des honnêtes gens, lorsqu'il eut abjuré la religion calviniste ; lorsqu'il eut fait le saut périlleux.

P( rilleux, certainement, car, s'il ne gagna pas tout à fait les catholiques, il mécontenta beaucoup de ses anciens coreligionnaires qui traitaient sa conversion d'apostasie.

Il employa tous ses talents à guérir les maux produits par les guerres de religion, à assurer la co-existence des deux doctrines chrétiennes ennemies, à parfaire l'unité du pays et à ressusciter l'agriculture, l'industrie et le commerce.

Son règne fut ensemble libérateur et réparateur.

Libérateur, puisque les grands seigneurs, les Mayenne, les Vendôme, les Joyeuse, les Nemours, les Villers- Brancas durent rendre contre espèces sonnantes leurs gouvernements et leurs hautes charges; puisque les Espagnols, battus à Fontaine-Française et à Amiens, durent renoncer à toute intervention en France par le traité de Vervins (iSgS). Réparateur, puisque l'Edit de Nantes, en 1698, consacra le principe nouveau de la tolé-

rance en matière de religion et accorda même aux protestants des garanties temporaires dans le genre des villes de sûreté; puisque enfin, aidé par Sully, Sillery, Villeroy, les présidents Bellièvre et Jeannin, Duplessis-Mornay, deThou, Laffémas, les cardinaux d^Ossat et Duperron, etc., le roi organisa une administration paternelle et intelligente, capable de ranimer avec la paix le goût du travail sous toutes ses formes.

En 1693, la situation était lamentable : la population avait diminué, les champs étaient en jachère, les ateliers presque tous fermés et le commerce aux mains des Anglais et des Hollandais. Henri IV et Sully unirent leurs efforts et leurs volontés, sauf quelques désaccords passagers, pour remettre la France au rang des grandes nations.

L'agriculture sollicita d'abord leur attention. L'un et l'autre comprenaient parfaitement que le royaume était riche surtout par ses ressources agricoles, ressources inépuisables et sans cesse renouvelées ; l'un et l'autre aimaient les paysans, les pères nourriciers des hommes. L'histoire de \a poule au pot peut n'être pas authentique ; en tous cas elle est vraisemblable. Le mot de Sully est plus certain : « Le labourage et le pâturage sont les deux mamelles où la France puise la vie, ses vrais mines et trésors du Pérou, »

Un roman célèbre, une pastorale plutôt, VAstrée^ d'Honoré d'Urfé, exprime bien la tendance des esprits à cette époque de régénération : VAstrée chante les bienfaits de la paix, la noblesse des travaux des champs, la douceur de la vie pastorale. C'est une nouvelle Géorgiçue, d'exécution languissante, mais d'inspiration saine et honnête.

Le grand ministre d'Henri IV ne s'en tint pas à une approbation platonique. Il améliora la condition des gens

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de la campagne en allégeant la taille, en les défendant contre les violences des percepteurs d'impôts. Instruments aratoires et bestiaux furent déclarés insaisissables. Des landes furent défrichées et livrées à la culture ; des marécages furent desséchés et, pour ce dernier travail, Sully appela des ouvriers flamands qui entreprirent la transformation en polders du Marais vendéen entre l'embouchure de la Charente et celle de la Sèvre mortaise. Le nom de Petite- Flandre, toujours employé, rappelle l'origine de ce pays.

Des gentilshommes suivirent l'exemple qui partait de si haut et ce ne fut pas toujours de leur part simple déférence ni courtisanerie. La noblesse et l'indépendance des travaux agricoles séduisirent plusieurs des lecteurs de l'Astrée, vieux guerriers éprouvés des luttes passées.

Olivier de Serres s'honora de diriger lui-même sa belle exploitation rurale du Pradel, en Vivarais. 11 ne dédaigna pas le titre d'agronome et il écrivit le Théâtre d'Agriculture et ménage des champs^ dont Henri IV se faisait lire chaque jour quelques pages. Dans ce traité scientifique et d'un caractère familier cependant, l'auteur conseille la culture du mais ou hlé de Turc dans le Midi, du houblon et de la betterave dont, remarque-t-il, le jus qu'elle rend en cuisant est semblable au sirop de sucre^ dans le Centre et le Nord ; il recommande de faire des plantations de mûriers dans la vallée du Rhône et il insiste sur la nécessité de développer les prairies artificielles et, par conséquent, les produits de l'élevage.

