‹ Histoire tintamarresque de Napoléon IIIChapitre 10 sur 104 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

SEJOUR. A PARIS. — MANIFESTATIONS BONAPARTISTES. — LA REINE HOUTENSE AGITE AVANT DE S’EN SERVIR.

Une lois installée à Paris, le premier soin île la reine Hortense fut de dicter à Louis-Napoléon la lettre suivante destinée à Louis-Philippe :

c( Sire!...

ci J’ai servi les carbonari; mais je n’ai pas tardé à m’apercevoir qu’avec ces gens-là, il n’y a pas d’avenir.

(( Permettez-moi de prendre du service dans l’armée française... Mon seul désir est d’être utile à mon pays. Pour cela, il faut que je sois sur les lieux, afin de profiter de toutes les occasions qui pourraient s’offrir et de pouvoir les faire naître au besoin.

« Je suis de Votre Majesté, etc., etc. »

Quand cette lettre fut écrite, la reine Hortense la mit dans le tiroir de sa commode, en se disant :

— J1 sera toujours temps de l’envoyer, si nous ne parvenons pas à décaler le vieux par un coup de main.

Sur ces entrefaites, Louis-Philippe avait été prévenu de l’arrivée de Louis-Napoléon à Paris.

Et son conseil des ministres était fortement d’avis que le gouvernement fît à ce prince l’accueil chaleureux que l’on réserve d’habitude aux gens qui sont surpris en train d’appliquer de la cire molle sur la serrure d’un coffre-fort.

Louis-Philippe ne voulut pas brusquer les choses; il résolut de voir la reine Hortense et son fils et de leur demander de s’expliquer sur la pureté de leurs intentions.

Cette entrevue eut lieu.

Louis-Philippe lit comprendre poliment à Hortense que sa place n’était pas plus en France que celle d’une souris dans un garde-manger où il y a du lard.

Hortense promit de s’en aller en Angleterre.

Elle ne laissa pas échapper cette occasion de réclamer

de l’argent qui lui restait dû, — disait-elle, — par la France.

Elle présenta sa petite facture, et Louis-Philippe promit de la taire vérifier.

Quelques jours se passèrent, et la reine Hortense ne partait toujours pas.

Elle employait ce répit à préparer un petit deux décembre d’été dont elle avait caressé le plan, et donnait pour raison de sa prolongation de séjour que son fils était tombé malade et 11e pouvait supporter le voyage.

C’était une frime.

Louis-Napoléon n’était pas plus malade que le Trocadéro.

Ces retards finirent par paraître louches à Louis- Philippe qui envoya son ministre, Casimir Périer, chez la reine Hortense voir si vraiment le prince était souffrant.

Ce fut un coup de théâtre digne du Palais-Boy al.

Au moment où Casimir Périer se faisait annoncer chez F ex-reine, le prince Louis était en train de fumer un cigare énorme pour aider à la digestion d’un vrai déjeuner de convalescent :

Fort bifteck, pâté de foie, choucroute garnie, salade de homard, plum-pudding, dessert assorti, café, poussecafé, etc...

Comment faire?... M. Casimir Périer allait s’apercevoir que le prince Louis avait monté au gouvernement de Louis-Philippe un coup énorme.

Impossible de penser à lui faire prendre les deux bouteilles de champagne, qui étaient sur, la table, pour des flacons d’huile de foie de morue !...

Mais, comme nos lecteurs ont souvent eu l’occasion de le voir déjà, la reine Hortense était une femme de res¬

sources.

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