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noncer à son portefeuille... après s’être assuré que Louis- Napoléon lui donnerait de l’avancement.
« En effet, le prince président, touché de tant de délicatesse, posa, sur les scrupules encore saignants de son ex-ministre, le cataplasme adoucissant de la vice-présidence du Conseil d’Etat. »
A partir de ce moment, les événements se précipitèrent.
Les hauts fonctionnaires ciraient la planche à Louis- Napoléon avec un zèle de frotteurs qui ne fournissent pas l’encaustique.
Ils n’eurent aucune peine à convaincre le président de la République que le pays ne pouvait vivre trois mois de plus sans le rétablissement de l’Empire.
Ils lui montrèrent la nation suppliante, se traînant à ses genoux et l’adjurant de poser, sur son front déprimé, la couronne des Césars.
Cédant alors à la violence, il réunit le Sénat en novembre 1852, et lui tint ce langage :
« Messieurs!... Dieu m’est témoin que je voulais conserver la République!... mais la France réclame l’Empire. J e 11e crois pas avoir le droit de résister aux vœux de la nation, d’autant plus que c’est moi-même qui les ai faits. »
Les dix millions d’appointements chargés de la garde du pacte fondamental s’inclinèrent comme un seul valet de chambre.
Et le 7 novembre, un nouveau plébiscite répondait par huit millions de : oui contre deux cent cinquante mille non à cette question, posée d’ailleurs avec toutes les précautions nécessaires :
(( La France veut-elle, après un calme factice de quelques années obtenu par la force galonnée, l’immoralité
des fonctionnaires , la prostitution des magistrats et l’abaissement du niveau moral, se voir engloutie un matin, rongée par le vice, l’égoïsme, le gras fondu, l’indifférence politique, les plaisirs faciles, la soif de toutes les jouissances honteuses et l’absence de tout sentiment du devoir? »
Telle fut la question que l’on posa au pays, le jour où on lui demanda s’il voulait « l’Empire. »
Et le pays répondit : oui, sans savoir, comme l’enfant auquel on dit : Veux-tu des confitures? comme la femme à qui l’on propose de dire du mal d’une autre femme, comme l’employé à qui l’on offre une gratification, comme factionnaire des Ga i ns du Vijo à qui l’on dit, — pardon... à qui l’on dirait : — Veux-tu toucher un dividende?
Nous avons eu déjà l’occasion de dire ce que nous pensons des plébiscites en général, nous n’insisterons pas sur celui de 1852.
Nous répéterons seulement qu’il arriva cette fois en-
core ce qui était déjà arrivé et arrivera toujours en pareille circonstance.
Le gouvernement mit une plume entre les doigts du peuple, comme on le fait pour un petit enfant ; puis, lui tenant la main, il lui dit : Ecris ce que tu voudras pour petit père!...
Le peuple tenait la plume ; c’était assez, non qu’il se figurât qu’il écrivait lui-même; mais les préfets faisaient aller la main, et l’enfant traça ces mots : Bien gentil papa !...
Alors, soulevant la feuille de papier, Louis-Napoléon s’écria, la paupière mouillée et la voix émue :
52e Livr.
— Vous voyez!... il a écrit, tout seul : Bien gentil, papa!... Quel amour d’enfant !...
Le 2 décembre 1852, l’Empire fut proclamé. La République avait encore une fois vécu.
Et le soir, en se mettant au lit , Louis-Napoléon , fidèle à sa coutume de se prosterner devant le Très-Haut, avant de s’endormir, chaque fois que le ciel avait favorisé ses desseins, s’agenouilla devant le portrait de la reine Hortense et adressa à Dieu cette action de grâce :
(( Seigneur!... vous l’avez dit : La vertu trouve toujours sa récompense, soyez béni!... Vous avez dit aussi : Frappez, et l’on vous ouvrira. J’ai frappé la France et son budget m’est tout grand ouvert. Gloire à vous!... »