‹ Histoire tintamarresque de Napoléon IIIChapitre 29 sur 104 · H AM · texte numérisé non relu

H AM

Pendant ce temps, Louis-Napoléon filait à Ham une douce captivité, qu’il émaillait de nombreuses publications politiques.

Il envoya bon nombre d’articles au Progrès du Pasde-Calais.

Et ce fut à Ham qu’il composa sa célèbre brochure sur /’ Extinction du Paupérisme , « où il démontra d’une façon si brillante que, s’il arrivait jamais au pouvoir, il ferait diminuer le nombre des mécontents en en faisant fusiller une bonne partie. » (Trombinoscope, n"s 11 et 12.)

Comme on le voit, le prince n’en était pas réduit, dans sa prison, à fabriquer des chaussons de lisière.

Il ne lui manquait rien.

La chronique prétend même que l’on se prêtait pour lui à certaines douceurs peu usitées envers les galériens.

C’est ainsi que l’on permit, — raconte-t-on, — à une jeune fille de l’endroit, fille d’un sabotier, qui blanchissait son linge, de venir chaque jour, pendant deux heures , prendre les ordres du prince sur la quantité d’empois qu’il désirait que l’on mît à ses faux-cols.

Le prince qui était, — paraît-il, — très-méticuleux, donnait à sa blanchisseuse des instructions si détaillées, que la pauvre enfant sortait de chez lui tout abasourdie, et disait, en passant, au geôlier :

— Sapristi !... si j’avais seulement cinq pratiques comme ça par jour, je ne pourrais pas y suffire.

On raconte pourtant dans le pays que ces tracas-là ne la firent pas maigrir, au contraire.

Cela se saura un jour ou l’autre, les Louis XVII se sont tous retrouvés.

En 1845, le prince commença à s’ennuyer, et il écrivit au ministre pour demander un congé afin d’aller voir son père malade.

Il n’obtint pas de réponse satisfaisante, et réitéra sa demande à Louis-Philippe, en la faisant appuyer par les députés Las Cazes, Vatry et Odilon Barrot.

Louis-Philippe ne se montrait pas très-hostile ; mais il demandait des garanties, par exemple, que le prince s’engageât à ne plus conspirer contre lui.

Mais, pendant les pourparlers, le prince avait ébauché un plan d’évasion, et quand le plan lui parut assez mûr pour lui permettre d’escalader celui de sa prison, il repoussa toute entente, se conservant ainsi le rôle d’indompté.

Aidé du docteur Conneau et de son domestique Thélin, qu’on lui avait laissés dans sa prison, il n’eut pas de peine à préparer son évasion.

Conneau et Thélin entraient et sortaient du château comme ils voulaient. Ils apportaient du dehors, à leur maître, et sans contrôle, tout ce dont ce dernier pouvait avoir besoin.

C’était tout au plus si le directeur de Ham, en quittant le prince le soir, après lui avoir fait son cent de piquet, ne lui disait pas :

— Tenez... voici la clef de la grand’porte pour que vous n’abîmiez pas la serrure, si l’idée vous prenait de vous sauver cette nuit.

Une femme de trente-cinq ans qui veut se faire surprendre en négligé par un collégien, n’oublie pas de tirer le verrou de sa chambre avec plus de persévérance que n’en mettait le gouvernement de Louis-Philippe à ne fermer qu’au pêne les serrures de la prison du prince.

LE DOCTEUR CONNEAU d'après UNE PEINTURE DE CH. LEBRUN.

25e Livr.

Aussi l’évasion de ce dernier devait -elle être réglée et exécutée avec cette facilité et cette précision qui ne se retrouvent que dans les drames de l’ Ambigu.

Le 25 mai, Louis-Napoléon, qui avait pu se procurer, sans que les gardiens y trouvassent rien à redire :

Des vêtements d’ouvrier ;

Une planche ;

Un poignard;

Une casquette ;

Une perruque, etc., etc...

sortait de sa prison, aussi facilement qu’une délation de la plume d’un rédacteur du Pays.

Ajoutons pourtant, qu’ alors même que le prisonnier eût été plus sérieusement surveillé, le costume de goujat qu’il avait endossé, s’adaptait si bien à sa tournure, qu’il eût peut-être été difficile aux gardiens, en le voyant passer devant eux, d’éventer la supercherie.

Quand le prisonnier fut parti, le docteur Conneau se mit en devoir de cacher sa fuite pour lui donner le temps de gagner la frontière.

Il mit d’abord un mannequin dans le lit du prince et répandit le bruit que celui-ci était indisposé.

Il envoya chercher trente grammes d’huile de ricin, destinés, — disait-il, — - à purger son malade, et...

Ici, les hommes politiques de tous les partis doivent s’incliner, car le dévouement est au-dessus de toutes les passions politiques.

HISTOIRE TINTAMAKHEbyiE DE A'ArOLÉOM III

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