On a accoutumé de dire que Sully n'aimait pas l'industrie et que, plus d'une fois, Henri IV fut obligé de prendre contre lui la défense des ouvriers des villes. Le fait est

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inexact. Certainement Sully, en sa qualité de protestant irréductible, voyait d'un mauvais œil les progrès du luxe et, en sa qualité d'homme de guerre, il accordait ses préférences aux paysans, parce queceux-ci fournissent à l'armée ses soldats les plus robustes et les plus disciplinés ; toutefois, il n'a jamais fait acte d'hostilité contre les industriels et même il a encouragé ouvertement les industries d'un caractère éminemment utile. 11 s'est intéressé aux manufactures de draps de Picardie, de Normandie, de Champagne et de Languedoc, à des établissements métallurgiques comme l'aciérie de Paris et la fabrique de fils de fer d'Etampes, aux papeteries du Languedoc et du Dauphiné créées par 0. de Serres.

Le roi se réserva la protection des industries somptuaires. 11 paya des Flamands pour installer dans le faubourg Saint-Marcel, à côté de la teinturerie des frères Gobelins, une manufacture de tapisseries de haute Hsse. Au Louvre même, dans sa propre demeure qu'il voulait digne de lui, il installa une manufacture de tapis façon du Levant^ de Perse et de Turquie, qu'il confia à deux excellents maîtres, F'ortier et Du Pont, et qui prit le nom d'Ecole du Louvre et, plus tard, de Savonnerie. D'autres ateliers furent ouverts à Paris pour les cuirs dorés et gaufrés, à Rouen pour les toiles fines de lin, à Senlis pour les dentelles, à Melun pour les glaces et les cristaux.

Le Traité de la cueillette de la soie pour Ul nourriture des vers qui la font, un autre ouvrage d'Olivier de Serres, provoqua l'ouverture de nombreuses magnaneries autour de Lyon, d'Orléans, de Tours, de Poitiers, de Paris même et la soie qui en sortit fut travaillée à Paris (soieries communes), à Troyes (satins) et à Mantes (crêpes fins).

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Le commerce intérieur doit beaucoup à Sully, le grand voyer de France. Ce ministre a commencé la création de notre incomparable réseau de belles routes, continué par Golbert, achevé par Turgot. Les chemins furent plantés d'arbres, principalement d'ormes, qu'en certaines provinces on appelle encore des rosnys, parce que Sully était duc de Rosny.

De distance en distance s'élevèrent des relais pour les chevaux, des hôtelleries pour le service des diligences ou coches. Ily eut aussi des coches d^eauy grandes barques servant aux voyageurs et aux marchandises, sur les cours d'eau navigables. Un fonctionnaire spécial, le général des postes, fut chargé de la surveillance de cette org;anisation.

Sully a fait réparer nombre de ponts sur la Seine, sur la Vienne, sur le Rhône, sur la Loire (après la terrible inondation de 1607). Il en a fait construire d'autres, comme le fameux Pont-Neuf de Paris où se dresse aujourd'hui la statue d'Henri W.

11 a fait canaliser certaines rivières : l'Oise, leThérain, TAisne, la Vesle, l'Armançon, l'Arroux, la Vienne, le Glain, etc. ; par ses ordres, l'ingénieur Crosnier commença la construction du canal de Briare pour joindre la Loire à la Seine par l'intermédiaire du Loing(i6o4). mais ce canal, destiné à rendre de si grands services au commerce, ne fut terminé que sous le règne de Louis XIII.

