MINISTÈRE DB GHOIS^UL
En pleine guerre de Sept Ans, après Rosbach, la faveur de M™° de Pompadour plaça à la direction des aflaires étrangères le comte de Stainville, plus connu sous le nom de duc de Ghoiseul.
Il avait été ambassadeur à Rome ; il était demeuré trois ans dans ce poste difficile, s'initiant aux finesses et aux roueries de la carrière diplomatique. De là, il était passé à l'ambassade de Vienne, où il se fit bien venir de la noble Marie-Thérèse.
Enfin, il succéda au cardinal de Bernis qui avait cessé de plaire à Versailles et le premier de ses actes fut de resserrer Talliance entre la France et T Autriche. Il sut rester fidèle à cette amitié.
Ghoiseul est difficile à juger impartialement, car il réunit les qualités et les défauts les plus contradictoires. Esprit profond, caractère léger, tantôt sage, tantôt téméraire, cet homme, d'une laideur spirituelle, savait en imposer à ses adversaires par ses épigrammes, et par ses épigrammes aussi il mécontentait souvent ses meilleurs amis. Le poète Gresset Ta dépeint, trait pour trait, dans son type principal de la comédie du Méchant,
Nous n'avons pas à examiner toute sa vie publique ; mais nous ne devons pas oublier qu'il a ranimé la marine française, amélioré le recrutement de l'armée, autorisé en certaines circonstances la libre circulation des grains, cherché à supprimer les maîtrises dans les corporations, abaissé les tarifs douaniers, innové la pratique de Vexequaiur et donné aux consuls à l'étranger une existence officielle (1769).
Ge qui nous importe le plus ici, ce sont les tendances, l'orientation et parfois les succès de sa politique à l'égard de l'étranger. On peut dire qu'il a tiré d'une situation mauvaise tout ce qu'on pouvait en espérer et qu'il a
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rendu de grands services au pays, à son commerce et à ses colonies.
La France était battue sur le continent et sur les mers lorsque Ghoiseul eut Tidée d'opposer à la coalition angloprussienne une sorte d'union latine. Tous les Bourbons régnants, ceux de France, d'Espagne, de Naples et de Parme-Plaisance, convinrent de se soutenir mutuellement par un traité d'alliance offensive et défensive. Ce fut le Pacte de Famille (1762). L'entente survenait trop tard ; elle n'atténua point les désastres militaires ni la rigueur des traités de Paris et d'Hubertsbourg (1768), mais Ghoiseul méditait sa revanche.
De tous côtés, il prépara des soucis et des embarras à l'Angleterre. Un peu auparavant, il avait convié les puissances maritimes secondaires : Danemark, Suède et Russie, à former la Ligue des Neutres contre les prétentions anglaises touchant la navigation de la Baltique, le droit de visite et le principe du blocus fictif.
Dans les années qui suivirent, il persuada à la Hollande et au Portugal d'adhérer à la Ligue et il les affranchit, en partie, de leur sujétion commerciale vis-à-vis de Londres.
Il entra en négociations avec le sultan, à l'effet de lui acheter l'Egypte, ce qui aurait fermé aux Anglais une des routes des Indes. Il retarda, tant qu'il conserva le pouvoir, le démembrement inévitable de la Pologne ; il fît deux tentatives de colonisation et annexa deux provinces à la France.
Vers la Guyane, Ghoiseul dirigea un convoi de i5ooo émigrants. Ges malheureux, recrutés dans la lie des populations urbaines, inaptes à tout travail agricole, indisciplinés et vicieux, périrent en grand nombre sous le climat malsain de Gayenne. On en rapatria 3ooo au bout de deux ans.
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MINISTÈRE DE GHOISEUL. 267
A Madagascar, le comte de Maudave conduisit un groupe de volontaires qui construisirent un fort, des magasins, plantèrent des vignes et des pieds de tabac, des cotonniers. Maudave fut bien reçu par les chefs des tribus environnantes, et si Ghoiseul, trop indécis, Tavait secouru à temps, nul doute que ce vaillant n*eût réussi comme il le méritait. Alors l'Angleterre, inquiète, pesa sur l'esprit de Louis XV et Maudave eut le sort de Dupleix.
Ghoiseul montra plus de fermeté dans TaiTaire de l'acquisition de la Corse. On sait qu'il se fit céder cette île par les Génois incapables de la garder et endettés de dominions de francs vis-à-vis de la France. Dédaignant les menaces britanniques, le ministre envoya le marquis de Marbeuf combattre Paoli, et les Anglais eurent beau fournir de Targent et des armes aux patriotes corses, Tîle finit par se soumettre en 1768.
La réunion de la Lorraine exigea moins de frais et moins de ténacité. Ghoiseul n'eut qu'à invoquer les clauses du troisième traité de Vienne de 1788 et l'Europe ne contesta point la légitimité de la succession de Stanislas Leczinski (1766).
Telle est, en raccourci, l'œuvre de Ghoiseul. Il est regrettable que ce ministre soit tombé victime d'une intrigue de cour en 1770. « Tout ce qui restait de r honneur français à Versailles en sortit avec lui », a dit Henri Martin. Sa politique réparatrice fut reniée par le trop fameux triumvirat. Pourtant, les troubles qu'avait fomentés Ghoiseul dans les colonies anglaises de l'Amérique du Nord devaient bientôt produire leurs résultats et amener l'émancipation des Etats-Unis. Si l'empire colonial de la France s'était dissous, celui de l'Angleterre allait se dissocier.
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258 UiSTOIHK SOMMAIRE BU COMMERCE.