LES SUGGBSSBUBS DE TURGOT
regretta ce ion Monsieur Necker. La presse commençait alors à se répandre. En 1779, avait paru le premier en date de nos journaux quotidiens, le Journal de Paris, qui était consacré aux lettres, aux nouvelles administratives et judiciaires, sans qu'il négligeât les annonces et les réclames.
A partir de la chute de Necker, les événements se précipitent et la décadence de la monarchie, la faillite de Tancien régime ne font plus de doute pour personne.
Joly de Fleury ne sut qu'augmenter la dette de Soooooooo de livres. D'Ormesson, intègre et bien intentionné, perdit sept mois en efforts superflus. Vint le tour des ministres courtisans.
De Galonné, homme taré, criblé de dettes, mais beau parleur, brillant, spirituel, un enchanteur, disaient les dames de la Cour, prit pour maxime qu'il fallait dépenser beaucoup pour paraître riche et trouver à emprunter (1783). 11 plaisait à la reine, Marie- Antoinette, et tenait pour elle caisse ouverte. A ses nombreuses demandes d'argent, il répondait : « Si c'est possible, c'est déjà fait; si c'est impossible, cela se fera », et, pour faire Vimpos^ sible, il empruntait, empruntait sans cesse. En quatre années (1783-1787), 477 nouveaux millions de dettes grevèrent le budget.
Lorsque le ministre dissipateur eut épuisé tout crédit et que la banqueroute devint évidente, il proposa, avec son impudence accoutumée, d'essayer des réformes de Turgot. Il parla d'abolir la corvée, les corporations, les douanes intérieures; d'établir la subvention territoriale sur toutes les terres et d'organiser les municipalités de paroisse, de district et de province. A cet effet, il convoqua une Assemblée de notables. Celle-ci, composée de privilégiés conservateurs, se retourna contre lui et le fit tomber (1787).
La reine fît nommer un de ses protégés, Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse, prélat débauché et incrédule, courtisan éhonté. De Brienne acheva d'obérer le Trésor, lutta contre les Parlements qui retrouvèrent alors un regain de popularité parce qu'on les regardait, à tort, comme les défenseurs de la bourgeoisie, et ne dura qu'un an (1787-1788). Louis XVI rappela Necker, dont la réputation n'avait fait que croître. La Révolution allait commencer.
La France de 1789 avait à peu près les mêmes dimensions qu'aujourd'hui, mais ses frontières ont varié, et quelques pays étrangers (principauté de Montbéliard, principauté d'Orange et comtat Venaissin) ont été absorbés dans les dernières années du dix-huitième siècle. Le duché de Savoie et le comté de Nice ne faisaient pas encore partie intégrante de son territoire, mais l'Alsace et la Lorraine (à l'exception de la principauté de Salm et de la ville libre de Mulhouse), les places fortes de Philippeville et de Marienbourg, dans les Pays-Bas autrichiens, compensaient amplement ces lacunes.
Au point de vue administratif, la France comprenait encore des pays d'élection (ancienne subdivision fiscale) et des pays d'États, sans que cette distinction eût rien d'absolu, puisque le Dauphiné, par exemple, pays d'États, était traité comme pays d'élection, ce qui amena les protestations de l'Assemblée de Vizille, en 1788, où quelques historiens ont voulu voir la préface des Etats généraux de 1789.
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Les généralités ou intendances, correspondant à peu près aux anciennes provinces historiques, étaient au nombre de 34.
Elles portaient souvent le nom de leur ville principale. C'étaient donc les généralités de Lille^ Arras, Valenciennes et Cambrai, d'Amiens, de Soissons, de Paris, de Rouen, Gaen, Alençon, Rennes, Tours, Poitiers, la Rochelle, Bordeaux, Auch, Pau et Bayonne, Foix, Toulouse, Montauban, Limoges, Riom, Moulins, Bourges, Orléans, Tours, Châlons, les Trois Évéchés et la Lorraine- Barr ois , r Alsace, Besançon, Dijon, les Bombes, Lyon, Grenoble, Aix, Montpellier et Perpignan. La Corse était rattachée à la généralité d'Aix.
