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POUR SON DÉVOUEMENT A L’HUMANITÉ

en 1848.

Nous accorderons bien volontiers que l’on avait peut-être bien abusé un peu des arbres de liberté dans un moment d’enthousiasme ; et qu’il pouvait ne pas toujours être commode pour la circulation de trouver des peupliers au beau milieu des trottoirs.

Mais les eide ver tous, la nuit, même ceux qui ne gênaient personne, c’était, certainement vouloir faire comprendre aux républicains que ce genre de plantations ne répondait plus guère au goût du jour... et encore moins au goût du lendemain.

Vers cette époque aussi, le Président fit un voyage à

KlbTOIKE TINTAMARRESQUE DE NAIOIEO.N III

Saint-Quentin, pendant lequel il remit aux ouvriers de cette ville des livrets de caisse d’épargne.

C’était encore là un genre de propagande dont la loyauté n’échappera à personne.

Seulement on est bien forcé de convenir qu’il n’est pas à la portée de tout le monde.

A Besançon, pourtant, oii il se rendit ensuite, il fut moins bien accueilli.

Les Francs-Comtois, — bons enfants au fond, — mais trop malins pour n’être pas un peu défiants, ne se laissaient pas prendre aux amabilités de ce bienfaiteur de grands chemins.

Quant aux Strasbourgeois, ils lurent encore plus carrés. Le conseil municipal refusa de voter des fonds pour sa réception.

Nous n’avions pas besoin de cela pour regretter notre obère Alsace ; mais ce souvenir vient raviver nos chagrins.

A la douleur d’avoir perdu un morceau de la France, vient naturellement s’ajouter le regret que ce n’ait pas été la Corse.

En rentrant de cette tournée, Louis-Napoléon passa une revue de l'année à Satory.

La cavalerie, qui avait été préalablement abreuvée de champagne, cria : cc Vive l’empereur!... ))

biais l’infanterie resta muette, le général Neumayer ayant rappelé à sa division que le règlement commandait sous les armes le silence le plus rigoureux.

Quelques jours après, ce général était privé de son commandement.

Ce qui prouve qu’en ce temps-là il était déjà moins

dangereux, pour un soldat, de reculer devant l’ennemi que devant une mauvaise action.

L’armée 1850 vit se produire un événement politique de la plus haute gravité.

Eugène Sue ayant été élu député, la majorité de

l’Assemblée, émue des tendances socialistes du peuple parisien, vota la fameuse loi électorale du 31 mai.

Cette loi, qui restreignait le suffrage universel en exigeant de l’électeur un domicile de deux années, supprima net trois millions de votants peu fortunés.

<( La vile multitude )) était reconstituée.

Nous aurons occasion de voir bientôt le parti que sut tirer Louis-Napoléon de cette loi.

Constatons seulement, dès à présent, que l’Assemblée, de plus en plus adroite, semblait faire exprès de se retirer les atouts des mains pour les fourrer dans le jeu de son adversaire.

Quant à la presse, elle fut, comme le suffrage universel, l’objet d’une grande tendresse de la part de l’Assemblée.

Une loi, — qui a été surnommée : loi de la haine , — assujettit de nouveau les journaux au timbre et obligea les journalistes à signer leurs articles.

Cette dernière disposition, soi-disant destinée à moraliser la presse, lit éclater de rire jusqu’aux lions en pierre de la fontaine du Château-d’Eau.

On eût eu, en effet, beaucoup de peine à imaginer quelque chose de plus cocasse, à moins d’exiger, par-dessus le marché, la photographie de l’écrivain au bas de sa prose.

Qu’importe le nom d’un journaliste? Les principes qu’il émet sont la seule chose dont le public ait à s’occuper pour les accepter ou les rejeter.

A-t-on jamais eu l’idée de répondre à un voisin d’omnibus qui vous dit :

— Je crois que ce gros nuage gris va nous amener de l’orage.

— Pardon, monsieur!... avant de soutenir une opi¬

nion pareille... votre nom... votre âge... votre domicile... et votre certificat de vaccine?...

A part les différents accrocs que nous venons de signaler, les années 1849 et 1850 se passèrent tant bien que mal.

Tl se produisait bien quelques tiraillements entre le Prince-Président qui cherchait déjà le prétexte d’une bonne querelle, et l’Assemblée qui, de son côté, guettait une occasion de mettre les pieds dans le plat.

