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HISTOIRE TINTAM ARRESQU E DE NAPOLÉON III
procès de presse, dans lesquels il avait défendu la cause libérale avec un enthousiasme attendrissant. Nommé député républicain après la révolution de Février, il avait mis la main sur son cœur pour remercier ses électeurs, en disant :
— - C'est tout ce que je voulais -!...
Et il s’était mis à voter avec la droite comme un enragé,
MAGNAN (Bernard-Pierre), né à Paris, le 7 décembre 1791, était un soldat d’un patriotisme ardent qui, à la suite d’une petite disgrâce, en 1832, avait été prendre du service dans l’armée belge et, plus tard, avait failli devenir général en chef de l’armée de Charles-Albert.
Des services rendus à la France à l’étranger, et surtout des services rendus à la monarchie à l’intérieur, dans certaines émeutes, lui avaient valu un rapide avancement.
A l’Elysée, on le savait capable, à l’occasion, de passer sans pitié au lil de l’épée tous les marchands de coco du boulevard ; c’était un homme précieux.
BAROCHE (Pierre -Jules), né à Paris, le 18 novembre 1802, avait été élu député de l’opposition en 1847. Jusqu’à la révolution de Février, il avait fait tout ce qui concernait son métier de démocrate pour prendre rancj. 11 avait poussé à la réforme, organisé les banquets séditieux... etc... etc... Mais, une fois la République laite, il avait pris place à la droite, le côté où les ambitieux sont le plus à proximité des portefeuilles; et, après s’être distingué comme procureur
général en demandant, à l’occasion des 15 mai et 13 juin, la tête de Barbés, Blanqui, Ledru-Rollin, Félix Pyat et autres, il avait été choisi pour ministre de l’intérieur par Louis -Napoléon, qui avait flairé en lui un de ces hommes qui, le moment venu, ne savent rien refuser à ceux qui leur accordent tout. C’était M. Baroche qui avait proposé la fameuse loi du 31 mai, enlevant de si forts copeaux au suffrage universel,
et nos lecteurs n’ont sans doute pas perdu de vue que ce même Baroclie , trois ans auparavant , avait été sous Louis-Philippe un des plus ardents champions de la réforme électorale et de l’extension du droit de vote.
Quant au général FLEURY (Emile-Félix), né à Paris, le 23 décembre 1815, c’était un de ces fils de bourgeois enrichis qui, après avoir mangé leur fortune dans les coulisses de petits théâtres, vont chercher un abri contre leurs créanciers dans un régiment de cavalerie. — Après avoir, non sans quelque courage, fait plusieurs campagnes en Afrique, il était revenu à Paris et n’avait pas hésité à s’attacher à la fortune de Louis- Napoléon. — Celui-ci, qui avait remarqué chez lui un profond amour pour les chevaux de luxe et une énorme antipathie pour les républicains, l’avait fait son officier d’ordonnance.
Par ces quelques échantillons, il est aisé de voir ce que l’on pouvait attendre d’une troupe aussi vigoureusement composée.
On s’était aussi assuré la collaboration précieuse de M. Saint-Georges, directeur du Moniteur.
C’était de la plus haute importance pour la publication officielle des documents qui allaient naître de cette attaque de diligence à main armée.
Enfin, vers le point du jour, les mesures suprêmes furent prises.
Ici encore, nos lecteurs 11e seront point étonnés : « les mesures suprêmes )> de Louis-Napoléon, dans ces occasions-là, étaient toujours les mêmes.
A Boulogne comme à Strasbourg, en 1851 comme en 1836, ses (( mesures suprêmes J) consistaient en une forte distribution d’eau-de-vie, de cigares et d’argent aux soldats.
A cet effet, il « réquisitionna » à la Banque de France une paille de vingt-cinq millions, qui furent immédiatement répartis entre les principaux chefs de l’année.
11 va sans dire que les gros bonnets eurent la part la plus importante de ce premier à-compte sur le butin.
Les simples soldats eurent en moyenne vingt francs.
Mais comme on avait en même temps chargé les cantinières de s’arranger de façon à ce qu’ils y vissent double, ils crurent qu’ils en avaient quarante.
Quand M. de Morny reçut sa gratification et qu’il vit tant d’or devant lui, il en demeura comme abasourdi.
Lui qui, déjà depuis longtemps, n’avait plus dans ses poches que des dénonciations de protêts à donner en pourboires aux garçons de café, on conçoit sans
peine l’effet que durent lui produire ces nombreuses cartouches de cinquante louis chacune, alignées devant lui.
