NAISSANCE DE LOUIS-NAPOLEON — PREMIÈRE ENFANCE
Le 20 avril 1808, la reine Hortense accouchait d’un fils qui reçut les noms de Charles-Louis-Napoléon.
On télégraphia immédiatement cette bonne nouvelle à son père :
ce Fils à vous, né ce matin, bien portant, très-laid, jambes trop courtes ; pourra jamais tenir à cheval sur lois honneur. »
Louis de Hollande répondit aussitôt :
« Si vous saviez comme m’est égal. »
Louis-Napoléon fut baptisé à Fontainebleau le 10 no-
vcmbrc 1810 « par le cardinal Fesch, ce digne ecclésiastique dont on ne peut jamais prononcer le nom en société sans avoir Pair de s'arrêter tout à coup à cause des dames . » (trombinoscope, n05 11 et 12.)
L’empereur et l’impératrice Joséphine le mirent sur les fonts baptismaux et les frais de la cérémonie furent mis sur ceux du budget.
Pendant ce temps, le ménage de Louis de Hollande et de sa femme Hortense continuait à aller de plus mal en plus mal.
Le roi Louis vint même à Paris pour demander à son frère à divorcer.
L’empereur, qui venait lui-même de répudier Joséphine, insista pour que les deux époux tentassent un dernier effort.
Et la reine Hortense dut repartir en Hollande avec son mari afin d’essayer encore si décidément ils ne pourraient pas demeurer dans le même appartement sans casser pour plus de soixante francs de vaisselle par jour.
L’épreuve fut infructueuse, et trois semaines ne s’étaient
pas écoulées que la reine Hortense revenait à Paris avec un œil en écharpe et des bleus plein les bras.
L’empereur la reçut avec bonté et lui demanda quels étaient ses griefs contre son mari.
Bien entendu, Hortense arrangea le tout pour le mieux et sut convaincre Napoléon que c’était le lapin qui avait commencé.
Elle mit sur le dos de Louis de Hollande les mille et
mille travers de caractère qui forment le catalogue ordinaire en pareille circonstance.
Son mari avait tous les défauts possibles :
Il l’endonnait le jour en lui lisant les articles de B. Jouvin.
Il la réveillait la nuit pour lui faire chercher des charades.
Il ronflait.
A table, il avait la détestable manie d’éternuer dans la soupière.
Il jouait de l’accordéon.
Chaque fois qu’il voulait tisonner le feu, il l’éteignait.
En tin, il s’entêtait à coucher avec des éperons.
L’empereur, malgré tout le désir qu’il avait d’excuser son frère, fut forcé de convenir qu’il n’était guère sociable, et il autorisa Hortense à se séparer.
D’ailleurs, Louis de Hollande, de son côté, ne manifestait pas le désir de retenir sa femme auprès de lui.
Il écrivit même à son frère à ce sujet avec une certaine amertume.
Entre autres imperfections qu’il attribuait à blortense
pour faire ressortir l’incompatibilité d’humeur, il lui reprochait de l’entretenir dans un état de bâillement perpétuel en composant toute la journée des romances sentimentales qui endormaient en même temps tous les domestiques de la
maison et les mettaient dans l’impossibilité de faire leur service.
Napoléon, reconnaissant que, si les deux époux ne pouvaient pas s’entendre, ils étaient au moins d’accord pour en convenir, ne mit plus aucun obstacle à leur divorce.
Une fois la reine Hortense libre, elle résolut de se consacrer tout entière à l’éducation de son fils, pour lequel elle rêvait de liantes destinées.
Après la chute de l’empereur, Hortense ne perdit pas la carte et n’hésita pas un seul instant à faire sa plus belle révérence au manche du balai qui venait de pousser dehors ses plus chères espérances.
Le 18 avril 1814, quinze jours après l’abdication de son beau-frère, on la voit donner dans son château de Saint-Leu un grand dîner au champagne frappé à l’empereur de Russie, ainsi qu’aux autres souverains étrangers qui n’étaient pas venus en France pour y apporter de l’argenterie.
Ajoutons à cela, en passant, que la déconfiture impériale n’avait pas réduit la reine Hortense à la mendicité, puisque, par le traité de Fontainebleau, l’empereur, en abdiquant,
avait eu le soin de lui faire réserver quatre cent mille francs de rente.
Aussi endurci que l’on soit, on ne peut résister à l’atten-
drissement qui envahit toute âme honnête et pure en voyant un homme qui a mis sou nays sur la paille, lui imposer, en s’en allant, le soin d’assurer l’avenir de sa famille.
4e Livn.
Peu de jours après, Hortense recevait de Louis XVIII le brevet de duchesse de Saint-Leu et allait elle-même remercier son entripaillé bienfaiteur, qui fut même, dit-on, sur le point de faire un doigt de cour à l’ex-reine.
Mais on l’en détourna en lui donnant les preuves que les coquetteries de la duchesse de Saint-Leu étaient légèrement biseautées, et que, non contente de se moquer de la grosse bedaine de Sa Majesté, quand elle se trouvait avec ses amis, elle conspirait encore pour le retour de Napoléon.
En apprenant cette nouvelle, Louis XVIII se figea d’étonnement.
On fut obligé, pour le ramener à son état mou, de le faire chauffer pendant trois jours au bain-marie.
Comme on peut le voir, le petit Louis-Napoléon, à peine âgé de six ans, était déjà bien placé pour apprendre son futur métier.
On apprend à conspirer et à intriguer comme on apprend à fabriquer des queues de boutons. Piien qu’en voyant faire.
Avec tant soit peu de dispositions et une mère comme la reine Hortense, un enfant devait, à quinze ans, être capable
de brouiller à mort l’Arc de triomphe et la porte Saint- Denis.
La police de Louis XVIII n’avait pas été mal informée. Hortense, aidée de plusieurs amis, travaillait l’opinion
publique et préparait le retour de File d’Elbe.
On faisait distribuer clandestinement dans les casernes de petits imprimés où le retour de l’empereur était annoncé, — comme plus tard !...
On soudoyait des journaux bonapartistes, — encore ' comme plus tard !...
2g HISTOIRE TINTAMARRESQUE DIÎ NAPOLÉON III
Et on avait même créé le Nain jaune pour baver sur tout ce qui faisait obstacle à la restauration impériale, — toujours comme plus tard !...
Sur ces entrefaites, le mari de la reine Hortense s était ravisé, et il plaidait contre sa femme pour que son fils, le jeune Napoléon-Louis, lui fût rendu.
Les tribunaux lui donnèrent gain de cause ; mais l’exécution du jugement qui ordonnait qu on lui rendît son fils fut suspendue par le débarquement de Napoléon qui revenait en France comme un gourmand qui a oublié des miettes sur une table.
Après les cent jours, l’ex-roi de Hollande envoya réclamer à sa femme Hortense l’aîné de ses enfants, Napoléon-
Louis. Il lui laissait le second : celui dont nous écrivons l'histoire.
Louis-Napoléon resta donc confié aux soins de sa mère qui devait l’élever elle-même et lui apprendre tout ce qui
concerne le métier des hommes qui, n’étant bons à aucun, n’ont plus qu’à travailler les moyens de vivre de ceux des autres.
L’enfant était en bonnes mains.