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CONQUÊTE DE L'INDE PAR LKS ANGLAIS

quelques comptoirs insignifiants, et, désormais, le champ restait ouvert à son activité.

Voilà ce qu'on appelle le traité Godeheu, traité de honte (1754). Louis XV et Machault en sont responsables. Un roi indigne avait sacriBc Dupleix par peur de la guerre; cette guerre qu'il redoutait, il ne Tévita pas cependant. Elle commença deux ans après. C'est la guerre de Sept Ans {1756-1763).

Dans sa disgrâce, Dupleix avait prié qu'on laissât à Bussy un commandement aux Indes. 11 prévoyait que les Anglais chercheraient vite à tirer parti de la situation, et il avait confiance dans les talents de son gendre, seul capable de continuer sa politique. Bussy fut abandonné dans le Garnatic qu'il s'obstina à garder.

La compagnie anglaise, au contraire, prit l'offensive. Elle s'appropria les idées de Dupleix ; elle augmenta ses effectifs militaires; elle intervint à son tour dans les affaires intérieures de l'Inde. Elle trouva pour la servir deux hommes de grande valeur et de peu de scrupules, Pitt en Angleterre, lord Clive en Asie.

Lord Clive est le Dupleix des Anglais ; il ressemble à Dupleix, à la moralité près. Né en 1728, fils rebelle, embarqué de force pour les Indes, où il fut d'abord simple commis, puis officier, il gagna ses hauts grades pendant la guerre de Sept Ans.

Le souverain du Bengale, Souradja-ud-Daoula, avait fait périr i46 prisonniers anglais dans le Trou-Noir (black hole). Pour venger les victimes. Clive sortit de

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Calcutta à la tête du 89® régiment de ligne, celui-là même qui s'intitule encore primus in Indis. Avant de combattre, il s'entendit avec un traître, Meer-Jaffier, premier ministre de Souradja. Les 4oooo fantassins et les 18000 cavaliers du nabab du Bengale furent mis en déroute par les 3 000 soldats de Clive, à la mémorable bataille de Plassey, sur le Gange (1757). Souradja, détrôné et tué, fut remplacé par Meer-Jaffier, qui se recon^ nut le vassal des Anglais. Clive, suivant la coutume anglaise, fut récompensé magnifiquement : on le créa lord, comte de Plassey et gouverneur général des Indes,

Il se retourna alors contre les Français. A l'incapable Godeheu avait succédé Lally-Tollendal, un brave soldat, Irlandais de naissance, homme honnête, franc, passionné pour son pays d'adoption, mais fort mauvais diplomate, dont les allures hautaines, le ton cassant, la brutalité, mécontentèrent les anciens compagnons de Dupleix, et irritèrent les Hindous restés fidèles à la compagnie française.

Lally-Tollendal, attaqué par Lawrence et par lord Clive, fut d'abord vainqueur à Arcote, et s'empara du fort Saint-David; mais, battu à Vandavachy^ il recula jusqu'à Pondichéry, où il soutint un siège héroïque (1760-1761).

Le général Coote le contraignit à capituler. Emmené captif en Angleterre, il apprit que la compagnie française, d'accord avec le roi, faisait retomber sur lui toute la responsabilité de la défaite. Il voulut faire face à ses calomniateurs et demanda l'autorisation de venir à Paris, Mal lui en prit : convaincu de vexations contre les Hindous, de trahison contre les Français, jugé par l'ignorance et par l'envie, il fut, au bout d'un martyre de dix-huit mois, condamné à mort, décapité en place de Grève, un

haillon dans la bouche, un bandeau sur les yeux. Bien plus tard, son fils, aidé par Voltaire, réussit péniblement à réhabiliter sa mémoire.

Le traité de Paris {1768) consacra aux Indes le triomphe de la compagnie anglaise. 11 ne nous laissa, des conquêtes de Dupleix, que les cinq comptoirs que nous possédons encore, huit loges ou quartiers de commerce, et le droit dérisoire d'entretenir un homme armé à Mahé I

Lord Clive, investi de tous les pouvoirs, administra avec habileté. Très fortement jalousé à cause de sa fortune rapide, il dut, lui aussi, lui encore, comparaître devant un tribunal à Londres. Il fut acquitté, mais atteint du spleen, abreuvé de dégoûts, il se suicida.

On l'avait remplacé, en 1767, par un homme qui est le type du pirate anglo-saxon, l'aventurier Warren Hastings. Excellent administrateur, Hastings fut le premier à appliquer le Bill régulateur, qui donnait au gouvernement anglais le droit de surveiller les affaires politiques de la compagnie. Bon général, il annexa la côte d'Orissa et délogea les Mahrattes de leurs abris fortifiés dans les montagnes des Ghatts. Il ne rencontra un rival sérieux que dans le Mysore. Hayder-Ali, conseillé par le marquis de Bussy, le repoussa deux fois des murs de sa capitale Haïderabad, fit alliance avec la France pendant la guerre de l'Indépendance américaine, et reçut des secours du bailli do Suifren, envoyé par Louis XVI (1781-1783). Son fils, Ïippoo-Saëb, continua la résistance^ mais finit par succomber, et le Mysore devint province anglaise.

Warren Hastings fit peser sur les Indes un régime d'oppression. Le pillage, les tortures, la famine terrorisèrent les malheureux Hindous, et à un tel point que Burke, Fox, Sheridan, quelques Anglais généreux,

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osèrent enfin dénoncer les exactions, les crimes du Verres moderne.

Le procès de Warren Hastings dura dix ans, de 1785 à 1795; il se termina par Tacquittement de l'accusé et aussi par sa condamnation aux frais énormes qu'avait occasionnés la comparution de milliers de témoins.

Après Warren Hastings, lord Cornwallis, lord Wellesley, lord Minto achevèrent la conquête du Dekkan et de la vallée du Gange. On peut dire qu'à la fin du dixhuitième siècle, l'Inde appartient aux Anglais, à l'exception du bassin de l'Indus.

Le même traité de Paris (1763) qui nous enleva les Indes nous fit perdre un autre monde colonial : l'Amérique française. Cette histoire est lamentable, à ne considérer que l'impéritie du gouvernement monarchique ; elle est, par contre, réconfortante si l'on envisage les aptitudes réelles des Français à coloniser, à peupler, à défendre leurs possessions. On a exagéré la puissance de ce préjugé qui, au dix-huitième siècle, empêchait les « honnêtes gens » de s'expatrier. Il y avait bien 10 000 familles françaises, soit 90000 personnes au Canada et dans la Louisiane vers 1760, et elles opposèrent à l'avidité anglaise une admirable résistance. Louis XV les abandonna à leurs faibles ressources ; elles ne désespérèrent point pour cela et trouvèrent chez les Peaux-Rouges : Hurons, Iroquois, Algonquins, etc., dont elles avaient su gagner l'amitié, des auxiliaires précieux.

Les Anglais occupaient, nous le savons déjà, le pays

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compris entre les monts Alleghanys et Tocéan Atlantique, depuis la baie de Fundy, appelée alors baie Française, au Nord, jusqu'à la Floride espagnole, au Sud. Un peu avant la guerre de Sept Ans, ils débouchèrent au delà des montagnes et prétendirent s'emparer de la ligne de rOhio, la belle rivière.

T^BRlTÛlREa 01 LA BAÎfL D'HUDSOrt.

COLOMIES FRANÇAISES

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