ORDRE DU COMITÉ CENTRAL
« Le carbonaro à la vanille, Louis-Napoléon, est prié de se souvenir que l’association à laquelle il a juré de se dévouer n’a pas été inventée pour que les trois quarts de ses membres se fassent tuer au seul profit de l’autre quart.
(( Le carbonaro Louis-Napoléon est chargé, par le Comité, de partir sur-le-champ et d’aller organiser la défense depuis Foligno jusqu’à Castellane.
« Si le carbonaro' Louis- Napoléon ne se rend pas immédiatement au poste de combat qui lui est assigné, il ne
devra pas être surpris, un de ces matins en se réveillant, de voir quatre carbonari en train de jouer à enfiler des anneaux dans les manches des couteaux qu’ils lui auront plantés dans l’estomac.
«. Pour le Comité :
a Fouillentripinelli, « Mangelènezello. »
Quand le prince Louis-Napoléon vit qu’il n’y avait pas à plaisanter avec les carbonari et qu’il ne lui restait plus
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qu’à choisir entre la chance d’être tué et la certitude de mourir, il accepta la mission qu’on lui donnait, pensant que, lorsqu’il s’agit du trépas, il vaut mieux, en dépit du proverbe, renoncer au certain pour l’incertain.
Il partit donc pour Foligno, bien décidé d’ailleurs à ne prendre des dangers de la lutte que la part qui revient aux princes, dont le rôle est de se conserver intacts pour les arcs de triomphe de la fin.
Malheureusement, cette lutte des Italiens contre leurs maîtres manqua d’arcs de triomphe.
L’insurrection fut vaincue.
Quand la reine Hortense vit que les choses se gâtaient, son premier soin fut de rappeler son fils.
Un hasard heureux a placé sous nos yeux la lettre pressante par laquelle cette femme de beaucoup de cœur, — mais de plus de prudence encore, — écrivait à son bienaimé Louis, à cette occasion.
La voici :
c( Mon cher fils !...
(.( Ai-je donc besoin de te répéter ce que je t’ai déjà dit cinquante fois : Un prince qui conspire n’a le droit d’exposer que les jours de ses complices?
ce Dieu, qui fait bien les choses, a eu cette attention déli¬
cate de donner la lâcheté aux ambitieux afin qu’ils pussent jouir de leurs succès, comme il a donné l’imbécillité aux lecteurs de la Patrie , pour que cette feuille pût vivre.
« Un ambitieux qui s’exposerait à se faire tuer, ô mon fils!... ce serait absurde!... Comprends donc!... ce serait la gourmandise avec une gastrite!... ce serait une passion pour Cora Pearl avec neuf cents francs d’appointements !... ce serait l’amour du jeu avec un anévrisme!... Dieu ne pouvait permettre cela.
oG
c( Reviens donc vite, mon fils, puisque tu n’as plus rien à gagner avec les carbonari. Lâclie-les carrément. Tu n’aurais plus d’excuse pour les fréquenter, puisqu’ils ne peuvent plus t’être utiles.
« Ta mère, qui t’a toujours guidé, sinon dans le sentier de l'honneur, du moins dans le chemin creux du profit.
<i HORTENSE. ))
En recevant cette page éloquente, qui semble détachée de la morale en action (édition spéciale pour les têtes couronnées , l'ayant été ou désirant l'être ), le prince Louis-Napoléon n’hésita point à prendre congé des carbonari, et vint retrouver sa mère.
A cette époque, son frère Napoléon-Louis mourut ; et, lui-même, atteint de la rougeole, fut obligé de se cacher quelque temps à Ancône.
Pendant ce temps, la reine Hortense obtenait un laissezpasser en blanc du général autrichien, pour se rendre en Angleterre.
On est forcé d’admirer l’adresse de cette femme qni
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trouvait toujours le moyen d’échapper à tous ses ennemis, en se faisant combler par eux des prévenances les plus , tendres.
Elle avait conspiré contre Louis XVIII, et Louis XVIII lui avait fait la cour et donné de l’argent.
Belle-fille de l’empereur Napoléon , elle avait traité
chez elle l’empereur de Russie et s’était lait assurer une pension de quatre cent mille francs.
La reine Hortense sortait des pas les plus difficiles avec les honneurs de la guerre.
Elle était de force à dévaliser le coffre-fort de Rothschild et à se faire offrir le bras par lui pour la reconduire jusqu’à sa voiture.
Munie de ce laissez-passer, elle traversa les lignes autrichiennes avec son fils Louis-Napoléon déguisé en domestique.
Le déguisement était parfaitement choisi.
On trouva bien que, pour une ex-reine, elle avait un larbin qui marquait mal ; mais ce fut tout.
Louis-Napoléon était dans un état complet d’affaissement. 11 se laissait faire par sa mère comme un enfant de cinq mois.
Où elle le posait, il restait.
Dans les endroits que la reine traversait, les gens dont le chien venait de crever accouraient de toutes parts lui demander F adresse de son empailleur.
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Quand ils furent hors de portée des lignes ennemies, la reine Hortense se tint ce raisonnement :
— A quoi peut servir un laissez-passer pour F Angleterre?... Pour une femme comme moi, ce n’est pas douteux, il doit servir à aller... autre part.
Et la reine Hortense, ouvrant la portière de sa berline, cria au cocher :
— - A Paris!...
Le cocher ht timidement observer à Hortense que le territoire français leur était interdit.
Elle lui répondit qu’elle arrangerait cela avec Louis- Philippe, et, quelques jours après, Hortense et Louis-
Napoléon s’installaient à l’hôtel de Hollande, près la place Vendôme, munis de peu de bagages, mais des plus mauvaises intentions.
O11 était en avril 1831.
Les Parisiens ressentirent bien une sorte de malaise; mais ils attribuèrent cela à 1 influence du printemps, et se purgèrent.