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Interloqué par cet accueil, Louis-Napoléon rentortilla son aigle clans du papier de soie, et donna ordre d’arrêter le général, ce qui ne put empêcher ce dernier
de partir . d’un grand éclat de rire qui parut vexer
sensiblement le prince.
Après cette tentative malheureuse, Louis-Napoléon et ses complices se rendirent en toute hâte à la caserne Finkematt où était le 46e de ligne duquel ils tenaient à s’assurer le concours.
Là, le prince recommença une harangue tellement étourdissante que les soldats se mirent tous à rire à en tordre leurs fourreaux de sabre.
Louis-Napoléon pinça les lèvres ; mais, sans perdre contenance, il tira son aigle en zinc et, l’élevant au-dessus de sa tête, au bout de la pointe de son sabre, il s’écria avec force :
(( Soltats !... que la fue te cet emplème te la cloire réffell en vos yeux le soutenir te fos aïeux !... ))
A ce moment, un petit tambour à l’air gouailleur qui
sentait son mpuffetard à vingt-cinq pas, dit tout haut : — Nos aïeux,... c’étaient des daims!...
Cette simple réflexion, d’une forme un peu triviale nous l’accordons, mais dont la profonde philosophie n’échappera pas à nos lecteurs, produisit un immense effet.
Tous les troupiers se mirent à pouffer de rire, et la situation du prince commençait à devenir très-embarrassante, quand, tout à coup, les officiers du 4Ge, arrivant
à la hâte au bruit de cette scène, vinrent enfin dénouer cet interminable vaudeville.
Ce ne fut ni long ni difficile.
Ils firent d’abord fermer les grilles, rétablirent le calme dans les rangs et, quant tout fut éclairci, ils dirent simplement en désignant Louis-Napoléon et sa suite :
— Fourrez-nous ces paillasses-là au violon !...
Ainsi fut fait sans aucune espèce de difficulté.
On raconte qu’un instant, le. prince eut bien une légère velléité de résister et qu’il cria aux artilleurs, qui avaient bu à sa santé, — et à ses frais, — le matin :
— Canonniers!... défendez-moi !...
Mais les canonniers restèrent sourds à cet appel.
Ils avaient un peu festonné sur les trottoirs dans le chemin du devoir; ils entendaient marcher droit et ils laissèrent conduire le prince au poste comme le plus vulgaire des ivrognes ayant fait du tapage sur la voie publique.
En arrivant en prison, le prince s’y retrouva avec quelques-uns de ses amis.
Pas beaucoup, pourtant. Autant que possible ils s’étaient éclipsés au moment où l’entreprise ne leur avait
plus semblé devoir donner 35 pour cent de dividende.
M. Porquin, lui, avait partagé le sort de Louis-Napoléon.
Mais, quant au capitaine Fialin, dès le premier cra-
quement, il s’était convaincu d’un seul coup d’œil que tout était raté.
Et, avec une habileté qui fait son éloge, il avait immédiatement pris à la fois :
Une résolution ;
Un costume de marmiton...
Et la fuite.
Louis-Napoléon fut d’abord conduit au greffe, où on lui fit subir un premier interrogatoire.
On doit lui rendre cette justice qu’il n’essaya pas de nier les faits, ni de faire croire au commissaire de police qu’en entrant dans les casernes pour y soulever les soldats, en arrêtant les fonctionnaires, en confisquant le télégraphe et l’imprimerie, il n’avait entendu faire qu’une simple farce.
Il se montra même assez crâne et assuma sur lui toute la responsabilité des crimes qui étaient imputés à ses compagnons.
Ceux de nos lecteurs qui avaient déjà tiré leur mou-
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clioir pour éponger des larmes d’admiration peuvent le remettre dans leur poche.
La belle conduite du prince lui était moins dictée par la noblesse de ses sentiments que par la certitude qu’il avait de s’en tirer à bon compte.
D’une part, la mollesse de Louis-Philippe lui était connue.
MNÛfüliCj, !
Et d’autre part, il comptait beaucoup sur sa mère pour le tirer de ce mauvais pas.
On sait, en effet, que la reine Hortense n’avait pas sa pareille peur se faire inviter à dîner par les gens contre qui elle avait conspiré.
Aussi Louis-Napoléon était-il bien convaincu cpi’il se tirerait à meilleur marché d’avoir voulu détrôner Louis- Philippe qu’un simple citoyen d’avoir pris un kiosque à journaux pour . un autre sur le boulevard.
