Chrétien de Savigny de Rosne
mine qui fit sauter quelques-uns des assiégez. Et puis il y eut un grand combat pour jouir de l'ouvrage de la mine ou de l'empescher. Tout cela estant repoussé, les assiégez receurent le colonnel Dort, pour commander en la place des blessez.
Deux jours après, sur une attaque légère qu'on fit au ravelin, ceux qui l'avoyent en garde firent semblant de le quitter, et, l'ayant laissé prendre, firent sauter les preneurs. A la moitié du mois, les assiégez, faisans un petit pont de deux chalupes, se cachèrent derrière le chantier du canal et attendirent sur le midi pour marcher, en bon ordre, droit aux tranchées que leurs ennemis quittèrent pour se retirer au port d'Absdal, où estoit l'artillerie qui batoit le fort de Nassau ; mais Absdal fut enlevé, les Espagnols chassez, l'artillerie encloùée, cent des meilleurs hommes, qui s'opiniastrèrent, tuez et trois capitaines pris. Au secours de ce fort vindrent huict compagnies de gens de pied et deux de cavallerie. Tout cela ayant esté receu vigoureusement et contraint à la retraite, la foule brisa leur pont ; et s'en sauva peu, car mesme on les tuoit à la nage. Les exécuteurs, avec perte de dix morts ou blessez, re vindrent au mesme ordre qu'ils estoyent sortis. Il y eut encor quelque combat, mais peu d'hommes pour la mine que les assiégez avoyent fait sous le ravelin ; ceux qui la vouloyent éventer ou estouper furent bruslez.
Enfin, Hulst ayant quarante toises de bresche, son principal ravelin gagné, les mines et sapes prestes en divers endroits, capitula à la plus honorable composition, le dix-huictiesme d'aoust 1596. Je n'ai pas escrit cet affaire, en la briefveté que j'observe aux
estrangers, pource que c'est avec Zyrixzée le second chef-d'œuvre des Espagnols.
Il ne se fit rien de marque jusques à la fin de l'année, sinon que le cardinal, ayant perdu plus de deux mille hommes devant Hulst, refit son armée à Tournehout1, se confiant surtout aux quatre principaux régimens, et les remit en tel estât, qu'en celui du marquis de Trehuic il y avoit plus de cinq cents appointez et en ceux du comte de Sults, La Burlote et Hachincourt, en chascun quatre cents. Il y avoit encores trois régimens assez beaux. Tout cela, avec deux mille chevaux, en faisoit dix-huict mille, bien accommodez d'artillerie et de munitions.
Le prince Maurice voulut donner les estrenes au cardinal, et pourtant fit, au commencement de janvier, rendre à Geertuidemberg2 le comte de Solmes, le chevalier Veer, et depuis Sidnei3; d'autre costé, le comte de Hohenloo4. Tout cela, avec troupes choisies, marcha jour et nuict jusques à Ravels-Petit5, qui est à une lieuë de Tournehout. De quoi, le comte de Varax6, frère du marquis de Varembon, qui commandoit lors l'armée, estant averti, les meilleurs de
1. Le commandement général des troupes nouvelles fut donné au comte de Varax, frère du comte de Varambon.
2. Le prince Maurice, accompagné du comte de Solms, de François Veer et de Philippe, comte de Hohenlohe, arriva à Gertruidemberg le 21 janvier 1597.