Thonon (Haute-Savoie). Le jubilé eut lieu en
2. Parti de Turin le 17 déc. 1602, le duc de Savoie arriva au village d'Étremblières (sur la rive gauche de l'Arve) le 21 du même mois.
3. De Thou le nomme Brignolet. Spon le nomme Brunaulieu et dit qu'il était lieutenant du régiment du baron de la ValdTsère.
4. Tentative d'escalade de Genève pendant la nuit du 11 au 12 décembre 1602; 21 au 22 décembre suivant la réforme grégorienne. On sait que les protestants ne suivaient point le calendrier grégorien.
masles et leur abandonnent les femelles, il fit cheminer, non sans avoir bien fourni tous les chemins pour arrester tout ce qui marchoit par le pays et empescher les avis. Quelques soldats nous ont conté qu'ils eurent plusieurs mauvaises augures, comme d'un lièvre qui passa parmi eux plusieurs fois, de quelques feux qui leur donnèrent l'espouvante, mais surtout des lances et chevrons de feu d'une grandeur et clarté inoûie, que les Jésuites, quant et quand, interprétèrent estre faveur de Dieu, disans, comme le ministre de la prise de Nîmes, que le ciel en vouloit estre et que les esclairs et tels accidens devoyent donner courage à ceux qui combatoyent pour Dieu.
Le chemin que prirent les Savoisiens tout le long du Rosne empescha que les sentinelles perdues, qu'on avoit dehors en forme de patrouille, ne sentirent rien du bruit des approchans. Et mesmes les canards, qui se levèrent du bord de l'eau, les troublèrent, et ne mirent pas les corps de garde en leur devoir. Brunaulieu, avec la première troupe et les eschelles, viennent à la contr'escarpe ; la reconnoissent, la passent, descendent au fossé de la Couratterie, passent la bourbe avec peine sur des clayes, qu'ils avoyent portées exprès; puis furent dressées trois eschelles contre la muraille auprès de la guérite, qui est au costé de la porte de la Monnoye, où Brunaulieu savoit qu'on ne mettoit point de sentinelles. Gomme il y estoit venu plus d'une fois au plus espais de la nuict et descendu dans le fossé, avoit semblablement, avec des cailloux, ce disent-ils, frappé la muraille, et, voyant qu'on ne sonnoit mot , s'estoit promis et asseuré qu'infailliblement il pourroit, sans estre ap-
perceu, jetter dans la ville des hommes suffisamment. On leur avoit promis qu'il trouveroyent des confidens pour leur tendre la main. Gela ne se trouvant point, et une pierre que l'eschelle fit choir sur l'estomac de Sonnas, dont il s'évanouît presque, avec un grand saignement de nez, tout cela faillit à le décourager, et par lui ses compagnons, au premier rolon de l'eschelle. Mais Albigni, qui estoit au pied, leur remit le cœur au ventre, assisté à cela du père Alexandre, jésuite escossois, qui avoit desjà fait au gros, qui estoit en Plainpalais1, une harangue, et distribué aux premiers certains billets bénits de la main du pape et dans la pluspart desquels, trouvez sur les morts et prisonniers, estoit escrit qu'ils ne mourroyent de ce jour-là ni par eau, ni par feu, ni par glaive. Et de fait, comme le diable fait ses marchez pleins de cavillation2, il y en eut qui l'essayèrent ainsi. Les dernières paroles d'Alexandre, en soulevant ceux qui montoyent, furent que les degrez de leurs eschelles estoyent autant de pas pour monter vers le ciel.
Les eschelles estoyent toutes telles que nous vous en avons dépeintes à la prise de Niort, horsmis qu'elles n'estoyent que de quatre eschelons et les autres de six. Entre ceux qui montoyent, il y en avoit qui portoyent de gros marteaux, avec un tranchant d'acier de mote d'un costé, les autres des tenailles artificielles et les autres des pétards moyens.
Donc, cet équipage monta la nuict du soltice d'Hyver, Sonnas et Attignac les premiers, ayans encor six avec eux. Les huict se promenèrent deux à deux, les