CITOYEN DE THURGOVIE. — ■ IL COMMENCE A SE PAIRE DES RELATIONS EN
VUE D’UN COUP DE MAIN. — SES NOUVEAUX AMIS I.’ APPELLENT I MON¬ SEIGNEUR F.T EN ONT CHACUN UN A LEUR DISPOSITION.
La mort du duc de Reichstadt avait puissamment contribué à exciter les désirs de Louis-Napoléon ; et il était résolu à donner, aussitôt que l’occasion s’en présenterait, un coup de pouce généreux à la pendule des événements politiques.
Il se mit donc au travail.
Ses Rêveries politiques n’avaient pas eu tout le succès qu’il en avait attendu. On en trouvait des masses d’exemplaires sur les quais, dans la boîte des volumes à deux sous.
Il voulut prendre sa revanche, et publia une nouvelle brochure : Considérations politiques et militaires sur la Suisse.
Nos lecteurs ne sont pas assez abonnés à la Patrie pour que nous leur fassions l’injure de leur expliquer ce nouveau truc du prince Louis.
Ils ont compris, depuis plus de cinq minutes déjà, que Louis-Napoléon n’écrivait son livre que pour la Suisse du boulevard Montmartre.
Il ressemblait, en cela, à ces personnages de comédie qui se racontent, sous forme d’exposition, ce qui est censé s’être passé avant le lever du rideau, uniquement pour que le public le sache.
La Suisse était sur le point de voter un pacte fédéral ; ce fut ce pacte que le prince fit semblant d’examiner dans sa brochure.
Cela lui fournit de nouveau l’occasion d’exhiber son attirail de théories sur le gouvernement de son rêve : la République impériale ou l’Empire républicain.
C’était drôle pour l’époque.
Mais depuis, Gagne a fait beaucoup mieux avec son archi-unitéicle et sa République-empire-royauté !...
Les Suisses , très-probablement , ne lurent pas les brochures que le prince Louis leur dédiait. Mais, comme ils sont généralement polis et bienveillants, ils jugèrent à propos de feindre une grande reconnaissance.
Louis-Napoléon reçut d’eux le titre de citoyen de Tlmrgovie et peu après (1834) , celui de capitaine au régiment d’artillerie de Berne.
Nous serions désolé que nos lecteurs attachassent à ce lait une importance exagérée.
Les citoyens .suisses agissaient en cela comme ces souverains étrangers à qui les parfumeurs parisiens envoient un pot de leur nouvelle pommade, et qui,
pour se débarrasser à bon marché , leur font adresser le titre de :
parfumeur breveté
DE S. M. TROUDBALOUSKISCHERAMM
ROI DES IDIOMITES
Quand éclatèrent le mouvement de juin et l’insurrection de Lyon, Louis-Napoléon se dirigea en toute bâte vers la frontière française.
C’était d’ailleurs son système :
Au moindre bruit qu’il entendait en France , vite il arrivait se blottir derrière une porte et attendait l’occasion d’entrer.
Sa mère , qui s’y connaissait , le lui avait souvent répété :
« Pour les célibataires et les princes sans couronne, b mon Louis!... il 3’ a toujours quelque chose à gagner dans les ménages oii le torchon bride et dans les pays oh 1 on se dispute. );
Cependant Louis-Napoléon commençait à se lasser de guetter des occasions ; il résolut <1 essayer de les faire naître.
Pour cela, il lui fallait des relations. 11 chercha à s’en créer.
C’est à partir de ce moment qu’on le vit accabler de prévenances et de cigares tous les militaires qu’il rencontrait sur sa route.
Comprenant tout le parti que l’on peut tirer d’un colonel à qui l’on promet le grade de général, il s’efforcait de réunir autour de lui, surtout dans les banquets, les militaires qui pouvaient avoir quelques sujets de mécontentement contre Louis-Philippe.
Et souvent il n’avait pas grand’peine à leur prouver que, s’ils avançaient aussi péniblement , c’était parce qu’ils s’entêtaient a marcher dans le chemin de l’honneur.
Il leur indiquait alors un petit sentier beaucoup plus court oh les soldats qui ne craignent point la honte peuvent ramasser à chaque pas un grade, une étoile ou une subvention.
11 faut bien le reconnaître, à notre grand regret, la perspective de tant de beurre sur si peu de pain, parvint à ébranler quelques consciences.
Et, petit à petit, Louis-Napoléon se vit entouré d’une assez jolie petite société composée d’ambitieux et
HISTOIRE TINTA MAURESQUE DE NArOUÉON III
de décavés dont le patriotisme ne tenait guère plus de place dans leur cœur qu’une pièce de quatre sous dans un chapeau haute forme.