Son premier mouvement, — car M. de Morny était un cœur généreux, — fut d’envoyer un à -compte de soixante francs à son tailleur.
Mais son second fut de les garder.
— Demain, se dit-il, si l’affaire réussit, je pourrai lui payer intégralement sa facture en le faisant nommer chevalier de la Démon d’honneur.
Pendant que ces choses se passaient à l’Elysée, on avait envoyé un exprès à l’Imprimerie nationale pour faire composer et tirer la proclamation que nous avons reproduite plus haut.
Là encore, toutes les précautions avaient été prises pour le cas oh les typographes, qui ont généralement la tête près du bonnet, refuseraient de prêter leur concours à cette bonne action.
On coupa les manuscrits en beaucoup de petits morceaux, et chaque compositeur en reçut un, dont le sens incomplet ne signifiait rien du tout.
On essaya bien de leur faire accroire qu’il s’agissait d’une affiche pressée que l’on voulait placarder le lendemain matin, et relative à une enquête de commodo et incommodo pour l’établissement d’une fabrique de graisse de vieux chapeaux, rue de Rivoli.
Mais, comme ils ne paraissaient pas très-convaincus, on éteignit leurs scrupules en plaçant chacun d’eux, devant sa casse, entre deux militaires suffisamment avinés, qui étaient chargés de le coucher en joue jusqu’à ce qu’il eût fini son travail.
La Série : 50 centimes
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DE
Par TOUCHATOUT
PARIS
DEPOT DE VENTE AU BUREAU DE L’ÉCLIPSE
9e Série .
LES SOUTIENS DE L’EMPIRE
LE M ALLOUA L MAGNAN, AU FEU d’après van der meilen.
41° i,i vu.
Ce moyen de les faire composer avec... leur conscience réussit à souhait.
Un metteur en pages habile réunissait tous les fragments de composition obtenus par cet argument persuasif.
Et les affiches purent être apposées avant l’aurore, que Louis - Napoléon , Morny et consorts virent lever avec autant de plaisir que s’ils eussent été vertueux.
Le 2 décembre, dès le matin, le palais législatif était occupé par les troupes.
Pendant ce temps, les arrestations s’opéraient sur tous les points de Paris avec un ensemble à faire envie aux plus malins machinistes de féeries.
Un grand nombre de représentants furent pris dans leur lit. Et les agents ne leur laissèrent pas le temps de se vêtir.
Quelques-uns, qui étaient en train de se taire la barbe, durent aller se raser la seconde moitié de la figure à Mazas.
Et le général Changarnier qui, à cette époque, était déjà monté sur une grande quantité de ressorts, n’eut pas le temps de s’échafauder.
Dans sa précipitation, il se plaça aux bras la mani -
velle qui, d’ordinaire, mettait ses jambes en mouvement ; de sorte qu’il fut obligé de descendre l’escalier sur les mains.
N’ayant pas eu le temps non plus de s’ajuster son râtelier , il l’avait placé à la hâte dans la poche de
son pantalon, et à chaque mouvement qu’il faisait pour protester contre son arrestation, il se mordait atrocement la cuisse.
Comme nos lecteurs peuvent bien le penser, les noms des représentants que l’on arrêtait n’avaient pas été tirés au hasard dans un sac à boules de loto.
M. de Morny en avait fait un choix intelligent et n’avait désigné que ceux qui pouvaient être mauvais à quelque chose.
La masse des « couteaux à papier » du temps avait été respectée comme inoffensive.
Seuls, ceux dont on pouvait redouter une résistance avaient été honorés d’une marque de défiance.
Nous devons consigner ici les noms de ces derniers; car, fidèle à notre conviction ardente que le mérite des honnêtes gens se mesure surtout à la crainte qu’ils inspirent aux gredins, il nous paraît de toute évidence que, le 2 décembre, M. de Morny ne pouvait faire un meilleur compliment à des hommes d’honneur que de les traiter comme des filous.
Les représentants arrêtés le matin du 2 décembre furent MM. Thiers, Leflô, Bedeau, Cavaignac, Charras, Lamoricière, Gfreppo, Nadaud, Beaume, Miot, Cholat, Lagrange, Valentin, Roger et Baze.
Quant à ce dernier, ce fut tout un vaudeville. Il avait déjà, à cette époque , cette physionomie aimable que l’histoire a consacrée depuis ; et quand il arriva
devant Mazas, les agents qui le conduisaient eurent un moment d’indécision.
