‹ Histoire tintamarresque de Napoléon IIIChapitre 43 sur 104 · DERNIERS PRÉPARATIFS · texte numérisé non relu

DERNIERS PRÉPARATIFS

Tout marchait donc à souhait; et il ne restait plus à Louis-Napoléon que les dernières mesures à prendre.

La plus importante à ses yeux était le choix de son état-major. »

C’est alors que l’on vit les Corses faire leur invasion dans les emplois publics,

La Corse était désignée par la Providence pour alimenter l’administration de fonctionnaires véreux, comme le Mans pour nous fournir des poulardes et Pieims do pain d’épices.

Chacun connaît, plus ou moins, l’histoire, les mœurs et les ressources de ce département, que la France au-

rait bien dû, il y a cent ans, faire scier en dessous une nuit, afin de pouvoir le pousser dans le grand océan, avec tout son chargement de Bonapartes à la mamelle.

La Corse est une île placée entre la France, l’Italie, l’Espagne et l’Afrique.

Elle est très-montagneuse ; mais bon nombre de ses habitants ont le caractère et les cheveux plats.

Elle contient de nombreux cours d’eau, entre autres le Golo, qui la serpente doucement et y coule aussi

tranquillement que s’il se promenait dans un pays honnête.

Les voies de communication sont rares. A cette époque, elle ne comptait qu’un nombre très -restreint de grands chemins, tout à fait insuffisant pour la quantité de voleurs qui arrêtaient les diligences.

Plus tard, sous l’Empire, ces grands chemins furent baptisés : routes impériales , ce qui était synonyme.

Le climat de la Corse est doux ; cependant, il y règne des vents désagréables.

Les vendetta surtout.

Jusqu’en 1871, il 11e se tenait en Corse que cinq foires par an; mais, à cette époque, le nombre s’en accrut considérablement, le prince Napoléon, surnommé P/on-Plon-va-cf l' arrière, s’y étant fixé comme conseiller erénéral.

La Série : 50 centimes

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Par TOUCHATOUT

PARIS

DÉPÔT DE VENTE AU BUREAU DE L'ÉCLIPSE

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Tout le monde sait que les Corses sont superstitieux au point de ne jamais se suicider un vendredi dans la crainte que cela leur porte malheur.

Ils sont, de plus, ignorants jusqu’à la crasse, crédules jusqu’aux Galions du Yigo.

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Le Corse est joueur et vindicatif.

Pour un mot de travers, des familles entières se déboulonnent pendant trente-cinq générations.

La Corse a longtemps donné aux tribunaux criminels douze fois plus d’ouvrage que chacun de nos autres départements ; mais les suicides y sont au contraire dans une proportion moindre.

Ce qui a fait dire au Tintamarre : «. Les Corses ont

un grand mépris de la vie .

« . de leurs semblables. ))

En 1855, il y avait encore en Corse cinquante jeunes gens sur cent qui ne savaient pas lire ; et qui, pour savoir combien ils avaient de mains, étaient obligés de compter sur leurs doigts.

Le nombre des procès en Corse a longtemps été trèsconsidérable ; mais très-peu de plaideurs persistaient.

Le lendemain de l’assignation, un des deux recevait assez généralement de l’autre un coup de couteau dans le dos à titre de transaction et pour solde.

La durée moyenne de la vie, en Corse, est de trentesept ans et quatre mois.

Il y a une vingtaine d’années, on a remarqué que

lorsque des Corses quittaient leur île, la durée moyenne de la vie augmentait dans leur (pays, mais diminuait dans celui où ils s’étaient fixés.

Tel était le charmant endroit où Louis -Napoléon avait résolu de se fournir d’hommes spéciaux en vue de l’opération qu’il méditait.

11 va sans dire que tous les Corses n’étaient pas, — et surtout 11e sont plus aujourd’hui, — taillés sur le patron que nous avons découpé d’après Malte -Brun lui-même.

Il y a d’honnêtes gens partout, surtout depuis qu’il 11’y a plus de bonapartistes nulle part.

Ce fut donc, pendant deux années, dans toutes les préfectures et sous-préfectures de France, une véritable averse de noms en I.

C’en était arrivé à un tel point, que beaucoup de secrétaires de sous-préfectures, en commandant les imprimés qui leur étaient nécessaires pour les besoins du service, faisaient imprimer jusqu’à l’I lilial de la signature commencée :

Le sous -préfet :

De façon à épargner du temps à ce fonctionnaire, quand il aurait beaucoup de lettres à signer ; et sûr que cette terminaison servirait toujours, quand même le sous-préfet viendrait à être changé.

Pour donner à nos lecteurs une idée exacte de 1 invasion corse dans tous les services publics, nous leur offrons l’anecdote suivante que nous tenons d’une source certaine.

Un jour, en 1851, M. Belmontet, qui travaillait à ce moment à un grand poëme intitulé : Gloire au grand Emm'péreur !... se promenait pensif sur les quais.

Machinalement, il se mit à bouquiner, et ses yeux tombèrent sur un petit livre intitulé : F Annuaire des fonctionnaires publics.

Il l’ouvrit au hasard, jeta un regard sur F une des pages et, de suite, appelant le marchand :

— Combien ça?

- — Quinze sous.

M. Belmontet prit le livre, paya et partit.

En arrivant chez lui, il posa le bouquin sur son bureau, dîna et alla se coucher.

Le lendemain, dès six heures du matin, il était au travail et abordait le chant LVIII de son : Gloire au grand Emmpéreur !... en jetant sur le papier cet alexandrin magistral :

u O loi!... noble guerrier !... de notre France l’astre!... «

Ce jour-là, M. Belmontet n’était pas en verve; la rime astre lui lit défaut.

Pendant vingt minutes il la chercha vainement quand tout à coup, se frappant le front, il s’écria :

— Que je suis bête!...

Il saisit alors le petit livre acheté la veille et l’ouvrit.

Horreur!... pas la plus petite rime à astre!...

Tous les mots se terminaient en I. Blaguini , Farcerini , Filoutini, Greccini, Chenapantini, Escroccini, Spadassini , Risquetouti. , Rienaperdri, Boursaseccini... etc... etc...

M. Belmontet n’ayant ouvert la veille le livre qu’à un seul endroit, avait pris Y Annuaire des fonctionnaires publics’] pour un dictionnaire de rimes.

Indépendamment de ce flot de Corses que Louis-Napoléon mettait chaque jour en pépinière en vue d’une

plantation définitive, il s’occupait aussi de s’assurer le concours de quelques bonshommes dont la rouerie fut à l’épreuve.

Certes, il comptait beaucoup sur les Corses pour l’action ; mais il savait que le Corse, qui est naturellement vif, courageux et violent, ne passe pas pour avoir inventé la poudre... même à punaises.

Il lui fallait, ce que l’on nomme en politique : un roublard.

Il le trouva.

Aussi, les quelques citoyens qui n’étaient pas devenus assez indifférents au sort de la République pour ne prêter aucune attention aux allées et venues des alentours de l’Elysée, ne virent-ils pas, sans un redoublement d’inquiétude, rôder autour du tripot politique du faubourg Saint-Honoré, un de ces hommes aux élégances suspectes, dont l’aspect seul suffirait à faire se boutonner elle-même la redingote la plus étriquée, pour peu qu’il y eût une chaîne de montre dessous.

Nous avons nommé M. de Morny.

LES SOUTIENS DE L’EMPIRE

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