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L'INDÉPENDANCE DBS ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE

rendre impossible T affranchissement des anciennes colonies (1780).

Troisième période. — L'entrée en scène de la Hollande et de la lig^ue des Neutres imprima à la guerre qui languissait une ardeur nouvelle.

Les Français enlevèrent Tîle de Minorque et faillirent réussir à Jersey même.

Si le comte de Grasse fut battu aux Saintes par Rodney, les soldats de Rochambeau contribuèrent à faire capituler Cornwallis dans les murs de Yorktown (1781).

L'épisode le plus surprenant de cette guerre est la campagne maritime du bailli de Suffren. Cet amiral provençal (il était né à Saint-Tropez) vainquit plusieurs flottes anglaises au Cap-Vert, au cap de Bonne-Espérance, autour de Geylan (Trinquemalé), et débarqua des marins qui aidèrent le sultan de Mysore à gagner la bataille de Gondehour (1783). Peut-être allait-il renouveler les exploits de Dupleix, lorsqu'il apprit que la paix était conclue.

C'était le traité de Versailles (1788). En voici les principales clauses :

i** L'indépendance des Etats-Unis d'Amérique est reconnue. La navigation du Mississipi est ouverte aux navires de toute nationalité.

2® L'Espagne recouvre la Floride et Minorque.

3** La Hollande rentre en possession de la colonie du Cap en Afrique.

4° La France reprend Tabago et Sainte-Lucie des Antilles, le Sénégal et ses cinq comptoirs de l'Inde.

5® L'Angleterre promet de respecter à l'avenir le droit des Neutres. Elle admet la liberté des mers et renonce à

la visite des navires étrangers, sauf dans les cas de contrebande de guerre.

• La conséquence la plus heureuse de ces événements fut la ruine du Pacte colonial. Rien ne démontra mieux l'inanité du système de l'Exclusif que l'augmentation du commerce de l'Angleterre avec son ancienne colonie affranchie. Turgot avait raison : « Les colonies ne tiennent à la métropole que comme les fruits tiennent à V arbre, jusqu'à la maturité. »

La France, qui avait dépensé une somme de i milliard et demi, profita aussi du traité de commerce signé en 1778 avec la nouvelle République. Un service de paquebots relia Port-Louis à New- York. Nous ne parlons pas de la reconnaissance des Etats-Unis qui fut très sincère et qui ne se démentit pas durant un siècle. En tous cas, le traité de Versailles rachetait un peu celui de Paris; il relevait le prestige du nom français et frappait l'Angleterre dans son orgueil.

Quant au nouvel État d'outre-mer^ après une courte période de tâtonnements et de confusion, il évita l'anarchie la pire de toutes, l'anarchie militaire, et parvint à s'organiser. Une Convention nationale rédigea de 1787 à 1789 la Constitution qui est toujours en vigueur.

Œuvre de Franklin, cette Constitution repose sur le principe absolu de la séparation des pouvoirs. Le pouvoir législatif appartient à deux Chambres : celle des représentants, élus pour deux ans au suffrage universel et direct, à raison d'un député par 3oooo habitants, et celle des sénateurs, composée de deux délégués de chaque Etat nommés pour six ans.

Le pouvoir exécutif est confié à un Président de la République, nommé pour quatre ans par un collège spécial, formé des sénateurs, des députés et d'un nombre

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égal de délégués spéciaux. Au-dessous de lui, le Vice- Président n'a aucune autorité, mais il est prêt à prendre sa place s'il vient à mourir ou à démissionner avant l'expiration de son mandat national.

Le premier président des États-Unis fut naturellement Georges Washington (1789 à 1798); réélu, il refusa en 1797 une troisième présidence et se retira dans sa propriété de Mount-Vernon, sur les bords du Potoniac, non loin de la ville nouvelle qui porta son nom et fut choisie comme capitale fédérale. Il mourut en 1799 et l'on grava sur son tombeau cette courte épitaphe : u // fut le premier dans la guerre y le premier dans la paix, le premier dans le cœur de ses concitoyens. »

« De tous les grands hommes, il a été le plus vertueux et le plus heureux. Dieu n'a point, en ce monde, déplus haute faveur à accorder. » C'est en ces termes que Guizot a caractérisé la vie du Cincinnatus américain, de l'homme qui a donné le plus grand exemple de simplicité et de désintéressement.

Les Etats-Unis se développèrent avec rapidité. Le Vermont (en 1791), le Kentucky (en 1792), le Tennessee (en 1796) portèrent le nombre des Etats de i3 à 16 et reculèrent les limites de cette nouvelle puissance jusqu'aux rives du Mississipi.

Au point de vue commercial, les Français tirèrent de grands avantages de leur alliance, mais les événements de la Révolution française leur fermèrent trop tôt ces débouchés nouveaux et les Anglais reprirent possession d'un marché qu'on aurait cru perdu pour eux. L'explication de ce fait étrange est fort simple : pendant longtemps l'outillage industriel de l'Amérique resta rùdimentaire et, d'autre part, l'immigration anglo-saxonne, un moment interrompue, reprit dans des proportions colossales^ *

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