Bien que gêné encore par les douanes provinciales et l'impôt de la pancarte ou du 1/20® sur le prix des marchandises vendues, le commerce intérieur prit une nouvelle vigueur : on s'en aperçut à l'éclat des foires de Lyon, de Sain t-Germain-des- Prés, etc. Enfin l'institution (^Qspasse-debout permit de doubler et de tripler rapidement le transit, auquel se prête merveilleusement le

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lerriloirc français. Henri IV songea à coordonner tous ces éléments de prospérité en décidant la création d'un Conseil de commerce (1601) à côté des autres Conseils qui assistaient le souverain.

Cette nouvelle assemblée d'hommes compétents devait surtout examiner les inventions utiles et attirer les bons artisans de l'étranger.

Un édit de 1697 avait modifié le régime des corporations dans un sens libéral : les maîtres pouvaient désormais exeixer leur métier, non plus uniquement dans la ville où ils avaient acquis leur titre, mais dans tout le ressort du bailliage ou de la sénéchaussée. Les maîtres des corporations parisiennes virent ce droit étendu de la capitale au royaume tout entier.

En 1595, Henri IV avait placé, à côté des commissionnaires en marchandises institués par Henri HI, des courtiers privilégiés chargés de mettre les vendeurs en contact avec les acheteurs.

A peu près annihilé par les guerres de religion, le commerce extérieur se ranima sous la prudente et clairvoyante administration du hon roi Henri.

D'importants traités de commerce le favorisèrent. Le monarque, adversaire résolu de toute prohibition, signa avec ses alliés des conventions où domine le principe de la réciprocité. Sully fit le voyage de Londres en l6o3 et, après de longues hésitations, le roi Jacques I®' « maître Jacques » accorda satisfaction à la France en interdisant à ses sujets de se livrer à la course dans la Manche et le Pas de Calais. Le président Jeannin réussit dans ses pourparlers avec les Provinces-Unies. L'Espagne, à contrecœur ; les villes Hanséatiques, de leur plein gré, consentirent des avantages de détails au commerce français.

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Avec la Turquie furent renouvelées en i6o4 les cnpitulations de François 1". L'ambassadeur Sayary de Brèves obtint du sultan Achmet I*"" que la personne et les biens des Français établis dans l'Empire ottoman seraient inviolables, que tous les ports du Levant leur seraient ouverts et que les monnaies de France seraient acceptées à Constantinople en règlement des marchés, sans autres variations que celles du change.

Le même traité réprima les désordres causés par les pirates barbaresques. La ligue des ports de Provence, de i585, ayant été inefficace, il appartenait à Tautorité royale de prendre la défense des intérêts de Marseille. Les nouvelles capitulations permirent le rétablissement des transactions avec le Levant et la reconstruction du Bastion de France, en Afrique. Des Morisques, expulsés d'Espagne par Philippe III et bien accueillis en Guyenne et en Languedoc par Sully, passèrent volontiers dans ces annexes libres du royaume des fleurs de lys (1609).

Henri IV et Sully désiraient provoquer en France un mouvement d'émigration et de colonisation comparable à celui de l'Angleterre ou de la Hollande. Ils se heurtèrent à des préjugés tenaces ou à une grande indilTérencc de la part du public *. Ils eurent à compter surtout avec l'opposition menaçante des Hollandais, inquiets pour leur monopole de rou/iers des mers. Une compagnie des Indes orientales, formée à Brest en 1601, ne put pas fonclionner. Il fallut renoncer également à l'exploitation de comptoirs en Floride. Mais, du moins, rien n'empêchait la mise en valeur des terres du Canada. Henri IV autorisa une compagnie commerciale de la Nouvelle-France où, sur les conseils du président Jeannin, entrèrent des coni-

1. C'est ce qui faisait dire à Sully ces mots souvent répétés : « La création de colonies est chose dispropor-lionnée au naturel et à la cervelle du Français. »

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merçants rouennais et rochelais ( i6o4) ; elle fut investie du privilège du commerce des pelleteries et des minerais.