Chacun des deux était très -persuadé qu’un conflit lui permettrait de balayer l’autre.

Il ne s’agissait que de trouver le joint.

Et l’on comprend sans peine combien cette confiance réciproque, — qui n’était plus un secret pour personne, — était faite pour rendre à la France le calme et la prospérité dont elle avait tant besoin.

Une circonstance surtout devait contribuer à augmenter de part et d’autre cette aigreur.

On sait que dans la vie ordinaire, les questions d’argent brouillent souvent les meilleurs amis.

A plus forte raison doivent-elles diviser les gens qui sont déjà mal ensemble.

Le prince avait une liste civile de six cent mille francs.

C’était une honnête aisance pour un président de République ; mais que faire d’une honnête aisance avec des vues malhonnêtes?

Louis-Napoléon jugea qu’avec six cent mille francs par an, il était difficile de restaurer un empire.

Il demanda six cent mille autres francs pour Irais d’éclairage.

11 commençait à éclairer beaucoup... la presse. L’Assemblée consentit.

Plus tard, un nouveau crédit lui fut encore alloué.

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Mais enfin, le 10 février 1851, une demande de gratification exceptionnelle de un million huit cent mille francs qu’il formula fut repoussée.

Cela devait achever de brouiller les cartes.

Et Louis-Napoléon, convaincu qu’il n’avait plus rien a obtenir en tendant son chapeau, le remit sur sa tête, et l’enfonça d’un air crâne en murmurant :

— Je sais ce qui me reste à faire.

Déjà, vers la fin de 1850, on commençait à parler de coup d’Etat.

Louis-Napoléon trouva que c’était trop tôt.

Aussi, le 20 décembre, adressa-t-il à la Chambre un message dans lequel il avait introduit cette phrase rassurante :

«Je considérerais comme de grands coupables ceux qui, par ambition personnelle, compromettraient le peu de stabilité que nous garantit la Constitution. »

Dire que la France entière fut dupe de ces belles paroles, nous ne l’oserions.

Mais ce que l’on peut affirmer, c’est qu’il se trouva quelques douzaines d’abonnés du Constitutionnel pour qui la sincérité du prince ne fit pas l’ombre d’un doute.

Leur crédulité était même tellement épaisse, qu’ils ne prirent pas la peine de se souvenir que, deux mois auparavant, le Président avait retiré son commandement au général Neumayer, parce que celui-ci, pendant

une revue, avait empêché ses soldats de crier : ce Vive l’empereur!... )>

Mais cette confiance, digne d’actionnaires des Galions du Vigo. n’a rien qui puisse surprendre.

En politique, — et c’est là, sans contredit, le plus bel atout que les hommes d’Etat aient dans leur jeu,

— il y a toujours une assez nombreuse catégorie de gogos qui aiment mieux croire à toutes les cascades imprimées sur l’étiquette d’un flacon, que de prendre la peine d’analyser une seule goutte de ce qui est dedans

Grâce cette naïveté, Louis-Napoléon put donc continuer en paix ses préparatifs.

Au grand jour, il dressait ses charpentes, plantait ses jalons, tendait ses ficelles.

Il n’était pas plus possible de se méprendre sur l’impureté de ses intentions, qu’il n’est possible de se demander où veut en venir le filou qui vous met un pistolet sur la gorge pendant qu’il explore vos poches.

Et pourtant, tout cela s’accomplissait au milieu de la plus grande tranquillité.

Le pays attendait son sauveur. Et l’on sait de quelle dose de stupidité sont doués par la Providence les pays qui attendent leur sauveur.

Quand un pays en est arrivé à ce point d’abrutisse-

ment où il attend son sauveur , il se pelotonne clans un coin comme une marmotte ; il fait le gros dos, se cache la tête dans un trou pour ne rien voir.

Il tremble de tous ses membres. J1 est convaincu

qu’il court un grand danger ; mais, pour tout au monde, vous ne le feriez pas bouger de son trou, regarder en face ce soi-disant péril et chercher les moyens d’y échapper.

Non! . muet, effaré, sans idée, sans énergie, bête

comme une poule par un temps d’orage, il ne cherche rien, il ne comprend rien, il ne pense à rien, il n’essaie rien!...

Tl attend son sauveur!...

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