‹ Histoire tintamarresque de Napoléon IIIChapitre 8 sur 104 · RÉVOLUTION DE · texte numérisé non relu

RÉVOLUTION DE

Cependant, la reine Hortense avait permis à son fils, pour occuper ses loisirs, de se lier légèrement avec les carbonari.

Les carbonari , comme on le sait, étaient une secte qui s’était donné pour tâche de délivrer l’Italie du joug autrichien et de reconstituer leur pays en République.

Hortense avait dit à son fils :

— Faufile-toi avec ces gens-là; je crois que ce sont des pas grand’ chose ; mais, dans ta position, tous les moyens sont bons!... Inutile de te recommander de ne pas te compromettre. Embrasse-les comme du pain pour les besoins de la cause; mais ne me les amène jamais à dîner; ils doivent être très-sales!

Louis-Napoléon avait répondu : « Oui, m’inan! » et il était parti s’affilier avec les carbonari , en compagnie de son frère Napoléon-Louis.

Il est presque inutile de dire que les carbonari nous

semblent bêtes comme des oies d’avoir accepté des Napoléon dans leurs rangs.

Le simple bon sens devait leur indiquer que ces deux princes n’entendaient se servir de leur société que comme d’un omnibus qui allait de leur côté, et qu’ils en descendraient sans même dire bonsoir à leurs compagnons de route, aussitôt qu’ils seraient arrivés où ils voulaient aller.

HISTOIRE TIN'TAMARRESQUE DE NATOLEON III

Tout à coup la reine Hortense reçoit la nouvelle que la révolution de 1830 vient d’éclater à Paris.

Cette femme adroite, que rien ne prenait sans vert, avait été surprise cette fois.

Le nez qu’elle fit en recevant cette dépêche, on ne peut guère s’en rendre compte.

Figurez-vous que vous attendez du ministre un bon bureau de tabac et que vous recevez l’avis suivant :

(( Madame,

(( J’ai le plaisir de vous informer que le titulaire du bureau de tabac que vous aviez demandé, étant mort hier, ce bureau est devenu vacant.

« Mais, comme vous n’étiez pas là, je l’ai donné à une autre personne. ))

Nous trouvons, dans les Mémoires posthumes de la reine Hortense, la phrase suivante qui exprime tous les regrets qu’elle ressentit de ce contre-temps :

(( Hélas!... combien il m’a été pénible d’apprendre cette bonne nouvelle... si tard!... Et combien je déplore que mon

La Série : 50 centimes

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' Par TOUGHATOUT

DÉPÔT DE VENTE AU BUREAU DE L’ÉCLIPSE

2e Série.

Louis n’ait pas été prévenu à temps de ces glorieuses journées de Juillet!... eût-il meme dû n’arriver que trop tard pour y prendre part et assez tôt pour en profiter!... »

Cependant, la reine Hortense ne désespéra pas. Louis-

Philippe lui avait précédemment promis qu’ aussitôt arrivé

G’ Livr

au pouvoir, son premier soin serait de rappeler les Bonapartes en France.

Et elle se berçait de l’espoir qu’elle pourrait sous peu revenir à Paris avec son fils et prouver sa reconnaissance au nouveau roi en lui évitant la peine d’émarger le second trimestre de sa liste civile.

Mais Louis-Philippe avait réfléchi, et il ne lui paraissait plus aussi urgent d’introduire une chatte et ses deux petits dans le garde-manger où il mettait son beurre.

Aussi, quelle ne fut pas la stupeur de la reine Hortense et de Louis-Napoléon en lisant dans F Officiel du 2 septembre que la Chambre des députés avait décidé la veille que le nouveau gouvernement, dans sa sollicitude pour les Bonapartes, entendait respecter même leurs droits... à l’exil.

La fureur de la reine Plortense fut grande contre Louis- Philippe, et l’on dit même qu’elle laissa échapper, en froissant X Officiel avec colère, cette expression régence :

— B.... de gros plein de soupe!

Quant à Louis-Napoléon, il était, dès lors, assez grand pour comprendre que si Louis-Philippe ne l’invitait pas à dîner chez lui, c’était parce qu’il le croyait capable de mettre l’argenterie dans sa poche.

Et comme le jeune prince avait déjà des principes trèsarretés, il n’en voulut pas à Louis-Philippe de sa défiance, mais il fut excessivement vexé de sa perspicacité.

Une autre surprise non moins agréable était réservée à la reine Hortense et à son fils.

En octobre 1830, le général Lamarque et le colonel Jacqueminot, qui siégeaient à la Chambre des députés, proposèrent de réclamer à l’Angleterre les cendres de l’empereur et de les ramener en France.

Ces deux brrr...aves militairrr...es furent reçus par l’Assemblée, comme un actionnaire des Galions de Vigo qui

se présente à la caisse de la Société pour demander s’il a un dividende à toucher.

La Chambre refusa net, ce qui donna à la mère et au fils Hortense la mesure du désir dont le gouvernement grillait de revoir les Napoléon, meme à l’état des mânes.

Sur ces entrefaites, des amis dévoués dont les portemonnaie, â sec depuis l’abdication, commençaient à avoir de légitimes aspirations, proposèrent à Hortense “fils et à sa mère de risquer un coup de main bonapartiste en France.

Louis-Napoléon n’eût pas mieux demandé ; il commençait à en avoir assez des quinze francs par semaine que sa mère lui donnait pour ses menus plaisirs du dimanche.

Mais la reine Hortense était prudente ; et le moment ne lui semblait pas venu.

La mère et le fils répondirent donc à leurs amis avec une noble indignation :

— Pour qui nous prenez-vous ?... Porter la guerre civile dans notre pays !... Verser le sang français!... Jamais!... Jamais !... tant que le résultat sera aussi incertain.

