SÉJOUR EN ANGLETERRE
Voyant que leur campagne de France n’avait pas réussi, Hortense et Louis essayèrent de se retourner d’un autre côté.
Justement le trône de Belgique était vacant. Cela ne valait pas celui de France ; mais, enfin... plutôt que de ne rien faire !...
Quelques intrigues sourdes furent machinées pour faire obtenir à Louis-Napoléon ce petit emploi en attendant.
Il fut même question , pendant un moment , que Louis-Philippe lui donnerait une de ses filles en mariage.
L’on semblait compter beaucoup en Europe sur cette combinaison pour se débarrasser de ce maraudeur de trônes en lui en donnant un pour qu’il laissât les autres tranquilles.
10e Li vi
Mais les Belges se montrèrent peu empressés de confier leurs destinées à un homme qui n’avait d’autres recommandations que de s’être fait mettre à la porte de partout.
Ils donnèrent la préférence au prince Léopold de Saxe- Cobourg, et la reine Hortense resta encore une fois avec son fils sur les bras.
Il y a des métiers oii l’on a bien du mal à établir ses enfants.
Quand Louis-Napoléon vit que le coup belge était raté, il voulut au moins en profiter pour se faire un petit bout de réclame.
Quelques journaux l’ayant un peu plaisanté sur sa déconvenue, il leur écrivit une lettre dans laquelle il protestait contre les accusations d’ambition élevées à son égard.
Dans cette lettre il continuait son éternelle scie du (( pauvre prince exilé à qui l'on refuse même la consolation de servir dans l'année de son pays ».
Il trempa cette lettre dans sa cuvette pour simuler les larmes amères qu’il disait avoir versées dessus en y collant le timbre-poste.
C’était navrant de douleur. L’Europe en pleura pendant six semaines comme un vrai veau.
Peu de gens songèrent à répondre à ce prince sanglo¬
tant qu’il ne tenait qu’à lui de servir dans l’armée française, puisque Louis-Philippe lui en avait fait offrir l’autorisation à la condition qu’il laissât son titre de prince au vestiaire.
' La reine Hortense et le prince Louis ne tardèrent pas à recevoir à Londres, la visite des bonapartistes enragés
qui venaient les presser de venir tenter un nouveau coup de main à Paris.
Mais ils ne crurent pas le moment bien choisi et, pour se débarrasser des importunités de ces émissaires dont l’impatience croissait en raison directe du vide qui s’opérait dans leurs porte-monnaie, ils résolurent de quitter l’Angleterre.
Munis d’un passe-port pour la Suisse , ils s’embarquèrent.