BOULOGNE
Le 4 août 1840, Louis-Napoléon, à côté de qui nous retrouvons les amis qui l’avaient assisté à Strasbourg : Vaudrey, Parquin, de Querelles, etc., etc... s’embarqua à Londres sur un bateau à vapeur : le Château d'Edimbourg , qu’il avait loué sous le prétexte d’aller, avec quelques amis, faire une partie de pêche aux harengs dans les environs.
Pendant la traversée, les conjurés, au nombre d’une trentaine environ, s’armèrent et se déguisèrent avec de faux uniformes de soldats français.
Louis-Napoléon et son état-major endossèrent crânement des costumes d’officiers généraux.
Et comme à Strasbourg, on se mit immédiatement à repasser le plan, à se partager les places et les bâtons de maréchaux, puis à répéter les discours du lendemain avec gestes et costumes.
On avait embarqué 400,000 francs en or destinés à
prouver à la garnison de Boulogne que l’empire était le seul gouvernement possible en France.
De plus, une forte provision de liquide fut absorbée ; les conjurés y puisèrent, pendant toute la nuit, ces convictions profondes qui transforment les pochards en héros.
Au moment de débarquer tout le monde était soûl, et le prince Louis lui -môme pleurait comme un veau dans le gilet de M. Parquin, en répétant :
— J’ suis un honnête homme!...
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HISTOIRE TINTAMARR.ESQUE DE NAPOLEON III
Le G août, au matin, on débarqua à Wimereux. L’arlivée avait été annoncée à la population pour quelle vînt acclamer le cortège.
Mais la foule se composait d’un seul sous-lieutenant du 42° de ligne, M. Aladenize.
La petite troupe se mit en marche.
Le prince Louis marchait en tête ; il avait sur son épaule, la patte attachée par une ficelle, un vieil aigle déplumé, à qui il donnait, de temps à autre, un petit morceau de lard pour l’empêcher de dormir.
On arriva d’abord près d’un petit poste du 42° de ligne, commandé par le sergent Morange, à qui l’on proposa de se joindre à la troupe.
Le sergent Morange se souvint à point de Cambronne et garda son poste.
On se rendit ensuite à la caserne. Le prince annonça aux soldats que Louis-Philippe était détrôné et, comme
à Strasbourg, commença ses distributions de grades et de décorations.
Mais, au moment où tous les soldats de la garnison
venaient de passer colonels, le capitaine Col-Puygelier accourut.
Son premier cri, en apercevant le prince et sa suite, fut :
— Qu’est-ce que c’est que ces saltimbanques-là?...
C’est à ce moment que le prince Louis tira un coup de pistolet au brave capitaine, qu’il blessa à la tête d’un de ses grenadiers.
A ce moment, l’aigle dont nous avons parlé tout à l’heure, eut une telle frayeur, qu’il déshonora le collet de la tunique de son empereur.
Cependant, Louis-Napoléon voyant que la garnison ne répondait pas à sa flamme, fit faire demi-tour à sa troupe pour aller essayer l’effet de la mascarade sur la population.
Cet effet fut irrésistible. Tout le monde se mettait sur les portes. Quand la troupe s’arrêtait sur une place et que le prince jetait des pièces d’or à la volée, toutes les vieilles femmes qui souffraient de leurs chicots venaient se ranger autour de lui, croyant que c’était un dentiste en tournée.
Cependant, la garnison s’était mise sur pied, et en moins d’une demi -heure, une notable partie des nou-
veaux grands dignitaires de la France était fourrée au poste.
Pendant ce temps, l’aigle s’était, endormi, et cet emblème de nos gloires faisait son ronron sur l’auguste épaule de Louis-Napoléon, comme une chatte de dix-
lmit ans dans le tablier d’une portière en train de lire le Petit Journal.
Quelques-uns des conjurés échappèrent en regagnant le bateau qui les avait apportés.
En deux heures tout était terminé.
On télégraphia la chose à Louis-Philippe, qui ordonna que les conjurés fussent traduits devant la cour d’assises.
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Si la loi sur l’ivresse eût été votée à cette époque, c’était le cas de l’appliquer et de les condamner t\ chacun deux francs d’amende.
Mais elle ne l’était pas, et l’on lût forcé de prendre au sérieux ces cliicards avinés.
Cependant, nous devons reconnaître que, depuis Strasbourg, le prince Louis avait fait de sensibles progrès.
Son coup, cette fois, était beaucoup mieux préparé. Tout était prêt : proclamations, décrets, etc., etc... Chacun avait ses instructions.
Et l’impartialité nous fait un devoir de déclarer que la recommandation fondamentale : « S'emparer des caisses publiques », n’avait point été oubliée.
Le 8 août, une voiture de poste, — toujours comme après Strasbourg, — vint prendre le prince.
De plus en plus, comme après Strasbourg, le prince protesta de toutes ses forces contre cet enlèvement et revendiqua son droit de subir le même sort que ses
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complices, croyant que l’on se préparait à l’envoyer de nouveau en Amérique.
Mais on le prit au mot. Ce qui lui fit faire un nez énorme.
Néanmoins, les juges furent excellents pour lui. On lui fit une captivité assez douce pour que l’idée ne vînt à personne de la comparer à l’Orangerie de Versailles, en 1871.
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Il avait avec lui son domestique, et c’est tout au plus si le président du tribunal n’allait pas , l’aprèsmidi, lui faire son cent de piquet.
Enfin, tout annonçait qu’il ne serait pas fusillé; et le prince mettait à profit ces pronostics peu menaçants en se donnant des allures d’indompté et de bravache.
Sûr d’un dénoûment bénin, il blaguait les juges et se payait sans risques, en vue de l’avenir, l’auréole à trente-neuf sous des simili-martyrs, qui affichent d’autant plus le mépris de la mort qu’ils sont certains qu’on ne leur enlèvera pas la vie.
Le procès s’ouvrit le 1er septembre.
A l’audience, Louis-Napoléon le prit de très -haut et, pour sa défense, lut un discours d’une insolence rare.
Un moment, on crut qu’il allait conclure par une demande de mise en accusation contre Louis-Philippe, et requérir contre celui-ci la déportation dans une en-
ceinte fortifiée et une condamnation à 500,000 francs de dommages-intérêts.
11 ne s’en fallut que de très-peu.
Le jugement fut rendu, et Louis-Napoléon condamné à l’emprisonnement perpétuel.
Le lieutenant Aladenize était déporté.
Parquin, Montliolon et Fialin, condamnés à vingt ans de réclusion.
Conneau à cinq ans.
On voit qu’en ce temps-là, il n’en coûtait pas beaucoup plus cher pour essayer de changer la forme du gouvernement, avec assassinat de grenadier à la clef, que pour avoir dévalisé la nuit, sur les quais, un spectateur revenant de l’Odéon.
Depuis, on n’en a pas toujours été quitte à si bon compte.
Mais tout a tellement augmenté K. .
Louis-Napoléon fut conduit au château de Ham avec beaucoup d’égards et M. Conneau.
O11 l’installa très-commodément.
Il avait un appartement complet, un chien, des chevaux, etc...
Tout le confortable enfin auquel ont droit les criminels bien considérés.
Du reste, la bienveillance du gouvernement de Louisriiilippe s’étendait en meme temps sur ses complices.
Au bout de très-peu de temps, on voyait le Fialin faire tranquillement sa prison en fumant des londrès sur le boulevard des Italiens.
11 publia meme un volume de très-haut intérêt, intitulé : De Futilité des Pyramides d'Egypte.