‹ Histoire tintamarresque de Napoléon IIIChapitre 7 sur 104 · LA REINE HORTENSE · texte numérisé non relu

LA REINE HORTENSE

;iD Liva.

Elle le jugeait bien tel qu’il était, c’est-à-dire lymphatique, mou, indolent et légèrement bouché ; mais elle avait remarqué en lui un entêtement invincible et une absence complète du sentiment de l’honneur ; et c’était silices deux précieuses qualités qu’elle fondait ses espérances.

— Louis, répétait-elle souvent, n’a rien de ce qu’il faut

pour faire de belles choses ; mais il n’a rien de ce qui gêne pour faire de vilaines actions ; il arrivera !

En femme supérieure, Hortense avait composé à l’usage de son fils, un catéchisme spécial, facile à suivre, même en voyage, et dont, avec un rare talent, elle avait adapté tous les préceptes aux infirmités de son cher élève.

3 fi HISTOIRE TINTA MARRESQUE DE NAPOLÉON III

Nous avons pu nous procurer le manuscrit de ce guideâne qu’elle lui récitait tous les soirs, et dans lequel Louis- Napoléon a puisé, tout -le long de son existence, ces principes de confection que des sénateurs bien payés sont parvenus pendant dix-huit ans à faire passer pour du génie.

Nous nous faisons un devoir d’offrir à nos lecteurs quelques extraits de ce travail d’une mère dévouée.

« Tu es bête, mon fils. Eh bien ! parle peu ; on prendra cela pour de la profondeur.

« Tes yeux sont ternes et morts !... Abaisse encore les paupières ; éteins ton regard louche et plombé ; que personne n’y puisse rien lire, pas même ta nullité!... Tes flatteurs verront peut-être que tu es idiot ; mais ils feront courir le bruit que tu es... impénétrable.

(( Tu n’as ni l’initiative, ni l’adresse qu’il faut pour faire naître les occasions!... Embusque-toi et attends-les au passage. »

« Tu n’as ni génie ni courage!... Sois entêté et patient.

« Avec ces préceptes et les quelques qualités que tu possèdes déjà : le manque de cœur, l’âme fourbe, le corps libre et les mœurs relâchées, tu ne peux manquer

d’arriver à de hautes destinées ; car Dieu, dans sa miséricorde infinie, a voulu, puisque tu n’étais bon à rien, que, au moins, tu fusses capable de tout. »

Jusqu’à l’âge de vingt-deux ans, Louis-Napoléon récita en guise de prière, le matin en se levant et le soir en se couchant, les formules qui précèdent.

Il s’en imprégna tout à fait ; aussi sa mère eut-elle la joie de le voir, arrivé à l’âge d’homme, complètement pétri selon ses désirs.

O11 prétend même qu’elle s’écria un matin en tournant les yeux vers la France :

— Maintenant... la première fois que l’on va remuer làbas, nous sommes prêts!...

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