D'Aubigné lui-môme
les ministres Esnart et L'Oiseau1 et Chalmot2, président des éleus à la Rochelle, se touchent à la main et résolvent premièrement de mesnager, parmi les plus fermes de l'assemblée, que la province envoiroit vers les autres de la France, les prier de faire une députation vers le roi, à temps qu'ils leur nommoyent, pour demander à Sa Majesté l'ordre qu'il lui plairoit estre observé parmi eux en leur façon de vivre; qu'il lui pleust leur ordonner de se trouver ensemble pour recevoir cet ordre tout à la fois, et, pour le tiers, qu'il pleust aussi à Sa Majesté de changer leur trefve en une paix.
Gela réussit si bien que les députez se trouvèrent tous à la fois près du roi à Mante3, où Rotan se fît députer et choisir, pour une dispute notable, contre du Perron. Or avoit-il promis de faire une prévarication subtile, de laquelle estant sur le poinct, il avint que quelque gloire ou quelque crainte le fît tellement chanceler qu'il aima mieux feindre une maladie. Fut mis en sa place le ministre Reraud4, de Montauban. Leur dispute fut aiguë, d'une part et d'autre, sur la
4. Probablement François Oiseau, ministre de l'église réformée de Nantes depuis 1563 ou 1564, mort après 1623 (Haag).
2. Jean Chalmot, s. du Breuil, député des fidèles de la Rochelle au synode national de Saumur en 1596 (Haag).
3. L'assemblée de Mantes fut convoquée par Henri IV luimême au mois de mai 1593. Transférée à Meulan du 23 au 24 décembre, elle fut ensuite rétablie à Mantes, où elle siégea jusqu'au 24 janvier suivant (Hist. des assemblées politiques des réformés de France, par Léonce Anquez, p. 57 et 59).
4. Michel Beraud, pasteur et professeur de théologie à Montauban, auteur de plusieurs ouvrages de controverse, vivait encore en 1626 (Haag).
suffisance ou insuffisance de l'Escriture et les termes de l'épistre à Timothée. Sur ce point, cette conférence fut rompue par la défence des ecclésiastiques.
Cependant les refformez, sous permission du roi, en termes généraux et non exprès, assignèrent une assemblée générale pour leurs affaires à Saincte-Foi1, à la mi-mai, en l'an 1594, ayans trouvé par les plaintes de tous costez occasions suffisantes pour oser cette nouveauté.
A Saincte-Foi, s'estans trouvez de toutes les parts du royaume trente députez au retour du synode national tenu à Montauban, on leut au commencement, pour faire les ouvertures, plusieurs lettres et plaintes de seigneurs, gouverneurs et communautez. Et puis furent mis sur table trois mémoires de personnes qui avoyent accoustumé de mettre la main aux affaires du parti, sur le moyen de le redresser et conserver. Le plus grand de ces mémoires vous fera foi de la consternation où estoyent réduits les réformez. Il venoit d'un des plus vieux, renommez et expérimentez capitaines qui fussent parmi eux, général d'une province, et qui plusieurs fois avoit acquis la haine du roi de Navarre pour son trop de zèle aux affaires du parti. Voici la somme de son instruction.
Premièrement, il supplioit la compagnie de supprimer ses avis et qu'il n'en fust jamais parlé après qu'elle les auroit entendus pour en faire son profit, pour le danger auquel telle hardiesse le mettoit, et qu'il subissoit de bon cœur, puisque c'estoit pour Dieu. Il estoit donc d'avis, pour la direction des affaires,