Ils ne pouvaient plus distinguer lequel des deux, de son visage gracieux ou du guichet de Mazas, était la porte de la prison.
En meme temps que ces principaux représentants étaient mis dans l’impossibilité de nuire à ceux qui
nous faisaient du mal, trente mille soldats, que l’on avait mis dans l’impossibilité de s’écarter de la ligne
du devoir en les plaçant entre deux vins, prenaient leurs positions stratégiques sur tous les points de Paris.
Le lendemain, ce corps d’armée devait être porté à soixante mille.
Il était composé d’infanterie, de cavalerie et d’artillerie parfaitement équipés et approvisionnés de vivres et de munitions.
Louis-Napoléon savait qu’une armée destinée à charcuter à l’intérieur ne doit manquer ni de souliers ni de cartouches. Ce n’est pardonnable que lorsqu’on l’envoie en Allemagne.
Quelques représentants cependant avaient tenté de se réunir au Corps législatif.
Mais le détachement de la ligne qui gardait le palais, et dont ils avaient interrompu le punch vif et animé, les avait reçus comme l’est un propriétaire qui vient réclamer son terme dans une société d’étudiants en train de jouer du cor de chasse.
Ainsi congédiés, ces représentants allèrent trouver
leurs collègues ; et , dans l’après-midi du 2 décembre, deux cent vingt députés, sous la présidence de M. Benoist d’Azy, use réunirent à la mairie du Xe arrondissement pour s’y constituer en Assemblée.
Nous devons rendre hommage à leur courage ; mais cependant tout porte à croire qu’ils n’y mirent pas une grande obstination; car, sommés par trois com¬
missaires de police et un aide de camp de se retirer, ds résistèrent assez peu pour se faire conduire tous en rang, — comme une pension d’enfants que l’on mène en récréation au jardin du Luxembourg, — jusque dans la caserne du quai d’Orsay.
Nous aurons le plaisir de voir dans les chapitres suivants qu’il y avait à cette époque députés et députés :
Ceux qui ne défendaient leur mandat sacré que tout juste ce qu’il fallait pour ne pas en mourir;
Et ceux qui attachaient le leur, tout grand ouvert, à la place du cœur, pour en faire un point de mire aux balles des soudards de Napoléon.
Les deux cent vingt députés dont nous venons de parler avaient été emprisonnés à deux heures de l’aprèsmidi.
A quatre heures et demie, trois représentants, qui s’étaient trouvés absents au moment du coup de filet, venaient les rejoindre à la caserne d’Orsay, en se constituant prisonniers.
C’étaient MM. Valette, Victor Lefranc et Bixio.
Au premier abord, on peut être tenté d’admirer le stoïcisme de ces trois hommes qui viennent volontairement partager le sort de leurs confrères.
Mais, pour peu que l’on se prenne à réfléchir que, libres encore, ils avaient le choix entre l’emprisonnement, qui était presque un abri, et les barricades qui
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allaient devenir un danger, on s’extasie avec plus de réserve.
Et cette façon d’aller tendre les mains aux menottes des héros avinés de Décembre pour sauver sa tête, rappelle beaucoup moins le courage des Templiers cpie
celui des voyageurs d’une diligence attaquée par des brigands, qui, pour ne pas courir les risques de la lutte, abandonnent leurs compagnons plus hardis, et jettent leur bourse et leurs armes aux pieds des bandits pour implorer leur protection.
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A huit heures du soir, douze autres représentants, saisis à l’Assemblée par les troupes, furent amenés à la caserne d’Orsay.
Et, à dix heures du soir, des voitures cellulaires, les memes qui transportaient d’ordinaire les filous elles filles, emmenaient les deux cent trente -deux élus du peuple dans les casemates du Mont-Valérien, de Vincennes et à Mazas.
Ce fut un spectacle imposant et nouveau que le défilé de ces sombres voitures :
La loi dedans, le crime sur le siège.
Les chevaux eux-mêmes en furent tellement écœurés qu’ils refusèrent d’avancer.
Il fallut les dételer et avoir recours aux écuries de l’Elysée.
Quelle avait été pendant cette journée l’attitude de la population parisienne?
Il faut bien le dire : ni les cœurs dans les poitrines, ni les pavés dans les faubourgs n’en avaient bondi d’euxmêmes comme on pourrait le croire.