Le royaume était, après la Turquie, le pays le plus peuplé de TEurope : 26 millions d'habitants environ sur un total de 186 millions, soit le septième.
Sous le rapport des revenus publics, il tenait le premier rang, avec un chiffre de 486 millions de livres ; mais ses dépenses étaient bien supérieures à ses recettes : 6i4 millions.
i55 millions étaient réservés aux armements, ce qui permettait d'entretenir des forces considérables, telles qu'aucune autre puissance ne pouvait en mettre sur pied : 200000 hommes de troupes régulières, 60000 de milices et une marine de 226 bâtiments de combat, inférieure seulement à celle des Anglais. Malheureusement, cette armée était mal recrutée et les équipages de la flotte souffraient de la rivalité entre les officiers blancs ou nobles et bleus ou roturiers.
Le gouvernement était mal défini, la justice inégale, les impôts mal assis et plus mal perçus; la noblesse privilégiée, le haut clergé trop riche, le bas clergé trop pauvre. L'agriculture souffrait de la taille, des corvées,
des droits seigneuriaux; Tindustrie, des corporations; le commerce, des douanes intérieures, de la diversité des poids et mesures, de Tinsuffisance des transports, des droits de douane et enfin, depuis 1786, du fameux traité anglo-français, dit de sir Eden,
C'est au cours du ministère de Galonné que ce traité, la première convention libre-échangiste de notre histoire, avait été signé.
Il fut négocié à Paris, par sir Eden, au nom du ministère Pitt et par Gérard de Rayneval, directeur des douanes, délégué par le contrôleur général des finances. Le diplomate français n'avait pas d'idées bien arrêtées et subissait l'influence contraire de ses deux conseillers, Boyetet et Dupont de Nemours, qui représentaient des écoles rivales. Il en résulta que la France fit un marché de dupe.
Les dispositions préliminaires portaient que le pavillon couvre la marchandise, sauf la contrebande de guerre; que, dans le cas où la France et l'Angleterre entreraient en lutte, les négociants des deux pays auraient un délai d'un an pour mettre ordre à leurs affaires : cela était juste et rationnel.
Les dispositions particulières étaient toutes à l'avantage des Anglais. Sir Eden exigea des dégrèvements considérables sur les produits de ses manufactures : le droit de douane ad valorem à l'importation ne pouvait plus dépasser 12 p. 100 pour les lainages et cotonnades, les faïences et autres poteries ; i5 p. 100 pour les articles de sellerie ; 10 p. 100 pour la quincaillerie, la tabletterie, les objets en fer ou en acier, etc. En retour, il consentit des réductions notables sur les marchandises françaises qui entreraient dans les Iles Britanniques. Les droits sur les vins furent diminués de 5o p. 100; les droits sur les
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eaux-de-vie tombèrent à 120 p. 100 de leur ancienne valeur, les droits sur les vinaigres à i5o p. 100, ce qui était encore une charge trop lourde. Mais en même temps que sir Eden traitait à Paris, le gouvernement anglais remaniait le traité de sir Métbuen conclu autrefois (lyoS), avec le Portugal, et il favorisait les vins de ce pays en abaissant les droits d'entrée des deux tiers. Ainsi, les vins de France ne purent supporter la concurrence. La France du Midi ne gagna pas de débouchés et la France du Nord, déjà passablement industrielle, fut ruinée par le bon marché des articles anglais, produits dans de meilleures conditions.
Il n'est pas étonnant que les contemporains, témoins des désastres éprouvés par la Normandie, la Picardie, l'Artois et la Flandre, aient rendu le libre-échange responsable des tristes effets d'une politique maladroite et ignorante. De longues années se sont écoulées avant que Ton soit revenu de ces préventions.
Bien meilleur fut le traité de commerce conclu en 1787 avec la Russie; mais étant donné l'éloignement de ce pays, la difficulté des transports et le peu de sécurité dont on jouit jusqu'en 1798, époque de la rupture, les exportateurs français ne purent guère en profiter. Les meilleurs clients de la France étaient toujours l'Angleterre et l'Espagne.
