‹ Histoire tintamarresque de Napoléon IIIChapitre 77 sur 104 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

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Dès les premiers jours de 1859, un vent de conjungo semble souffler sur toutes les cours de l’Europe.

On parla de plusieurs alliances entre princes du sang et filles de têtes couronnées.

Il fut aussi question de fiançailles précoces, et quoique le petit prince impérial n’eût encore atteint que cet âge heureux où l’amour immodéré du sucre d’orge est la passion la plus féroce de l’homme, on n’en parlait pas moins très-sérieusement de le fiancer à une des nièces du roi de Prusse, qui venait de naître le mois précédent.

Cette plaisanterie sera toujours drôle!

Que de précautions, que de prévoyance!... Tant de soins à assurer l’avenir seraient dignes d’un meilleur sort.

Car — il ne faut ni se le dissimuler, ni s’en chagriner,

— un beau jour tous ces projets, conçus de longue main pour placer ces enfants sur des trônes, doivent forcément écliouer par le plus simple des incidents :

— C’est qu’il n’y aura plus de trônes.

Et les infortunés princes, fiancés au berceau, mariés après leur première communion, en seront réduits à se dire :

— Sapristi!... si j’avais su... c’est moi qui aurais pris une femme à mon goût!...

Ces fiançailles furent l’objet d’une niasse de commentaires.

On disait, entre mille autres choses, que ce mariage n’était que le premier d’une bonne dizaine d’autres préparés entre plusieurs souverains de l’Europe pour assurer le fameux équilibre européen.

On alla même jusqu’à faire circuler dans le monde le texte du traité secret qui devait être signé entre la Prusse, la Russie et la France, à la fin du dîner des accordailles.

Nous avons pu nous procurer une copie authentique de ce projet de traité.

Il est du domaine de l’histoire.

Nous l’offrons à nos lecteurs :

Entre les soussignés :

1° Guillaume, roi de Prusse, habillé pour la circonstance en major russe ;

2° Alexandre, empereur de Russie, ayant revêtu tout exprès un uniforme de colonel de zouaves ;

3° et Napoléon III, empereur des Français, attifé à cette occasion d’un costume de colonel des cuirassiers jaunes d’Augusta ;

A été solennellement — et jusqu’à ce que cela gêne l’un des trois — convenu ce qui suit :

Article Ier.

Les contractants se garantissent mutuellement l’intégralité de leurs territoires respectifs.

En conséquence, chacun des trois s’engage sur l’honneur à ne défendre que le sien dans le cas oh celui des deux autres serait attaqué.

Art. IL

Voulant se donner réciproquement une preuve de confiance sans bornes, les trois souverains s’engagent à ne tenir constamment leurs armées que sur le pied de guerre le plus formidable.

Art. III.

Pour sauver les apparences, il sera annoncé simultanément, dans r Officiel des trois pays, que ce déploiement de forces est nécessité par l’attitude menaçante du roi d’Araucanie.

Art. IV.

Le roi de Prusse consent à ce que la France s’agrandisse ; mais seulement aux dépens de la Russie.

Art. V.

Alexandre permet également à Guillaume d’étendre ses frontières, à la condition que ce soit du côté de la France.

Art. VL

Et Napoléon III accorde à ses deux frères l’autorisation de se prendre tout ce qu’ils pourront,

Ne se réservant que la faculté de se l’approprier ensuite, s’il le peut.

Art. VII.

En ce qui concerne les mesures à prendre pour combattre le véritable ennemi commun : l’esprit révolutionnaire, un pacte est également conclu entre les soussignés.

Ils s’enclavent à entretenir à frais communs, une cabale

internationale contre l’idée démocratique.

Art. VIII.

Si l’im des trois souverains venait à être renversé par son peuple, les deux autres accourraient' immédiatement à son secours avec toutes leurs forces disponibles.

Art. IX.

Si le même malheur arrivait à tous les trois en même temps, un bésigue à vie , fraternel et consolateur, les réunirait dans l’exil.

Art. X.

Pour resserrer encore les tendres liens qui les unissent, les trois empereurs s’engagent à marier leurs enfants entre eux, dès l’âge le plus tendre.

Art. XI.

En conséquence de l’article qui précède, chacun des trois contractants fournira à l’association, dans le délai de vingt mois au plus, deux enfants nouveau-nés, savoir :

Napoléon III : deux garçons ;

Alexandre : deux filles ;

Guillaume : un garçon et une fille.

Art. XII.

Aussitôt sevrés, ces six enfants seront amalgamés par des fiançailles vives et animées, de façon à ce que pères et beaux-pères, mères et belles-mères, brus et gendres, forment un écheveau inextricable qui deviendra l’effroi des socialistes et la tranquillité des gouvernements.

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