‹ Histoire sommaire du commerceChapitre 48 sur 69 · LB SYSTÈME DE LAW · texte numérisé non relu

LB SYSTÈME DE LAW

Hculenant de police. Il reparut en 1715, plut an Régent, et devint tout à coup un personnage.

Le système de Law a pour base le crédit, force prodigieuse, mal connue ou mal canalisée jusqu'à nos jours. Voici comment raisonnait celui qui en a révélé la puissance : Sans monnaie, il n*y a pas de commerce possible ; plus il y a de monnaie, plus il y a de commerce. Donc, si Ton augmente la monnaie, on multiplie les échanges. Mais la monnaie ne consiste pas uniquement en numéraire ; à côté de la monnaie-métal, il y a la monnaiepapier, la monnaie fiduciaire, dont la valeur repose sur la confiance, le crédit (de credere, croire, avoir foi). Tandis que les pièces de cuivre, d'argent et d'or sont en quantité limitée, les effets de commerce, les billets privés ou publics peuvent être émis indéfiniment. Il est donc facile d'infuser, dans ce corps qu'on appelle la société, un sang nouveau et régénérateur. Seulement, de même que l'organisme humain comporte l'existence d'un cœur d'où part le sang et où il revient, de même la société doit être pourvue d'une banque, qui donne cours au papier-monnaie et le transforme en valeurs réelles. La Banque d'Etat, imaginée par Law, substituée aux banques particulières, qui sont des organes imparfaits, devait centraliser toute espèce de richesses, les mettre ensuite à la disposition de l'industrie et du commerce. Plus clairement, la banque recevrait des dépôts, servirait un intérêt aux déposants, prêterait de l'argent aux entrepreneurs, et, se faisant payer par ceux-ci un intérêt plus élevé que celui qu'elle servait elle-même, réaliserait un bénéfice sous forme d'escompte.

Ce n'est pas tout. Pourquoi l'Etat, au lieu de favoriser simplement les travaux des particuliers, ne se ferait-il pas à son tour entrepreneur? Pourquoi ne fonderait-ii

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pas une grande compagnie qui utiliserait les capitaux de sa banque et s'enrichirait, c'est-à-dire enrichirait la collectivité! Il n'y aurait plus dès lors besoin de contracter des emprunts, ni d'accroître les impôts, et au bout d'un certain temps, la dette publique serait amortie, dispa> rai trait.

Est-il nécessaire de faire remarquer combien ce raisonnement est spécieux? La théorie de Law renferme quatre erreurs fondamentales. Non, il n'est pas vrai que la monnaie soit à elle seule la richesse d'un pays ; il n'est pas vrai que l'on puisse, sans danger, introduire trop de sang dans la circulation du corps. La pléthore est une grave maladie. Non, il n'est pas exact que la monnaie fiduciaire puisse se substituer entièrement à la monnaie d'argent, car elle n'a aucune valeur intrinsèque. .Et encore, il est faux que le cours forcé puisse être considéré comme une mesure normale! Et, enfin, ne doit-on point craindre qu'un gouvernement — surtout une monarchie sans contrôle, sans contrepoids — n'exagère imprudemment les émissions de ses billets de banque pour satisfaire à ses besoins ?

L'historique du système de Law va mettre ces périls en évidence.

Celui que Michelet a surnommé un merveilleux poète de finances, ne parvenant pas à vaincre du premier coup les hésitations du Régent, se contenta de se livrer à une expérience personnelle. 11 obtint, en 1716, la permission de créer à Paris une banque particulière à son nom, au capital de 6 millions de livres, divisé en 1200 actions de 5 000 livres chacune. A l'image de la banque d'Angleterre» cette banque se chargea de l'escompte des effets dé commerce à 6 ^/o, puis à 4 **/o ; elle émit des billets payables au porteur, en écus garantis contre toute altération. I-a

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fixité de cette monnaie et la facilité que Law offrait au remboursement, inspirèrent une confiance générale, et ce fut à qui apporterait son argent à Theureux banquier. L'usure fut arrêtée; les capitaux dormants trouvèrent un emploi avantageux et sûr; les industriels et commerçants solvables trouvèrent à emprunter dans d'excellentes conditions, et la vie économique fut singulièrement activée.

Témoin de ces succès, le Régent autorisa les comptables des deniers royaux à recevoir les billets de la banque de Law en paiement des impôts, ce qui acheva de leur donner de la vogue. Sans augmenter son capital initial, La^w crut pouvoir jeter dans la circulation pour 5o millions de billets. Il était convaincu que cet afflux de monnaie n'aurait pas d'inconvénient, attendu, disait-il, que la monnaie n'a pas de valeur par elle-même, qu'elle n'est qu'une mesure par laquelle on évalue les marchandises.

Puis, comme il entendait aller vite en besogne, à côté de sa banque, il fonda une compagnie de commerce, la Compagnie de l'Occident, pour l'exploitation des colonies d'Amérique : Canada et Louisiane. Le capital en fut souscrit par 200 ooo actions de 5oo livres, soit une somme de 100000000 de livres (1717). Au début, la Compagnie, bien administrée et soutenue par la banque dont les affaires prospéraient, tint ses promesses. Pour lui donner plus d'impulsion, comme les actions de 5oo livres ne trouvaient preneurs qu'à 3oo livres, Law en fît, sous main, acheter un grand nombre au pair, et cette ma-: nœuvre décida les plus timides ou les plus circonspects. Le Régent ne douta plus de la bonté, de l'excellence du ; système. En 1718, il déclara la banque de Law, banque; royale, et décréta que ses billets auraient cours obligatoire.

Quant à la Compagnie, transformée en Compagnie

générale des Indes, elle élargit son domaine, reçut ie monopole du commerce avec les colonies entières, et éleva le montant de son capital. Alix 200000 actions primitives, qu'on appelait les mères, Làw joignit Soooo actions nouvelles à 55o livres, dites les filles, et plus tard 25 000 actions de 1000 livres qu'on surnomma les petitesfilles.

Pour faire acheter ces actions, il employa tous les moyens. Par exemple, il fit circuler les bruits les plus extravagants sur la richesse incomparable des pays du Mississipi, sur leurs mines de diamants ; il obtint de la police renvoi d'une foule de condamnés à la Nouvelle- Orléans ; il décida que, pour obtenir iine action de la deuxième ou de la troisième émission, il faudrait justifier de la possession d'un certain nombre d'actions-mères ; enfin, il inaugura le système dangereux des marchés à prime, ou jeu de différence, s'engageant à payer, au^ remboursement, une prime égale à la différence du prix de Bourse avec le pair.

Un agiotage effréné soutint la hausse des actions de la Compagnie des Indes. La rue Quincampoix et la rue Vivienne, où se trouvaient ses bureaux, furent envahies par la foule des acheteurs crédules ; il fallut y placer des grilles et les faire garder militairement. Le taux des mères, des filles et des petites-filles monta à 5 000,. 8,000, 10000 et même 20000 livres. A acheter et revendre, vendre et racheter, des spéculateurs gagnèrent des fortunes royales.

Tout souriait à Law : le Régent, enthousiasmé, le nomma contrôleur général des finances, lui adjugea le bail des fermes générales, la fabrication des monnaies, la perception des impôts. On ne lui demanda qu* une petite concession : abjurer In protestantisme.

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