En 1698, on avait dirigé vers ces parages un convoi de forçats ; la tentative échoua. On comptait davantage sur la colonisation libre : seuls, des Normands répondirent à l'appel du roi. Ceux du bourg de Tourouvre, entre autres, émigrèrent en masse. Sainte-Croix et Port- Royal furent créés en Acadie, Tadoussac et Québec, au Canada. Après le marquis de la Roche et le seigneur des Monts, Champlain reçut le titre de gouverneur général et découvrit sur la rive droite du Saint-Laurent le lac qui porte son nom (1608). Des marins bretons, normands et basques vinrent pêcher la morue et la baleine dans les mers de la Nouvelle-France.

Tout ce mouvement d'expansion fut enrayé par la mort tragique d'Henri IV (1610).

La retraite forcée de Sully, la régence de Marie de Médicis et de sa camarilla italienne, l'abandon de la politique nationale à l'extérieur (affaires de Clèves et Juliers, mariages espagnols), les troubles suscités par l'attitude des grands et des protestants, les intrigues de cour, compromirent pendant quatorze ans l'œuvre de régénération des forces de la France. Vainement les députés du Tiers, Savaron et Robert Miron, prévôt des marchands de Paris, firent entendre, aux Etats généraux de i6i4, les doléances de la partie laborieuse de la nation. On n'accorda ni la suppression des douanes intérieures et des monopoles, des corporations et des prohibitions, ni l'uniformité, si souvent réclamée, des poids et mesures. Le

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travaux du canal de Briare furent suspendus ; on expulsa les Juifs; on laissa succomber la compagnie des Indes orientales; on permit à la compagnie de la Nouvelle- France d'exploiter indignement les indigènes du Canada ; on ne soutint pas Tentreprise coloniale de la Ravardière au Brésil et surtout Ton gaspilla les économies amassées par Sully.

La cour, sous Goncini comme sous de Luynes, ne pensait qu'à la curée des pensions, des gratifications, des charges et des bénéfices, et, jusqu'à Tavènement de Richelieu au ministère (1624), le gouvernement sacrifia les grands intérêts publics aux intérêts mesquins des favoris du jour.

Louis XIII eut enfin le courage de s'en remettre au grand Cardinal du soin des affaires.

Richelieu (Armand Duplessis de Richelieu, né à Paris en i585 et connu dans sa jeunesse sous le nom de marquis du Chillou, officier, puis évêque de Luçon), n'est point grand seulement pour avoir abattu la faction protestante, discipliné et contraint à l'obéissance la haute noblesse, arrêté l'essorprodigieux de la maison d'Autriche et maintenu l'équilibre européen, il nous intéresse particulièrement par la fermeté de son administration, par les efforts qu'il tenta en faveur de l'esprit d'entreprise et d'initiative des individus et des compagnies de commerce.

A peine entré en fonctions, il convoqua une Assemblée de notables sous la présidence de Michel de Marillac et lui fit rédiger le code Michau (1626). Il désirait que la France s'affranchît de la sujétion où la maintenaient Anglais et Hollandais au point de vue commercial. Une série de dispositions furent prises qui devaient atteindre ce but. Le cabotage des ports du royaume et l'exportation par la voie maritime de toutes les marchandises, le sel

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excepté, furent réservés aux seuls navires français. L'importation par bateaux étrangers ne fut autorisée que sous la condition de Tacquittement d'une taxe et d'après le système de la réciprocité. D'autres articles complétaient cet Acte de navigation : les gentilshommes obtenaient le droit de se livrer au commerce maritime et les armateurs roturiers pouvaient espérer d'acquérir les titres de noblesse. Malheureusement, le code Michau resta, en grande partie du moins, lettre morte.

Les exigCDces de la politique ont empêché Richelieu de se consacrer à l'étude approfondie des questions économiques ; cependant ce puissant génie a laissé sa marque partout. 11 n'était guère populaire parmi les paysans: les impôts qu'il était obligé de leur infliger, pour subvenir aux dépenses militaires, les irritèrent jusqu'à la révolte. Il réprima brutalement ces insurrections, celle des vignerons de Bourgogne, les Lanlurlu, celle des croquants de la Marche et celle des va-nu-pieds de Normandie. La répression fut si terrible dans cette dernière province que le poète Corneille, un Normand, composa sa tragédie de Cinna, où il glorifie la vertu si rare de la clémence, pour éveiller chez le roi et chez son ministre le sentiment de la pitié et l'amour du pardon (i64o).

