Marc de Rye, comte do Varax
ses capitaines lui conseillèrent d'aller au combat avec ses hommes frais, contre ceux qui estoyent mouillez et harassez, bien garni d'artillerie, contre deux canons et quelques moyennes (car l'avertissement portoit cela). Ce conseil fut refusé, et la résolution de se retirer à Herental prise.
A la pointe du jour, le prince, arrivé à Tournehout, voulut employer du temps pour disposer l'ordre de l'attaque; mais ses coureurs lui ayant appris qu'il n'y avoit personne au logis, il ne fit que recommander à ses gens de pied la diligence, et lui, avec toute sa cavalerie, se met aux trousses de ses ennemis. Il n'eut pas fait un quart de lieuë, qu'il arrive à un gué fort long et fascheux, dans lequel la cavallerie ne pouvoit passer qu'à la file et l'infanterie sur une petite planche. Au bout de cela un bois, dans lequel s'estoyent logez quelques Espagnols, par commandement de leur chef. Promptement, le chevalier Veer, avec deux cents mousquetaires et les gardes du prince, eut commandement de donner au bois. Ceux qui estoyent dedans, voyans des mousquetaires, creurent avoir toute l'infanterie sur les bras, et, par le derrière du bois, gagnèrent le haut. Et puis la cavalerie commença à passer, à s'attendre et à reprendre quelque forme, qui fut telle.
Le prince donna au comte d'Hohenloo six troupes de cavalerie, d'environ six vingts chevaux, pour, au grand trot, gagner par les brandes le costé de l'armée, qui marchoit, et ne l'enfoncer point que la queue ne fust attaquée par le prince, qui, avec six pareilles troupes, se mit sur leurs erres. La mesme longueur du passage donna moyen au comte de
Varax de chasser devant soi son charroi, accompagné de quelques régimens walons et allemans. Mais il fit sa retraite des quatre principaux qu'il faisoit marcher, celui du comte de Huit, le premier, Hachincourt après, La Burlote le troisiesme et les Néapolitains les derniers. Entre les régimens, il garda des espaces de cent pas pour faire des charges de sa cavallerie. Le comte de Varax estoit au premier entre deux, ayant avec soi Joan de Cordua et Alonce Dragon; au milieu, Nicolas Baste1 et ses cinq compagnies; au dernier, Grobendonc, commandant quatre cornettes de Walons. Tout cela marchoit avec tel regret de se retirer et avec tel gravedat qu'à une lieuë du passage ils virent à leur droite le comte de Hohenloo avec sa troupe, le comte de Solmes avec la sienne et puis les quatre autres qui marchoyent pour s'avancer autant que la teste des Espagnols. Mais, avant estre parvenus jusques-là, ils virent sur la queue le chevalier Veer et Sidnei, qui avoyent congné Grobendonc entre un bois et la suite de l'armée, et, qu'en mesme temps que Sidnei avoit fait cette charge, le chevalier enfonsoit les picques de retraite. La cavalerie de la droite, voyant cela, sans s'estendre d'avantage, fit sa charge par les flancs. George Baste, ayant un peu fait de bonne mine par son espace, le repassa et cercha le chemin de Herental. C'est chose estrange comment cette infanterie, tant estimée et si bien couverte de longs bois et de corcelets, fut meslée tant aisément. Les plus avancez rompirent compagnie et se servirent des bois; non