‹ Histoire tintamarresque de Napoléon IIIChapitre 11 sur 104 · LE ROI LOUIS DE HOLLANDE · texte numérisé non relu

LE ROI LOUIS DE HOLLANDE

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D’un coup d’œil, elle vit la situation; et, sautant sur sa houppette à poudre de riz, elle blanchit le visage de Louis- Napoléon, lui tortilla sa serviette autour de la tête en û’iiise de foulard de nuit en lui disant vivement :

— Couche-toi et geins !... voilà Casimir!...

Lé prince se coucha sans comprendre. (Il ne comprenait jamais.) Il était temps, Casimir Périer entrait.

— Sapristi !... dit-il, comme ça sent la pipe, ici !...

La reine Hortense saisit le cigare qu’avait laissé son iils sur la table et se mit à en tirer de larges bouffées en disant :

— Excusez-moi, Excellence!... c’est moi qui fume parce que j’ai mal à une dent.

La conversation s’engagea.

Tout en protestant de leur amour pour Louis-Philippe, Hortense allait tâter la tête de Louis et lui disait :

— Tu souffres beaucoup, mon chéri?....

L’air abruti dont le prince jouissait déjà à cette époque,

donna quelque vraisemblance à ce tableau ; et Casimir Périer s’y laissa prendre.

Il faut ajouter que la reine soignait la mise en scène en conscience.

De temps en temps, tout en causant avec le ministre, elle allait faire boire à Louis une cuillerée d’une soidisant potion calmante.

Elle avait pris la première fiole (pii lui était tombée sous la main.

Le hasard voulut que cela se trouvât justement être le flacon d’huile antique pour la barbe.

On voit d’ici la figure du prince avalant ça toutes les cinq minutes.

Enfin, pour compléter l’illusion, la reine Hortense força son fils à prendre, devant M. Casimir Périer, un de ces breuvages qui ne restent jamais sur l’estomac, et qui, aussi chauds qu’ils soient, n’ont aucun effet sur les dents cariées de celui qui . l’avale.

Le ministre de Louis-Philippe, entièrement convaincu par cette dernière épreuve, prit congé et se retira.

La reine Hortense, en le reconduisant, l’assura de nouveau de son amitié pour le gouvernement et lui remit la lettre par laquelle le prince Louis demandait à servir dans l’armée française comme simple soldat.

M. Casimir Périer lui répondit qu’il n’y aurait peut-être pas d’inconvénient à cela; mais qu’il faudrait alors que le prince changeât de nom à son régiment, celui de Napoléon pouvant devenir dangereux à un moment donné.

Cette observation arracha à la reine Hortense une grimace significative.

Elle connaissait son Sis, et se disait :

— Oter à Louis le prestige de son nom, c’est me retirer

mon chignon!... 'C’est ôter à un suisse d’église ses faux mollets!... C’est enlever à la Belle- Jardinière son ancienne enseigne. Que lui restera-t-il?... Rien que son mérite personnel, et ce n’est jamais cela qui lui fera refuser l’entrée dans un omnibus!... Si on le force à servir dans \ l’armée

sous le nom de Durand, il n’est pas fichu de passer caporal en huit ans!...

Elle sut pourtant dissimuler son mécontentement et congédia M. Casimir Périer.

Quand il fut parti, elle alla retrouver Louis-Napoléon, et, en réjouissance du bon tour qu’ils venaient de jouer à ce ministre, ils esquissèrent tous deux un petit pas de cancan dont l’ironie n’eût pas trouvé grâce devant un municipal de service à la Reine-Blanche.

Mais le temps pressait, il fallait prendre un parti et brusquer le mouvement préparé.

L’occasion 11e tarda pas à se présenter.

M. Casimir Périer venait de faire rétablir la statue de Napoléon sur la colonne, et les bonapartistes voulurent en profiter pour faire une manifestation politique, le 5 mai, en allant porter leurs couronnes au pied de la colonne Vendôme.

Les manifestants à trois francs par jour firent durer leur travail du 5 au 10 mai, piaillant comme des enragés et empoisonnant la rue de la Paix de leurs haleines alcoolisées, jusqu’à ce qu’ enfin le général Lobau, impatienté des vociférations de ces blouses blanches du temps, fit vider sur les bidons à absinthe de la reine Hortense l’eau de trois ou quatre pompes à incendie pour éteindre leur enthousiasme de commande.

Quand ces troubles furent apaisés, le roi Louis-Philippe comprit qu’il fallait absolument mettre Louis-Napoléon et sa mère dans l’impossibilité d’en organiser une seconde représentation.

Et il fit signifier à la reine Hortense d’avoir à quitter la France.

Hortense essaya bien encore de gagner un peu de temps en prétextant que son fils avait fait une rechute et qu’il lui était venu des clous dans le dos.

Mais le gouvernement tint bon, pensant avec quelque raison que Louis-Napoléon devait encore avoir plus de vices que de clous.

La reine Hortense partit donc pour T Angleterre avec son fils.

Leur traversée fut pénible. Ils eurent le mal de mer, et en arrivant à Londres, le prince Louis était en possession d’une jaunisse d’une telle richesse de ton , que lorsqu’il débarqua sur le quai, les habitants avaient beau le regarder en face, ils le voyaient toujours en coing.

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