L'INDÉPENDANCE DES ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE
d'être consultés sur les dépenses publiques, partant sur le vote des impôts.
Ils étaient tous profondément attachés à la mèrepatrie, tous soucieux de sa grandeur ; ils l'avaient bien montré lors de la guerre contre les Français du Canada. Tant que leurs droits furent respectés, ils se conduisirent en enfants loyaux, fidèles et dévoués de FAngleterre. Mais il vint un moment où la métropole commit la maladresse de les traiter comme l'Espagne, la Hollande et la France traitaient leurs colons ; où elle eut le tort de les considérer comme des sujets. Alors ils prirent les armes. La révolte des futurs Etats-Unis fut causée par la violation d'un principe qui passait pour incontestable et qui aurait dû demeurer incontesté.
Aussitôt terminée la guerre de Sept Ans, le cabinet britannique de lord Granville émit la prétention de faire supporter aux colons d'Amérique les frais qu'avait occasionnés la conquête du Canada, sous le prétexte assez plausible qu'ils étaient les premiers à profiter de cette acquisition. Malgré l'opposition clairvoyante de lord Chatam, le premier des Pitt, et de Fox; sans prendre l'avis des Chambres provinciales des treize colonies, il établit en Amérique l'impôt du papier timbré (1765). Des protestations véhémentes s'élevèrent contre l'incorrection et l'illégalité d'une pareille mesure. Le ministère Granville tomba. Le chef qui le remplaça, lord North, abolit l'impôt du timbre mais le remplaça par des taxes d'ailleurs fort modérées sur le thé, le café, le papier, le cuir et les couleurs. A cette nouvelle provocation, les Américains répondirent en formant des ligues de non-importation et ils résolurent de se priver des produits fabriqués d'origine anglaise plutôt que de subir l'arbitraire. Irré-
dbyGoogk
272 HISTOIRE SOMMAIRE DU GOMMERCi^.
solu, lord North retira toutes les taxes, à Texception de celle qui frappait le thé (i773). Cette faiblesse et cet entêtement décidèrent les Américains à résister plus énergiquement que jamais, et la convention de Boston qui les réunit dans la défense de leurs intérêts fut suivie, à bref délai, d'un acte positif : des jeunes gens de Boston, costumés en sauvages, montèrent à bord d'un navire anglais et jetèrent à la mer une cargaison de thé. Lord North déclara les Américains rebelles et voulut les, réduire par la force armée (1775).
A part la Géorgie, tous les autres États d'Amérique affirmèrent leur solidarité et, le 4 juillet 1776, le congrès de Philadelphie, sous l'impulsion de Jefîerson,de Samuel Adams, de Franklin, de Washington, etc..., publia VAcie de déclaration de l'Indépendance y charte solennelle de l'humanité, où il est dit que tous les hommes sont égaux, que leur liberté est un bien inaliénable et que les gouvernements sont faits pour le bonheur des peuples, non les peuples pour leurs gouvernements. Les députés signataires de l'Acte engageaient leurs biens, leur vie, leur honneur à la cause sacrée du droit. La veille encore ils étaient loyalistes^ c'est-à-dire respectueux de l'autorité légitime de la mère-patrie ; à partir de ce jour ils furent des insurffents, lord North disait des rebelles,
La guerre de l'Indépendance américaine comprend trois périodes. Dans la première, de 1776 à 1778, les révoltés sont isolés ; dans la deuxième, de 1778 à 1780, la France et l'Espagne viennent à leur secours ; dans la troisième, de 1786 a 1788, la Hollande se déclare à son tour contre l'Angleterre, et la ligue des Neutres réunit contre les prétentions britanniques les Etats Scandinaves, la Russie, la Prusse, l'Autriche^ les Deux-Siciles et même le Portugal.
dbyGoogk
l;indépbndance des états-unis D'AMÉRIOUK. 273
Première période. — Dès 1776, trois armées anglaises comprenanl des mercenaires levés en Allemagne et commandées, Tune, venue clu Canada, par Burgoyne ; Tautre, sortie d'Acadie, par Howe ; la ■^ dernière, concentrée à Charles ton, par tornwallis, opérèrent contre les milices improvisées de Washington que secondaient Gates, Arnold et le héros polonais Kosciusko. Le combat de Lexington, les batailles de Brooklyn, de la Delaware, de Trenton et de Princeton furent tour à tour favorables ou défavorables aux Américains. Un moment, le Congrès abdiqua son autorité pour confier la dictature à Washington : celui-ci ne s'en servit, fort heureusement, que pour rétablir la discipline et faire un appel à l'Europe spectatrice d'une lutte inégale.
Le sage Franklin, savant et philosophe, quitta Londres où il avait échoué dans sa mission d'apaiser le conflit, et passa en France dans le but d'y gagner l'opinion publique. Il y réussit par sa franchise, son habileté et son éloquence. Le monde de la noblesse, le monde des salons, se prononçait pour une intervention en Amérique, dans l'espérance de prendre une revanche des désastres récents. Plusieurs gentilshommes, les Noailles, les Coigny, les Ségur, sans le congé de leur roi, vinrent offrir au généralissime américain le secours de leur épéc. La maison de commerce Hortales et G'®, dirigée par le célèbre Beaumarchais, lui vendit des munitions, des armes, des équipements. Enfin, La Fayette, qui bravait les ordres de Louis XVI, s'embarqua sur le navire la Victoire, pensant, dit-on, dans l'enthousiasme de sa jeunesse, reprendre le Canada aux Anglais. Il se contenta de devenir le lieutenant, l'ami de Georges Washington.
dbyGoogk
Cependant le ministre des affaires étrangères, de Vergennes, hésitait encore à reconnaître la jeune République américaine et *à la protéger : il redoutait pour ses propres colonies, les Antilles principalement, ce qu'on appelle la contagion de Texemple. Mais, en 1777, il apprit la nouvelle delà capitulation de Burgoyne, cerné dans les marais de THudson, à Saratoga. Il consentit alors à un traité de commerce suivi presque aussitôt d'un traité politique, et il envoya en Amérique le marquis de Rochambeau avec 6000 hommes de troupes. Lord North, inquiet, essaya vainement de calmer les Américains au moyen du bill conciliatoire; il fut réduit, par le vieux Pitt, qui se fit porter mourant à la tribune des Lprds, à déclarer la guerre aux Bourbons.
Deuxième période. — L'océan Atlantique, les Antilles et le continent américain furent autant de champs de bataille. L'Angleterre aurait bien voulu, comme en 1756, provoquer une guerre européenne qui eût fait diversion ; elle espéra mettre le feu aux poudres à propos de la succession de la Saxe, que se disputaient la Prusse et l'Autriche; mais la Russie s'interposa et fit signer l'arrangement de Teschen(i779). En même temps, par application du Pacte de Famille^ le roi d'Espagne, Charles III, se rangea aux côtés de Louis XVI, son parent : il comptait reprendre Gibraltar aux Anglais.
L'Angleterre fit face à tous les dangers. Ses amiraux la préservèrent d'une descente projetée par les Français elles Espagnols; ils furent victorieux aux Antilles; ils ravitaillèrent Gibraltar. Partout elle reprit le d.essus : en Amérique, la détresse financière des Etats-Unis, la désorganisation de l'armée de Washington, la trahison du général Arnold convaincu de concussion, seipblaieiit