Tl était même tellement sur de ce dénomment, qu’il ne craignait pas de dire au geôlier de sa prison :
— Avant huit jours, le gouvernement voudra me faire mettre en liberté ; mais j’exigerai des excuses et une rente viagère...
Les événements ultérieurs, — ainsi qu’on le verra plus loin, — montrèrent que le prince était bien renseigné.
Le colonel Vaudrey avait aussi été arrêté.
On les enferma, lui et le prince, dans la citadelle de Strasbourg, en attendant que l’affaire s’instruisît.
Le 9 novembre, on vint le prévenir très -poliment qu’une chaise de poste l’attendait en bas.
Avant de descendre, il serra dans ses bras le colonel
Vaudrey qui, croyant que l’on venait chercher Louis- Napoléon pour le fusiller comme un simple fédéré , s’agenouilla et lui demanda sa bénédiction.
Le prince qui ne voyait aucun inconvénient à poser pour le martyr, étendit les mains au-dessus de la tête du colonel et sortit vivement en murmurant :
— Vieille cruche!...
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On fit monter le prince clans la chaise de poste en l’accablant de salutations et de cruchons d’eau bouillante pour ses pieds.
Et on l’amena à Paris chez le Préfet de police.
Celui-ci lui offrit d’excellents cigares, causa quelques instants avec lui de la façon la plus affectueuse, n’interrompant de temps à autre cet entretien amical que pour donner l’ordre de redoubler de sévérité envers quelques journalistes enfermés à Mazas pour délits de presse.
Et quelques jours après, Louis-Napoléon était reconduit en chaise de poste très-bien suspendue à Lorient.
Là, on lui apprenait que, sur les sollicitations de sa mère, Louis-Philippe lui avait fait grâce pleine et entière et avait ordonné qu’il fût embarqué, à nos frais, pour les Etats-Unis.
Comme on le voit, la reine Hortense n’avait pas failli à sa réputation.
Elle était parvenue à faire comprendre à Louis-Philippe que le moins qu’il pût faire pour son fils qui avait essayé de le détrôner, était de le laisser tranquille et de lui payer des frais de déplacement.
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Ainsi fut faif :
Au moment de l’embarquement, M. Villemain, souspréfet de Lorient, remit au prince, de la part du roi, une somme de 1G,000 francs en or pour ses menus plaisirs de voyage (sic).
L’histoire ne dit pas si à cette gratification fut jointe l’offre du grand cordon de la Légion d’honneur.
Mais tout porte à croire que c’est probable.
En apprenant qu’il était libre, et qu’on le payait encore par-dessus le marché, Louis-Napoléon feignit d’entrer dans un violent désespoir.
Il 11e voulait pas partir, et demandait de quel droit 011 lui refusait de partager le sort de ses compagnons.
— Non... disait-il... je ne veux pas de grâce !... je dois mourir avec mes complices!... 011 me déshonore!...
Et, tout en parlant, il se débattait comme un homme que l’on veut emmener de force à l’Odéon.
Ce n’était pas tout à fait si bien joué que ce l’eût été par Berton père ; mais, enfin, pour des lecteurs du Pays, il pouvait y avoir de l’illusion.
A un moment, il fit même un mouvement si brusque pour se sauver qu’il se dégagea des mains des agents. Qui fut attrapé?... ce fut lui.
Il se laissa bien vite reprendre en murmurant :
— Je croyais qu’ils me tenaient mieux que ça, ces imbéciles là !...
On le porta sur le navire. Il gesticulait toujours.
— Trahison !... criait-il, je ne veux rien devoir à Louis-Philippe!...
Puis, saisissant les seize mille francs que le préfet venait de lui remettre, il ajouta avec l’accent d’une profonde indignation :
— Et cet or!... cet or!... prix de la honte et de l’infamie !... Allez dire à votre roi que voilà ce que j’en lais!...
En prononçant ces dernières paroles, le prince, d’un
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geste vigoureux et plein de colère, lança les seize rouleaux dans . le fond de son drapeau, qu’il enfonça en¬
suite sur sa tête d’un air de défi et de souverain mépris.
On était à bord, l’ancre fut levée.
Et, deux mois après, le navire ï Andromède déposait, dans le sein du nouveau monde, l’espoir des citoyens qui devaient plus tard placer leur fortune sur les obligations mexicaines.