Pour tout ce qui regarde l'industrie et le commerce à l'intérieur, Richelieu renoua les traditions établies par Henri IV et Sully. Il aida les fabricants de soieries de Paris, Lyon et Tours. Il fonda l'Imprimerie royale (i64o ; il inaugura le canal de Briare (i64i) ; il renforça le service des postes et réorganisa celui des ponts et chaussées. Mais c'est au commerce maritime, à la marine et aux colonies qu'il s'intéressa plus volontiers.

Après avoir fait inspecter minutieusement le littoral

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par d'Infreville et de Séguiran, il ordonna Tagrandissement des ports de Marseille et du Havre ; il fit fortifier Agde et l'îlot de Brescou ; il commença Tédification de l'arsenal de Brest, fît travailler aux remparts de Port- Louis et rêva de remplacer la Rochelle par Brouage, son fief personnel.

11 parvint à mettre en mer vingt-cinq galères et soixantequatre vaisseaux de tous rangs, avec lesquels il chassa les Barbaresques des îles de Lérins et remporta plusieurs victoires, comme celle de Fontarabie, sur les flottes espagnoles.

On lui doit la première idée de V inscription maritime, destinée à recruter d'excellents matelots parmi les gens réputés de mer, pêcheurs et marins de commerce.

La marine militaire assurerait la défense des colonies. Richelieu entendait ne pas se dessaisir du Canada et de ses vastes annexes. Il fît occuper la côte méridionale de Madagascar « Tîle Dauphine », où relâchèrent les navires allant aux Indes par le cap de Bonne-Espérance. Il acquit de petits comptoirs au Sénégal, en Guyane el appuya discrètement les flibustiers, boucaniers et autres forbans du fameux donnais qui, embusqués dans Tîle de la Tortue près de Saint-Domingue, inquiétaient les Antilles et infligeaient au commerce espagnol des pertes énormes.

Pourrexploitation de cet embryon d'empire, leministre jugeait qu'une compagnie de commerce, unique et souveraine, conçue sur le plan des grandes compagnies hollandaises et anglaises, réussirait mieux que des compagnies particulières trop faiblement dotées. Les circonstances ne se prêtèrent pas à cette combinaison : il lui fallut en revenir au système du fractionnement.

Une compagnie dite du Morbihan échoua devant l'opposition du Parlement de Rennes. La compagnie de la

Nacelle-de-Saint-Pierre fleurdelisée, à Nantes, n'eut jamais d'existence que sur le papier. Au contraire, Isl compagnie du Canada fit des prbgrès sérieux encore que trop lents, sous le gouvernement de Lanson, délégué par Richelieu. La charte de cette compagnie de la Nouvelle-France a servi de type aux compagnies similaires. Elle stipule que la compagnie devra transporter à ses frais un nombre déterminé de colons (4ooo en i5 ans) ; que ces colons seront choisis avec soin parmi les gens de métier et qu'ils seront nourris, logés, entretenus pendant une durée de trois ans (1628). Pour aider à leur recrutement, Richelieu s'adressa au clergé et le chargea d'annoncer en chaire les départs de paquebots, de faciliter les mariages d'émigrants, d'offrir à tous les renseignements les plus précis et les plus détaillés. L'Eglise s'acquitta parfaitement de cette mission. Elle attira au Canada des gens de qualité et leurs valets et leurs paysans ; elle retint sur les rives du Saint-Laurent et des Grands-Lacs nombre de soldais licenciés ; elle dépêcha à Montréal plusieurs de ses religieux, les Sulpiciens, les Jésuites, les Récollets, qui contribuèrent aux progrès de la colonie, mais qui, malheureusement, entrèrent parfois en rivalité.

