‹ Histoire tintamarresque de Napoléon IIIChapitre 65 sur 104 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

En 18o4, une' nouvelle tentative de fusion eut lieu entre le comte de Chambord et la branche d’Orléans.

Elle eut le même sort que les autres.

Cependant, cette fois, on s’était tenu à fort peu de chose.

Les deux familles étaient à table ; on s’était fait mille amitiés et tout paraissait arrangé, quand, tout à coup, le duc de Nemours vida son verre aussitôt après avoir mangé son potage, sans voir que le comte de Chambord n’avait pas encore bu.

Celui-ci posa sa serviette sur la table d’un air pincé et se retira en disant :

— Je ne souffrirai jamais, moi l’aîné des fils de saint Louis, qu’un d’Orléans boive devant moi avant que j’aie soif.... tout est rompu!...

En vain les convives essayèrent-ils d’arranger la chose. En vain Nemours s’excusa-t-il en alléguant qu’il avait cru voir boire le Roy cinq minutes auparavant.

Il alla même jusqu’à proposer d’avaler séance tenante une éponge attachée à une ficelle pour reprendre ce qu’il avait bu.

Henry fut inexorable ; et le bonheur de la France fut encore dessoudé une fois.

En juillet 1854, Napoléon III voulut faire un vrai cadeau à sa bonne ville de Paris.

Il nomma M. Haussmann préfet de la Seine.

Nous empruntons au Trombinoscope les lignes suivantes sur cet homme précieux qui, pendant quinze années, ne cessa de doter Paris de voies assez droites et assez

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spacieuses pour que les omnibus en temps de calme et les boulets de sept en temps d’émeute pussent toujours prendre le plus court :

ccHAUSSMANN, Georges-Eugène, baron. — Administrateur français, Parisien de naissance, Limousin de vocation, né le 27 mars 1809.

« Il est le petit-fils d’un conventionnel qui a figuré sur la liste de ceux qui ont voté la mort de Louis XVI ; mais en 1815, l’aïeul de M. Haussmann protesta, donna la preuve qu’il y avait eu erreur de nom au procès-verbal, et qu’il n’avait pas voté cette loi.

ce Reste à examiner si ce n’est pas surtout après cette justification que le grand-père de M. Haussmann aurait le plus besoin d’être justifié.

« Les opinions sont libres ; mais, pour nous, c’est tout vu.

« En 1830, M. Haussmann fut un peu journaliste, et signa, comme rédacteur du Temps, la protestation contre les ordonnances de Juillet qui ladmiraultisaient la presse.

« C’était un bon mouvement ; mais M. Haussmann était à peine majeur; là est son excuse.

ce De 1830 à 1848, il fut sous-préfet de Nérac, de Saint- Girons et de Blaye. En 1847, il a été promu officier de la Légion d’honneur.

« La Révolution de 1830 avait commencé la fortune de M. Haussmann, celle de 1848 devait lui donner une nouvelle impulsion ; et le coup d’Etat de 1851 était destiné à la compléter.

« M. Haussmann fut donc successivement préfet du Yar, de Y Yonne et de la Gironde; et enfin, distingué par l’empereur, il fut nommé préfet de la Seine et commença cette fameuse transformation de Paris, qui depuis, fait chaque été la fortune des marchands de parasols blancs doublés de vert.

« Voici le résumé des travaux de M. Haussmann :

« Il a percé plus de trente lieues de rues dans Paris, mais ce qu’il a fait de trous à la lune est incalculable ;

(( Il a créé deux cents lieues de trottoirs. Il n’y pouvait pas suffire ; les mœurs impériales les garnissaient au fur

et à mesure.

(( Il a voûté cent cinquante lieues d’égouts, sans compter celui qu’il n’a cessé de nous inspirer et qui était le plus profond.

« Au physique, M. Haussmann est très-grand et trèsgros. L’élégance de ses formes rappelle celle d’une colonne Rambuteau.

« Il est lourd, épais et vulgaire. On dirait qu’il a été bâti sur un de ses plans.

cc II affectionnait les théâtres, mais ne prenait pas ses billets au même guichet que le public. Il aimait à causer art et surtout à entretenir les artistes, »

Le portrait qui précède est assez complet pour que nous n’ayons pas besoin d’y revenir.

Nous ajouterons seulement que M. Haussmann était bien le préfet de la Seine des rêves impériaux.

Convaincu que les Parisiens qu’il était chargé d'administrer en bon père de famille avaient tous fait quelques années de bagne, il les considérait, — et ne négligeait pas de le dire, — comme un amas de malfaiteurs nomades qu’il fallait toujours se tenir prêt à balayer avec de l’artillerie.

De là cette création de boulevards rectilignes destinés à rapprocher étroitement l’armée du peuple dans les moments de troubles.

L’année 1854 vit aussi s’accomplir un événement de la plus haute importance.

Sa Sainteté Pie IX érigea en dogme l’ Immaculée- Conception, en déclarant que :

((. Marie, seule des filles d’Eve, a été exempte du péché originel et a été conçue immaculée dans le sein de sa mère. »

Ce décret eut un énorme retentissement ; et le Tintamarre, qui s’est toujours fait un devoir de répandre les vérités utiles dans les classes laborieuses sous une forme attrayante, consacra le fait par cette nouvelle à la main pleine de verve :

p a ière nu soir d’une figurante

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