Il y avait eu, au milieu du dix-huitième siècle, un réveil de l'industrie française qu'on ne saurait passer sous silence. Si la France restait avant tout une contrée agricole par sa grande production de blé, de vin, de bétail, de fruits, de légumes; si la culture de la pomme de terre, la parmentière, et des plantes tinctoriales y était surtout en honneur, elle s'était mise enfin à exploiter ses richesses minières. La houille commençait à être extraite du
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bassin d'Anzin, des Cévennes et du Rouergue. L'usine métallurgique du Creusot débutait en 1742.
Un étranger, Bûcher, apportait de Bohême l'art de tailler le cristal.
Marseille, Strasbourg, Rouen et Nevers fournissaient des faïences aussi belles, aussi recherchées, que celles de Delft.
Un obscur médecin de Saint- Yrieix, Darnet, découvrait, pajr hasard, le kaolin dans le sol du Limousin, et la préparation de la porcelaine faisait la fortune de Limoges. M""* de Pompadour créa la manufacture artistique de Sèvres.
Les meubles, la carrosserie, les papiers peints, les soieries, les broderies et dentelles, l'orfèvrerie de France continuaient d'être en vogue par toute l'Europe, excepté peut-être parmi les gens du bel air à Versailles et à Paris, où sévissait une première fois V anglomanie.
Enfin, avant que James Watt eût perfectionné sa machine à vapeur destinée à changer les conditions économiques du monde entier, Cugnoiy trop oublié de nos jours, proposait au gouvernement de Louis XV une voiture à vapeur, un automobile, pour le transport de l'artillerie (1770) et le marquis de Jouffroy lançait sur la Saône la première embarcation à vapeur, continuant ainsi la tradition créée par Denis Papin et précédant de plusieurs années l'Américain Fulton.
Le commerce extérieur de la France montait, aux approches de la Révolution, à 600 millions de livres dont 33o pour l'exportation. Les marchandises manufacturées : étoffes, modes, parures, entraient dans ce chiffre pour 169 millions contre 55 millions de produits agricoles et 98 millions de denrées coloniales. A l'importation, les
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mêmes produits fabriqués représentaient à peine 4o millions contre iio millions de matières premières. Ces chiffres peuvent faire illusion. Souvenons-nous que l'on croyait alors à la Balance du commerce et que Ton se réjouissait de Texcédent des sorties sur les entrées.
Dans ce mouvement, les colonies françaises faisaient bonne figure. Elles étaient cependant bien réduites. Le Sénégal, borné au territoire de Saint-Louis, les Mascareignes (île de France et île Bourbon), Mahé des Seycheiles, les cinq comptoirs de THindoustan, Saint- Pierre etMiquelon, Gayenne, la Guadeloupe, la Martinique, Sainte-Lucie, Tabago et la meilleure partie de Saint-Domingue, voilà tout ce qu'on avait pu sauver de la défaite.
On aurait pu tirer parti de Madagascar : en i75o, la reine hova Béty avait cédé Tîle de Sainte -Marie et épousé le caporal français La Bigorne, qui encouragea les relations avec les Mascareignes ; en I774i un noble polonais, Béniowski, fonda le fort Choiseul ; mais il fut tué par le gouverneur de Foulepointe qui le prenait pour un aventurier.
Sous Louis XVI, on faillit coloniser TAnnam. L'empereur Gia-Long, conseillé par Tévêque d'Adran, Pigneau de Béhaine, appela des officiers et des ingénieurs français et fit don au roi de France de l'île de Poulie- Condor et de la baie de Tourane (1787). Les événements politiques empêchèrent une occupation elfeclive.
Les voyages maritimes de la Condamine, de la Vérandrye, d'Entrecasteaux, n'ajoutèrent rien à notre petit domaine. Bougainville fit le tour du monde en 176H et découvrit Taïti, Samoa, les Nouvelles-Hébrides ; l'inlùrtuné La Pérouse suivit les côtes de la Sibérie et de 1 île Sakhaline et se perdit en Océanie sur les récifs clo
Vanikopo (1786-1788). De pareilles expéditions ofiEraient un grand intérêt scientifique, mais elles ne pouvaient avoir de résultats pratiques.