A rimitation de la Compagnie de la Nouvelle-France, fut instituée la Compagnie de Saint-Cris tophe, la Barhade et autres îles d'Amérique (i635), bientôt élargie sous le nom de Compagnie des Antilles. Richelieu mit à sa disposition un convoi de mendiants et de vagabonds, tristes recrues. La colonisation privée était préférable. Elle fit merveille à la Guadeloupe, à la Martinique, à la Dominique et dans la partie occidentale de Saint- Domingue. Le commerce du sucre et des bois des îles enrichit la compagnie française.

En Guyane, une compagnie du cap Nord prit possession de Cayenne (i636). j

En Afrique, les compagnies dvpcap Vert^ de Guinée et du cap Blanc, un moment réunies, choisirent pour cheflieu Saint-Louis, à l'embouchure du Sénégal, et entrèrent en relations pacifiques avec les nègres de Tinlérieur.

Enfin, la Compagnie normande de Madagascar, administrée par Rigauit dès 1642, s'installa à Fort-Dauphin et rayonna jusqu'à Sumatra, où les Hollandais n'étaient pas encore les maîtres.

A l'exemple de Henri IV, Richelieu conclut des traités de commerce.

Le meilleur de ses auxiliaires, le père Joseph, avait envoyé des moines en Syrie, en Perse, dans l'IIindoustan, pour frayer aux marchands une route qui leur amènerait les soies, les pierres précieuses, les épices de rExtrênie-Orient, et les affranchirait des Portugais. Richelieu, ne parvenant pas à vaincre l'hostilité du shah d'Ispahan vis-à-vis des caravanes d'Alep et de Damas, fit adopter un itinéraire plus sûr, celui d'Astrakan à Narva, en Moscovie, et, de là, par la navigation sur la Baltique, au Danemark (1629).

Son agent diplomatique, Deshayes de Cormenin, obtint de la cour de Copenhague l'abaissement du droit de passage du Sund à un pour cent ad valorem pour toutes les marchandises destinées au port du Havre. La Suède et la Moscovie entrèrent dans ces vues et suivirent la politique adroite du roi de Danemark. La tâche de Cormenin se trouva simplifiée par les succès de Tavernier en Perse. Cet explorateur, qui avait parcouru les îles de la Sonde et les Indes, gagna la confiance du shah de Perse et le fit revenir de ses préventions contre le commerce des chrétiens. Les pays du nord de l'Europe craignirent alors la

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concurrence de Tlran, et se montrèrent plus dociles aux réclamations de Richelieu.

Le grand ministre réussit moins auprès du bey de Tunis, et le traité de i64o, concernant le commerce de la Méditerranée africaine, ne donna pas les résultats qu'on en avait espérés.

Nous retrouvons la présence de Richelieu dans une création de tout autre nature que les institutions commerciales, et qui, cependant, ne saurait leur être étrangère, celle de la presse.

Un médecin parisien, Théophraste Renaudot, esprit remuant et fécond, avait ouvert, à l'enseigne du Coq cTor, un bureau de placement pour les domestiques, un dispensaire pour les indigents, un Mont-de-Piété qui prêtait sur gages à 3 •/o d'intérêts. Il y ajouta un Bureau d'adresses^ où Ton consultait sur place la liste des principaux fournisseurs, les prix de vente de leurs produits. Renaudot, encouragé par le succès, publia une feuille, un journal, la Gazette, où, à côté de nouvelles et d'anecdotes, d'articles politiques rédigés quelquefois par Richelieu lui-même, et, dit-on, par Louis XIII, les lecteurs trouvaient les meilleures indications sur le cours des marchandises, sur leur valeur, sur leur abondance ou leur rareté. Ainsi naquit la publicité commerciale, la réclame. Il serait puéril d'en nier l'efficacité.

Après Richelieu, mort en 1642, il y eut une nouvelle éclipse de la fortune de la France pendant la Fronde {1648 à 1652). La guerre civile à Paris et dans les provinces {VOrmée à Bordeaux, par exemple) rendit générale et aiguë la misère. Dans le pays dépeuplé, dénué de ressources, la charité seule accomplit des prodiges. Elle s'incarne en saint Vincent de Paul, qu'on peut surnommer

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