C’est à cette époque (1835) que le hasard amena vers Louis-Napoléon un des hommes qui devaient contribuer le plus puissamment à la réussite de ses projets.
Comment Louis-Napoléon et Fialin de Persigny se rencontrèrent, nous n’essaierons même pas de l’expliquer.
Ils se rencontrèrent par un de ces effets d’attraction <pù sont irrésistibles.
Ils se rencontrèrent parce que l’homme qui a pour
vocation de chiper des tabatières d’argent dans les foules de feux d’artifice, en rencontre toujours un autre qui a le même penchant pour les porte-monnaie.
Ils se rencontrèrent parce que Bertrand ne pouvait pas ne pas rencontrer Robert - Macaire et qu’il était impossible à Choppart de ne pas rencontrer Fouinard.
Jean-Gilbert- Victor Fialin était né à Saint-Germain- Lespinasse, le 11 janvier 1808. Sous-officier au 4e régiment de hussards, il avait à cette époque affiché des opinions royalistes très-prononcées.
Mais, ti la suite de la révolution de juillet, il avait été rayé définitivement des cadres.
Après une courte collaboration au journal le Temps, il se livra avec fureur à la lecture du Mémorial de Samie-Hélène et ne tarda pas à y puiser une troisième conviction aussi solide que les deux premières.
A partir de ce moment , la cause bonapartiste put le compter au nombre de ses plus fervents apôtres.
M. de Persigny, sans position et sans fortune, mécontent et ambitieux, avait tout ce qu’il faut et rien de ce qui gêne pour arriver.
Il se lit donc le collaborateur dévoué de Louis-Napoléon ; et ils n’avaient pas travaillé trois heures ensemble
que déjà vingt scénarios de conspirations, de complots et de coups de main étaient ébauchés.
Ces deux hommes possédaient une telle facilité pour ce genre de travail, qu’ils bâclaient un canevas de révo¬
lution presque aussi aisément que Clairville et Siraudin , en mangeant une côtelette, font le plan d’une revue en huit actes.
Dès lors, la reine Plortense, qui d’ailleurs avait un peu vieilli, sembla perdre beaucoup de son influence sur Louis-Napoléon.
Quand elle risquait quelques observations sur ce qu’il conviendrait de faire en telle ou telle circonstance, Persigny démolissait le tout en disant :
- — Oh!... mais... madame... c’est le vieux jeu, ça!... l’art de conspirer a fait des progrès depuis quinze ans (pie vous en avez quarante!..
Il est parfaitement vrai, du reste, que INF. de Bersigny était beaucoup plus dans le mouvement que la reine Hortense.
U avait vécu à Paris et en avait étudié l’esprit. Il s’était fait des relations, — de mauvaises, c’est vrai, — mais qui sont les bonnes pour ces gens-là.
HISTOIRE TINTAMARRESQUE DE NAPOLÉON III !)‘i
I! ne s’agissait donc plus, pour Louis-Napoléon et Per si gn y, que de grouper autour d’eux quelques hommes mécontents du régime actuel, suffisamment déclassés, hardis et endettés, pour risquer une de ces grosses parties où le joueur complètement décavé n’a plus que son
dernier faux-col a mettre en enjeu contre une grosse fortune.
La saison des eaux, que la reine Hortense et son fils allèrent passer à Bade en 1835, leur suffit à recruter une bonne partie de leur personnel.
L’on vit tour à tour venir se ranger sous leur bannière :
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M. de Gricourt, jeune légitimiste dépité, que quelques mois plus tard un magistrat représentait comme perdu de mœurs et de dettes;
M. de Querelles, presque aussi légitimiste et presque aussi endetté, lieutenant d’infanterie ;
M. de Bruc, troisième légitimiste, chef d’escadron en disponibilité et , si l’on en croit plusieurs historiens, porte-monnaie à sec très-distingué.
Tels furent les premiers auxiliaires de Louis-Napoléon.
On voit par ce faible échantillon que le prince ne se montrait pas scrupuleux dans le choix de ses serviteurs.
Leurs opinions politiques, complètement en désaccord avec ses vues personnelles, ne l’occupaient guère.
Ce qui l’intéressait uniquement, c’était de trouver des hommes à qui l’exiguïté de leur fortune et l’immensité de leurs besoins permissent de s’associer à une entreprise promettant de beaux dividendes.
11 ne demandait pas aux hommes qui venaient lui offrir leurs services :
— Etes-vous réellement bonapartistes?
LES SOUTIENS DE L’EMPIRE