La première impression produite par le coup d’État avait été une profonde stupéfaction.
Puis, pendant quelques heures, les ouvriers ne s’é-
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taient rendu que très-imparfaitement compte de la situation.
Très-fort indisposés d’abord contre l’Assemblée nationale qui leur préparait depuis longtemps l’escamotage de la République, et avait, par la loi du 31 mai, pratiqué des coupures saines et abondantes dans le
suffrage universel , leur première pensée , on le comprendra sans peine, ne fut pas de sauter sur le flingot pour défendre des bonshommes qui, le lendemain, les en remercieraient en leur faisant une large distribution de billets de faveur pour la Nouvelle-Calédonie.
Bien mieux, ils ne virent dans cette bousculade nocturne qu’un excellent tour joué à la majorité réactionnaire.
Louis -Napoléon, dans sa proclamation affichée dès le matin, avait eu le soin de faire ressortir qu’il rétablissait le suffrage universel et qu’il ne s’était décidé à ce coup de force que pour sauver la République menacée par les droitiers.
De sorte que le peuple, avant qu’il eût le temps de se livrer à aucune réflexion, se laissa presque aller à applaudir au croc-en-jambe si bien exécuté,
Et que les premiers ouvriers qui, en s’en allant le matin à leur travail , lurent les affiches annonçant le coup de balai de la nuit, se regardèrent d’un air gouailleur dans lequel perçait un sentiment d’approbation, en se disant :
— Comment trouves-tu le bouillon?
Une circonstance, très-habilement ménagée du reste, consolidait les républicains dans leur quiétude.
Rendant la première partie de la journée, ils n’avaient appris que l’arrestation de MM. Tliiers, Changarnier et Lamoricière ; et comme la place que ces trois députés monarchistes occupaient dans le cœur du peuple était des plus minces, les républicains ne prirent aucun ombrage d’une mesure qui ne supprimait que les gens dont ils avaient tout à craindre.
Ce ne fut que dans la soirée qu’ils apprirent la razzia de tous les députés avancés.
Alors, le peuple commença à se gratter l’oreille et à se demander si Louis-Napoléon n’avait pas eu l’ in¬
tention de sauver la République des voleurs du lendemain, comme les pickpockets qui, chipant un foulard à midi, le sauvent des filous qui devaient le voler à deux heures.
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Quand le peuple se posa cette question, il était déjà trop tard.
Quarante mille soldats échelonnés sur tous lès points de la capitale, étaient prêts à attester surtout ce que l’artillerie a de plus sacré, l’honorabilité de leur chef de file.
Il ne fallait plus songer à les faire changer d’avis. Pendant douze heures consécutives, ils avaient retrempé leurs convictions dans les bidons bien approvisionnés.
Et il était facile de lire dans leurs yeux allumés qu’ils n’attendaient, plus qu’un signe pour clore toute discussion par ce grand et éternel argument qui porte à douze cents mètres.
Pour l’Elysée, tout allait donc au mieux.
Louis-Napoléon, que la réussite avait fait un peu sortir de son affaissement, recevait les encouragements de Morny, plus solide au poste.
Content de sa journée, il alla se coucher l’âme sereine, et s’endormit après avoir élevé son cœur vees Dieu, dans cette courte prière :
« Mon Dieu!... toi qui vois tout, quelles envies de vomir doivent souvent être les tiennes!... Je te rends grâce d’avoir secondé mes desseins. Donne-moi la force
de continuer mon œuvre et de terrasser mes scrupules, si par hasard il m’en venait. Demain fais se lever pour moi une journée sanglante.... Fais, ô mon Dieu!... que Morny ne se saoule pas ; que Saint- Arnaud, animé d’une sainte colère, mitraille sans pitié jusqu’aux bonnes d’enfants qui seraient tentées de sourire en lisant mes
proclamations ; que Maupas, pour dissiper les attroupements, ait le génie de remplacer les trois sommations au tambour par trois décharges de mousqueterie !..• Fais, ô Seigneur!... que l’air frais de la nuit ne dégrise pas mes intrépides soldats, et que le soleil qui se lèvera demain matin les retrouve comme il les a laissés ce soir : ivres, menaçants, prêts à tout, et entrevoyant, dans la fumée de leurs cigares mêlée aux senteurs de leurs hoquets alcoolisés, des myriades de croix, de galons et d’épaulettes dont la vue ranime leurs vertus et leur donne le courage d’assassiner leurs frères!... Ainsi soit-il!... »