Nicolas Basta, officier albanais
pas le comte de Varax, qui vint prendre sa part du combat, où il fut tué par un gen- d'arme, qui, le voyant simplement habillé, ne le prit que pour un soldat italien, et en fut bien marri après. On dit que ce qui fit faire si peu de résistance aux piquiers est que la cavallerie du prince, à l'imitation des François, avoit quitté les lances et avoyent presque tous des carrabines, desquelles, avant tirer le pistolet, ils avoyent abatu la pluspart des piquiers de la longueur de leur bois. Il mourut sur la place plus de deux mille hommes ; fut pris trente-sept enseignes de gens de pied et une cornette seulement, avec six cents prisonniers, regrettans sur tout le jeune comte de Mansfeld. On asseure que le prince Maurice n'y perdit que neuf hommes, entre ceux-là un capitaine de cavallerie, nommé Dounck4. La poursuite de cette victoire s'estant faite jusques à la veuë de Herental, le prince revint coucher à Tournehout, assiège le chasteau, qui, après trois volées de canon, se rendit et eut honneste composition.
Il se présente à nous deux entreprises dignes d'estre comptées, encor que l'une ni l'autre n'ayent succédé; la première fut sur Steenwik2, auprès de Owerissel. Les Espagnols se donnèrent un rendé-vous au Ham, d'où ils partirent à soleil couchant, portans avec eux des ponts légers, propres à passer les canaux, sans estre obligez à traverser les villages, et,
1. Bataille de Tournhouut, gagnée par Maurice de Nassau sur les Espagnols le 24 janvier 1597. On trouve dans les Mémoires de la Ligue (t. VI, p. 658) une relation du temps sur cette bataille.
1. L'entreprise des Hollandais sur Steenwic eut lieu le 16 mars
par ce moyen, sans estre descouverts. Ils arrivent vers la minuiet auprès de la ville et mirent sur le ventre, dans les jardins, quelques hommes choisis, tout contre ce qu'ils appellent Rondeel. Là, ils attendent la lune à coucher. Aussi tost ils vont présenter à jeu descouvert une escalade vers l'Oninghepoorte, et en font autant à celle de l'hospital. Cependant, ceux que nous avons laissez sur le ventre se coulent dans le fossé de la ville, garnis de congnées, de scies et autres choses propres pour mettre bas la palissade devers le nord, n'y ayant que cela à faire pour entrer du cimetière au rempart. Le capitaine Zanthen, qui, avec trois cents hommes, avoit la pointe de cet affaire, gagna le rempart, et n'y fut guères que les deux corps de garde des deux costez, s'estans r'alliez au premier cri de la sentinelle, accreus encor de quelques bourgeois, qui, demivestus, se jettèrent à l'alarme, ne donnassent la teste baissée à Zanthen et ne le poussassent jusques à la troupe qu'il soustenoit, menée par Malagamba, aussi tost renforcée du capitaine Herman1. Ces deux, avec six cents hommes par les deux costez, prindrent le combat, qui fut de trois quarts d'heure. Mais ceux de la ville, faisans de nécessité courage, se bâtirent si opiniastrément qu'ils poussèrent les surprenans dans le fossé, et la résolution d'emporter les morts en augmenta le nombre, qu'on dit avoir empli dixsept chariots; et est notable qu'ils furent moins soigneux d'emporter leurs eschelles, haches et autres instrumens.