‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 238 sur 316 · René de Luzinge, s. des Alymes · texte numérisé non relu

René de Luzinge, s. des Alymes

3. Le cardinal Aldobrandin arriva à Lyon le 16 décembre 1600.

4. Guillaume Fouquet, s. de La Varanne, chargé des messageries du roi de Navarre, capitaine du château de Lombez, plus tard contrôleur général des postes et conseiller d'État.

Comme le légat, le patriarche et les ambassadeurs de Savoye d'un costé, le conseil de France de l'autre, travailloyent assiduellement à la paix1, la nouvelle vint que ceux de Genève s'estoyent jettez au rasement du fort Saincte-Gatherine avec telle diligence que, dans vingtquatre heures, ils eurent mis les fondemens au vent. Le légat se mit en des fougues qu'on n'eust pu attendre de lui et s'eschauffa en reproches et menaces contre les députez du roi. On trouve estrange cette passion pour chose dont il n'avoit point parlé, comme aux négociations on ne met point le premier au vent ce que plus on affecte. La vérité estoit qu'au contentement du pape à réparer la gloire du duc, et pour employer l'armée qui estoit sur pieds, on pensoit faire de Genève un sacrifice désiré, de bonne odeur aux François mesmes qui traittoyent. D'ailleurs, le mareschal de Biron, devant avoir Genève en partage, faisoit estât de ce port et de la citadelle de Bourg, que Bouvans avoit charge de rendre à lui seul, pour faire munitionner et l'un et l'autre aux despens du roi avant se déclarer.

Après que le légat eut déclamé contre la désobéyssance au pape, contre le maintien d'une ville desbauchée du saint-siège, contre le nom de très-chrestien, menasse de repasser les monts sans rien faire, ceux qui traitoyent pour le roi, fortifiés de Lesdiguières et du duc de Suilli, remonstrent que ce grand désir, pour conserver Sainct-Gatherine, n'avoit point esté déclaré au

1. Les négociations pour la paix ne furent reprises qu'après le 25 décembre 1600 par les députés du roi, Jeannin et Sillery, et par ceux du duc de Savoie, d'Arconat et des Alymes (De Thou, liv. GXXV).

roi, que la menace de rompre lui est avantageuse, pour voir tous les capitaines de la France regarder ce traité de paix à contre-cœur. D'ailleurs le roi d'Angleterre4 lui offrit nouvelles assistances à ses despens, les Provinces-unies prestes par mer et par terre à troubler l'Espagnol plus que jamais, et les princes d'Alemagne, qui se convient à cueillir quelque gloire dans les victoires du roi. Le légat tesmoigna tant de colère et de fulminations que, chacun tenant la paix pour rompue, Lesdiguières se fait fort de passer les monts au mois de mars prochain et Suilli de rendre cinquante canons et deux milions d'or à l'armée. Ce fut lors que les François, qui n'avoyent rien d'Espagne, deschargèrent leur cœur contre ceux qui, par leurs menaces ordinaires, coupoyent la gorge aux victoires du roi, disans ainsi : « Est-il donc vrai que le projet et heureux commencement du plus grand capitaine de l'Europe, les labeurs et les espérances de tant de grands chefs de guerre sous lui, la vertu des soldats françois invincibles aujourd'hui, le vœu de tous les gens de bien, la contribution de tant de princes estrangers, le désir mesmes des Italiens qui ne sont point espagnols, la terreur des autres et plus que tout la bénédiction de Dieu, commencée sur nous, s'en aille en fumée et en vent, pource qu'un prestre, qui a tant fait de maux à nostre roi et qui n'en a perdu la haine que par la peur, jette son caducée entre nous et nos ennemis? »

Comme les uns et les autres s'ameutoyent à ce gergon, les confesseurs en retirèrent la plus part des catholiques, les Espagnols et Savoyards prient à

1. Sous co vocable, le roi d'Angleterre, d'Aubigné désigne ici la reine Elisabeth.

jointes mains le légat de reprendre les erres de la paix. Pour à quoi parvenir, il envoya quérir Suilli, qu'il avoit auparavant refusé rudement au traité, le prie de parler au roi pour faire quelque récompense pécuniaire en la place du fort. Suilli, se sentant obligé par ceste recerche et mesme des excuses que le légat lui faisoit, pousse à la roue pour la paix. Il estoit venu deux lettres du duc, l'une qui commandoit de signer les articles et l'autre qui, delà à quatre jours, le deffendoit. Les Espagnols craignirent lors l'opiniastreté du Savoyard et se rendirent avec le légat et le patriarche, obligés à garantir les députez si leur maistre les desdisoit. Quant au roi, les prières et remonstrances des siens, son courage naturel et le beau jeu qui lui venoit, tout cela ne put rien contre une menace des assassins qui, par l'oreille, lui refroidit le cœur.

Ces longueurs furent cause que la citadelle de Bourg se rendit, sur la confection de la paix, après que les gens de guerre y eurent enduré une grande et honorable faim ; cette place mise entre les mains de Boisse- Pardaillan1 contre les espérances de plusieurs (dernière colère du mareschal de Biron, qui le fit eschaper et mettre au vent, par reproches et menaces, les autres qu'il avoit estoufées). Toutes ces choses, arrivées sur l'année nouvelle, sont hors de nostre dessein, lequel nous n'estimons pas violer en parachevant les matières où nous sommes engagez sans en entamer de nouvelles, hormis YAppendix que nous avons promis au commen-

1. P. d'Escodeca de Boisse-Pardaillan (De Thou, liv. CXXV). Voyez, au sujet de la nomination de ce capitaine au commandement de la citadelle de Bourg, les pièces ajoutées aux Mémoires de la Force, t. I, p. 320.

cernent. Et, si on trouve estrange que nous n'ayons mis cette guerre aux affaires d'Italie, faut savoir que le marquisat de Salusse, pour qui elle se fit, estoit du royaume et non d'ailleurs.

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