Cependant, Louis-Philippe avait eu des remords et avait fait dire à la reine Hortense que si elle désirait venir à Paris seule, elle y serait parfaitement reçue.

Mais Hortense refusa d’un air pincé, prétendant qu’elle 11e pouvait laisser Louis tout seul à la maison, parce qu’il

n’était pas encore assez propre. (Louis avait à cette époque vingt-deux ans.)

Ce n’était pas la vraie raison.

Comme on va le voir, Hortense avait un plan. L’insurrection italienne qui s’annonçait comme très-prochaine, semblait lui promettre une occasion de caser son fils ; et

n’ayant pu profiter de la révolution française de 1830, elle ne voulait pas manquer encore celle-là.

Elle répétait sans cesse, à ce propos, à son bien-aimé :

— Vois-tu, Louis... pour ta gouverne, il faut toujours guetter les endroits oii il y a du désordre. Souvent, dans le cours de ton existence, tu auras l’occasion de reconnaître que les révolutions sont pour les prétendants ce que sont les incendies pour les voleurs à la tire.

INSURRECTION ITALIENNE. — L’INSURRECTION ÉCLATE. — LOUIS-NAPOLEON S’Y MÊLE AVEC PRUDENCE. — ELLE ÉCHOUE. — IL S’EN RETIRE AVEC VOLUPTÉ.

On n’a pas oublié que sur les recommandations de sa mère, Louis-Napoléon s’était lié avec les carbonari.

La fièvre du carbonarisme n’allait cependant pas chez lui jusqu’à l’empêcher de se coucher à neuf heures.

C’était un carbonaro en chambre, un carbonaro amateur.

Quand il rencontrait un de ses co-carbonari, il lui offrait un cigare, ou échangeait quelques mots mystérieux :

— Veux-tu prendra grogo vino ?

— Avec beaucoupolo de plaisirini...

Mais ça n’allait pas plus loin.

Et si le frère, — qui croyait que c’était arrivé, — lui disait :

— Cette nuit, il y a réunion dans les gorges de la Bonna-

Montardini pour tirer au sort les vingt d’entre nous qui doivent lever demain l’étendard de la révolte, tu y seras, n’est-ce pas ?

Louis-Napoléon répondait invariablement :

— Ah!... non... je ne peux pas... maman a ce soir du monde à dîner.

Louis-Napoléon était des carbonari comme on est du cercle des commissaires-priseurs.

Mais, à part sa cotisation de cinq francs par mois, il ne fallait rien lui demander.

Afin d’être placée au centre de ses opérations, la reine Llortense vint se fixer à Rome avec ses deux fils, qu’elle insinua dans le mouvement libéral.

Louis-Napoléon surtout se faisait remarquer par ses allures démocratiques.

Il montait sur les impériales d’omnibus, fumait la pipe dans les rues et offrait des mêlé-cassis à tous les lazzaroni.

Quand il rencontrait dans une rue de Rome, une blan-

chisseuse qui reportait son linge, il voulait absolument la débarrasser de son paquet et l’accompagnait jusqu’à sa porte.

Il vociférait contre la municipalité qui entretenait mal les trottoirs, il prenait fait et cause pour les marchandes

de poissons ambulantes que les sergents de ville voulaient faire circuler, il ramassait les ivrognes dans les ruisseaux et les faisait crier : Vive la République!...

Enfin, il se faisait une très-grande popularité.

'ie Livr.

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Le soir, quand il rentrait chez sa mère, celle-ci lui disait :

— Ne te compromets pas surtout... Ne fais d’opposition que ce qu’il faut pour te faire admirer des imbéciles d’en bas ; mais pas assez pour te faire craindre des puissants d’en haut.

l’endant que Louis-Napoléon faisait le fendant à Rome, où il n’y avait pas de danger, Parme et Plaisance se soulevaient et chassaient leur souveraine.

Avec le meilleur des microscopes, on n’eût pu apercevoir aucun des Bonapartes derrière les barricades.

Mais Louis-Napoléon ne ménageait pas son appui moral a l’insurrection, en y applaudissant de loin, tout en se promenant à cheval dans les rues de Rome attifé d’un uniforme si fantaisiste que les passants l’arrêtaient souvent pour lui demander :

' — A quelle heure, ce soir, a votre cirque les chevaux savants ?

En venant h Rome, la reine Hortense avait rencontré son mari Louis de Hollande, qui, dans un court entretien, avait essayé de lui faire quelques observations sur la façon dont elle élevait leur fils.

— Je crains, lui dit-il, que vous ne fassiez de Louis un saltimbanque !...

Mais Hortense lui répondit avec respect :

— Pauvre empaillé !... tu n’es pas du tout dans le mouvement.

Sur ces entrefaites, Pie VIII mourut.

Le premier soin des prélats qui lui succédèrent fut de prier Louis-Napoléon d’aller cavalcader un peu plus loin.

Ses allures d’écuyer de Franconi commençaient à déplaire souverainement.

Cela tombait à merveille.

Un carbonaro, négociant de Modène, venait justement de lui être envoyé pour lui rappeler que le serment qui le liait à cette société secrète lui imposait d’autres obligations que celle de se promener en habit jaune dans les rues de Rome, pendant que les autres se faisaient casser toutes sortes de choses pour le triomphe de la bonne cause.

Cet émissaire était chargé de remettre au prince Louis un billet ainsi conçu et qui causa au conjuré platonique une de ces joies qui n’ont d’égale que celle que l’on éprouve à se voir présenter par la Banque un billet à ordre de mille francs auquel on ne pensait plus :

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