COMPLOTS DE L'HIPPODROME ET DE L’OPERA-COMIQUE
Cependant, malgré toutes les rigueurs déployées contre le parti républicain, il se trouvait encore quelques citoyens pour qui l’avénement, sur le trône de France, d’une comtesse espagnole ne remplaçait qu’imparfaitement la liberté de la presse et les autres.
Privés des moyens de dire tout haut ce qu’ils en pensaient, il était presque naturel qu’ils recherchassent les occasions de s’en entretenir tout bas entre eux.
Au bout de quelques semaines, ils tombèrent d’accord sur ce principe, qu’il serait presque aussi insensé d’espérer renverser un gouvernement sans y toucher que
d’essayer de démolir l’Arc de Triomphe rien qu’en lui montrant le poing.
Il fut donc convenu que l’on attendrait un soir l’Empereur à sa sortie de l’Opéra-Comique et, qu’une fois
qu’il serait à portée, on... ne lui demanderait pas sa contre-marque.
Tout était prêt, et le programme de cette représentation au bénéfice de la République avait été rédigé
avec som.
Mais la police impériale qui était déjà, à ce moment, d’une certaine force, il faut l’avouer, éventa la mèche et fit un grand nombre d’arrestations, au nombre desquelles celle de M. Ranc.
L’Empire, il faut encore bien l’avouer, a toujours fait preuve d’un véritable talent à tirer parti des complots.
Il a même plus tard poussé cette science jusqu’à les fabriquer lui-même quand il en avait besoin ; mais n’anticipons pas.
L’attentat avorté de l’ Opéra-Comique devait nécessairement lui fournir une excellente occasion de se défaire d’un tas de gens mal notés.
Il ne la laissa pas échapper.
La police ramassa donc, avec un art vraiment supérieur, tout ce qui traînait depuis dix-huit mois dans les cartons de la Préfecture , en fait de rapports contre les républicains ayant pissé le long des murs ou secoué un paillasson par leur fenêtre.
Elle groupa le tout en un volumineux dossier, et, de sa plus belle maiu, écrivit dessus, en lettres magistrales :